Fuir guerre, climat ou pauvreté: derrière le «migrant», mille histoires

Des visiteurs contemplent les photographies de l'exposition «Syrie, dix ans de guerre par seize photographes» lors du 33ème festival de photographie «Visa Pour L'image» à Perpignan le 2 septembre 2021. (Photo, AFP)
Des visiteurs contemplent les photographies de l'exposition «Syrie, dix ans de guerre par seize photographes» lors du 33ème festival de photographie «Visa Pour L'image» à Perpignan le 2 septembre 2021. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 04 septembre 2021

Fuir guerre, climat ou pauvreté: derrière le «migrant», mille histoires

  • Aux quatre coins du monde, des photojournalistes ont posé leur objectif sur ces hommes et femmes en quête d'un ailleurs plus clément
  • «Pour moi ce sont les héros du 21e siècle: ces personnes prêtes à tout lâcher, jusqu'à leur vie, dans le seul but de vivre mieux»

PERPIGNAN: Fuir les bombes, les persécutions, les sécheresses ou les inondations... Aux quatre coins du monde, des photojournalistes ont posé leur objectif sur ces hommes et femmes en quête d'un ailleurs plus clément, dévoilant "à hauteur d'homme" les histoires de ceux communément appelés "migrants".

"Pour moi ce sont les héros du 21e siècle: ces personnes prêtes à tout lâcher, jusqu'à leur vie, dans le seul but de vivre mieux", affirme sans réserve Olivier Jobard, l'un des exposants au festival international de photojournalisme Visa pour l'image à Perpignan.

En Éthiopie, celui qui parcourt depuis 20 ans les différentes routes d'exil, découvre des paysans "au bord du gouffre" dont les terres asséchées ne les nourrissent plus.

Sur une photo où l'ont voit un groupe franchir péniblement des montagnes arides, un détail attire l'attention: ils portent tous des sandales vertes fluo en plastique.

"C'est le truc le moins cher, ils se font passer le mot comme quoi c'est LA chaussure de marche, mais je ne sais pas comment ils font pour parcourir 2 000 km avec", s'interroge, admiratif, le photographe.

Olivier Jobard suit nuit et jour en 2019 les pas de ceux qui rêvent de rejoindre l'Arabie saoudite, considérée comme un eldorado. Mais sur cette route empruntée par des dizaines de milliers de personnes tous les ans, certains meurent de déshydratation, d'autres se noient dans la mer Rouge.

«À hauteur d'homme»

Pour Moustafa, 20 ans, le voyage touche aussi à sa fin, "en même temps que tous ses espoirs d'aider son vieux père": il est gravement blessé au Yémen en guerre. "Rapatrié en Éthiopie et rongé par la honte, ce jeune paysan se laisse dépérir loin du regard de sa famille", raconte le photographe qui lui consacre plusieurs clichés.

"J'essaie de raconter mes sujets à hauteur d'homme", souligne Olivier Jobard. "Il est de notre responsabilité en tant que photojournalistes de faire extrêmement attention à ne pas tomber dans le misérabilisme", lance-t-il. 

Loin des déserts brûlants, l'Europe aussi peut devenir un "piège" pour toutes les personnes fuyant la guerre dans leur pays.

Le photographe grec Angelos Tzortzinis a été le témoin de l'incendie ayant ravagé le tentaculaire camp de Moria à Lesbos en septembre 2020: "beaucoup qui y habitaient l'appelaient 'l'enfer' ou la 'prison', et quand il a brûlé j'ai entendu des migrants dire qu'ils étaient enfin libres".

«Transmettre une émotion»

Sur une des photos de son exposition à Perpignan, on aperçoit au premier plan un garçon d'une dizaine d'années visiblement choqué par le feu qui ravage le camp derrière lui: il porte lui-même un enfant dans ses bras.

"Je ne sais même pas s'ils se connaissaient. À ce moment-là, alors que chacun devait sauver sa peau, j'ai assisté à des scènes d'entraides bouleversantes", se souvient le photojournaliste de l'AFP, l'un des quatre nominés pour le Visa d'or News de cette 33e édition.

Sur une autre photo, un enfant de trois ans accroupi et pieds nus hurle de peur, la tête entre les mains.

"Bien sûr que je couvre l'actualité, mais derrière le 'hard news', ce qui m'intéresse c'est de transmettre à travers une émotion, une histoire", souligne Angelos Tzortzinis.

Perdre sa maison, fuir et recommencer tout à zéro, un drame auquel sont aussi de plus en plus confrontés les Bangladais, mais dans leur propre pays.

"La plus grande partie (du Bangladesh) est située à moins de dix mètres au dessus du niveau de la mer et se retrouve sous l'eau tous les ans, frappée par des cyclones et des tornades", écrit le photojournaliste Abir Abdullah à propos de son exposition sur les migrants climatiques.

Il capte dans ses clichés des scènes aux allures surréalistes: une famille transporte sur une barque le toit de sa maison vers un lieu sec ou encore des hommes prient sur une planche de bois surélevée dans une mosquée engloutie par les eaux.

"Ce pays où beaucoup n’ont jamais conduit de voiture, utilisé de climatisation ni contribué un tant soit peu à la hausse des émissions de carbone pourrait bien se retrouver en première ligne de la lutte contre le changement climatique", craint le photographe.


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

 

 


Des pourparlers indirects en cours entre les États-Unis et l’Iran, dit le Pakistan

Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
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  • M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais du Pakistan"
  • "Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X

ISLAMABAD: Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar.

M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais de messages transmis par le Pakistan".

"Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X.

"Des pays frères comme la Turquie et l'Égypte, entre autres, apportent également leur soutien à cette initiative", a-t-il ajouté.

Les déclarations de M. Dar constituent la première confirmation officielle de la part d'Islamabad que le Pakistan joue un rôle de facilitateur.

Islamabad a été présenté comme un médiateur potentiel, compte tenu de ses liens anciens avec l’Iran voisin et avec les États-Unis, ainsi que de son réseau de contacts dans la région.

Le Premier ministre Shehbaz Sharif et M. Dar sont tous deux en contact régulier avec de hauts responsables du gouvernement iranien, ainsi qu'avec leurs alliés du Golfe, notamment l’Arabie saoudite.

Le puissant chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, est lui aussi impliqué dans ces efforts diplomatiques et a parlé au président américain Donald Trump dimanche dernier, ont indiqué des responsables.

Mais le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a maintenu que l'Iran n'avait "pas l'intention de négocier" et comptait "continuer à résister".

L'Iran veut "mettre fin à la guerre à ses propres conditions", a-t-il souligné. "Parfois, des messages peuvent être transmis (...) mais ça ne peut en aucun cas être qualifié de dialogue ni de négociation".