Les avancées de la pluie artificielle très prometteuses pour la région arabe assoiffée

Un employé de l'aéroport fait signe à un Beechcraft à deux hélices qui se prépare à décoller pour une mission d'ensemencement des nuages ​​à l'aéroport al-Aïn, aux Émirats arabes unis, le 23 avril 2015. (AFP)
Un employé de l'aéroport fait signe à un Beechcraft à deux hélices qui se prépare à décoller pour une mission d'ensemencement des nuages ​​à l'aéroport al-Aïn, aux Émirats arabes unis, le 23 avril 2015. (AFP)
Un grand défi après la pluie consiste à empêcher son évaporation ou son déversement dans l’océan. (Photo fournis)
Un grand défi après la pluie consiste à empêcher son évaporation ou son déversement dans l’océan. (Photo fournis)
Les Émirats arabes unis, qui ont souffert de rares pluies abondantes en 2006, sont normalement arides pendant la majeure partie de l'année, et le changement climatique exerce une pression réelle sur le pays et ses voisins en termes d'approvisionnement en eau dans le futur. (Photo, AFP)
Les Émirats arabes unis, qui ont souffert de rares pluies abondantes en 2006, sont normalement arides pendant la majeure partie de l'année, et le changement climatique exerce une pression réelle sur le pays et ses voisins en termes d'approvisionnement en eau dans le futur. (Photo, AFP)
Un grand défi après la pluie consiste à empêcher son évaporation ou son déversement dans l’océan. (Photo fournis)
Un grand défi après la pluie consiste à empêcher son évaporation ou son déversement dans l’océan. (Photo fournis)
Un pilote et un responsable des Émirats arabes unis du Centre national de météorologie et de sismologie inspectent un avion Beechcraft, à l'aéroport d'Al- Aïn, avant une autre sortie d'ensemencement des nuages. (AFP/photo d'archives)
Un pilote et un responsable des Émirats arabes unis du Centre national de météorologie et de sismologie inspectent un avion Beechcraft, à l'aéroport d'Al- Aïn, avant une autre sortie d'ensemencement des nuages. (AFP/photo d'archives)
La technologie d'ensemencement des nuages ​​a été essayée pour la première fois dans les années 1940 ,et a été largement utilisée dans les années 1970. (Photo Shutterstock)
La technologie d'ensemencement des nuages ​​a été essayée pour la première fois dans les années 1940 ,et a été largement utilisée dans les années 1970. (Photo Shutterstock)
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Publié le Lundi 09 août 2021

Les avancées de la pluie artificielle très prometteuses pour la région arabe assoiffée

  • L'ensemencement des nuages ​​pourrait jouer un rôle majeur dans l'amélioration de l'approvisionnement en eau durable de la région pour les années à venir
  • Selon l'ONU, c'est la région du monde la plus pauvre en eau, avec dix-sept pays classés en dessous du seuil de pauvreté hydrique

DUBAÏ : Les applications de la technologie des drones sont bien plus nombreuses que la plupart des gens ne se l'imaginent, et manipuler la météo en fait partie. Aux Émirats arabes unis, les scientifiques comptent déployer des véhicules aériens sans pilote pour pénétrer les nuages ​​et générer des précipitations à l'aide de charges électriques, un processus qui s'appuie sur le succès du processus «d'ensemencement des nuages».

Comme dans d'autres pays du Golfe, les fléaux de la chaleur et l'aridité accablent les Émirats arabes unis . D’ailleurs, seulement 1,2 mm de précipitations sont tombés au cours des trois premiers mois de 2021 dans ce pays qui connaît souvent des températures estivales de 50° C. 

Les chercheurs s’activent donc à trouver des solutions innovantes pour les problèmes interdépendants de températures extrêmes, de vagues de chaleur, de pénurie d'eau et de mauvaise qualité de l'air.

Les résultats de leurs travaux profiteraient aux Émirats arabes unis, mais aussi à d'autres pays du Moyen-Orient et d'Asie centrale dont l’environnement est pauvre en eau.

«C’est une initiative très importante et intéressante pour les Émirats arabes unis, non seulement en tant qu'expérience scientifique et en termes de recherche, mais aussi pour faire du pays un centre international des sciences de l'ensemencement des nuages», affirme le Dr Mohamed Chamroukh, un ingénieur civil qui a participé aux études de faisabilité sur cette technologie dans le Royaume en 2007-2008, à Arab News. «Une telle initiative est urgemment requise dans notre région.

