Entre périls et secrets, une vie de chauve-souris

Lampes torches des touristes ou activité des ramasseurs de guano utilisé comme fertilisant comme en Thaïlande: la moindre perturbation peut être dévastatrice. (AFP)
Lampes torches des touristes ou activité des ramasseurs de guano utilisé comme fertilisant comme en Thaïlande: la moindre perturbation peut être dévastatrice. (AFP)
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Publié le Jeudi 26 août 2021

Entre périls et secrets, une vie de chauve-souris

  • De nombreuses espèces vivent dans les arbres et les 40% qui habitent dans des grottes «dépendent aussi en grande partie des forêts pour se nourrir»
  • Depuis 50 millions d'années, ces mammifères sont «résilients» mais aujourd'hui les changements vont «beaucoup trop vite pour que les espèces s'adaptent»

NOYAL-MUZILLAC: Au coeur de la nuit, la nef d'une église bretonne en France résonne de piaillements stridents: entre pipettes et crucifix, l'édifice accueille le check-up annuel de grands murins, l'une des 1 400 espèces de chauves-souris diabolisées par les humains qui ne savent pas ce qu'ils leur doivent.


"19,7 grammes." Accroché par ses griffes la tête en bas dans un tube posé sur une balance, c'est la pesée pour un mâle né il y a quelques semaines dans les combles de l'église de Noyal-Muzillac (nord-ouest de la France) où les femelles du seul mammifère capable de voler mettent bas chaque année.


A la lueur de lampes frontales, les dizaines de chiroptères de cette colonie passent de mains en mains --gantées pour éviter les morsures de petites dents acérées.


Sexe, taille, poids, usure des dents, état des ailes translucides, prise de sang, biopsie... Les bénévoles et scientifiques de l'association Bretagne Vivante et du University College de Dublin examinent les animaux sous toutes les coutures. Avant d'implanter sous la peau des derniers nés un transpondeur pas plus gros qu'un grain de riz.

Et si les chauves-souris détenaient la clé d'une vieillesse bien portante

Vampires immortels et chauves-souris. "Bram Stoker avait peut-être vu juste" en liant son célèbre comte Dracula éternellement jeune à ces mammifères volants, sourit Emma Teeling, généticienne qui explore la longévité exceptionnelle des chiroptères en espérant en faire profiter les humains.


Car la créature tant décriée vit une longue vie en s'épargnant les affres de la vieillesse, tout en hébergeant le virus Ebola ou des coronavirus sans en être malade.


Comme chaque année, la chercheuse de l'University College de Dublin et son équipe récoltent échantillons de sang et biopsies d'ailes sur des grands murins vivant dans des églises ou écoles dans l'Ouest de la France.


"Cela va nous permettre d'avoir des pistes pour comprendre comment nous pouvons vivre plus longtemps en bonne santé, comment nous pouvons combattre les maladies", s'enthousiasme la scientifique irlandaise.


Les chiroptères vivent particulièrement longtemps pour un mammifère de si petite taille.


En général "dans la nature, en regardant la taille d'un animal, on peut prédire sa durée de vie: les petites espèces vivent vite, meurent jeunes, comme les souris; les grosses vivent lentement et longtemps comme la baleine boréale", explique-t-elle à l'AFP.


"Mais les chauves-souris sont uniques. Ce sont parmi les plus petits mammifères, mais elles peuvent vivre pour une durée extraordinaire".


Ainsi, le grand murin qui ne dépasse pas 8 cm peut vivre dix, voire vingt ans. Et en 2005, des chercheurs avaient capturé en Sibérie un murin de Brandt bagué 41 ans plus tôt, soit dix fois plus longtemps qu'attendu par rapport à sa taille.


"Les chauves-souris semblent mettre en oeuvre des mécanismes qui ralentissent le vieillissement", explique Emma Teeling. A tel point qu'il est impossible de savoir quel âge à un animal, une fois qu'il est adulte.


