Après le Covid, Cannes s'est payé un coup de jeune

La réalisatrice Julia Ducournau, 37 ans, recevant la Palme d'or du festival de Cannes. VALERY HACHE/AFP VIA GETTY IMAGES
La réalisatrice Julia Ducournau, 37 ans, recevant la Palme d'or du festival de Cannes. VALERY HACHE/AFP VIA GETTY IMAGES
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Publié le Dimanche 18 juillet 2021

Après le Covid, Cannes s'est payé un coup de jeune

  • Les larmes de la lauréate, la gaffe de Spike Lee, l'absence de Léa Seydoux... Voici les images fortes qui resteront, avant le retour du plus grand festival du monde, si tout va bien, en mai 2022
  • La violence était déjà très présente dans la Palme d'Or précédente, «Parasites», mais «Titane», le film primé, fait clairement déborder le niveau d'hémoglobine

CANNES : Le Festival de Cannes s'est offert un coup de jeune pour sa première édition depuis le début de la pandémie, en offrant la Palme d'or à une réalisatrice transgressive de 37 ans, Julia Ducournau, au terme d'une édition haute en couleur.

Les larmes de la lauréate, la gaffe de Spike Lee, l'absence de Léa Seydoux... Voici les images fortes qui resteront, avant le retour du plus grand festival du monde, si tout va bien, en mai 2022.

«Titane : du sang et de l'huile»

Merci aussi au jury de laisser entrer les monstres", a déclaré, en larmes, la réalisatrice Julia Ducournau en montant sur la scène du Palais des Festivals. La violence était déjà très présente dans la Palme d'Or précédente, "Parasites", mais "Titane", le film primé, fait clairement déborder le niveau d'hémoglobine. Le sacre d'un film interdit aux moins de 16 ans, aussi fiévreux que radical, difficilement regardable pour certains, risque de diviser. 

Ce film furieux et parfois gore avec l'acteur français Vincent Lindon, évoque à la fois l'hybridation femme/machine, d'amour pour les voitures et de quête de paternité. L'héroïne fait littéralement l'amour avec des voitures, hommage à "Crash" de David Cronenberg, et tue des hommes, façon Sharon Stone dans "Basic Instinct", mais au pic à cheveux. Son corps est comme hanté par une masse de métal qui grandit dans son ventre tandis qu'elle sue et saigne de l'huile de moteur.

Féminité, virilité, fluidité

Quatre ans après l'affaire Weinstein et l'explosion du mouvement #MeToo, les questions de genre, de leur représentation et de la place des femmes ont été au coeur du Festival. Evidemment au palmarès, avec la Palme d'or remportée par la benjamine de la compétition, une première depuis Jane Campion, l'unique femme couronnée jusqu'à présent pour "La Leçon de Piano", il y a 28 ans.

Ces sujets ont infusé plus largement, en compétition et ailleurs. Du Norvégien Trier au Néerlandais Paul Verhoeven en passant par le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun, les réalisateurs hommes, eux aussi, ont exploré l'intimité de leurs héroïnes, à travers des rôles très forts.

"Le geste fort (du délégué général) Thierry Frémaux a été de choisir un jury jeune, féminin et inclusif", a commenté auprès de l'AFP Iris Brey, spécialiste du "regard féminin" au cinéma, qui salue le choix pour la Palme d'un film "extrêmement novateur et désobéissant". Ce prix, qui a "quelque chose de très contemporain", "donne le signal que l'on va vers un monde plus inclusif", et "montre qu'il y a aussi des héroïnes qui ne sont pas lisses, qui ne correspondent pas aux canons que l'on attend". Mais il reste encore du chemin à faire : cette année, seules quatre réalisatrices, sur 24 films, étaient en compétition.

La gaffe du président Spike LeeC'était la gaffe à ne pas faire. Le président du jury Spike Lee, s'est emmêlé les pinceaux et a annoncé le nom de la lauréate de la Palme d'or dès le début de la soirée, au lieu du prix d'interprétation masculine. La pauvre Julia Ducournau, submergée d'émotion, a ensuite dû patienter toute la cérémonie pour monter sur scène.

