Après l'Afghanistan, l'UE relance son projet de force militaire européenne

A l’écran, Le commissaire européen au voisinage et à l'élargissement Oliver Varhelyi (à gauche) et le haut représentant européen de l'Union pour les affaires étrangères Josep Borrell (à droite) lors d’un Conseil des affaires étrangères extraordinaire portant sur la situation en Afghanistan, à Bruxelles, le 17 août 2021. (Johanna Geron / Pool / AFP)
A l’écran, Le commissaire européen au voisinage et à l'élargissement Oliver Varhelyi (à gauche) et le haut représentant européen de l'Union pour les affaires étrangères Josep Borrell (à droite) lors d’un Conseil des affaires étrangères extraordinaire portant sur la situation en Afghanistan, à Bruxelles, le 17 août 2021. (Johanna Geron / Pool / AFP)
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Publié le Vendredi 03 septembre 2021

Après l'Afghanistan, l'UE relance son projet de force militaire européenne

  • Les appels se sont multipliés ces derniers jours pour que le bloc de 27 pays développe sa capacité de défense commune afin de répondre rapidement aux crises
  • Le ministre slovène de la Défense, Matej Tonin, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, a appelé à la création d'un nouveau système qui permettrait d'envoyer des troupes de «pays volontaires» au nom des Vingt-Sept

CHATEAU DE BRDO (Kranj), Slovénie : Les ministres de la Défense de l'UE ont discuté jeudi de la création d'une force de réaction rapide européenne, après que le retrait américain d'Afghanistan a souligné les carences militaires du Vieux Continent.

Les appels se sont multipliés ces derniers jours pour que le bloc de 27 pays développe sa capacité de défense commune afin de répondre rapidement aux crises. Les scènes de chaos à l'aéroport de Kaboul qui ont suivi la prise du pouvoir par les talibans et la dépendance des Européens pour l'évacuation de leurs ressortissants à l'égard des États-Unis ont suscité une prise de conscience.

«L'Afghanistan a démontré que nos déficiences en matière d'autonomie stratégique ont un coût et que la seule manière de progresser est de combiner nos forces et de renforcer non seulement nos capacités mais aussi notre volonté d'agir», a déclaré le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, à l'issue d'une réunion au château de Brdo (nord de la Slovénie).

«Si nous voulons être en mesure d'agir de façon autonome et ne pas être dépendants de choix faits par d'autres, fussent-ils nos amis et alliés, alors nous devons développer nos propres capacités», a-t-il ajouté, en martelant qu'il n'y avait «pas d'alternative».

Les ministres européens ont examiné jeudi une proposition - présentée en mai - visant à mettre sur pied une force de 5.000 hommes dans le cadre d'une révision de la stratégie de défense de l'UE. M. Borrell espère obtenir un feu vert des Etats membres lors d'une nouvelle réunion consacrée à la défense le 16 novembre.

- Sérieux doutes -

De sérieux doutes subsistent sur la capacité des Européens à faire aboutir un tel projet, l'UE n'ayant jamais été en mesure d'utiliser un système de «groupements tactiques» mis en place en 2007 mais qui requiert l'unanimité des Etats pour être activé.

Interrogé sur la création d'une nouvelle force militaire européenne, M. Borrell a défendu «quelque chose de plus opérationnel», après l'échec des groupements tactiques.

Le ministre slovène de la Défense, Matej Tonin, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, a appelé à la création d'un nouveau système qui permettrait d'envoyer des troupes de «pays volontaires» au nom des Vingt-Sept si une majorité d'États membres l'acceptaient, au lieu de l'unanimité requise pour les groupements tactiques.

La leçon de l'Afghanistan, c'est que «nous devons devenir plus autonomes en tant qu'Européens et être en mesure d'agir de manière plus indépendante», a estimé son homologue allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer. Mais, a-t-elle souligné, «il est très important que nous n'agissions pas comme une alternative à l'Otan et aux Américains».

Elle a semblé prendre ses distances avec la proposition de force de réaction rapide européenne, en affirmant sur Twitter que «des coalitions de pays volontaires» pourraient permettre de gérer de futures crises.

A Washington, le gouvernement de Joe Biden s'est montré ouvert à une telle force.

«Nous continuons de penser qu'une Europe plus forte et plus prête à agir est dans notre intérêt aussi», a dit le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price, tout en plaidant pour que l'Union européenne et l'Otan se coordonnent pour «éviter les doublons et ne pas gaspiller des ressources déjà rares».

Pour le ministre letton Artis Pabriks, le bloc doit montrer qu'il a la «volonté politique» d'utiliser une éventuelle force européenne. «Nous essayons de faire des plans énormes sur la défense commune de l'UE, mais les groupes de combat existent depuis une décennie. Les avons-nous déjà utilisés?», a-t-il interrogé.