Alors pour en avoir le coeur net, l'équipe de Dublin s'appuie sur le programme de l'ONG Bretagne Vivante qui depuis 2010 implante un transpondeur sur les jeunes grands murins de plusieurs colonies. Ces puces permettent de savoir l'âge de chaque individu recapturé au fil des ans, pour ensuite analyser les divers "biomarqueurs" du vieillissement dans le sang prélevé.


D'abord les télomères, petits morceaux d'ADN situés à l'extrémité du chromosome, qui rétrécissent à chaque fois qu'une cellule se réplique. Mais pas chez le grand murin.

«Tout finit par mourir»

"Leurs télomères ne rétrécissent pas avec l'âge. Cela veut dire qu'ils peuvent protéger leur ADN", s'enflamme Emma Teeling. "Avec le temps, ils accroissent même leur capacité à réparer leur ADN".


Autre piste de recherche: ces mammifères, porteurs de nombreux virus sans être malades, "sont capables de moduler leurs réponses immunitaires".


La pandémie de Covid-19 a mis en évidence qu'un emballement hyper-inflammatoire jouait un rôle clé dans les cas graves de cette maladie chez les humains. Un "orage de cytokine" qui se déclenche chez les patients plusieurs jours après l'apparition des premiers symptômes.


Les chauves-souris, elles, "parviennent à équilibrer la réponse antivirale et la réponse anti-inflammatoire": "si un humain avec un métabolisme de chauve-souris arrivait à l'hôpital, il ne finirait pas sous respirateur".


En collaboration avec d'autres chercheurs dans le monde, la généticienne, qui mène un projet de cartographie du génome des 1.400 espèces de chauves-souris, essaie désormais de développer des outils pour pouvoir utiliser pour l'être humain les secrets des chiroptères.


Il ne s'agit pas "d'humains transgéniques, ou d'humains chauves-souris". "Il faut trouver les moyens de contrôler l'expression de nos gènes pour obtenir le même effet", poursuit la chercheuse, qui espère parvenir à des applications médicales d'ici dix ans, voire plus tôt.


Pour ceux qui fantasmeraient alors sur l'immortalité, Emma Teeling fait redescendre sur Terre. "Tout finit par mourir", lance-t-elle.


"Ce qu'ont les chauves-souris, ce n'est pas la jeunesse éternelle. Elles ne peuvent pas vivre pour toujours mais elles peuvent vivre plus longtemps en bonne santé", sans cancer ni maladies du grand âge.


Comme les "super centenaires" encore fringants jusqu'à la toute fin de leur vie, explique-t-elle, faisant référence à la Française Jeanne Calmant décédée à 122 ans.


Comme l'avait imaginé Bram Stoker, qui a écrit son roman à quelques rues de chez elle à Dublin, "peut-être que tout est dans le sang". "Nous prenons un peu de sang aux chauves-souris, mais au lieu de les vampiriser, nous leur faisons dévoiler leurs secrets".

Depuis dix ans, plusieurs milliers de grands murins, espèce protégée à la fourrure sombre, ont ainsi été marqués, pour pouvoir suivre leurs déplacements de gite en gite, explique Corentin Le Floch, de Bretagne Vivante.


"L'objectif est de mieux connaître leur aire de vie, la survie des individus, comprendre comment ils utilisent le territoire et ainsi comment mieux protéger leurs habitats, leurs sites de reproduction et d'hibernation".


Mais pourquoi tant vouloir protéger l'animal qui suscite chez beaucoup crainte et dégoût, et qu'on a rarement autant montré du doigt que depuis l'apparition du Covid-19 --sa transmission d'une chauve-souris à un animal intermédiaire avant la contamination des humains reste l'hypothèse la plus probable pour l'Organisation mondiale de la santé.


Parce qu'elles sont menacées. De la minuscule "chauve-souris bourdon" de 2 g au renard volant des Philippines d'1,5m d'envergure, environ 40% des 1.321 espèces évaluées sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) sont classées en danger.


