Un pays ravagé par la guerre et noyé sous les armes: terreau fertile pour Daech?

Sur cette photo prise le 17 novembre 2019, des membres du groupe Daech se tiennent devant leurs armes, après leur reddition au gouvernement afghan, à Jalalabad. (Fichier/AFP)
Sur cette photo prise le 17 novembre 2019, des membres du groupe Daech se tiennent devant leurs armes, après leur reddition au gouvernement afghan, à Jalalabad. (Fichier/AFP)
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Publié le Jeudi 09 septembre 2021

Un pays ravagé par la guerre et noyé sous les armes: terreau fertile pour Daech?

Sur cette photo prise le 17 novembre 2019, des membres du groupe Daech se tiennent devant leurs armes, après leur reddition au gouvernement afghan, à Jalalabad. (Fichier/AFP)
  • Un groupe terroriste actif parmi d’autres en Afghanistan, où chacun entretient des relations différentes avec les talibans
  • «Nous luttons contre la menace de Daech par tous les moyens possibles et imaginables», déclare Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale du président Biden

LONDRES/ LE CAIRE: Trois mois seulement après les attaques meurtrières contre New York et Washington en 2001, Oussama ben Laden et un petit groupe de partisans sont contraints de fuir la région montagneuse de Tora Bora dans l’est de l’Afghanistan à mesure que les forces spéciales américaines et leurs alliés locaux se rapprochent.  

Le leader d’Al-Qaïda se trouvait en Afghanistan depuis cinq ans lorsqu’il a supervisé les attentats du 11-Septembre qui ont coûté la vie à plus 3 000 personnes aux États-Unis. En 1996, Oussama ben Laden rentre en Afghanistan, sous la protection du premier régime taliban dirigé par le mollah Omar. 

Depuis l’époque de la guerre sainte contre les Soviétiques, il est en charge de former et d’armer des milliers de recrues arabes dans le pays au nom de l’extrémisme. 

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Une capture d'écran (G) prise le 29 octobre 2004 à partir d'une cassette vidéo diffusée par la chaîne d'informations Al-Jazeera, montrant le chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden. (Fichier/AFP) 

Près de vingt ans plus tard, et sous le règne de nouveaux dirigeants talibans, l’Afghanistan demeure un refuge pour les terroristes venus d’Asie centrale ou du Moyen-Orient à l’instar d’Al-Qaïda et de Daech. Depuis que les talibans se sont emparés du pouvoir à la mi-août, les espoirs et les promesses d’un Afghanistan plus moderne et plus pacifique ne sont plus qu’une illusion lointaine. 

Le 26 août, l’État islamique au Khorassan (EI-K) revendique la responsabilité du double attentat suicide visant les militaires américains et les civils afghans à l’aéroport de Kaboul et dans les environs. Dans le chaos et la confusion, Daech et son rival Al-Qaïda identifient de nouvelles possibilités, tout comme Ben Laden l’a fait il y a deux décennies. 

Une équipe de surveillance des sanctions de l’Organisation des nations unies (ONU) rapporte en juin que de nombreux dirigeants d’Al-Qaïda ont élu domicile le long de la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan et que l’EI-K «demeure actif et dangereux». L’EI-K est le plus violent de tous les groupes. 

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Un membre de l’équipe de sécurité afghane inspecte une maison endommagée lors d'une fusillade entre les forces de sécurité et des combattants  de Daech, à Jalalabad, le 15 février 2021. (Fichier/AFP) 

Bien que sérieusement malmené par les forces américaines et celles de l’ancien gouvernement afghan, ce groupe a la capacité d’attirer et de motiver des combattants venus du monde entier. On le craint de Moscou à Pékin, en passant par Tachkent, Damas et Kaboul. Le groupe a un nouveau leader ambitieux, Shahab al-Muhajir, rapporte l’équipe de l’ONU. 

Sa présence en Afghanistan remonte à 2015, à l’époque durant laquelle Abou Bakr al-Baghdadi avait déclaré l’État islamique en Irak et en Syrie, s’autoproclamant calife des musulmans aux quatre coins du monde. 

En Afghanistan, Hafiz Saeed Khan, ancien chef de la branche pakistanaise des talibans (mieux connue sous le nom de Tehrik-i-Taliban Pakistan ou TTP) prête serment d’allégeance à Al-Baghdadi et fonde l’EI-K, un groupe affilié au mouvement. 

11 sept

La région du Khorassan englobe historiquement des parties de l’Iran, de l’Afghanistan et du Pakistan actuels, faisant du groupe le bras droit de Daech en Asie centrale. Le Khorassan joue un rôle légendaire durant les premiers temps de l’Histoire islamique puisqu’il sert de base au califat abbasside qui gouverne tout le monde musulman. 

