Vol de cryptomonnaies: le pirate "éthique" voulait "s'amuser"

Cette photographie d'illustration prise le 19 juillet 2021 à Istanbul montre un billet de banque physique et des imitations de pièces de la monnaie crypto Bitcoin. (Ozan Kose/AFP)
Cette photographie d'illustration prise le 19 juillet 2021 à Istanbul montre un billet de banque physique et des imitations de pièces de la monnaie crypto Bitcoin. (Ozan Kose/AFP)
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Publié le Vendredi 13 août 2021

Vol de cryptomonnaies: le pirate "éthique" voulait "s'amuser"

  • "Identifier une faille dans l'architecture de Poly Network restera comme l'un des meilleurs moments de ma vie", commente celui qui a entrepris de rendre les jetons piratés
  • Victime mardi de ce vol, Poly Network a adopté un ton d'emblée conciliant avec l'attaquant, en l'exhortant à entrer en communication et à rendre les fonds

SAN FRANCISCO, États-Unis : Le présumé hacker responsable d'un vol record de cryptomonnaies, qui a entamé la confiance dans la sécurité du secteur, a déclaré l'avoir fait "pour s'amuser", dans un texte relayé sur Twitter.

"Identifier une faille dans l'architecture de Poly Network restera comme l'un des meilleurs moments de ma vie", commente celui qui a entrepris de rendre les jetons piratés, d'une valeur de 613 millions de dollars en tout.

Il est désormais considéré comme un "pirate éthique" par Poly Network, la société victime de l'attaque.

"A 8H00 GMT, 342 millions de dollars de crypto-actifs avaient été rendus, dont 4,6 millions en Ethereum, 252 millions en BinanceCoin et 85 millions en OxPolygon", a twitté jeudi la plateforme de finance décentralisée, qui permet de faire des transferts de cryptomonnaies.

Victime mardi de ce vol, Poly Network a adopté un ton d'emblée conciliant avec l'attaquant, en l'exhortant à entrer en communication et à rendre les fonds.

Elle le surnomme désormais "Mr White Hat" (Monsieur chapeau blanc), en référence aux hackers qui piratent des sytèmes informatiques pour identifier les failles et aider des organisations à renforcer leur sécurité. Certaines entreprises organisent même des concours avec récompenses à la clef.

"Alors que notre communication avec Mr White Hat continue, les actifs restants en Ethereum sont graduellement transférés sur le portefeuille multi-adresses requis par Mr White Hat", a précisé Poly Network.

"Nous attendons que Mr White Hat rende tous les cryptoactifs des utilisateurs, comme il l'a indiqué".

Une personne qui assure être ce pirate a donné des explications dans un texte sous forme de questions-réponses, publié sur la plateforme et relayé par divers experts qui suivent l'affaire de près.

"Pourquoi avoir transféré les jetons ? Pour les mettre en sécurité", après avoir repéré une anomalie, mentionne-t-il notamment.

"Pour être honnête, j'avais des ambitions un peu égoïstes, de faire quelque chose de marrant mais pas nuisible... puis j'ai réalisé que d'être un leader moral serait le piratage le plus cool que je pourrai jamais faire".

L'escroquerie a suscité un débat sur l'intérêt d'encourager ce genre de pratique pour renforcer la sécurité de la finance décentralisée.

"Je propose une récompense de 5-10% pour les piratages de crypto", a tweeté @BinomiaPool, qui développe une solution pour sécuriser les transferts. "Ce pourrait être une solution gagnant-gagnant: les pirates ne vont pas en prison. La communauté subit des pertes acceptables. Le code s'améliore".

SlowMist, une firme de cybersécurité, a fait savoir qu'elle était sur la piste du pirate. Mais difficile de savoir si Monsieur Chapeau Blanc pourra vraiment être identifié, s'il pourrait recevoir une récompense ou des poursuites judiciaires.

Le FBI et le ministère de la Justice n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP.


Sri Lanka: hausse des taux d'intérêt, la crise va s'amplifier

Des automobilistes font la queue le long d'une rue pour acheter du carburant dans une station-service à Colombo le 3 juillet 2022 (Photo, AFP).
Des automobilistes font la queue le long d'une rue pour acheter du carburant dans une station-service à Colombo le 3 juillet 2022 (Photo, AFP).
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  • La Banque centrale du Sri Lanka a établi ses taux directeurs de dépôt et d'emprunt à respectivement 14,5% et 15,5% dans le sillage de données ayant montré une inflation record de 54,6% en juin
  • La banque centrale s'attend par ailleurs à ce que le pays entre en récession dans le courant de l'année, après une croissance de 3,7% en 2021

COLOMBO: Le Sri Lanka, en proie à une crise économique sans précédent depuis son indépendance, a augmenté jeudi ses taux d'intérêt d'un point de pourcentage - seconde hausse en trois mois - et la Banque centrale a prévenu que l'inflation pourrait atteindre 80%, anticipant une récession difficile.