Et parce que loin des fantasmes de la bête suceuse de sang qui s'accroche dans les cheveux, les "services qu'elles nous rendent sont si immenses et divers qu'ils touchent tous les aspects de notre vie", résume Rodrigo Medellin, co-président du groupe chauve-souris de l'UICN.

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Insectivores, frugivores ou nectarivores, pour les chauves-souris, le danger numéro un est la destruction de leur environnement, en particulier la déforestation, selon les experts. (AFP)

Déforestation et changement climatique
A l'image de l'ensemble de la biodiversité de la planète, mise à l'honneur lors du congrès de l'UICN début septembre, les chiroptères sont de plus en plus menacés par les êtres humains.


"On perd des espèces partout dans le monde", relève Julie Marmet, chiroptérologue au Museum national d'histoire naturelle en France. 


Depuis 50 millions d'années, ces mammifères sont "résilients" mais aujourd'hui les changements vont "beaucoup trop vite pour que les espèces s'adaptent", poursuit-elle.


Insectivores, frugivores ou nectarivores, pour les chauves-souris, le danger numéro un est la destruction de leur environnement, en particulier la déforestation, selon les experts.


De nombreuses espèces vivent dans les arbres et les 40% qui habitent dans des grottes "dépendent aussi en grande partie des forêts pour se nourrir", explique Winifred Frick, scientifique en chef de Bat Conservation International.


Les grottes ne sont pas plus sûres. Lampes torches des touristes ou activité des ramasseurs de guano utilisé comme fertilisant comme en Thaïlande: la moindre perturbation peut être dévastatrice. "Surtout quand les mamans ont leur petit", insiste la biologiste.


D'autant que la plupart des espèces n'ont qu'un bébé par an, un chiffre très inhabituel pour un mammifère si petit --encore une idée reçue d'ailleurs, elles ne pullulent pas comme les rats, insiste Julie Marmet. Alors "s'il y a un problème sur une colonie, c'est fichu".


Et déjà, elles sont victimes du changement climatique. Comme les renards volants d'Australie décimés par les canicules ou les molosses du Brésil victimes du froid au Texas.


Ces petites chauves-souris ont cessé de migrer l'hiver vers le Mexique pour rester sous les ponts texans à la faveur des températures plus clémentes ces dernières années. Mais "l'hiver dernier, il y a eu un épisode de grand froid: des milliers et des milliers sont mortes d'hypothermie", raconte Winifred Frick.


En choisissant un habitat apparemment adapté, "directement au-dessus de la rivière, leur restaurant", mais finalement vulnérable, elles sont tombées dans un "piège écologique".

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Rien qu'aux Etats-Unis, 500 000 sont tuées chaque année par les turbines à vent, selon des études. (AFP)

Pale fatale 
Hors de chez elle, la vie d'une chauve-souris est semée d'obstacles.


En Asie du Sud-Est ou en Afrique, les plus grosses sont victimes de chasseurs, pour leur viande, parfois juste pour le sport. Ailleurs, les espèces insectivores risquent la diète, leur garde-manger décimé par les pesticides.


Déjà victimes de collisions avec les voitures, elles doivent aujourd'hui éviter les éoliennes. Une pale peut être fatale. Et même sans contact, leurs organes internes ne résistent pas au changement de pression lié au déplacement d'air.


Rien qu'aux Etats-Unis, 500.000 sont tuées chaque année par les turbines à vent, selon des études.


Sans compter les prédateurs, chouettes, serpents ou chats. Il y a une grotte en Jamaïque où "en une heure, un chat peut tuer 20 chauves-souris: il les assomme d'un coup de patte, leur arrache les ailes et en fait son casse-croute", raconte Winifred Frick.


Ou les pièges posés par inadvertance, relate Andrzej Kepel, de l'association polonaise Salamandra.


Imaginez un éclairage à détection de mouvement, une cage d'escalier, la migration de pipistrelles qui ne volent que dans le noir: la halte éphémère se transforme en cauchemar.