Au départ, l’EI-K est limité en termes de présence et d’influence. Cependant, compte tenu de son rôle comme ancien chef du TTP, Hafiz Saeed Khan réussit à rassembler d’autres membres influents du TTP, ainsi que de petites organisations qui ont rompu les liens avec les talibans au Pakistan. 

À son apogée en 2016, l’EI-K dispose de 2 500 à 8 500 combattants en Afghanistan, ce qui permet au groupe de mener des attaques de haut niveau concentrées, pour la plupart, à Kaboul et à Nangarhar, une province située à l’est de l’Afghanistan, à la frontière avec le Pakistan. 

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Des responsables de sécurité afghans inspectent des armes saisies près d'une habitation endommagée, de laquelle des hommes de Daech armés tiraient des obus de mortier, alors qu'un autre groupe faisait une descente dans une prison, à Jalalabad, le 4 août 2020. (Fichier/AFP) 

Le groupe est cependant considérablement affaibli suite à l’élimination progressive des hauts dirigeants par les forces américaines et les attaques menées par les talibans. Hafiz Saeed Khan est lui-même tué par une frappe américaine en 2016. 

Kirill Nourzhanov, maître de conférences au Centre d’études arabes et islamiques de l’Université nationale australienne (ANU), déclare à Arab News que même si le groupe a «presque été anéanti dans les principales zones d’influence fin 2019, le retour de l’EI-K dans les provinces orientales de l’Afghanistan n’est peut-être qu’une question de temps. La violence sectaire perpétrée par le groupe devrait s’intensifier». 

Au cours des six premiers mois de cette année, l’EI-K a revendiqué plus de 20 attaques ciblant la communauté chiite des Hazaras dans la région, ce qui a provoqué la mort de 500 personnes au moins. De telles attaques sont susceptibles de déstabiliser le régime à Téhéran. 

Depuis le début du retrait américain il y a deux mois, l’EI-K a mené plus de 91 attaques, tuant approximativement 345 civils et policiers afghans, selon quelques rapports. 

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Sur cette photo prise le 25 novembre 2019, les forces de sécurité afghanes participent à une opération contre des militants de Daech dans le district d'Achin, de la province de Nangarhar. (Fichier/AFP) 

Shahram Akbarzadeh, directeur du Middle East Studies Forum à l’université Deakin, déclare à Arab News: «Le retrait des forces des États-Unis et de l’Otan a favorisé l’effondrement du gouvernement afghan, créant un vide au niveau du pouvoir.» 

«Les talibans sont facilement entrés à Kaboul mais d’autres groupes comme l’EI-K y ont également vu une possibilité d’étendre leur sphère d’influence. Ce groupe salafiste devrait gagner beaucoup de terrain», poursuit-il. 

Ce vide ne permet pas uniquement de renforcer la présence de l’EI-K mais également d’attirer d’autres groupes terroristes et extrémistes. On pense que le chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, est malade et qu’il vit dans les régions tribales du Pakistan. Le groupe entretient des liens étroits avec les talibans par l’intermédiaire du réseau Haqqani qui contrôle la sécurité de Kaboul. 

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Une photo du 11 juin 2014 avec un militant de Daech brandissant le drapeau du groupe. (Fichier/AFP) 

Les réponses médiatiques d’Al-Qaïda, contrairement à celles des talibans, de Daech et de Hayat Tahrir al-Sham au nord de la Syrie, sont lentes, ce qui suppose des capacités nettement réduites. Il semble qu’un autre haut dirigeant d’Al-Qaïda, Saïf al-Adel – ancien numéro 3 du groupe après Ben Laden et Al-Zawahiri – réside actuellement en Iran sous la protection du régime. Cependant, la prise de contrôle par les talibans devrait donner un coup de pouce à Al-Qaïda et Daech. 

Arie Kruglanski, expert en psychologie du terrorisme et en militantisme politique, affirme: «Al-Qaïda a une forte présence dans d’autres parties du monde comme l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb et la Syrie. Avec l’arrivée au pouvoir des talibans, le mouvement pourrait bénéficier d’un autre refuge pour se réorganiser dans la zone Afghanistan-Pakistan.»  

La facilité de mouvement qu’offre l’Afghanistan rend le pays attrayant à la fois pour Daech et Al-Qaïda, surtout par rapport à d’autres régions où ils sont actuellement concentrés. Les faibles contrôles aux frontières permettent aux combattants de se déplacer facilement, notamment en provenance du Pakistan à travers les régions montagneuses que les forces de l’Otan et de l’ancien gouvernement afghan trouvaient difficiles – voire impossible – à contrôler. 