L'un des pays les plus secs de la planète, les Émirats arabes unis ne possèdent que peu de ressources en eau douce. Par conséquent, son économie dépend fortement des importations et du dessalement, le processus d'élimination du sel de l'eau de mer, pour irriguer les cultures, et répondre aux demandes de sa population croissante.

En réalité, les Émirats arabes unis détiennent près 14% de l'eau dessalée dans le monde, juste derrière l'Arabie saoudite, qui a également recours à la technologie d'ensemencement des nuages ​​comme moyen potentiel de remédier à sa pénurie d'eau douce.

Riyad a justement approuvé l'année dernière le programme, afin d’augmenter le débit de précipitations dans le royaume de près de 20 %. Aux Émirats arabes unis, ce travail a commencé plus tôt, en 2017, lorsque le gouvernement a investi 15 millions de dollars dans neuf projets d'amélioration de la pluie.

Grâce à la technologie expérimentale des drones, les scientifiques peuvent créer des averses artificielles en livrant des décharges électriques aux cumulus, ce qui les force à s'agglutiner et ainsi produire des précipitations.

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Un pilote et un responsable des Émirats arabes unis du Centre national de météorologie et de sismologie inspectent un avion Beechcraft, à l'aéroport d'Al- Aïn, avant une autre sortie d'ensemencement des nuages. (AFP/photo d'archives)

Les petits planeurs télécommandés, équipés d'une charge utile d'instruments d'émission de charges électriques et de capteurs personnalisés, volent à basse altitude pour fournir une charge électrique aux molécules d'air.

Les nuages ​​portent naturellement des charges positives et négatives, mais en modifiant l'équilibre de ces charges, ces décharges permettent aux gouttelettes d'eau de devenir des gouttes de pluie plus grosses et tomber du ciel.

Certes, une fois la pluie tombée, le prochain défi consiste à empêcher son évaporation ou son déversement dans l’océan. C’est pour cette raison que les Émirats arabes unis ont construit environ 130 barrages et digues, munis d'une capacité de stockage d'environ 120 millions de mètres cubes.

Il existe plusieurs méthodes de déclenchement des précipitations envisagées par les scientifiques, dont notamment la pulvérisation de composés salins, d'iodure d'argent et de neige carbonique dans l'atmosphère.

Si la technique du drone s'avère efficace à long terme, l'ensemencement des nuages ​​pourrait jouer un rôle majeur dans l'amélioration de l'approvisionnement en eau durable de la région au sens large pour les années à venir. Les projets qui concernent l’amélioration de la pluie pourraient contribuer à atténuer les conditions de sécheresse plus efficacement et sans les retombées environnementales et budgétaires associées aux méthodes qui impliquent le lancer de sel.

«Les Émirats Arabes Unis ont une météo et un climat similaires à ceux des autres pays du Golfe, et cette expérience de premier plan leur est très utile», a déclaré Chamroukh.

 

LES CHIFFRES

. 50 pays comptent établir des programmes d'amélioration de la pluie.

. 20 % Augmentation ciblée des précipitations en Arabie saoudite grâce à l'ensemencement des nuages.

. 18 % de la production mondiale d'eau de mer dessalée revient au Royaume.

. 80 à 85 % de la demande en eau de l'Arabie saoudite est actuellement satisfaite par des sources d'eau souterraine.

 

La surface de la Terre est constituée à 71%, mais la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (MENA) ne détient qu’une infime partie de cette ressource vitale. Selon l'ONU, c'est la région du monde la plus pauvre en eau, avec dix-sept pays classés en dessous du seuil de pauvreté hydrique.

Une situation que complique une croissance démographique rapide, la médiocrité des infrastructures, et la surexploitation de ressources déjà limitées. L'agriculture à elle seule représente environ 80% de l'utilisation de l'eau dans la région MENA, selon la Banque mondiale.

Cette surexploitation signifie que les réserves naturelles d'eau souterraine de la région ne se reconstituent pas assez rapidement pour suivre le rythme de la demande. Le dessalement de l'eau de mer et les grands projets de barrages, solutions jusque-là privilégiées, viennent avec leur lot d’inconvénients environnementaux.

Les pénuries pourraient avoir des conséquences humanitaires considérables. Les sécheresses détruisent les moyens de subsistance, déplacent les populations des zones rurales vers les zones urbaines, et peuvent entraîner la prolifération des instabilités sociales et politiques.