La Banque centrale du Sri Lanka a établi ses taux directeurs de dépôt et d'emprunt à respectivement 14,5% et 15,5% dans le sillage de données ayant montré une inflation record de 54,6% en juin.

Selon les autorités, cette hausse des taux vise à contenir celle des prix qui s'emballe et qui pourrait atteindre 80% d'ici la fin de l'année, ainsi qu'à réduire la pression sur une économie en lambeaux.

Pénuries alimentaires, en carburants et coupures prolongées d'électricité ont entraîné depuis plusieurs mois d'importantes manifestations anti-gouvernementales, appelant notamment à la démission du président Gotabaya Rajapaksa.

La banque centrale s'attend par ailleurs à ce que le pays entre en récession dans le courant de l'année, après une croissance de 3,7% en 2021 et une contraction du Produit intérieur brut de 3,6% en 2020.

Le Premier ministre Ranil Wickremesinghe a indiqué au Parlement que le PIB pourrait fondre jusqu'à 7% cette année.

Le gouvernement, qui a fait défaut sur le remboursement d'une dette étrangère de 51 milliards de dollars en avril, négocie un plan de sauvetage avec le Fonds monétaire international.

"Des progrès importants ont été effectués en ce qui concerne les négociations avec le FMI", a relevé la banque centrale, précisant que des tractations se déroulaient également avec des partenaires bilatéraux et multilatéraux pour obtenir des financements intermédiaires.


Le pétrole a fait une incursion sous les 100 dollars, malgré un marché en mal de brut

Un trader le 11 mai 2012 à New York (Photo, AFP).
Un trader le 11 mai 2012 à New York (Photo, AFP).
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  • Le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain, pour livraison en août, a baissé de 0,97% s'installant sous les 100 dollars depuis la veille
  • Les deux références du brut avaient connu leur plus forte baisse quotidienne depuis mars

NEW YORK: Les prix du pétrole ont poursuivi leur déclin mercredi après leur chute de la veille, entraînée par les craintes de récession et d'une baisse de la demande, le Brent faisant une incursion sous les 100 dollars le baril, après le WTI américain qui s'y installe.

Le baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, a perdu 2,02% pour s'inscrire à 100,69 dollars, après avoir glissé en séance sous la barre symbolique des 100 dollars le baril pour la première fois depuis avril.

Le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain, pour livraison en août, a baissé de 0,97% s'installant sous les 100 dollars depuis la veille, à 98,53 dollars.

Mardi, les deux références du brut avaient connu leur plus forte baisse quotidienne depuis mars, lorsque les cours s'étaient envolés avec l'annonce d'un embargo américain sur le pétrole russe, avant de plonger quelques jours plus tard.

"Les prix du Brent ont enregistré la troisième plus forte baisse absolue depuis que le contrat à terme a commencé à être négocié en 1988", ont affirmé les analystes d'UBS, le Brent ayant dégringolé de 9,45% à la clôture après avoir dévissé de près de 11%.

"Ces déclins sont précipités par les craintes qu'une récession ne détruise davantage la demande, qui diminue déjà à cause des prix hauts", a indiqué Andy Lipow de Lipow Oil Associates.

"J'ai traversé six crashes des prix du pétrole dans ma carrière dans l'industrie pétrolière, une récession pourrait en provoquer un septième", a ajouté l'analyste qui juge qu'un ralentissement marqué de l'économie "pourrait renverser" le marché de l'or noir "en provoquant un surplus de l'offre et donc une importante baisse des cours".

"Outre le pessimisme croissant concernant l'avenir de l'économie, les prix du pétrole ont également été affectés par la résurgence du dollar", affirmait pour sa part Stephen Brennock, de PVM Energy.

Le Dollar index, qui compare la devise américaine à d'autres grandes monnaies, a atteint mercredi 107,26 points, un plus haut depuis deux décennies.

Or, une appréciation marquée du billet vert pèse sur l'or noir, puisqu'il affaiblit le pouvoir d'achat des investisseurs utilisant d'autres devises.

Pour Fawad Razaqzada, analyste chez City Index interrogé par l'AFP, les prix du brut ont désormais franchi un niveau psychologique important.

Dans un scénario de récession, les analystes de Citi évoquaient même des prix du pétrole qui tomberaient à 65 dollars le baril d'ici à la fin de l'année, puis à 45 dollars en l'absence d'intervention de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole et leurs alliés (Opep+).