À l’ouest, la frontière iranienne constitue un autre point de passage pour les terroristes qui entrent en Afghanistan. L’EI-K propose un emplacement alternatif pour les combattants et les cellules dormantes d’Irak et de Syrie pour reprendre leurs opérations. 

Gulbuddin Hekmatyar, chef du Hezb-e-Islami et ancien leader des moudjahidines, aurait déclaré que le départ des troupes américaines et de leurs alliés donne la possibilité de créer une «nouvelle version de Daech». 

Néanmoins, la région pose des défis à l’EI-k, notamment la présence des talibans qui, pour le moment, contrôlent la quasi-totalité de l’Afghanistan. Le nouveau régime taliban a tenu à asseoir tout de suite son autorité religieuse en proclamant l’Émirat islamique d’Afghanistan – le même nom que le groupe avait utilisé pour régner sur le pays entre 1996 et 2001. 

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Une photo du 11 juin 2014 montrant des militants de Daech posant avec le drapeau du groupe. (Fichier/AFP) 

De nombreux analystes pensent que l’Afghanistan sera le terrain de violents affrontements entre les talibans et l’EI-K dans les semaines à venir. 

Jonathan Goodhand, professeur en études de conflit et de développement à la School of Oriental and African Studies explique: «Il existe une hostilité profonde entre Daech et les talibans. Si des groupes comme Al-Qaïda, le TPP et le Mouvement islamique d’Ouzbékistan parmi d’autres célèbrent la victoire des talibans, il est fort peu probable que Daech puisse étendre son influence en Afghanistan.» 

Les talibans sont principalement composés de Pachtounes qui proviennent uniquement d’Afghanistan et du Pakistan alors que Daech regroupe une multitude de nationalités: des Arabes, des Ouzbeks, des Turkmènes, des Tchétchènes, des Kurdes, des Kazakhs, des Tadjiks et des Ouïghours. 

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Une photo du 11 juin 2014 montrant des militants de Daech accrochant leur drapeau à un poteau au sommet d'un ancien fort militaire. (Fichier/AFP) 

«Les talibans combattent l’EI-K fermement et de manière continue depuis 2015. En réalité, c’est précisément l’efficacité des talibans dans la lutte contre ce que la Russie, l’Iran et les républiques d’Asie centrale considèrent comme l’ennemi numéro un, qui a poussé les voisins de l’Afghanistan à adopter une position flexible et pragmatique vis-à-vis des talibans», précise M. Nourzhanov. 

M. Akbarzadeh s’attend à ce que l’EI-K tente d’étendre son influence, exacerbant ainsi les tensions avec les talibans. Il précise: «Les talibans et l’EI-k sont des rivaux. L’EI-K considère les talibans comme de faux musulmans tout comme il accuse tous les autres groupes musulmans de corruption et de fausseté. Ils se sont affrontés par le passé. Les talibans essayent de prendre leurs distances par rapport à l’EI-K, un groupe ouvertement sectaire et violent.» 

«Avec le départ des États-Unis, ces tensions risquent de s’exacerber à mesure que l’EI-K étend son influence et entre en conflit direct avec les talibans», conclut M. Akbarzadeh. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Internet, IA: l'Europe est un "espace sûr", contrairement à ce que disent des "amis mal informés"

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
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  • Macron défend l’Europe comme un “espace sûr” pour l’innovation et l’investissement dans l’intelligence artificielle, tout en participant à la définition des règles internationales avec des alliés comme l’Inde
  • Protection des enfants et durabilité de l’IA : priorité au G7 pour limiter l’exposition des mineurs aux contenus numériques et promouvoir une IA moins énergivore et au service du bien commun

NEW DELHI: Le président français Emmanuel Macron a affirmé jeudi que l'Europe était un "espace sûr", non "centré aveuglément" sur la régulation contrairement à ce que les Etats-Unis disent, et déterminé à participer à la définition des "règles du jeu" dans l'intelligence artificielle.

"Contrairement à ce que certains amis mal informés disent, l'Europe n'est pas aveuglément centrée sur la régulation (..) L'Europe est un espace sûr (pour l'innovation et l'investissement, ndlr) et les espaces sûrs gagnent sur le long terme", a-t-il dit à l'ouverture du sommet sur l'intelligence artificielle à New Delhi.