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La technologie d'ensemencement des nuages ​​a été essayée pour la première fois dans les années 1940 ,et a été largement utilisée dans les années 1970. (Photo Shutterstock)

Près d’un 1,1 milliard de personnes ne disposent pas d’un accès fiable à l'eau, et 2,7 milliards souffrent de pénuries pendant au moins un mois de l'année. 

D'ici 2025, on estime que les deux tiers de la population mondiale pourraient être confrontés à des pénuries d'eau.

Les prévisions indiquent que les approvisionnements en eau diminueront considérablement d'ici 2030, et que le rationnement pourrait devenir la nouvelle norme, à moins que des solutions durables ne soient mises en œuvre.

Avec les générateurs placés au sol, l'ensemencement des nuages ​​est peut-être un moyen d'aider à reconstituer les réserves en baisse. L'année dernière, les Émirats arabes unis ont mené plus de 200 opérations, dirigées par leur Centre national de météorologie et de sismologie (NCMS).

Une équipe de pilotes et de techniciens de la salle d'opérations dédiée du NCMS a analysé les données sur la base de leur observation de 150 cumulus pour identifier ceux considérés comme «ensemençables».

Ces nuages ​​détachés en forme de chou-fleur sont généralement visibles par beau temps, et entourent souvent des zones montagneuses telles que les montagnes d'Al-Hajar à l'est des Émirats arabes unis, qui détournent l'air chaud provenant du golfe d'Oman. Ils ont tendance à se développer par convection, et à rester à des hauteurs de base de mille kilomètres, avec une largeur allant jusqu'à un kilomètre.

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Les Émirats arabes unis, qui ont souffert de rares pluies abondantes en 2006, sont normalement arides pendant la majeure partie de l'année, et le changement climatique exerce une pression réelle sur le pays et ses voisins en termes d'approvisionnement en eau dans le futur. (Photo, AFP)

«Sur la base de l'expérience acquise par les EAU, ils savent et comprennent mieux comment utiliser leur système de surveillance de chaque goutte d'eau qui tombe», explique Dr Khalil Ammar, scientifique principal en hydrogéologie et gestion des ressources en eau au Centre international de biosaline Agriculture à Dubaï (ICBA). «Ils savent sur quel type de nuage utiliser chaque technologie, pour éviter tout risque d'inondations ou de dommages au sol».

L'ensemencement des nuages ​​est une science en évolution rapide sur laquelle les Émirats arabes unis sont bien placés pour exploiter. Être capable de prédire la répartition et l'intensité des précipitations dans le Golfe et dans la région MENA au sens large pourrait s'avérer essentiel dans les années à venir, car le changement climatique rend les périodes de sécheresse plus fréquentes.

«Il est très important de continuer à enquêter et à utiliser des technologies de pointe pour améliorer les précipitations et augmenter les chances de les voir revenir», affirme Ammar.

Toutefois, les scientifiques doivent être prudents quant aux effets secondaires possibles sur l'environnement, ainsi qu’aux autres risques collatéraux, tel que la pollution et les inondations soudaines.

«Les EAU évitent certains types de nuages ​​qui contiennent d'énormes quantités d'eau», a déclaré Ammar. «Nous devons travailler davantage afin de montrer les résultats de ce programme et des implications et ses avantages. Chaque goutte d'eau que vous pouvez apporter, elle comporte en fin de compte une grande valeur, car elle s'ajoute au système d'approvisionnement en eau du pays et de la région.

Pour Chamroukh, un long chemin reste à parcourir, à la fois dans le développement de la technologie et dans la compréhension scientifique des meilleurs procédés. «Aujourd'hui, il existe de nombreuses techniques d'ensemencement des nuages», a-t-il déclaré.

Ammar et lui aimeraient tous deux voir davantage d'investissements dans les technologies de production de pluie, et beaucoup plus de coopération régionale pour faire face aux dangers communs posés par le changement climatique et les pénuries d'eau.

«L'ensemencement des nuages ​​est une nécessité, pas un choix", insiste Ammar. «Les scientifiques devraient continuer à développer de nouvelles idées et innovations du monde entier et les amener ici, si elles sont abordables et techniquement réalisables à grande échelle».

«Peut-être qu'un programme conjoint pourrait desservir l’ensemble du CCG, car il servirait à améliorer leurs performances, au lieu de travailler séparément».

«Toute cette pluie est précieuse», dit-il. « Les pays ne peuvent pas survivre sans cette ressource inestimable».

