Kamala Harris veut «faire monter la pression» sur Pékin

Kamala Harris est arrivée mardi soir à Hanoï avec trois heures de retard en raison d'un «incident anormal de santé» dans la capitale vietnamienne. (Photo, AFP)
Kamala Harris est arrivée mardi soir à Hanoï avec trois heures de retard en raison d'un «incident anormal de santé» dans la capitale vietnamienne. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 26 août 2021

Kamala Harris veut «faire monter la pression» sur Pékin

  • Pékin revendique la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, riche en ressources
  • Plusieurs pays d'Asie du Sud-Est, dont le Vietnam, ont des revendications concurrentes

HANOÏ: La vice-présidente américaine Kamala Harris, en visite au Vietnam pour tenter de renforcer les alliances face à la Chine, veut "faire monter la pression" sur Pékin pour qu'il renonce à ses revendications "abusives" sur les eaux contestées de mer de Chine méridionale.

"Nous devons trouver des moyens de faire pression et d'augmenter la pression, franchement, sur Pékin (...) pour qu'il remette en cause ses revendications maritimes abusives et excessives" dans cette zone stratégique, a déclaré mercredi Mme Harris, lors de son entretien avec le président de la République vietnamienne Nguyen Xuan Phuc. 

Pékin revendique la quasi-totalité de cette mer, riche en ressources et par laquelle transite une grande partie du commerce maritime mondial. Plusieurs pays d'Asie du Sud-Est, dont le Vietnam, ont des revendications concurrentes.

"La marine américaine maintiendra une forte présence en mer de Chine méridionale", a promis Mme Harris, ajoutant vouloir "aider le Vietnam à y développer ses capacités de sécurité maritime", alors que Pékin est accusé d'y déployer des équipements militaires, dont des lance-missiles.

"La Chine s'oppose fermement au déploiement de forces (...) pour intervenir dans les affaires régionales et perturber la paix et la stabilité régionales", a réagi le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Wang Wenbin, les médias d'État accusant Washington de vouloir "creuser un fossé" entre les pays d'Asie du Sud-Est et Pékin.

C'était la deuxième fois en deux jours que la vice-présidente américaine s'en prenait à la Chine.

Mardi, à Singapour où elle a entamé sa tournée asiatique, elle avait dénoncé les tentatives chinoises d'"intimidation" dans la région, Pékin répliquant en lançant des reproches similaires sur l'attitude des États-Unis en Afghanistan.

Le spectre de Saïgon

La visite au Vietnam de Kamala Harris intervient à un moment critique pour Washington.

La chute de Kaboul et les évacuations chaotiques depuis la capitale afghane ont réveillé les traumatismes de la guerre du Vietnam et de la fuite des diplomates américains de Saïgon en 1975. 

Mais au moment où la Chine dispute aux États-Unis l'influence politique et la domination navale dans la région indo-pacifique, le Vietnam est stratégiquement et économiquement important pour Washington.

Mme Harris a aussi tenté de focaliser l'attention sur la sécurité sanitaire lors de l'inauguration d'une antenne régionale du Centre américain de contrôle des maladies (CDC).

Après avoir réussi à contenir l'épidémie de coronavirus en 2020, le Vietnam, comme plusieurs pays de la région, est confronté à une flambée sans précédent.

La campagne vaccinale se déploie lentement dans le pays avec un peu moins de 2% des quelque 100 millions d'habitants entièrement vaccinés.

Mme Harris a fait part d'un don d'un million de vaccins qui commenceront à arriver dans les prochaines 24 heures au Vietnam. Washington a déjà offert cinq millions de doses au pays.

La vice-présidente s'est ensuite rendue, sous une pluie battante, au mémorial du sénateur américain John McCain, décédé il y a tout juste trois ans, déposant des fleurs sur le site où son avion avait été abattu par les Nord-Vietnamiens en 1967, pendant la guerre du Vietnam.

Jeudi, deuxième jour de la visite de Mme Harris au Vietnam où elle doit rencontrer des représentants de la société civile, les relations glaciales entre Washington et Pékin resteront au cœur de l'attention. Les différends sont nombreux, allant de la cybersécurité à la lutte pour la suprématie technologique ou aux violations des droits de l'Homme à Hong Kong et au Xinjiang. 

Et l'administration de Joe Biden poursuit pour l'essentiel le bras de fer entamé par Donald Trump.

Rassurer

La vice-présidente américaine s'efforce tout de même d'apaiser les craintes. 

À Singapour, elle a assuré que ces tensions croissantes ne doivent pas contraindre les pays étroitement liés aux deux puissances économiques à choisir leur camp.

Hanoï tente d'ailleurs de tracer sa propre voie entre Washington et Pékin.

Mardi, le Premier ministre Pham Minh Chinh a rencontré l'ambassadeur de Chine, assurant que le Vietnam ne s'alignerait pas "avec un pays contre un autre".

Kamala Harris est arrivée mardi soir à Hanoï avec trois heures de retard en raison d'un "incident anormal de santé" dans la capitale vietnamienne.