L'UE est divisée depuis des années sur le rôle qu'elle devrait jouer en matière de défense, notamment en raison des fortes réticences des pays de l'Est, très attachés au parapluie de l'Otan et à la protection américaine face à Moscou. Les discussions ont été relancées après la sortie du Royaume-Uni, fermement opposé à la perspective d'une armée européenne.

La volonté américaine de se retirer de certains théâtres d'opérations a aussi joué son rôle. Joe Biden «est le troisième président américain consécutif à nous avertir du désengagement des États-Unis», a souligné M. Borrell.


La Barbade a proclamé la république et dit adieu à Elizabeth II

Le Premier ministre de la Barbade, Mia Mottley, arrive pour assister à la cérémonie d'investiture présidentielle à Heroes Square le 29 novembre 2021 à Bridgetown, à la Barbade. (Photo, AFP)
Le Premier ministre de la Barbade, Mia Mottley, arrive pour assister à la cérémonie d'investiture présidentielle à Heroes Square le 29 novembre 2021 à Bridgetown, à la Barbade. (Photo, AFP)
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  • Déjà indépendante du Royaume-Uni depuis 1966, la Barbade a célébré sa transition de la monarchie vers un régime républicain après quelque quatre siècles de sujétion au souverain britannique
  • L'île connue pour ses plages paradisiaques, son rhum et pour être le lieu de naissance de la superstar mondiale Rihanna a désormais pour cheffe d'Etat une autre femme, Sandra Mason

BRIDGETOWN, BARBADE : La Barbade s'est officiellement proclamée république mardi, ne reconnaissant ainsi plus la reine Elizabeth II comme cheffe d'Etat.

Déjà indépendante du Royaume-Uni depuis 1966, la Barbade a célébré sa transition de la monarchie vers un régime républicain après quelque quatre siècles de sujétion au souverain britannique.

L'île connue pour ses plages paradisiaques, son rhum et pour être le lieu de naissance de la superstar mondiale Rihanna a désormais pour cheffe d'Etat une autre femme, Sandra Mason, jusque-là gouverneure générale du pays, après son élection en octobre au suffrage universel indirect.

Mme Mason a prêté serment à minuit lundi soir dans la capitale, Bridgetown, lors d'une cérémonie officielle marquée également par le remplacement de l'étendard de la reine par le drapeau présidentiel.

"Moi, Sandra Prunella Mason, jure d'être fidèle et de porter une véritable allégeance à la Barbade conformément à la loi, avec l'aide de Dieu", a déclaré la nouvelle présidente en prêtant serment.

« Lien spécial du Commonwealth »

Cette cérémonie, en présence du prince Charles, fils d'Elizabeth II, et de Rihanna, n'était toutefois pas ouverte au public mais le couvre-feu dû à la pandémie a été suspendu pour que les habitants puissent profiter des festivités, dont des projections et des feux d'artifice à travers l'île.

"Je ne suis pas emballé outre mesure à l'idée que la Barbade devienne une république, tout simplement parce que le fait que nous le devenions n'est pas vraiment connu de la population", affirme Ian Trotman, un fabricant de textile de 58 ans qui estime qu'une campagne d'information à l'intention des habitants aurait dû avoir lieu.

La Barbade reste membre de l'organisation du Commonwealth, ainsi que l'a relevé le Premier ministre britannique Boris Johnson dans un communiqué lundi.

"Nous resterons des amis et alliés loyaux, en nous appuyant sur les affinités et connexions durables entre nos peuples et sur le lien spécial du Commonwealth", a écrit M. Johnson.

A la Barbade, le prince de Galles a été rattrapé par une polémique qui a éclos au cours du week-end sur des remarques qu'il aurait faites il y a quelques années à propos de la couleur de peau des futurs enfants du couple formé par son fils Harry et Meghan Markle.

Le prince Charles, prince de Galles, regarde le drapeau britannique Royal Standard être plié après avoir été abaissé lors de la cérémonie d'investiture présidentielle à Heroes Square le 29 novembre 2021 à Bridgetown, à la Barbade
Le prince Charles, prince de Galles, regarde le drapeau britannique Royal Standard être plié après avoir été abaissé lors de la cérémonie d'investiture présidentielle à Heroes Square le 29 novembre 2021 à Bridgetown, à la Barbade. (Photo, AFP)

Ces remarques, rapportées dans un livre à paraître mardi, ont été démenties par les services du prince Charles: "Il s'agit de fiction et ne mérite pas d'autre commentaire", a déclaré un porte-parole de Clarence House.