En conférence de presse, Spike Lee s'est confondu en excuses : "Je suis comme celui qui rate le but (...) je suis désolé... qu'ils oublient spike Lee!", a-t-il lancé à l'adresse de l'équipe du film. Des stars mais pas SeydouxTenir un festival international malgré le Covid : avec pass sanitaire, masque en projections et rappels à l'ordre réguliers le pari est gagné, et l'évènement n'a pas créé de cluster.

Une star aura cependant été empêchée à cause du virus : Léa Seydoux qui aurait dû vivre son moment de gloire en étant au casting de quatre films du festival, dont trois dans la compétition officielle, dont "The French Dispatch" de Wes Anderson. Mais elle n'a finalement pas pu monter les marches ni se rendre à Cannes, devant se plier aux règles sanitaires strictes du Festival après avoir été testée positive au Covid-19. Comble de la déveine, l'actrice de 36 ans, est repartie bredouille du palmarès, le prix d'interprétation féminine revenant à une autre trentenaire, la Norvégienne Renate Reinsve.


Le photographe qui relate l’Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo

Ramesh Shukla au Etihad Museum de Dubaï pose avec l'appareil photo Rolleicord. (Photo AN/Mohamed Fawzy)
Ramesh Shukla au Etihad Museum de Dubaï pose avec l'appareil photo Rolleicord. (Photo AN/Mohamed Fawzy)
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
(Photo de Ramesh Shukla) Le photographe qui relate l'Histoire des Émirats arabes unis avec un appareil photo.
Ramesh Shukla avec son appareil photo Rolleicord vintage. (Photo AN/Mohamed Fawzy)
Ramesh Shukla avec son appareil photo Rolleicord vintage. (Photo AN/Mohamed Fawzy)
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  • La Fête nationale des Émirats arabes unis, célébrée le 2 décembre de chaque année, marque l'unification des émirats en une fédération
  • Ramesh Shukla a documenté l'évolution des Émirats arabes unis, de communautés de cheikhs disparates à une nation ambitieuse et moderne

DUBAΪ: Le photographe Ramesh Shukla a vécu aux Émirats Arabes Unis (EAU) pendant près de cinq décennies. Il est arrivé de son Inde natale au moment où les anciens États de la Trêve approchaient de l'indépendance de la Grande-Bretagne et se lançaient dans une remarquable aventure de construction nationale.

Désormais âgé de 84 ans, il a été le témoin direct de l'évolution des EAU, passant d'un ensemble de communautés de cheikhs du désert et de villages de pêcheurs disparates à un centre d'affaires mondial synonyme de dynamisme entrepreneurial, de villes cosmopolites et d'horizons incroyables.

C'est une transformation dont il a soigneusement documenté l'Histoire avec son appareil photo au fil des décennies.

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Cheikh Zayed signe une photo du jeune Ramesh Shukla. Photo fournie.

Son attachement au pays a commencé par accident après un voyage en bateau plutôt inconfortable depuis Mumbai en 1965. À l'époque, Ramesh Shukla travaillait pour le journal Times of India, mais l’appel du large était trop important pour y résister.

Emportant son bien le plus cher, un appareil photo Rolleicord et autant de rouleaux de film qu'il pouvait transporter, le jeune homme, alors dans la vingtaine, s'est lancé dans ce qui allait changer sa vie.

«C'est mon appareil photo», déclare Ramesh Shukla à Arab News au musée Etihad de Dubaï plus d'un demi-siècle plus tard, avec son Rolleicord désormais vintage.

«Quand j'avais 15 ans, mon père m'a demandé: “Quel cadeau d'anniversaire veux-tu?” J’ai répondu: “Papa, s'il te plaît, offre-moi un appareil photo.”»