Cette expression est généralement utilisée par Washington pour désigner le "syndrome de la Havane", des maux mystérieux détectés il y a cinq ans à Cuba et qui ont affecté depuis des diplomates américains dans plusieurs pays.

Le phénomène a donné lieu à des allégations, encore non prouvées, accusant la Russie ou d'autres pays d'avoir utilisé des engins électroniques de haute intensité pour nuire physiquement à ces diplomates.


Guerre au Moyen-Orient: Trump subit un camouflet au Congrès, Khamenei doit s'exprimer jeudi

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  • Sans attendre un éventuel accord, la résolution votée par la Chambre des représentants ordonne un retrait des troupes américaines engagées depuis fin février contre la République islamique
  • Elle n'a qu'une portée symbolique en raison du droit du veto du président américain

KOWEIT: Donald Trump a jugé mercredi possible que les discussions avec l'Iran aboutissent ce week-end, malgré la reprise des attaques dans le Golfe et le camouflet infligé par les députés américains qui ont voté en faveur de la fin de guerre.

Une déclaration du guide suprême iranien Mojtaba Khamenei est attendue jeudi, au moment où les négociations entre Washington et Téhéran patinent en dépit de la confiance affichée par le président américain.

"On me dit que les négociations se passent très bien (...) Qui sait (...), cela (la fin des discussions) pourrait être ce week-end", a-t-il encore assuré mercredi dans le Bureau ovale, sans exclure qu'elles échouent.

Sans attendre un éventuel accord, la résolution votée par la Chambre des représentants ordonne un retrait des troupes américaines engagées depuis fin février contre la République islamique. Elle n'a qu'une portée symbolique en raison du droit du veto du président américain.

Mais son adoption, avec quatre voix d'élus républicains, confirme le mécontentement suscité aux Etats-Unis par un conflit qui a fait grimper les prix de l'énergie.

Pressé de trouver une porte de sortie, Donald Trump a déjà laissé entrevoir plusieurs fois ces derniers jours un accord proche, sans résultat tangible, tandis que sur le terrain de nouveaux affrontements entre l'Iran et les Etats-Unis dans le Golfe fragilisent le cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril.

Téhéran a en outre averti du risque de "reprise à grande échelle de la guerre" dans la région en cas d'attaque contre Beyrouth, menace brandie par Israël dans le cadre de son offensive au Liban contre le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah.

"Des messages ont été échangés concernant la nécessité de mettre fin à l'agression contre Beyrouth mais aucun progrès tangible n'a été réalisé dans le processus de négociation", a dit le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi dans une interview à la chaîne de télévision libanaise Al Mayadeen rapportée par l'agence iranienne Tasnim.

Attaques contre le Koweït 

Alors que des frappes israéliennes ont fait au moins 10 morts mercredi dans le pays, le Liban et Israël se sont mis d'accord dans la soirée sur "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, jusqu'ici tenue à l'écart.

Mais cette trêve est conditionnée à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah, qui rejette ces pourparlers et a encore revendiqué des attaques contre des positions israéliennes dans le sud du Liban dans la nuit de mercredi à jeudi.

Donald Trump a déclaré vouloir "séparer" les discussions sur le Liban de celles sur l'Iran, alors que Téhéran considère qu'il s'agit d'un seul et même sujet.

Autre point d'achopement: le sort de l'uranium enrichi par l'Iran, que les Etats-Unis et Israël accusent de vouloir se doter de l'arme atomique, ce que Téhéran réfute.

Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a assuré devant une commission parlementaire que la question de l'uranium enrichi était "clairement abordée" avec l'Iran, concédant toutefois que Téhéran n'avait pas donné son feu vert.

Missiles et drones 

Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, dont une déclaration écrite attendue jeudi, 37e anniversaire de la mort du fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeini.

Cette commémoration, qui donne lieu à une grande cérémonie, coïncide cette année avec l'une des principales fêtes chiites célébrée en masse dans les rues.

Elle intervient alors que les hostilités ont repris ces derniers jours, en particulier autour du détroit d'Ormuz, stratégique voie maritime pour les hydrocarbures verrouillée par Téhéran. Ces nouvelles attaques ont fait remonter les cours du pétrole à près de 100 dollars, après une détente la semaine dernière.

Le Koweït a accusé mercredi l'Iran d'une attaque meurtrière (un mort et 63 blessés) contre son aéroport, une première depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, ont démenti avoir attaqué l'aéroport. Ils ont affirmé avoir ciblé une base aérienne au Koweït, et le siège de la Cinquième flotte navale américaine à Bahreïn en riposte à une attaque américaine sur l'île Qeshm, et à celle d'un pétrolier iranien.

Le Koweït a dit avoir été visé au total mercredi par 13 missiles balistiques et 17 drones iraniens.

"Les explosions se succédaient et étaient très proches des zones résidentielles. Pour la première fois, les enfants ont ressenti la gravité de la situation", a raconté à l'AFP Hassan Sheikh, un Pakistanais de 40 ans habitant non loin de l'aéroport.


