Éthiopie: des civils racontent l'avancée des tigréens en Amhara

Des enfants déplacés par les combats dans le nord de l'Éthiopie jouent parmi des sacs de vêtements à l'école Addis Fana où ils sont temporairement hébergés, dans la ville de Dessie, en Éthiopie, le 23 août 2021. Eduardo Soteras/AFP)
Des enfants déplacés par les combats dans le nord de l'Éthiopie jouent parmi des sacs de vêtements à l'école Addis Fana où ils sont temporairement hébergés, dans la ville de Dessie, en Éthiopie, le 23 août 2021. Eduardo Soteras/AFP)
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Publié le Vendredi 27 août 2021

Éthiopie: des civils racontent l'avancée des tigréens en Amhara

  • "Ils veulent nous supprimer et nous gouverner. C'est un acte de nettoyage ethnique"
  • En Afar et Amhara, les bombardements à l'arme lourde ont tué un nombre indéterminé de civils et déplacé des centaines de milliers d'autres

DESSIE, Éthiopie : Quand les rebelles tigréens ont pris le village de Hara, dans le nord de l'Éthiopie, ils ont parcouru les rues, traquant les jeunes hommes valides qui auraient pu combattre contre eux aux côtés des forces gouvernementales.

Toute personne avec une carte d'affiliation de milice était suspecte. Une simple trace sur l'épaule, comme celle laissée par une sangle de fusil, pouvait jeter le soupçon, même s'il est courant pour les agriculteurs de la région de l'Amhara -miliciens ou non- de porter des kalachnikovs.

Adisse Wonde raconte qu'avant la fin de la journée, les rebelles avaient tué deux hommes dans leurs maisons et un troisième près de la rivière voisine. Il affirme avoir enterré les trois.

"Ils veulent nous supprimer et nous gouverner. C'est un acte de nettoyage ethnique", affirme cet homme de 49 ans en évoquant les rebelles de la région voisine du Tigré.

Ces meurtres présumés au début du mois à Hara ne sont qu'un exemple des atrocités décrites par les témoins d'une guerre qui s'étend dans le nord de l'Éthiopie.

En novembre, le Premier ministre Abiy Ahmed a envoyé l'armée au Tigré, région la plus septentrionale du pays, pour renverser les autorités dissidentes, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Selon le prix Nobel de la paix 2019, cette opération répondait à des attaques contre des camps de l'armée fédérale ordonnées par le TPLF. La victoire devait être rapide.

Au lieu de cela, la région s'est enfoncée dans un conflit dévastateur, marqué par de nombreuses exactions contre les civils.

Fin juin, les forces pro-TPLF ont repris la capitale régionale Mekele, puis l'essentiel du Tigré et poussé dans les régions limitrophes de l'Amhara et de l'Afar pour mettre fin à ce qu'elles décrivent comme un blocus humanitaire du Tigré et pour empêcher les forces pro-gouvernementales de se regrouper.

- Marche de 15 heures -

En Afar et Amhara, les bombardements à l'arme lourde ont tué un nombre indéterminé de civils et déplacé des centaines de milliers d'autres.

Les rebelles rejettent les accusations de massacres, qu'ils qualifient de propagande pro-gouvernementale "sans fondement".

Les civils déplacés en Amhara racontent une histoire différente, accusant les combattants du TPLF de meurtres, de pillages et de bombardements aveugles.

Face à l'avancée du TPLF, Muchayu Degin s'est cachée chez elle, à Kobo, durant une semaine avec ses sept enfants, tremblant de peur alors que les tirs d'artillerie se rapprochaient.

Affamée et désespérée, cette femme de 55 ans a finalement pris son courage à deux mains et fui à pied avec sa famille, marchant durant 15 heures sur des routes jonchées de corps criblés de balles jusqu'à la ville de Woldiya.

Elle a ensuite gagné la ville de Dessie, devenue point de convergence des déplacés de la région.

Comme des milliers d'autres réfugiés, elle dort sur un mince tapis dans une salle de classe surpeuplée d'une école primaire et vit de distribution de nourriture et de dons des habitants.

Cela fait maintenant un mois qu'elle a fui. Elle n'a toujours pas pu joindre ses nièces et neveux restés à Kobo. "Il n'y a pas de réseau là-bas", explique-t-elle, en larmes: "Nous ne savons pas qui est vivant ou non."