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(Photo de Ramesh Shukla)

Peu de temps après le départ de son navire, le Dwarka, de Bombay, Ramesh Shukla souffre d’un horrible mal de mer qui freine son désir de découvrir le monde.

Épuisé par le balancement incessant des vagues, il débarque à Charjah, l'un des États de la Trêve qui à l'époque, constituaient collectivement un protectorat informel de l’Empire britannique.

Il y trouve un logement chez un habitant, qui incite le jeune visiteur à se rendre à l'hippodrome de Charjah pour assister à un grand événement de l'époque, une course de chameaux. Désireux de s’immerger dans les images et les sons authentiques de l'Arabie, Ramesh Shukla suit, appareil photo en main.

Accroupi sur le sol le long de l’hippodrome, il repère un groupe d'hommes qui allait fonder les EAU. Parmi eux, le cheikh Zayed ben Sultan al-Nahyane, qui deviendra bientôt le premier président du nouveau pays, fonction qu'il occupe jusqu'à sa mort le 2 novembre 2004.

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Ramesh Shukla avec son appareil photo Rolleicord vintage. (Photo AN/Mohamed Fawzy)

Ramesh Shukla fait douze photographies de cheikh Zayed regardant les courses et revient le lendemain pour lui présenter l'un de ses portraits. Le souverain d'Abu Dhabi, désormais communément appelé le «père de la nation», est tellement impressionné qu'il signe le cliché et offre son stylo à Ramesh Shukla.

«C'est là que la première connexion a lieu», déclare à Arab News le fils de Ramesh Shukla, Neel, son directeur artistique. «C'était la première fois qu'il rencontrait son altesse. Cheikh Zayed lui dit alors: “Ne quittez pas cette région. Restez.”»

Déterminé à rester, Ramesh Shukla fait venir sa femme et leur fils pour vivre avec lui dans son pays d'adoption, pendant ses années de formation.

«J'étais avec lui tout le temps», raconte Neel. «Avant de prendre une photo, il me prenait pour modèle pour s'assurer que la lumière était bonne, puis il prenait la photo.»

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(Photo de Ramesh Shukla)

Entièrement autodidacte, Ramesh Shukla développe un style de photographie caractéristique, capturant des scènes de la vie quotidienne sur film noir et blanc, soulignant la simplicité de la vie nomade dans le pays avant l'unification et le boom pétrolier.

Les sujets de ses premiers travaux tournent autour des Bédouins travailleurs, des troupeaux de chameaux, des bateaux traditionnels abras sur la crique de Dubaï et la tour de l'horloge de Deira, photographiée d'en haut. Il a également documenté les débuts du premier aéroport commercial de Dubaï et du premier musée de la ville.

«C'était la vie aux EAU; il n'y avait rien. Il n'y avait ni lumière ni eau dans ma maison», raconte Ramesh Shukla, soulignant le contraste entre les équipements limités disponibles à l'époque et les infrastructures avancées du pays aujourd'hui. Même l'eau dont il avait besoin pour développer ses photos devait être puisée à côté.

Bien que son style de vie soit modeste, Ramesh Shukla noue de solides relations avec les dirigeants des EAU, ce qui lui vaut le titre informel de «photographe royal». Son accès privilégié aux cours royales fait que ses photographies sont très recherchées, en particulier par les médias indiens.

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Ramesh Shukla avec sa photo emblématique des pères fondateurs des Émirats arabes unis. (Photo AN/Mohamed Fawzy)

Une grande partie de la collection de Ramesh Shukla a été préservée pour la postérité grâce à sa femme, Tarulatta, qui a soigneusement archivé les négatifs de son mari, les protégeant de l'humidité et de la poussière, dans leur modeste maison de Deira, qui se composait d'une chambre noire, d'une cuisine et d'une chambre à coucher. Les archives offrent un témoignage fascinant des cinquante ans de parcours des EAU en tant que nation.