"Quand elles essaient de s'envoler, les lumières s'allument, elles se posent. Elles essaient encore et encore", raconte le naturaliste. "Leurs cris attirent d'autres chauves-souris. Après quelques jours, il y en a des centaines dans la cage d'escalier, c'est la panique" chez les humains. Les pipistrelles piégées meurent de faim.

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Certaines espèces peuvent avaler la moitié de leur poids en insectes chaque nuit, selon Bat Conservation International. (AFP)

Secrets 
Et pourtant. Personne ne le sait mais sans elles, on ne mangerait pas pareil.


Vous avez déjà bu un café, dégusté une galette de maïs, croqué dans une figue ? Remerciez les chauves-souris, dit en substance le Pr Medellin de l'IUCN. "Elles sont le meilleur pesticide naturel".


Certaines espèces peuvent avaler la moitié de leur poids en insectes chaque nuit, selon Bat Conservation International. Un assistant gratuit pour les agriculteurs et un anti-moustique naturel.


D'un arbre à l'autre, les espèces frugivores contribuent à la dispersion des graines. Certaines sont même des pollinisatrices méconnues. "Nous avons de la tequila parce que les chauves-souris pollinisent les fleurs d'agave depuis des millions d'années", sourit le Pr Medellin.


Au-delà, l'étonnante constitution des bestioles intrigue les scientifiques qui rêvent d'en percer les secrets pour en faire profiter les humains. 


Voler en rase-motte, faire des virages brusques pour éviter les obstacles, se repérer grâce à l'écholocation (écho des ultrasons qu'elles émettent): le sonar naturel des chauves-souris inspire les ingénieurs.


Sans être malade, la créature --dont l'anagramme forme "souche à virus"-- peut héberger de nombreux virus mortels pour les humains, comme des coronavirus ou Ebola.


Et, sans subir l'effet de l'âge, elle vit exceptionnellement longtemps vu sa petite taille. La généticienne Emma Teeling du University College de Dublin y cherche très sérieusement la clé pour épargner aux humains les douleurs de la vieillesse...


- Dracula et le pape -
"Dans la cosmogonie des Mayas, les chauves-souris jouent un grand rôle dans la création de l'univers", rappelle d'ailleurs Rodrigo Medellin.


Mais en Occident, ces "animaux de la nuit peu connus" ont mauvaise presse, commente Julie Marmet. Elles sont devenues "le symbole de l'horreur" avec Halloween et les films d'épouvante.


Bram Stoker et son célèbre Dracula créé au XIXe siècle, première association dans la littérature entre vampires et chauves-souris, y sont pour beaucoup.


A partir de là, "elles ont commencé à être accusées d'être des envoyées du diable, d'être diaboliques, dégoutantes et vectrices de maladies", poursuit M. Medellin.


Batman n'a rien pu y faire. Même en 2020, le pape François lançait: "Quand nous sommes dans le péché, nous sommes comme des chauves-souris humaines".


Il n'y a pourtant que trois chauves-souris vampires, en Amérique du Sud, et qui se nourrissent principalement de sang animal, pas humain.


Ça fait peur, ça mord, c'est moche, mais à force de les étudier, les scientifiques finissent par les aimer. "C'est mignon! On s'y attache", lance Corentin Le Floch.


Dans l'église de Noyal-Muzillac, c'est l'heure du goûter. Un grand murin grignote un ver de farine qui frétille. Une caresse sur ses petites oreilles pointues et c'est la liberté.