- Dialogue au point mort -

La Commission éthiopienne des droits de l'homme, organisme indépendant mais rattaché au gouvernement, a annoncé cette semaine qu'elle allait enquêter sur des attaques contre des civils en Amhara, dont un récent bombardement qui a tué cinq membres d'une même famille, le plus jeune âgé de quatre mois.

Le TPLF dit soutenir les enquêtes mais demande qu'elles soient dirigées par l'ONU.

Pendant ce temps, les combats s'éternisent. Un récent document interne de l'UE consulté par l'AFP identifie quatre fronts en Amhara.

Ces combats ne font qu'aggraver la crise humanitaire en cours qui a, selon l'ONU, déjà placé des centaines de milliers de personnes dans des conditions proches de la famine au Tigré.

L'Agence américaine pour le développement international (USAID) fournit de la nourriture à plus de 136.000 personnes en Amhara et Afar, a déclaré cette semaine sa directrice Samantha Power, en appelant le TPLF à se retirer de ces régions et à négocier.

Jusqu'à présent, aucune des deux parties n'entend discuter.

À Dessie, les autorités locales continuent de prôner une solution militaire, accusant les États-Unis et d'autres puissances occidentales de minimiser -voire d'ignorer- les exactions du TPLF.

"Les forces étrangères aussi se battent contre nous, y compris l'Amérique et d'autres pays étrangers qui soutiennent cette guerre en coulisses de manière inappropriée", déclare Seid Mohammed Hussien, administrateur de la zone de Wollo Sud, dont Dessie est la principale ville: "Tous les Éthiopiens le savent."

- "La junte derrière !" -

Les récits des réfugiés résonnent comme un appel aux armes pour certains habitants de Dessie.

"Des gens sont déplacés de chez eux, y compris des enfants et des personnes âgées. Quand vous voyez ça, ça vous motive à aller vous battre", explique à l'AFP Mohammed Kedir, qui a suivi une formation de 20 jours pour rejoindre les forces de sécurité amhara.

Il y a appris à creuser une tranchée, à utiliser une grenade et à monter et démonter un fusil.

Lors de leur cérémonie de fin de formation, Mohammed et ses camarades ont dansé, entonné des chants patriotiques, certains brandissant leurs kalachnikovs ornés de drapeaux éthiopiens.

"La junte derrière ! Amhara devant !", ont-ils également lancé, reprenant la terminologie des autorités pour désigner le TPLF.

"Je dois protéger les femmes et les enfants. Je suis prêt à partir", affirme une des recrues, Tesfaye Abeba, disant vouloir venger les crimes du TPLF.

 


Vance lance un avertissement aux critiques de Trump en Israël

JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
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  • "Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti
  • "Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président

WASHINGTON: JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington.

"Ce que je veux dire, et cela me dérange, c'est qu'il y a des gens dans le gouvernement de Bibi (le surnom du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ndlr) qui se sont exprimés pour attaquer l'accord et qui d'une certaine manière ont attaqué le président des Etats-Unis très personnellement", a dit le vice-président américain pendant une conférence de presse.

"Mon message pour eux est double. D'abord, Donald J. Trump est le seul chef d'Etat dans le monde entier qui est compréhensif envers Israël aujourd'hui, et il se trouve être le chef d'Etat de la première puissance mondiale", a poursuivi JD Vance.

"Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti.

"Le second message que je voudrais lancer à certains de ces ministres qui attaquent le président des Etats-Unis - Bibi, et c'est tout à son honneur, n'a pas pris cette voie - c'est que ces trois derniers mois, deux tiers des armes défensives qui ont protégé votre pays ont été fabriquées par des mains américaines et payées par les contribuables américains", a ajouté JD Vance.

"Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président.


Trump veut soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès

 Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse. (AFP)
Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse. (AFP)
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  • "Je n'ai jamais pensé à l'envoyer" au Parlement, a déclaré le président américain, interrogé à ce sujet en marge du sommet du G7 à Evian
  • "Mais je vais l'envoyer au Congrès. J'aime cette idée", a-t-il dit pendant un échange avec la presse

EVIAN: Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse.

"Je n'ai jamais pensé à l'envoyer" au Parlement, a déclaré le président américain, interrogé à ce sujet en marge du sommet du G7 à Evian. "Mais je vais l'envoyer au Congrès. J'aime cette idée", a-t-il dit pendant un échange avec la presse.

Interrogé sur le texte de l'accord avec l'Iran, déjà signé électroniquement et qui fera l'objet d'une cérémonie de signature vendredi à Genève, Donald Trump a promis à nouveau de le rendre public.