«Il a continué à documenter l’Histoire», déclare Neel. «Nous sommes très soucieux de la collection. Nous ne la commercialisons pas, c'est de l'Histoire. C'est pourquoi il est très aimé, parce qu'il préserve le sacré à ses côtés.»

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(Photo de Ramesh Shukla)

La carte de visite de Ramesh Shukla comporte une impression miniature d'une photographie dont il est particulièrement fier. Le 2 décembre 1971, il assiste à la cérémonie historique au cours de laquelle les dirigeants de Dubaï, d’Abu Dhabi, de Charjah, d’Ajman, de Fujaïrah et d’Oumm al-Qaïwaïn se réunissent pour marquer leur indépendance de la Grande-Bretagne et la création de leur propre pays unifié. Ras al-Khaimah rejoindra l’union le mois suivant.

C'est à ce moment que Ramesh Shukla saisit ce qui allait devenir une photo emblématique des cheikhs se tenant sous le drapeau national de leur nouveau pays. Le mât du drapeau se dresse encore à ce jour dans le quartier de Jumeirah à Dubaï.

«Il y avait beaucoup de bonheur», déclare Ramesh Shukla, se souvenant du jour, il y a un demi-siècle, où il a pris la photo sous le même mât de drapeau. «Les EAU sont nés avec une seule famille.»

Union House, où a été signé l'accord qui a permis la création des EAU, se trouve à proximité. Ramesh Shukla était là, bien sûr, pour capturer devant la caméra le moment historique où cheikh Zayed appose sa signature sur le document. Sa photo des cheikhs rassemblés est devenue le logo de l’«esprit de l’Union», qui a été largement utilisé lors de la quarante-cinquième Fête nationale des EAU, il y a cinq ans.

De nombreuses photos de Ramesh Shukla sont affichées dans les stations le long de la ligne de métro de Dubaï. Plus récemment, sa photo de cheikh Zayed signant l'accord syndical a figuré dans les passeports de l'Expo 2020 Dubaï.

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Ramesh Shukla avec son fils et directeur artistique, Neel Shukla. (Photo AN/Mohamed Fawzy)

En reconnaissance de sa contribution remarquable à l'Histoire nationale des EAU, le photographe a été parmi les premiers membres de la communauté créative de Dubaï à recevoir le très convoité Golden Visa, qui accorde aux détenteurs des droits de résidence à long terme sans avoir besoin d'un parrain national, et la propriété à 100 % de leurs propres entreprises.

Ramesh Shukla a certainement mené une vie riche, documentant l’Histoire d'une nation depuis sa création, notamment son patrimoine naturel et culturel, ses moments les plus importants et les plus dignes, et même la vie de ses chefs d'État.

Pourtant, il ne croit pas à la retraite malgré un travail si dur pendant de nombreuses années.

«La vie commence après 100 ans», conclut-il.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Le prestigieux prix Turner récompense Array Collective, groupe d'artistes nord-irlandais

Un collectif d'artistes nord-irlandais, Array Collective, dont les oeuvres se veulent un écho aux problèmes de l'Irlande du Nord, a remporté mercredi soir le prix Turner, une prestigieuse récompense britannique d'art contemporain. (Photo, AFP)
Un collectif d'artistes nord-irlandais, Array Collective, dont les oeuvres se veulent un écho aux problèmes de l'Irlande du Nord, a remporté mercredi soir le prix Turner, une prestigieuse récompense britannique d'art contemporain. (Photo, AFP)
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  • Basés à Londres, Cardiff ou Hastings, ces collectifs se penchent sur l'organisation du monde à travers la nourriture, veulent favoriser le rapprochement entre communautés
  • Créé en 1984, le Turner Prize, nommé en hommage au peintre William Turner, est réputé pour son anticonformisme et familier des controverses

COVENTRY: Un collectif d'artistes nord-irlandais, Array Collective, dont les oeuvres se veulent un écho aux problèmes de l'Irlande du Nord, a remporté mercredi soir le prix Turner, une prestigieuse récompense britannique d'art contemporain. 