Les questions de l'influence britannique et du racisme ont été déterminantes dans la décision de la Barbade de devenir une république, l'île étant encore marquée par l'héritage de plusieurs siècles d'esclavage.

« Préjudices passés »

Des critiques visaient déjà l'invitation du prince Charles par la Première ministre barbadienne Mia Mottley, qui doit lui remettre la plus haute distinction de l'île, l'Ordre de la Liberté ("Order of Freedom"). 

"La famille royale britannique est coupable d'exploitation dans cette zone et pourtant, elle n'a présenté aucune excuse officielle ou forme de dédommagement pour les préjudices passés", estime Kristina Hinds, professeure de relations internationales à l'université des Indes occidentales à la Barbade.

Pour certains militants, comme Firhaana Bulbulia, fondatrice de l'Association musulmane de la Barbade, la colonisation britannique et l'esclavage sont ainsi directement responsables des inégalités sur l'île.

"Les écarts de richesse, la capacité à être propriétaire, même l'accès aux prêts bancaires, tout cela est lié aux structures créées sous le pouvoir britannique", soutient la jeune femme de 26 ans. 

"Les chaînes physiques (de l'esclavage) ont été brisées et nous ne les portons plus, mais les chaînes mentales persistent dans nos esprits", lance-t-elle.

Mais certains habitants pointent l'existence de problèmes plus urgents, notamment la crise économique causée par la pandémie de Covid-19, qui n'a fait que souligner la dépendance du pays envers le tourisme, en particulier issu du Royaume-Uni. 

Avant l'émergence du virus, l'île aux eaux cristallines était visitée chaque année par plus d'un million de personnes. 

Le calme des rues habituellement animées de Bridgetown, le nombre dérisoire de visiteurs et une vie nocturne moribonde témoignent aujourd'hui des difficultés de cette perle des petites Antilles, qui compte environ 287.000 habitants.  

Le chômage atteint près de 16%, en hausse de 9% par rapport aux années précédentes, en dépit de l'augmentation des emprunts gouvernementaux pour financer des travaux du secteur public et créer des emplois.

 


Birmanie: la justice argentine va enquêter sur des crimes contre les Rohingyas

Des réfugiés rohingyas se rassemblent pour marquer le deuxième anniversaire de l'exode au camp de Kutupalong à Cox's Bazar, au Bangladesh. (Photo, Reuters/Archives)
Des réfugiés rohingyas se rassemblent pour marquer le deuxième anniversaire de l'exode au camp de Kutupalong à Cox's Bazar, au Bangladesh. (Photo, Reuters/Archives)
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  • L'Argentine « est habilitée à poursuivre les investigations même si les faits ont eu lieu en Birmanie en vertu de la réception du principe de compétence universelle qui a été consacrée constitutionnellement »
  • Cette décision va à l'encontre d'un jugement en première instance qui avait refusé l'ouverture d'une enquête après une plainte déposée

BUENOS AIRES : La justice argentine a annoncé l'ouverture d'une enquête sur des accusations de crimes commis par des militaires birmans sur la minorité musulmane rohingya, en vertu du principe de compétence universelle, selon une décision de la Cour d'appel fédérale. 

L'Argentine "est habilitée à poursuivre les investigations même si les faits ont eu lieu en Birmanie en vertu de la réception du principe de compétence universelle qui a été consacrée constitutionnellement", indique une décision vendredi de la Chambre criminelle et correctionnelle fédérale, dont l'AFP a eu copie lundi.

"On ne peut ignorer que les crimes signalés pourraient être de ceux envisagés dans diverses conventions internationales (...) dans lesquelles les crimes de génocide et contre l'humanité sont punissables", poursuit la Cour. "La gravité des faits imputés (...) autorisent qu'ils soient entendus dans notre pays".

Cette décision va à l'encontre d'un jugement en première instance qui avait refusé l'ouverture d'une enquête après une plainte déposée.

La justice argentine avait accepté d'examiner l'affaire fin 2019 après une requête de Maung Tun Khin, président de l'Organisation des Rohingyas birmans du Royaume-Uni (BROUK), basée au Royaume-Uni.

"C'est un jour d'espoir non seulement pour nous, les Rohingyas, mais aussi pour les personnes opprimées partout dans le monde. La décision en Argentine montre qu'il n'y a nulle part où se cacher pour ceux qui commettent un génocide. Le monde est fermement uni contre ces crimes odieux", a réagi dans un communiqué Maung Tun Khin.

Six femmes rohingya de Birmanie, réfugiées au Bangladesh, ont participé en août à une audience virtuelle devant la Cour d'appel fédérale qui avait accepté d'examiner leurs cas. 