"Nous sommes déterminés à continuer à définir les règles du jeu et à le faire avec nos alliés, tels l'Inde, parce que nous croyons dans les valeurs fondamentales partagées, la science, l'Etat de droit, l'équilibre mondial, un multilatéralisme efficace et l'innovation au bénéfice de tous", a-t-il ajouté devant un parterre de chefs d'Etat et des plus grands patrons de la "tech".

L'administration américaine, invoquant la liberté d'expression, dénonce régulièrement la régulation des grandes plateformes américaines imposée par l'Union européenne, des "actes flagrants de censure extraterritoriale", selon elle.

"L'intelligence artificielle va aider l'humanité à investir plus vite (..) dans la santé, l'énergie, la mobilité, l'agriculture, les services publics et le bien commun de tous", a poursuivi Emmanuel Macron.

Le chef de l'Etat a insisté sur la nécessité pour la France comme pour l'Inde de "prendre ensemble le chemin de l'innovation, de l'indépendance et de l'autonomie stratégique" en la matière.

Et sur le besoin d'une IA qui serve à "protéger la planète et pousser la prospérité de tous" et qui soit "durable" et donc moins dévoreuse d'énergie avec ses gigantesques centres de données.

Le président français a aussi insisté sur la nécessité de mieux protéger les enfants des "abus numériques et de l'IA", en soulignant que ce serait une priorité de la présidence française du G7 cette année.

"Il n'y a pas de raison que nos enfants soient exposés en ligne à ce qui est légalement interdit dans le monde réel", a-t-il dit, appelant plateformes, gouvernements et régulateurs "à travailler ensemble pour faire de l'internet et des réseaux sociaux un espace sûr".

La France est elle-même en train de prendre des mesures pour interdire l'accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux, a-t-il rappelé.


Macron retrouve Modi en Inde, entre vente de Rafale et IA

Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
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  • À Bombay, Emmanuel Macron retrouve Narendra Modi pour renforcer le partenariat stratégique franco-indien, marqué par l’intention d’achat de 114 Rafale supplémentaires et l’inauguration d’une chaîne d’assemblage d’hélicoptères H125 d’Airbus avec Tata Group
  • La visite met aussi l’accent sur l’intelligence artificielle et l’innovation, avec le Sommet mondial pour l’Impact de l’IA à New Delhi et des échanges sur le multilatéralisme (G7/Brics)

BOMBAY: Le président français Emmanuel Macron retrouve mardi le Premier ministre Narendra Modi à Bombay, capitale économique de l'Inde, pour renforcer le partenariat stratégique bilatéral, avec à la clef la vente de 114 chasseurs Rafale et un ancrage dans l'intelligence artificielle.

Le chef de l'Etat français, arrivé dans la nuit, rendra d'abord hommage aux victimes des attentats de Bombay en 2008 au Taj Mahal Palace.

Les attentats, perpétrés devant les caméras de télévision du monde entier, avaient fait 166 morts, dont deux Français. Pendant trois jours, les assaillants avaient mené des attaques au fusil d'assaut AK-47 et à la grenade à travers la métropole, y compris dans cet hôtel mythique de l'époque coloniale.

Emmanuel Macron rencontrera ensuite autour d'un déjeuner six stars du cinéma indien, dont Bombay est la capitale avec les studios de Bollywood, machine à superproductions mondiales.

Il entend évoquer les "coopérations possibles" dans ce domaine et "mettre en valeur l'attractivité de la France pour les tournages", précise l'Elysée.

- "Made in India" -

Le Premier ministre indien, venu spécialement à Bombay, rejoindra son hôte vers 15H00 (09H30 GMT) pour une série d'entretiens, suivis de déclarations à la presse et d'un dîner dans le décor somptueux du Taj Mahal Palace.

Les échanges s'annoncent sous les meilleurs auspices après la confirmation par l'Inde de son intention d'acheter 114 avions de combat Rafale supplémentaires, une commande sans précédent pour le constructeur Dassault, qui s'ajouterait aux 62 déjà acquis.

"Les discussions porteront sur la consolidation du partenariat stratégique et sur sa diversification dans des secteurs nouveaux et émergents", ont indiqué les services de Narendra Modi.

Elles vont permettre de "continuer à ancrer la relation bilatérale en la tournant résolument vers l'avenir", renchérit l'Elysée.

Les deux dirigeants inaugureront ensemble, à distance, une chaîne de montage d'hélicoptères Airbus, les H125, située à 1.000 kilomètres de là, près de Bangalore (sud), la capitale technologique indienne.