Cinq collectifs d'artistes avaient été nommés parmi les finalistes, une première, plutôt que des artistes individuels, après l'annulation de la précédente édition en raison de la pandémie.

Array Collective, un groupe de onze artistes de Belfast travaillant ensemble depuis 2016, les premiers dans la province britannique à recevoir le prix, a été récompensé "pour ses oeuvres optimistes et dynamiques qui répondent à des problèmes sociaux et politiques urgents affectant l'Irlande du Nord, avec humour, sérieux et beauté",  a expliqué la Tate Britain dans un communiqué. 

Le musée a ajouté que le jury avait été "impressionné" par la capacité du collectif à "traduire son activisme et ses valeurs", en art, cherchant notamment à bousculer les idées dominantes sur l'identité religieuse et ethnique en Irlande du Nord. 

Alex Farquharson, le directeur de la Tate Britain qui préside le jury, a souligné qu'Array Collective abordait des sujets aussi sérieux et variés que les droits des personnes LGBT+, le féminisme ou le sectarisme, avec "doigté" et "convivialité", lors de la cérémonie de remise du prix à la cathédrale de Coventry (centre de l'Angleterre), capitale britannique de la culture en 2021. 

Outre Array Collective, il y avait parmi les finalistes les collectifs Black Obsidian Sound System, Cooking Sections, Gentle/Radical et Project Art Works. 

Ils ont été salués pour leurs oeuvres socialement engagées, et leurs "pratiques collaboratives" qui "reflètent la solidarité et l'esprit communautaire affichés dans la réponse à la pandémie".  

Basés à Londres, Cardiff ou Hastings, ces collectifs se penchent sur l'organisation du monde à travers la nourriture, veulent favoriser le rapprochement entre communautés, favorisent l'expression artistique de personnes souffrant d'un handicap mental ou s'interrogent sur les normes dominantes de la culture sound system au sein de la diaspora africaine. 

Le lauréat remporte 25 000 livres (28 800 euros), les autres finalistes touchant chacun 10 000 livres.

Leurs oeuvres sont exposées dans un musée de Coventry, le Herbert Art Gallery and Museum. 

En 2020, le prix Turner avait été remplacé par des bourses destinées à soutenir dix artistes durant la pandémie, qui a mis à genoux le secteur culturel.

Créé en 1984, le Turner Prize, nommé en hommage au peintre William Turner, est réputé pour son anticonformisme et familier des controverses.


En Tunisie, des femmes DJ cherchent à s'imposer dans un milieu d'hommes

Nada, qui souhaite ouvrir un jour son propre studio de production, est consciente qu' «être une femme DJ en Tunisie, ça fait peur à la plupart des familles. Car tu vas rentrer la nuit et c'est plutôt un truc masculin ». (Photo, AFP)
Nada, qui souhaite ouvrir un jour son propre studio de production, est consciente qu' «être une femme DJ en Tunisie, ça fait peur à la plupart des familles. Car tu vas rentrer la nuit et c'est plutôt un truc masculin ». (Photo, AFP)
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  • Cette assistante caméra dans le cinéma a bénéficié il y a cinq ans d'un stage de trois jours et, pour le reste, s'est formée sur le tas
  • Issue du milieu artistique avec une mère maquilleuse, Fouchika a une famille qui accepte sa passion

TUNIS : Fouchika Junior fait glisser une commande et monte une fréquence. Elle initie aux bases du mixage une poignée de futures DJ en Tunisie, où ont émergé des formations inédites pour que les femmes s'imposent dans le milieu très masculin de l'animation musicale.

Ce jour-là, à l'Institut français de Tunis, Nada Benmadi, 25 ans, touche pour la première fois des platines. Cette aspirante ingénieure du son veut ajouter le métier de DJ à sa palette, à la fois car elle "aime le son et la musique" et aussi pour "réunir les fans de musique électronique, de danse et diffuser de l'énergie positive".

