Erdogan marque les cinq ans d'un putsch manqué qui a transformé la Turquie

Depuis 2016, plus de 300000 personnes ont été interpellées dans le cadre de la lutte contre le mouvement de Fethullah Gülen, ancien allié d’Erdogan, dont le président accuse d'avoir ourdi le putsch, et près de 3000 condamnées à la prison à vie. (Photo, AFP)
Depuis 2016, plus de 300000 personnes ont été interpellées dans le cadre de la lutte contre le mouvement de Fethullah Gülen, ancien allié d’Erdogan, dont le président accuse d'avoir ourdi le putsch, et près de 3000 condamnées à la prison à vie. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 16 juillet 2021

Erdogan marque les cinq ans d'un putsch manqué qui a transformé la Turquie

  • Le coup a hâté la dérive autoritaire du président qui a considérablement renforcé ses pouvoirs en 2017 en remplaçant le système parlementaire par un régime présidentiel fort
  • Le pouvoir s’est livré à des purges d'une ampleur sans précédent :  plus de 100000 fonctionnaires ont été limogées, dont quelque 23000 soldats et 4000 magistrats

ANKARA : Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé jeudi qu'il ne "pardonnerait jamais les traîtres" en commémorant l'échec d'une tentative de putsch en 2016 qui lui a permis d'élargir ses pouvoirs au prix d'une répression implacable.

Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, des éléments factieux de l'armée déployaient des chars dans les rues pendant que des avions survolaient Istanbul et Ankara, bombardant plusieurs sites importants comme le Parlement.

L'intervention d'éléments loyalistes et de dizaines de milliers de partisans de M. Erdogan descendus dans la rue à l'appel du président a permis de mettre en échec le soulèvement. Bilan officiel: 251 personnes tuées, hors putschistes.

"Cette nation ne pardonnera jamais la traîtrise, les traîtres et ceux qui se tiennent aux côtés des traîtres", a tonné le président turc lors d'une cérémonie d'hommage aux victimes à Ankara.

Signe de l'importance historique qu'il accorde à la mise en échec du putsch, M. Erdogan a inauguré jeudi un "musée de la démocratie" retraçant les principaux événements de cette nuit qui a, selon lui, "changé le destin" de la Turquie.

Pour nombre d'analystes, le coup d'Etat manqué a surtout hâté la dérive autoritaire de M. Erdogan, qui a considérablement renforcé ses pouvoirs en 2017 en remplaçant le système parlementaire par un régime présidentiel fort.

Accusant un ancien allié, le prédicateur Fethullah Gülen, d'avoir ourdi le putsch, M. Erdogan a aussi lancé une répression implacable contre ses partisans présumés, qui s'est élargie à l'opposition prokurde et à la société civile.

Le putsch manqué a permis à M. Erdogan de "justifier la répression visant une large opposition" en soutenant que "des groupes hostiles cherchent en permanence à nuire" à la Turquie, explique Soner Cagaptay, expert au Washington Institute of Near East Policy.

Cinq ans après le putsch manqué et en dépit des critiques, la répression bat son plein: des partisans présumés de M. Gülen continuent d'être arrêtés chaque semaine et le principal parti prokurde HDP, dont plusieurs députés ont été incarcérés, fait l'objet d'une procédure d'interdiction.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes: depuis 2016, plus de 300.000 personnes ont été interpellées dans le cadre de la lutte contre le mouvement de M. Gülen et près de 3.000 condamnées à la prison à vie, selon les autorités.

Et dans le cadre de purges d'une ampleur sans précédent, plus de 100000 personnes ont été limogées des institutions publiques, dont quelque 23000 soldats et 4000 magistrats.

La traque se poursuit aussi à l'étranger: les services secrets turcs ont en effet mené plusieurs opérations dans des pays d'Asie centrale, d'Afrique et des Balkans pour ramener de force des partisans présumés de M. Gülen.

Ankara a ainsi annoncé début juillet avoir "rapatrié" un enseignant turc habitant au Kirghizstan, Orhan Inandi, qui s'était volatilisé quelques semaines auparavant et que les autorités turques présentent comme un cadre du mouvement guléniste.

Mais M. Gülen, qui réside aux Etats-Unis et nie toute implication dans la tentative de coup d'Etat, reste pour le moment hors d'atteinte.

Ankara a plusieurs fois demandé son extradition, sans succès. Ce dossier a donné lieu à des tensions entre la Turquie et les Etats-Unis, dont les relations se sont dégradées depuis 2016.

En parallèle, la Turquie s'est rapprochée de la Russie de Vladimir Poutine et a mené une politique étrangère plus affirmée, intervenant militairement dans plusieurs conflits au prix de tensions croissantes avec ses partenaires de l'Otan.

M. Erdogan a également systématiquement rejeté les critiques de l'Union européenne concernant la dégradation de l'Etat de droit depuis le putsch manqué, dénonçant un "manque d'empathie".