Pas de changement fondamental

Les analystes insistent cependant sur le fait qu'aucun changement fondamental n'a bouleversé le marché du pétrole depuis mardi. L'approvisionnement en or noir reste scruté, des perturbations de la production ayant lieu dans certains pays producteurs.

Pour Stephen Brennock, après le "bain de sang" de la veille, les prix du pétrole devraient même rebondir, les fondamentaux du marché n'ayant pas changé.

"D'une part, une récession pourrait facilement réduire la demande de pétrole. D'autre part, l'offre reste serrée", résume Russ Mould, analyste chez AJ Bell.

Le géant norvégien Equinor a cependant annoncé mercredi la reprise de la production dans trois gisements de pétrole et de gaz, après l'intervention d'Oslo pour mettre fin à une grève qui menaçait les exportations de la Norvège.

L'incertitude se cristallise autour de la capacité de l'Opep+ à produire plus de brut.

L'alliance a réitéré ses "préoccupations concernant les problèmes de capacité dus à des années de sous-investissement et l'impact des interdictions d'importation de la Russie", souligne Susannah Streeter de Hargreaves Lansdown.

"La capacité de réserve de l'Opep (...) s'est amincie pour atteindre son niveau le plus bas depuis des années", avance Stephen Brennock.


Les chefs du MI5 et du FBI mettent en garde contre l'espionnage commercial chinois

Le directeur du FBI Christopher A. Wray à Washington (Photo, AFP).
Le directeur du FBI Christopher A. Wray à Washington (Photo, AFP).
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  • Les chefs du FBI américain et du MI5 britannique ont averti qu'une invasion chinoise de Taïwan perturberait massivement le commerce international
  • Ils ont appelé le monde des affaires à rester vigilant et à signaler d'éventuelles menaces

LONDRES: Les chefs du FBI américain et du MI5 britannique ont mis en garde mercredi contre une poussée de l'espionnage commercial chinois en Occident, lors d'une rare prise de parole commune au siège du renseignement britannique à Londres.

Devant un parterre de responsables et de cadres du monde des affaires à Thames House, le directeur général du MI5 Ken McCallum et le directeur de la police fédérale américaine Chris Wray ont affirmé que la menace des espions chinois ne cessait de grandir.

D'après M. McCallum, le MI5 --service de renseignement intérieur du Royaume-Uni-- a pris soin d'étoffer ses opérations en lien avec la Chine.

"Aujourd'hui, nous menons sept fois plus d'enquêtes qu'en 2018", a-t-il dit. "Nous prévoyons de nous développer à nouveau d'autant, tout en maintenant un effort important contre les menaces secrètes russes et iraniennes".

Selon lui, les services de renseignement chinois adoptent une approche lente et patiente pour développer des sources et accéder aux informations, et peu de personnes ciblées se reconnaissent comme telles.

"Des activités hostiles se déroulent actuellement sur le sol britannique", a-t-il affirmé.

"En termes de volume, la majeure partie de ce qui est menacé par l'agression du Parti communiste chinois, ce n'est pas, pour ainsi dire, les choses dont je m'occupe. C'est ce dont vous vous occupez --l'expertise, la technologie, la recherche et l'avantage commercial de pointe, développés et détenus par les personnes dans cette salle, et d'autres comme vous", a-t-il ajouté.

M. Wray a lui déclaré que la menace chinoise était un "danger complexe, durable et omniprésent" pour les Etats-Unis et le Royaume-Uni ainsi que pour d'autres alliés.

La Chine est "déterminée à voler votre technologie (...) et à l'utiliser pour saper vos activités et dominer votre marché", a-t-il dit.

Les deux hommes ont également averti qu'une invasion chinoise de Taïwan perturberait massivement le commerce et l'industrie mondiaux.

Ils ont appelé le monde des affaires à rester vigilant et à signaler d'éventuelles menaces.

"Le Parti communiste chinois s'intéresse à nos systèmes démocratique, médiatique et juridique. Pas pour les imiter, malheureusement, mais pour les utiliser à son profit", a déclaré M. McCallum.

Pékin, par la voix de son ambassade à Londres, a rejeté ces accusations, les estimant "dépourvues de fondement".

"Les prétendues affaires qu'ils ont évoquées ne sont que des rideaux de fumée", a indiqué un porte-parole de l'ambassade de Chine au Royaume-Uni dans un communiqué publié sur le site internet de la représentation diplomatique.

"Ils propagent toutes sortes de mensonges au sujet de la Chine pour salir le système politique chinois, pour doper le sentiment anti-chinois et son exclusion, et pour détourner l'attention du public afin de camoufler leurs propres actions infâmes", a-t-il lancé.