Nada, qui souhaite ouvrir un jour son propre studio de production, est consciente qu'"être une femme DJ en Tunisie, ça fait peur à la plupart des familles. Car tu vas rentrer la nuit et c'est plutôt un truc masculin".

Pour elle, aucun problème toutefois, sa famille est composée de "gens ouverts qui m'encouragent à faire ce que j'aime".

"Un, deux, trois, quatre". Sa prof du jour, Yasmina Gaida, alias Fouchika Junior, 29 ans, est spécialisée en "deep house" et en "afrohouse". Elle bat la mesure et montre comment synchroniser manuellement les morceaux.

Cette assistante caméra dans le cinéma a bénéficié il y a cinq ans d'un stage de trois jours et, pour le reste, s'est formée sur le tas. Elle enseigne le DJing "pour donner une chance aux femmes" qui n'ont "pas la possibilité, ni les moyens" de l'apprendre et pour transmettre l'idée que "c'est possible qu'une femme soit DJ en Tunisie".

«Pas pour les filles»

Fouchika a vu "quelques évolutions" ces dernières années, mais elles ne sont "pas flagrantes". "Les proprios de boîtes de nuit, c'est comme s'ils avaient peur d'embaucher une DJ pour une soirée, au cas où ça ne marcherait pas, parce que ça reste un truc technique" et ils pensent que "ce n'est pas fait pour les filles".

Compliqué aussi pour les femmes de percer, selon elle. "Quand c'est un homme qui se présente, on lui dit: vas-y, envoie-moi ton SoundCloud et il peut venir mixer. Quand c'est une fille, on lui demande: tu as déjà mixé avant? Jamais entendu parler de toi!"

Issue du milieu artistique avec une mère maquilleuse, Fouchika a une famille qui accepte sa passion. Mais elle doit parfois aller "parler aux familles pour leur dire: +tout va bien, on ne fait rien de mal, juste de la musique+".

"Le DJing n'est pas considéré comme +safe+ pour une Tunisienne. C'est vu comme un métier dominé par les hommes, très difficile, qui se passe la nuit dans un environnement qui peut être toxique, violent pour les femmes", confirme à l'AFP Olfa Arfaoui, fondatrice en 2018 de ce qu'elle présente comme la première "DJ Academy for Girls" dans le monde arabe.

«Libérer la parole»

En trois ans, l'Academy, soutenue par des fondations internationales, a formé une centaine de femmes DJ. "Les femmes commencent à intégrer l'espace du clubbing, plus sensibilisé à leur présence. Même s'il y a aussi parfois un peu d'opportunisme à utiliser leur image", note-t-elle.

La DJ Academy for Girls, qui dispense ses ateliers les weekends pour une somme accessible (80 à 90 euros le module de 36H sur trois mois), se veut aussi "école de la deuxième chance pour fournir un deuxième métier, un complément de salaire ou une possibilité de reconversion", selon Mme Arfaoui.

Son école propose des formations complémentaires d'ingénieures du son, de "sound designer", de "live coding" --pour créer des sons via le codage informatique-- ainsi que d'arrangement musical ou encore de production de musique.

L'académie entend aussi jouer un rôle social, en intervenant dans des universités ou écoles afin d'utiliser le DJing, qui "libère la parole et met à l'aise", "pour donner confiance aux jeunes filles et discuter de sujets sensibles comme la menstruation ou les rapports sexuels".

Roua Bida, formée à la DJ Academy il y a environ un an, partage cet état d'esprit militant "contre ces gens qui ont peur pour leur masculinité, qu'on leur arrache des lieux et de l'espace". Quand elle mixe, cette rappeuse de 33 ans "essaye d'introduire des morceaux de musique +féministes+".

Avec Fouchika et d'autres, elles vont monter "très prochainement" un collectif de femmes DJ. "Si on lutte chacune dans notre coin, on aura toujours les mêmes problématiques. Alors que si on est unies, on ira s'imposer et revendiquer nos droits, et les gens vont nous donner notre chance".