Selon une des plaignantes, les six femmes "ont été agressées sexuellement et nombre de leurs proches sont morts comme conséquences de la répression" de l'armée birmane, le 27 août 2017, rappelle le tribunal. 

La justice argentine a déjà accepté d'examiner d'autres dossiers en vertu de sa compétence universelle, notamment des crimes commis sous le régime franquiste en Espagne. 

La compétence universelle permet de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves quels que soient leur nationalité et l'endroit où les crimes ont été commis.

Environ 850.000 Rohingyas ayant fui leur pays sont entassés dans des camps le long de la frontière entre Bangladesh et Birmanie. La plupart ont fui en 2017 une sanglante répression de l'armée birmane qui, selon l'ONU, pourrait constituer un génocide. 

La Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête sur les atrocités commises à l'encontre des Rohingyas. La Birmanie fait également face à des accusations de "génocide" devant la Cour internationale de justice, plus haute instance judiciaire de l'ONU.


Washington veut renforcer sa posture militaire face à la Chine et la Russie

Mara Karlin, chargée de la stratégie au ministère américain de la Défense, annonce à la presse l’achèvement du rapport sur la nouvelle posture (Photo, AP).
Mara Karlin, chargée de la stratégie au ministère américain de la Défense, annonce à la presse l’achèvement du rapport sur la nouvelle posture (Photo, AP).
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  • Le Pentagone va notamment moderniser ses bases sur l'île de Guam, dans le Pacifique, en Australie
  • La nouvelle posture «recommande davantage de coopération avec les alliés et partenaires dans la région pour proposer des initiatives qui contribuent à la stabilité régionale»

WASHINGTON: Les Etats-Unis vont renforcer leur déploiement militaire face à la Chine et la Russie, tout en essayant de maintenir une dissuasion efficace face à l'Iran et aux groupes jihadistes au Moyen-Orient, a indiqué lundi une haute responsable du Pentagone.

Le Pentagone va notamment moderniser ses bases sur l'île de Guam, dans le Pacifique, en Australie, soulignant la priorité donnée à la Chine, dont Washington veut contrer les ambitions territoriales dans la région, a indiqué Mara Karlin, chargée de la stratégie au ministère américain de la Défense, en annonçant à la presse l'achèvement du rapport sur la nouvelle posture militaire des Etats-Unis dans le monde.

La nouvelle posture "recommande davantage de coopération avec les alliés et partenaires dans la région pour proposer des initiatives qui contribuent à la stabilité régionale et dissuadent la Chine d'une éventuelle agression militaire", a-t-elle précisé.

Une autre responsable du ministère américain de la Défense avait indiqué plus tôt, sous le couvert de l'anonymat, que les Etats-Unis étudiaient également "des initiatives avec nos alliés et partenaires pour renforcer notre dissuasion crédible à l'égard de la Russie", 

Ce rapport étant classé secret défense, le Pentagone n'a donné aucun détail sur la façon dont les Etats-Unis pourraient renforcer leur dispositif militaire visant à contrer les ambitions territoriales de Moscou ou Pékin.

Des ajustements du déploiement militaire américain en Europe et dans la région indo-pacifique sont en cours de discussion "mais en cette première année de l'administration, ce n'est pas le moment de développer des changements stratégiques majeurs de notre posture", a expliqué la responsable ayant requis l'anonymat.

"On fait un peu avancer les choses", a ajouté Mme Carlin. "Et ce que j'espère, c'est qu'au cours des prochaines années vous verrez les choses avancer de plus en plus".

Le Pentagone a par ailleurs déjà annoncé qu'il renforcerait sa présence en Australie, où quelque 2.500 soldats du corps des Marines étaient jusqu'ici déployés chaque année par rotation de quelques centaines pour des exercices.

En Europe, le président Joe Biden est revenu sur la décision de limiter à 2.500 les effectifs militaires américains déployés en Allemagne, et a réaffirmé l'engagement des Etats-Unis envers l'Otan, que son prédécesseur Donald Trump avait remis en cause.

Avec le retrait d'Afghanistan et le rappel aux Etats-Unis des batteries antimissiles Patriot qui avaient été déployées en Arabie saoudite après des tirs de missiles sur ses champs pétroliers attribués à des groupes pro-iraniens, la posture militaire américaine au Moyen-Orient apparaît réduite.

En Irak, Washington a conclu à l'été un accord avec le gouvernement irakien qui prévoit le départ d'ici la fin de l'année de toutes les "forces de combat" du pays, même si 2.500 militaires américains y resteront. "Notre engagement est de continuer à soutenir la coalition anti-Etat islamique", a souligné la responsable ayant requis l'anonymat.