 

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• Twitter : @CalineMalek



 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 


Iran: le bilan des morts s'alourdit, le pouvoir appelle à des contre-manifestations

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
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  • "Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien"
  • D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis

PARIS: Le pouvoir iranien a perpétré un "massacre", selon un groupe de défense des droits humains, pour réprimer le mouvement de contestation dans le pays, où les autorités ont appelé à des manifestations lundi en soutien à la République islamique.

L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a déclaré dimanche avoir confirmé la mort d'au moins 192 manifestants, mais averti que le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé.

"Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien".

D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis.

Déclenché à Téhéran le 28 décembre par des commerçants protestant contre la cherté de la vie, il a gagné de nombreuses autres villes. Les autorités ont imposé une coupure d'internet, désormais en vigueur depuis plus de 72 heures, selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, a appelé les autorités à "la plus grande retenue" dans l'usage de la force et à rétablir les communications.

L'IHR a aussi estimé à plus de 2.600 les manifestants arrêtés.

Le pouvoir judiciaire a réitéré que les mis en cause seraient traités "avec fermeté", après que le chef de la police a fait état "d'importantes arrestations".

"Deuil national" 

En fin de journée, le gouvernement a décrété trois jours de deuil national pour les "martyrs de la résistance", en référence notamment aux membres des forces de sécurité tués.

Si les autorités disent comprendre les revendications économiques des manifestants, elles fustigent désormais de plus en plus des "émeutiers" instrumentalisés selon elles par l'étranger, les Etats-Unis et Israël en tête.

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains".

La télévision d'Etat a diffusé des images de bâtiments en feu, dont une mosquée, ainsi que de cortèges funéraires d'agents des forces de l'ordre.

Dimanche, une vidéo largement partagée montrait de nouveau des manifestants se rassemblant dans le quartier de Pounak, à Téhéran, en scandant des slogans en faveur de la monarchie déchue.

La télévision d'Etat s'est efforcée de montrer une forme de retour au calme, diffusant des images d'une circulation fluide. Le gouverneur de Téhéran, Mohammad-Sadegh Motamedian, a affirmé à la télévision que "le nombre de manifestations (était) en baisse".

Très présent sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, fils en exil du chah renversé en 1979, a de son côté appelé à de nouvelles actions, se disant prêt à retourner dans son pays et mener une transition démocratique.

Hôpitaux "débordés" 

Des images publiées sur les réseaux sociaux  - probablement par des moyens satellitaires - ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l'est du pays.

Dans une autre vidéo authentifiée par l'AFP, on voit des dizaines de corps enveloppés dans des sacs noirs devant une morgue de Téhéran, et ce qui semble être des Iraniens à la recherche de leurs proches disparus.

Le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a affirmé que les hôpitaux étaient "débordés" par l'afflux de manifestants blessés, et que les réserves de sang diminuent.

A Téhéran, un journaliste de l'AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne, avec beaucoup de boutiques qui ont baissé le rideau.

Les écoles sont fermées et l'enseignement se fait désormais à distance mais sans internet, il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l'absence de réseau rend toute activité difficile.

Des manifestations de solidarité ont rassemblé des milliers de personnes dimanche à Paris, Londres ou Vienne, tandis qu'à Istanbul, la police turque a bloqué les manifestants devant le consulat iranien.

"Vivant ou non" 

"Nous ne savons rien de nos proches actuellement en Iran", a déploré dans la foule londonienne Fahimeh Moradi, 52 ans. "Mon fils est là-bas, et je ne sais pas s'il est vivant ou non".

Le président américain Donald Trump a répété samedi que Washington se tenait "prêt à aider" les manifestants "aspirant à la liberté".

En cas de frappes américaines, l'Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime des Etats-Unis, a averti le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui dit espérer que Téhéran "serait bientôt délivré du joug de la tyrannie", tandis qu'un haut responsable militaire affirmait que l'armée serait "en mesure de répondre avec force si nécessaire".

La mobilisation survient dans un pays affaibli par une guerre avec Israël en juin et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, ainsi que par les sanctions liées à son programme nucléaire rétablies en septembre par l'ONU.


Soudan: chassé par la guerre, le gouvernement annonce son retour à Khartoum

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
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  • "Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants
  • Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés

KHARTOUM: Le Premier ministre soudanais a annoncé dimanche le retour dans la capitale Khartoum du gouvernement qui en avait été chassé en 2023 par la guerre et avait été transféré à Port-Soudan, dans l'est du pays.

"Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants.

Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés.

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire.