Trump dit qu'il «aimerait rencontrer» le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei

 Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, considérant dans une interview au site du New York Post que le guide suprême iranien était réellement "impliqué" dans les décisions de Téhéran. (AFP)
Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, considérant dans une interview au site du New York Post que le guide suprême iranien était réellement "impliqué" dans les décisions de Téhéran. (AFP)
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  • "J'aimerais le rencontrer. J'adorerais rencontrer tout le monde et nous allons probablement nous rencontrer, selon ce qui va se passer", a-t-il ajouté alors que les Etats-Unis et l'Iran s'accusent mutuellement de violer un cessez-le-feu fragile
  • Les Iraniens "ont beaucoup de respect pour lui", a ajouté le président.

WASHINGTON: Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, considérant dans une interview au site du New York Post que le guide suprême iranien était réellement "impliqué" dans les décisions de Téhéran.

"J'aimerais le rencontrer. J'adorerais rencontrer tout le monde et nous allons probablement nous rencontrer, selon ce qui va se passer", a-t-il ajouté alors que les Etats-Unis et l'Iran s'accusent mutuellement de violer un cessez-le-feu toujours plus fragile.

Les Iraniens "ont beaucoup de respect pour lui", a ajouté le président. Le nouveau guide n'est toujours pas apparu publiquement en Iran depuis sa nomination consécutive à la mort de son père, dans des bombardements américano-israéliens fin février.

Mardi, le chef de la diplomatie américaine avait déclaré que les Etats-Unis considéraient Mojtaba Khamenei comme "vivant" et "de plus en plus impliqué" dans la direction de la République islamique.

"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", avait affirmé Marco Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien.

Dans son interview Donald Trump a aussi confirmé avoir évoqué avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu les attaques israéliennes sur le Liban, qui mettent en danger le cessez-le-feu en cours au Proche-Orient.

"J'étais un peu perturbé par le fait qu'il se batte sans arrêt avec le Liban. A un moment, j'ai dit : "Bibi, il faut qu'on arrête ça", a-t-il expliqué.

 


Washington pense que Khamenei est «de plus en plus impliqué», dit Rubio

"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", a affirmé M. Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien. (AFP)
"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", a affirmé M. Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien. (AFP)
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  • "Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers"
  • Mojtaba Khamenei a succédé à son père Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne au début de la guerre, mais il n'est pas apparu en public depuis: blessé dans une frappe, il s'exprime uniquement via des messages écrits

WASHINGTON: Les Etats-Unis pensent que le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, est "vivant" et "de plus en plus impliqué" dans la direction du pays, a déclaré mardi le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, exprimant l'espoir que les négociations pour mettre fin à la guerre puissent aboutir.

"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", a affirmé M. Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien.

Mojtaba Khamenei a succédé à son père Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne au début de la guerre, mais il n'est pas apparu en public depuis: blessé dans une frappe, il s'exprime uniquement via des messages écrits.

L'audition mardi de M. Rubio au Sénat est sa première intervention parlementaire depuis le début de la guerre le 28 février, au grand dam des élus démocrates qui réclament à cors et à cri des explications.

"Cette guerre et la décision du gouvernement américain d'imposer un blocus ont désormais pris en otage l'économie mondiale tout entière", a ainsi dénoncé le sénateur démocrate Chris Murphy.

Interrogé sur l'état des négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, qui sont au point mort, le secrétaire d'Etat américain a dit toujours "espérer" un accord pour mettre fin à la guerre sans toutefois s'avancer sur un calendrier.

"Il y a une perspective qui se profile devant nous, et qui pourrait se concrétiser aujourd'hui, demain ou la semaine prochaine", a-t-il déclaré.

"Ils ont accepté de négocier certains aspects de leur programme nucléaire dont, il y a à peine un mois, voire un an, ils refusaient ne serait-ce que de parler", a fait valoir le secrétaire d'Etat, pressé de questions pour savoir comment le président Donald Trump comptait amener l'Iran à conclure un accord.

Il a cependant laissé entendre que cela "ne garantissait pas que cela aboutirait finalement à un accord acceptable".

"S'ils rouvrent le détroit d'Ormuz, nous lèverons notre blocus" des ports iraniens, a encore dit Marco Rubio soulignant que cela n'était pas lié à un allègement des sanctions qui dépend, lui, d'un accord sur le nucléaire.

Il a insisté à plusieurs reprises sur le fait que Washington n'allègerait pas les sanctions contre Téhéran en échange de la réouverture de ce passage stratégique, effectivement bloqué par l'Iran.

"L'opération +Epic Fury+ a largement atteint ses objectifs militaires, à savoir réduire considérablement la base industrielle de défense de l'Iran et affaiblir son bouclier conventionnel", a relevé M. Rubio assurant même en réponse à un sénateur que la guerre était "terminée".

Mais il a convenu que l'Iran "disposait encore de beaucoup de drones".

Les négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par une attaque conjointe israélo-américaine, patinent depuis des semaines.

L'Iran a accusé lundi les Etats-Unis de violer à nouveau le fragile cessez-le-feu conclu le 8 avril, après des frappes américaines ce week-end suivies de représailles militaires iraniennes.