Mondial-2026: l'Egypte renverse la Nouvelle-Zélande (3-1) et entrevoit les 16es

Apathique jusque-là, l'Egypte a abordé la seconde période avec d'autres intentions et c'est Mostafa Zico, lui aussi de la tête, qui a égalisé (58e), avant de permettre à Salah de marquer son troisième but dans un Mondial (deux en 2018) d'un plat du pied délicieux à la "Salah". (AFP)
Apathique jusque-là, l'Egypte a abordé la seconde période avec d'autres intentions et c'est Mostafa Zico, lui aussi de la tête, qui a égalisé (58e), avant de permettre à Salah de marquer son troisième but dans un Mondial (deux en 2018) d'un plat du pied délicieux à la "Salah". (AFP)
  • Profitant du nul entre la Belgique et l'Iran (0-0) plus tôt à Los Angeles, les Egyptiens prennent seuls la tête du groupe G avec deux points de mieux que leurs rivaux précités
  • Un nul contre les Iraniens vendredi à Seattle leur suffira pour valider leur ticket pour le tour suivant. Ce qui serait une première en quatre participations pour le septuple champion d'Afrique

VANCOUVER: L'Egypte, pourtant menée durant une heure, a réussi à renverser la situation, pour finalement remporter sa toute première victoire en Coupe du monde, aux dépens de la Nouvelle-Zélande (3-1), et ainsi entrevoir les 16e de finale, dimanche à Vancouver.

Profitant du nul entre la Belgique et l'Iran (0-0) plus tôt à Los Angeles, les Egyptiens prennent seuls la tête du groupe G avec deux points de mieux que leurs rivaux précités.

Un nul contre les Iraniens vendredi à Seattle leur suffira pour valider leur ticket pour le tour suivant. Ce qui serait une première en quatre participations pour le septuple champion d'Afrique.

Voilà donc l'Egypte en ballottage bien favorable, mais l'histoire avait commencé à s'écrire autrement face à des Néo-Zélandais bien mieux entrés dans le match, grâce à l'ouverture du score de leur défenseur Finn Surman, auteur d'un coup de tête puissant (15e).

Apathique jusque-là, l'Egypte a abordé la seconde période avec d'autres intentions et c'est Mostafa Zico, lui aussi de la tête, qui a égalisé (58e), avant de permettre à Salah de marquer son troisième but dans un Mondial (deux en 2018) d'un plat du pied délicieux à la "Salah".

Et un homonyme célèbre suivant un autre, Trezeguet s'est chargé de donner de la largesse au résultat (82e) mérité pour son équipe, qui a su réagir dos au mur.

"Dans les années à venir, on se souviendra que cela a été l'un des grands moments de l'histoire. On avait l'impression de jouer (chez nous) en Égypte", a déclaré Salah après le match. "C'est une superbe victoire et l'ambiance était géniale."

Les All Whites eux n'ont pas réussi à garder leur avantage plus d'une heure, mais ils conservent tout de même l'espoir de se qualifier. Il leur faudra pour cela battre la Belgique sur cette même pelouse de la BC Place vendredi. Ce qui serait un sacré exploit, mais pas impossible au regard des doutes qui traversent les Diables Rouges dans ce tournoi.


L'art numérique se fait une place sur le marché de l'art à la foire de Bâle

En plein débat sur l'intelligence artificielle (IA), les organisateurs de cet événement phare pour le marché de l'art contemporain, qui referme ses portes dimanche soir, ont voulu mettre en lumière ce segment qui cherche encore sa place sur le marché après l'éclatement en 2022 de la bulle des NFT ("Non-fungible tokens", des objets numériques uniques à collectionner, NDLR). (AFP)
En plein débat sur l'intelligence artificielle (IA), les organisateurs de cet événement phare pour le marché de l'art contemporain, qui referme ses portes dimanche soir, ont voulu mettre en lumière ce segment qui cherche encore sa place sur le marché après l'éclatement en 2022 de la bulle des NFT ("Non-fungible tokens", des objets numériques uniques à collectionner, NDLR). (AFP)
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  • Dès le premier jour de la foire, un triptyque sur écrans LED de l'artiste irlandais John Gerrard, présenté dans cette exposition, s'est vendu pour un demi-million de dollars
  • En 2021, un NFT de l'artiste américain Beeple s'était arraché à 69,3 millions de dollars au sommet de la bulle, mais les prix s'étaient effondrés l'année suivante

BALE: Entre une toile de Picasso et une sculpture de Niki de Saint Phalle, les organisateurs de la foire de Bâle, en Suisse, ont mis un coup de projecteur sur l'art numérique pour détailler comment les artistes s'emparent des outils technologiques.