"Je ne vais pas seulement le publier, je vais sûrement donner une conférence de presse et vous le lire à la virgule près pour être sûr que la presse le couvre correctement", a lancé le dirigeant républicain.

Il avait déjà indiqué vouloir attendre après la cérémonie de signature vendredi pour publier le texte.


Les principaux points de l'accord Iran-Etats-Unis

Les Etats-Unis commenceront "immédiatement" à lever leur blocus des ports iraniens qu'ils avaient mis en place le 13 avril, et y mettront complètement fin dans un délai de 30 jours. (AFP)
Les Etats-Unis commenceront "immédiatement" à lever leur blocus des ports iraniens qu'ils avaient mis en place le 13 avril, et y mettront complètement fin dans un délai de 30 jours. (AFP)
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  • Les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés respectifs "déclarent la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban"
  • Ils s'engagent "à ne pas initier de guerre ou d'opération militaire l'un contre l'autre et à s'abstenir de la menace ou de l'usage de la force l'un contre l'autre, tout en garantissant l'intégrité territoriale et la souveraineté du Liban"

TEHERAN: Voici les principaux points du protocole d'accord signé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-orient, dont le contenu a été rendu public par Washington et Téhéran:

Cessation permanente des hostilités 

Les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés respectifs "déclarent la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban".

Ils s'engagent "à ne pas initier de guerre ou d'opération militaire l'un contre l'autre et à s'abstenir de la menace ou de l'usage de la force l'un contre l'autre, tout en garantissant l'intégrité territoriale et la souveraineté du Liban".

Accord final sous 60 jours 

L'Iran et les Etats-Unis "s'engagent à négocier et à conclure l'accord final dans un délai maximum de 60 jours, extensible d'un commun accord".

Levée du blocus naval américain 

Les Etats-Unis commenceront "immédiatement" à lever leur blocus des ports iraniens qu'ils avaient mis en place le 13 avril, et y mettront complètement fin dans un délai de 30 jours.

Les Etats-Unis s'engagent en outre "à retirer leurs forces des abords de la République islamique d'Iran dans les 30 jours suivant l'accord final".

Réouverture du détroit d'Ormuz 

L'Iran s'engage à "assurer la sécurité du passage des navires commerciaux, sans frais pendant 60 jours uniquement, du golfe Persique vers la mer d'Oman, et inversement. Le trafic des navires commerciaux commencera immédiatement" et sera pleinement rétabli dans un délai de 30 jours, une fois le détroit d'Ormuz déminé.

Plan de 300 milliards de dollars pour l'Iran 

Les Etats-Unis et leurs partenaires régionaux élaboreront un plan "d'un montant d'au moins 300 milliards de dollars, destiné à la reconstruction et au développement économique" de l'Iran.

Levée des sanctions 

Les Etats-Unis "s'engagent à mettre fin à tous les types de sanctions" unilatérales et internationales contre l'Iran, selon un calendrier qui sera convenu dans l'accord final.

En attendant, les Etats-Unis "s'engagent à rendre pleinement disponibles et utilisables les fonds et avoirs de la République islamique d'Iran gelés ou soumis à des restrictions dès la mise en œuvre du présent protocole d'accord".

De façon immédiate et jusqu'à la levée des sanctions, le département du Trésor américain délivrera "des dérogations pour l'exportation de pétrole brut iranien, de produits pétroliers et dérivés, ainsi que pour tous les services associés, y compris les transactions bancaires, les assurances, le transport, etc".

Nucléaire 

L'Iran réaffirme qu'il "ne se procurera ni ne développera d'armes nucléaires".

Le sort de l'uranium enrichi accumulé par l'Iran sera réglé "selon un mécanisme qui sera convenu mutuellement (...) la méthodologie a minima consistant en une méthode de dilution sur place sous la supervision de l'AIEA" (Agence internationale de l'énergie atomique).

En attendant cet accord final, l'Iran "maintiendra le statu quo actuel de son programme nucléaire", et les Etats-Unis "n'imposeront aucune nouvelle sanction et ne déploieront pas de forces supplémentaires dans la région".

Signature 

Selon le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont la médiation a été cruciale, l'accord a été signé électroniquement et à distance jeudi, heure d'Islamabad, par les présidents iranien Massoud Pezeshkian et américain Donald Trump.

Une cérémonie de signature est confirmée vendredi en Suisse "pour commémorer cet événement marquant et donner le coup d'envoi des discussions techniques".

Résolution de l'ONU 

L'accord final sera entériné par une résolution contraignante du Conseil de sécurité de l'ONU.