Les célébrations jeudi permettent aussi au président turc de battre le rappel de ses troupes, au moment où sa popularité s'érode en raison de difficultés économiques.

M. Erdogan a vu le putsch manqué comme "une opportunité d'accélérer la concentration du pouvoir entre ses mains", souligne un diplomate occidental.

Mais "le revers de la médaille", ajoute-t-il, c'est que "lorsque les choses se passent mal, il est plus dur de rejeter la responsabilité sur autrui".

 


Trump dit ne pas penser que le guide suprême iranien soit mort

Mojtaba Khamenei a été blessé dans la première salve de frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février, qui ont tué son père Ali Khamenei. (AFP)
Mojtaba Khamenei a été blessé dans la première salve de frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février, qui ont tué son père Ali Khamenei. (AFP)
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  • Mojtaba Khamenei a été blessé dans la première salve de frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février, qui ont tué son père Ali Khamenei
  • Il n'est pas apparu publiquement depuis et s'exprime par des communiqués qui lui sont attribués.

WASHINGTON: Donald Trump a dit mercredi qu'il "ne pensait pas" que le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, qui n'a pas été vu en public depuis fin février, "soit mort".

"Il a été très sérieusement blessé mais je ne pense pas qu'il soit mort", a dit le président américain pendant un entretien avec un animateur conservateur, Glenn Beck.

Mojtaba Khamenei a été blessé dans la première salve de frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février, qui ont tué son père Ali Khamenei.

Il n'est pas apparu publiquement depuis et s'exprime par des communiqués qui lui sont attribués.

Cette discrétion, en plein conflit régional, a donné lieu à des spéculations à la fois sur son état de santé et sur ses relations avec d'autres hauts responsables iraniens.


Oman et Téhéran négocient la régulation du détroit d'Ormuz sans déblocage en vue

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  • Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, a dit sur X espérer "annoncer bientôt" un nouveau couloir de navigation, ainsi "que des modalités pratiques afin de rétablir une navigation sûre"
  • Des négociations se poursuivront pour établir un couloir "permanent" et définir "la future gestion du détroit", ainsi qu'un mécanisme de "fourniture des services de navigation et de sécurité nécessaires", ajoute le texte

TEHERAN: Oman et Téhéran discutent d'un "couloir temporaire" de navigation dans le détroit d'Ormuz et de son déminage mais les autorités iraniennes ont prévenu mercredi que le passage stratégique ne serait pas ouvert avant que les Etats-Unis ne mettent fin à la guerre.

Les deux pays riverains du détroit cherchent à réguler la navigation dans cette voie maritime, toujours verrouillée par Téhéran, qui est au cœur de la guerre au Moyen-Orient.

Alors que le conflit dure depuis près de six mois, Washington a intensifié la pression économique avec un nouveau train de sanctions "secondaires" annoncé cette semaine, touchant non pas directement l'Iran mais ses partenaires commerciaux, sur l'or, la technologie, les actifs numériques, l'aviation et le transport maritime.

A Mascate, les ministres iranien et omanais des Affaires étrangères ont discuté mardi d'un accord-cadre établissant un "couloir temporaire" et prévoyant une opération de déminage, selon un communiqué conjoint.

Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, a dit sur X espérer "annoncer bientôt" un nouveau couloir de navigation, ainsi "que des modalités pratiques afin de rétablir une navigation sûre".

Des négociations se poursuivront pour établir un couloir "permanent" et définir "la future gestion du détroit", ainsi qu'un mécanisme de "fourniture des services de navigation et de sécurité nécessaires", ajoute le texte.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a souligné mardi sur X que lors de négociations avec les partenaires omanais et pakistanais, "l'accent a été mis sur des solutions régionales". "Le cadre proposé pour un nouveau corridor, le déminage conjoint et la gestion future du détroit d'Ormuz en sont une parfaite illustration".

Mais le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a prévenu Washington tôt mercredi sur X: "Avant toute action visant à rouvrir le détroit d'Ormuz, les Etats-Unis doivent mettre pleinement en œuvre l'ensemble des engagements qu'ils ont violés".

"Le détroit d'Ormuz ne sera rouvert qu'en échange de la fin de la guerre sur tous les fronts, de la levée du blocus et d'un règlement de la situation au Yémen."

Il a ajouté que la réponse de l'Iran aux sanctions américaines serait de "viser leurs intérêts économiques".

"Mines retirées", selon Trump 

Sur son réseau social, Donald Trump avait, lui, affirmé que, selon la marine américaine, "toutes les mines avaient été retirées et/ou détruites dans les eaux internationales du détroit d'Ormuz".

"L'Iran a été informé que tout navire ou bateau posant de nouvelles mines (serait) (...) détruit", a-t-il ajouté.

Plus tôt, il avait assuré que le détroit était sous contrôle américain - ce que Téhéran a démenti - et menacé Oman de bombardements si le sultanat se mettait "en travers" de la route des Etats-Unis sur Ormuz.

Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a dit lundi la volonté de Washington de "couper toutes les ressources économiques" de l'Iran

En Iran, déjà éprouvé par des décennies de sanctions internationales, de nombreux automobilistes et motards se sont pressés mardi dans les stations-service de Téhéran.

Malgré les informations toujours contradictoires, les opérateurs ont poussé le pétrole en baisse de plus de 2% mercredi dans un regain d'optimisme, le Brent s'installant sous les 90 dollars.

La guerre a été déclenchée fin février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran, qui a riposté en frappant des pays alliés de Washington dans la région et en verrouillant le détroit d'Ormuz.

Au cœur du conflit, le stratégique détroit, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures mondiaux, est verrouillé par Téhéran quasiment sans interruption depuis six mois, ce qui a entraîné une envolée des prix du pétrole et une pression accrue sur Donald Trump aux Etats-Unis, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre.

Washington mène en retour un blocus des ports iraniens.

Téhéran a exclu tout retour à la situation d'avant-guerre dans le détroit.


Un député israélien tente de détruire un mémorial palestinien en Cisjordanie

Le député israélien d'extrême droite Zvi Soukot a tenté mardi de détruire un mémorial à la mémoire de "martyrs" palestiniens dans un village en Cisjordanie occupée, affirmant qu'il s'agissait de "terroristes", un acte condamné par l'armée et la classe politique. (AFP)
Le député israélien d'extrême droite Zvi Soukot a tenté mardi de détruire un mémorial à la mémoire de "martyrs" palestiniens dans un village en Cisjordanie occupée, affirmant qu'il s'agissait de "terroristes", un acte condamné par l'armée et la classe politique. (AFP)
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  • L'armée israélienne qui accompagnait le député lors de cette visite dans des villages palestiniens du nord de la Cisjordanie a dénoncé "la manière trompeuse et manipulatrice" dont elle a été utilisée par M. Soukot
  • "Des soldats de Tsahal affectés à des missions opérationnelles dans le secteur ont été détournés de ces missions pour cette tâche et exposés à des risques inutiles, alors que Tsahal opère dans un contexte de forte pression"

RAMALLAH: Le député israélien d'extrême droite Zvi Soukot a tenté mardi de détruire un mémorial à la mémoire de "martyrs" palestiniens dans un village en Cisjordanie occupée, affirmant qu'il s'agissait de "terroristes", un acte condamné par l'armée et la classe politique.

"Il y a quelques jours, j'ai demandé à l'armée d'agir pour retirer les monuments commémorant des terroristes responsables d'attaques contre des Israéliens dans les villages de Madama et de Burin. Malheureusement, ils sont restés en place. Je m'y suis donc rendu moi-même et j'ai pris des mesures pour les retirer", a affirmé M. Soukot dans une vidéo le montrant avec un marteau tentant de détruire le mémorial.

L'armée israélienne qui accompagnait le député lors de cette visite dans des villages palestiniens du nord de la Cisjordanie a dénoncé "la manière trompeuse et manipulatrice" dont elle a été utilisée par M. Soukot.

"Des soldats de Tsahal affectés à des missions opérationnelles dans le secteur ont été détournés de ces missions pour cette tâche et exposés à des risques inutiles, alors que Tsahal opère dans un contexte de forte pression", a dit l'armée dans un communiqué.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que l'armée est "l'autorité souveraine en Judée-Samarie (nom israélien de la Cisjordanie)".

"Se faire justice soi-même, en particulier lorsqu'il s’agit de personnalités publiques, est une pratique répréhensible qui empêche Tsahal de se concentrer sur ses missions de lutte contre le terrorisme et l'incitation à la violence", a dit M. Netanyahu selon un communiqué de son bureau.

Le principal rival de M. Netanyahu pour les prochaines élections, Gadi Eizenkot, a réagi sur X en accusant le Premier ministre "qui permet à des anarchistes comme Zvi Soukot et ses semblables de faire tout ce qui leur plaît, mettant en danger la sécurité des localités israéliennes et portant atteinte à la position d'Israël dans le monde".

Rami Nassar, chef du conseil du village de Madama, a déclaré à l'AFP que "le monument porte les noms des martyrs du village tombés lors de la bataille de Karameh (en 1968, NDLR), des première et deuxième Intifada (soulèvement palestinien), ainsi que jusqu'à aujourd'hui", qualifiant l'acte du député israélien de "terrorisme".

M. Nassar a affirmé que le nom d'"un agriculteur du village tué alors qu'il travaillait sa terre, sans qu'aucun affrontement n'ait eu lieu" était notamment inscrit sur le mémorial.

Dans sa vidéo, M. Soukot a affirmé que parmi les noms mentionnés sur le mémorial figurait celui de Yamen Faredj, membre du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), recherché pour sa participation à des attentats en Israël pendant la seconde Intifada et qui avait été tué en 2004 à Naplouse par l'armée israélienne.

Les violences ont explosé dans le territoire palestinien, occupé depuis 1967, depuis l'attaque du mouvement islamiste Hamas en Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.