En plein débat sur l'intelligence artificielle (IA), les organisateurs de cet événement phare pour le marché de l'art contemporain, qui referme ses portes dimanche soir, ont voulu mettre en lumière ce segment qui cherche encore sa place sur le marché après l'éclatement en 2022 de la bulle des NFT ("Non-fungible tokens", des objets numériques uniques à collectionner, NDLR).

Dans une section à part appelée Zero 10, la foire expose 16 oeuvres qui donnent un aperçu de la palette d'outils à la disposition des artistes, en présentant l'art numérique "dans son acceptation large", précise l'artiste américain Trevor Paglen, 51 ans, co-responsable de cette exposition.

"L'idée que les artistes utilisent les technologies n'est pas si nouvelle", a-t-il déclaré à l'AFP, expliquant que l'art numérique ne se résumait pas aux NFT. Il a voulu montrer que dès les "les années 1950", les artistes cherchaient déjà à produire "des images générées par ordinateur".

L'exposition présente notamment une installation de l'artiste allemande Hito Steyerl, intitulée "Green screen", couverte d'un côté de plantes dont les signaux bioélectriques sont utilisés pour produire, de l'autre côté, des images de fleurs pixelisées.

Le Français William Mapan, 38 ans, qui se définit comme "codeur et peintre" y présente lui une série de toiles intitulées "paysages plausibles". Pendant deux ans, cet artiste parisien a développé un algorithme qui génère des milliers de compositions abstraites. Et lorsque l'une de ces images aléatoires en noir et blanc lui rappelle une photo ou un souvenir, il reprend ses pinceaux et la reproduit sur la toile en y ajoutant ses couleurs, a-t-il expliqué à l'AFP.

Segment émergent 

L'artiste ouzbek Aziza Kadyri, 31 ans, présente de son côté des étoffes ornées de fines broderies produites en se jouant des erreurs de l'intelligence artificielle. Pour concevoir les motifs, elle commence par soumettre à une IA des broderies Suzani, la broderie traditionnelle d'Asie centrale, en sachant parfaitement que cette IA va les interpréter de travers, passer à côté de leur signification et finalement lui proposer un dessin complètement à côté de la plaque qu'elle s'amuse ensuite à reproduire sur étoffe en utilisant les techniques traditionnelles de la broderie ouzbèke.

Selon un rapport réalisé pour la foire par UBS et le cabinet Arts Economics, l'art numérique ne représentait que 0,4% des ventes sur le marché de l'art en 2025, contre 59% pour la peinture et 15% pour la sculpture. Le rapport note cependant un intérêt grandissant de la part des riches collectionneurs.

Dès le premier jour de la foire, un triptyque sur écrans LED de l'artiste irlandais John Gerrard, présenté dans cette exposition, s'est vendu pour un demi-million de dollars.

Le souvenir de la bulle des NFT est toutefois encore très frais dans les mémoires. En 2021, un NFT de l'artiste américain Beeple s'était arraché à 69,3 millions de dollars au sommet de la bulle, mais les prix s'étaient effondrés l'année suivante.

Les choses sont différentes quand "la démarche aboutit sur une oeuvre tangible", a indiqué à l'AFP Hans Laenen, expert en art chez Axa XL, pour ces nouvelles formes d'art numérique qui ont "beaucoup plus de chances de rester".

"L'art numérique est un domaines de création qui évolue très vite", et "finira par trouver sa place", estime lui aussi Nicolas Kaddeche, qui exerce chez l'assureur Hiscox, même s'il faut "rester prudent", selon lui.

"Cela reste un segment émergent et encore très spéculatif", prévient-il.