Reprise en mars 2024 par l'armée, Khartoum a depuis enregistré le retour de plus d'un  million de personnes, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Mais après plus de 1.000 jours de guerre, les services de base de la capitale -- hôpitaux, aéroports, centrales électriques-- restent dévastés.

L'ONU estime à environ 350 millions de dollars le coût de la réhabilitation des infrastructures.

Dans son discours dimanche, M. Idris a promis de reconstruire les hôpitaux, d'améliorer les services éducatifs, d'électricité, d'eau et d'assainissement.

Lors d'une visite à Khartoum en juillet dernier, la première depuis sa prise de fonction en mai, il avait déjà affirmé que "Khartoum redeviendra une capitale nationale fière".

Depuis, les autorités ont commencé à reconstruire certains quartiers, même si les FSR ont mené à plusieurs reprises des frappes de drones, notamment contre des infrastructures.

Fin octobre, les paramilitaires qui avaient redirigé leurs offensives vers l'ouest du pays après la perte de la capitale, s'étaient emparés d'El-Facher, la dernière des cinq capitales de la vaste région du Darfour qui était encore contrôlée par l'armée.

Depuis, les FSR se concentrent sur la région voisine du Kordofan, terre pétrolifère située sur l'axe entre le Darfour et Khartoum.

La guerre a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes et déraciné plus de 11 millions d'autres, tant à l'intérieur du territoire qu'au-delà de ses frontières.


Syrie: les forces kurdes quittent Alep après des jours de combats meurtriers

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
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  • L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est"
  • Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations

ALEP: Les forces kurdes en Syrie ont annoncé dimanche l'évacuation de leurs combattants des deux quartiers où ils étaient retranchés à Alep, après plusieurs jours de combats meurtriers contre les forces gouvernementales.

"Nous sommes parvenus à un accord qui a conduit à un cessez-le-feu et permis l'évacuation des martyrs, des blessés, des civils pris au piège et des combattants des quartiers d'Achrafieh et de Cheikh Maqsoud vers le nord et l'est de la Syrie", ont écrit les Forces démocratiques kurdes (FDS) dans un communiqué.

L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est".

Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations.

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles.

Accusations mutuelles 

Les deux camps s'accusent mutuellement d'en être à l'origine.

Ces combats ont fragilisé encore plus un accord conclu en mars entre les deux parties pour intégrer les institutions civiles et militaires de l'administration autonome kurde au sein de l'Etat syrien, qui n'a pas encore été appliqué.

L'évacuation des combattants a été obtenue "grâce à la médiation des parties internationales pour mettre fin aux attaques et aux violations commises contre notre peuple à Alep", a affirmé le FDS, après avoir au contraire dénoncé quelques heures plus tôt des déplacements forcés et des enlèvements de civils.

Depuis Damas, l'émissaire américain Tom Barrack avait lancé samedi un appel à la "retenue" et à la fin des hostilités, après avoir rencontré le président Ahmad al-Chareh dont le gouvernement se dit déterminé à asseoir son autorité sur Alep, la deuxième ville du pays.

Un correspondant de l'AFP posté samedi à l'entrée du quartier Cheikh Maqsoud a vu au moins cinq autocars transporter des hommes, escortés par les forces de sécurité.

Prises au piège pendant des jours, des familles hagardes ont enfin pu quitter le lieu des combats.

Des hommes portent leurs enfants sur le dos, des femmes et des enfants pleurent. "Papa, papa", répète une petite fille cherchant son père.

Mais plusieurs dizaines de jeunes gens sont mis à l'écart par les forces de sécurité, qui les forcent à s'asseoir par terre, tête baissée, sous leur garde, avant de les embarquer dans des cars.

Les FDS, qui ont été le fer de lance de la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique en Syrie, sont soutenues par Washington qui appuie également Ahmad al-Chareh.

Les combats ont fait craindre une escalade régionale, la Turquie voisine se disant prête à intervenir aux côtés des autorités syriennes et Israël prenant la défense des Kurdes.

Depuis la chute de Bachar al-Assad, le pouvoir islamiste s'est engagé à protéger les minorités. Mais les combats d'Alep sont le troisième épisode de violences avec des minorités, après des massacres d'alaouites sur la côte en mars et des combats avec les druzes dans le sud en juillet.

Les Kurdes, qui ont tiré profit du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s'emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, y compris des champs pétroliers et gaziers, réclament notamment un système de gouvernance décentralisé, ce que rejette Damas.