La nouvelle saison de l’IMA démarre, par un événement dédié au mariage dans le Maghreb

La présidente de l'IMA, Anne-Claire Legendre, a dévoilé le contenu de la saison 2026/2027, conçu « sous le signe de la jeunesse », selon ses termes. (Photo Arlette Khouri)
La présidente de l'IMA, Anne-Claire Legendre, a dévoilé le contenu de la saison 2026/2027, conçu « sous le signe de la jeunesse », selon ses termes. (Photo Arlette Khouri)
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  • Au-delà de cette parade spectaculaire, la saison 2026/2027 de l’Institut du monde arabe s’inscrit dans une ambition plus large qui est de faire de l’institution un lieu pleinement ouvert, vivant, et tourné vers les nouvelles générations
  • Sous l’impulsion de Legendre, cette programmation entend conjuguer héritage et création contemporaine, transmission et innovation, dans un dialogue constant entre les cultures

PARIS: Le 4 juillet prochain, les rues de Paris, ou du moins celles reliant l’Institut du monde arabe (IMA) au Grand Palais, deux bâtiments emblématiques de la capitale française, vibreront au rythme du Maghreb.

Des voitures de mariage décorées selon les traditions des différents pays du Maghreb sillonneront les rues reliant les deux institutions ainsi que celles de plusieurs communes périphériques, avec à la clé des cérémonies de henné, de la musique orientale et des concerts de youyous.

C’est l’innovation la plus originale et la plus cocasse de la saison 2026-2027 de l’IMA, dont la présidente, Anne-Claire Legendre, a dévoilé le contenu, conçu « sous le signe de la jeunesse », selon ses termes.

Un événement festif

Il s’agit d’un événement festif, reflet des joies de la vie réelle, imaginé par Mohamed Bourouissa, plasticien algérien qui s’est inspiré des rituels du mariage pour concevoir une création mêlant mémoire, musique et célébration collective.

Au-delà de cette parade spectaculaire, la saison 2026-2027 de l’Institut du monde arabe s’inscrit dans une ambition plus large : faire de l’institution un lieu pleinement ouvert, vivant et tourné vers les nouvelles générations.

Sous l’impulsion d’Anne-Claire Legendre, cette programmation entend conjuguer héritage et création contemporaine, transmission et innovation, dans un dialogue constant entre les cultures.

Dès l’été, l’IMA investira son vaste parvis, conçu par Jean Nouvel, en le transformant en un espace de convivialité accessible à tous, avec du mobilier urbain, une offre de restauration légère et des espaces de détente invitant les visiteurs à s’approprier ce lieu comme un véritable espace de rencontre.

Ce dispositif s’accompagnera d’une programmation estivale riche, notamment à l’occasion de la Fête de la musique, revisitée à travers une création poétique et musicale inspirée de l’écrivain libanais Gibran Khalil Gibran.

L’été sera également rythmé par une offre renforcée de médiation culturelle, ouverte dès le plus jeune âge. Des ateliers de calligraphie, des contes, des carnets de voyage ou encore des stages linguistiques viendront compléter cette volonté d’ancrer l’IMA dans une dynamique familiale.

La promenade du « Paris arabe historique », organisée chaque semaine, prolongera cette immersion en dehors des murs de l’institution.

Mais au cœur de la saison, un premier grand axe intitulé « Héritage et circulation » mettra en lumière les continuités culturelles entre passé et présent.

Trois expositions majeures

Trois expositions majeures structureront cette réflexion. La première, consacrée aux rituels du mariage en Algérie, au Maroc et en Tunisie, prolongera la parade inaugurale en explorant les traditions et leur réinterprétation par des artistes contemporains.

Des costumes, des objets et des témoignages constitueront le socle d’une programmation de débats et de rencontres autour des réalités sociales du mariage.

IMA
L'exposition sur les rituels du mariage en Algérie, au Maroc et en Tunisie, prolongera la parade inaugurale en explorant les traditions et leur réinterprétation par des artistes contemporains. (Photo Arlette Khouri)

Une seconde exposition immersive plongera les visiteurs dans les splendeurs de l’Alhambra. À travers objets, reconstitutions et dispositifs sensoriels, elle offrira une exploration des arts nasrides, de la calligraphie aux jeux d’eau en passant par les motifs géométriques.

Enfin, une troisième exposition, en partenariat avec l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine, rappellera l’urgence de préserver les sites culturels menacés, de Mossoul à Alep, en passant par Beyrouth.

Dans cette même logique de transmission, l’IMA valorisera sa riche photothèque, forte de plus de 86 000 clichés, dont une sélection consacrée à la Palestine. Cette initiative s’inscrit dans un effort plus large de numérisation et d’accessibilité du patrimoine.

Parallèlement, la saison fera la part belle aux « nouvelles scènes » du monde arabe. Littérature, poésie, musique, cinéma, design et mode seront réunis dans une programmation foisonnante.

Une semaine dédiée à la langue arabe, en décembre, mettra à l’honneur auteurs, traducteurs et éditeurs, tandis que le Prix de la littérature arabe gagnera en visibilité, notamment auprès des lycéens.

La poésie occupera une place centrale, avec des rencontres régulières et un événement inédit, « Poésie sous les étoiles », parrainé par le grand poète Adonis, qui mettra en lumière une nouvelle génération de poétesses.

Côté musique, l’IMA poursuivra son exploration des traditions arabo-andalouses sous la houlette de l’ancien ambassadeur François Gouyette, tout en lançant un nouveau festival, « Arab Touch », consacré aux expressions contemporaines, du rap à l’électro.

Le cinéma constituera également un pilier de cette saison, avec des avant-premières régulières et de nouveaux partenariats, notamment autour de l’adaptation d’œuvres littéraires.

Le spectacle vivant ne sera pas en reste, avec le retour du festival « L’IMA fait son festival » et une programmation mêlant théâtre, danse et humour.

Les figures marquantes seront également à l’honneur avec l’inauguration de la bibliothèque Leila Shahid, ancienne ambassadrice de la Palestine, ainsi qu’une soirée dédiée au musicien Ziad Rahbani, avec la participation de Toufic Farroukh, son ami de longue date et musicien lui aussi.

Dans le domaine des industries créatives, l’IMA renforcera sa présence lors des grands rendez-vous parisiens. Prix du design, prix de la mode et lancement d’un prix d’art contemporain du monde arabe témoigneront de cette volonté de soutenir les talents émergents et de créer des passerelles professionnelles.

La langue arabe

Troisième pilier de la saison, la « Fabrique des savoirs » proposera un éclairage sur les grandes questions historiques et contemporaines. Les Journées de l’histoire seront consacrées aux sciences arabes, tandis que des débats aborderont les enjeux géopolitiques et sociétaux actuels.

Mais c’est l’attention portée à la jeunesse qui constitue la véritable nouveauté de cette saison. Pour la première fois, une exposition entièrement dédiée aux enfants permettra de découvrir le monde arabe de manière ludique et pédagogique.

Des projets participatifs, notamment avec le dramaturge et ancien directeur du Théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad, offriront aux jeunes un espace d’expression et de réflexion.

Cette ouverture se veut également sociale et territoriale. L’IMA multipliera les actions en direction des publics éloignés, notamment à travers des programmes d’art-thérapie ou des dispositifs adaptés aux personnes en situation de handicap.

Enfin, la question de la langue arabe occupe une place stratégique dans cette programmation. L’IMA ambitionne de contribuer à son enseignement à l’échelle nationale en proposant des formations certifiées et en accompagnant les bibliothèques dans le développement de fonds en langue arabe.

Plus que jamais, affirme Anne-Claire Legendre, l’Institut entend être « ce lieu singulier où les récits se croisent sans se confondre » et où la culture « fait ce qu’elle sait faire le mieux : maintenir vivant ce qui nous relie », en dépit des vents contraires.