Cette ligne, dont la construction avait été annoncée lors de la dernière visite du président français en Inde en janvier 2024, devrait être opérationnelle en avril et le premier vol du H125 "Made in India", cher au gouvernement indien, réalisé à la fin de l'année.

La première ligne d'assemblage d'hélicoptères Airbus gérée par un groupe privé indien, le célèbre conglomérat Tata Group, a été conçue pour produire à terme la variante militaire du H125, appelée H125M.

- Lula, Google et Anthropic -

Les deux dirigeants donneront ensuite le coup d'envoi de l'année franco-indienne de l'innovation en présence d'un parterre de chefs d'entreprises et chercheurs.

Le désordre mondial généré par les coups de butoir permanents de Donald Trump, des droits de douane à la diplomatie, tout comme la montée en puissance de la Chine seront aussi au coeur des entretiens.

Narendra Modi n'a pas condamné l'invasion de l'Ukraine par la Russie, partenaire traditionnel de l'Inde - notamment pour les livraisons d'équipement militaire -, mais il s'est rendu à Kiev en septembre 2024 et est sous pression de Donald Trump pour réduire les importations indiennes de pétrole russe.

Le président français et le Premier ministre indien, qui président respectivement le G7 et le groupe des Brics cette année, vont aussi "explorer les convergences possibles" pour "défendre et promouvoir le multilatéralisme à un moment où il est particulièrement remis en cause", souligne l'Elysée.

La suite de la visite sera placée sous le signe de l'intelligence artificielle, avec un dîner inaugural mercredi soir à New Delhi du Sommet mondial pour l'Impact de l'IA, avant son ouverture effective jeudi, après une série de tables rondes en début de semaine.

Ce rendez-vous, auquel sont attendus une quinzaine de chefs d'Etat, dans la foulée du sommet de Paris sur l'IA en février 2025, se penchera sur l'investissement dans le secteur, la "recherche scientifique en faveur de l'intérêt général" et "l'accès par tous aux outils technologiques", selon l'Elysée.

Emmanuel Macron doit rencontrer en marge du sommet son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva ainsi que les dirigeants de Google et de la start-up américaine Anthropic, rivale d'OpenAI (la société qui développe ChatGPT).

Il inaugurera aussi le Centre franco-indien de l'IA en santé globale mercredi à New Delhi.


Le froid en Ukraine, défi technique et danger mortel pour les soldats

Plusieurs responsables militaires ukrainiens ont mentionné des périodes de baisse d'intensité d'assauts russes en janvier et février en raison du froid glacial. (AFP)
Plusieurs responsables militaires ukrainiens ont mentionné des périodes de baisse d'intensité d'assauts russes en janvier et février en raison du froid glacial. (AFP)
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  • Le pays traverse l'hiver le plus froid depuis le début de l'invasion russe en 2022 avec plusieurs semaines d'affilée de températures négatives, parfois autour de -20°C
  • La Russie en a profité pour intensifier ses frappes sur les infrastructures essentielles, coupant l'électricité et le chauffage pour des centaines de milliers de foyers et entraînant la pire crise énergétique en Ukraine depuis le début de la guerre

KIEV: L'unité de pilotes de drones d'Ali maniait un engin lorsque la caméra s'est soudainement figée à cause du froid, faisant échouer sa mission qui consistait à contrecarrer une attaque russe imminente. L'une des conséquences d'un hiver particulièrement rude pour l'Ukraine.

Le pays traverse l'hiver le plus froid depuis le début de l'invasion russe en 2022 avec plusieurs semaines d'affilée de températures négatives, parfois autour de -20°C.

La Russie en a profité pour intensifier ses frappes sur les infrastructures essentielles, coupant l'électricité et le chauffage pour des centaines de milliers de foyers et entraînant la pire crise énergétique en Ukraine depuis le début de la guerre.

Sur le front, long de 1.200 kilomètres, le froid affecte les soldats déployés sur leurs positions et complique le travail d'un outil essentiel: les drones, qui sont au coeur de la tactique des deux camps.

"Les batteries se déchargent plus rapidement, les caméras et les câbles gèlent, ils sont tout simplement recouverts de glace", résume Ali, qui s'identifie par son nom de guerre conformément au protocole militaire.

Peu coûteux à produire, ces engins sont utilisés par centaines chaque jour pour repérer les positions de l'adversaire, détecter les mouvements de soldats, larguer des grenades ou sont chargés d'explosifs pour percuter véhicules et bâtiments.

Pour échapper au brouillage électronique, certains drones sont équipés de câbles à fibre optique, garantissant une connexion stable.

Les drones intercepteurs, comme ceux pilotés par l'unité d'Ali, ont pour mission de détruire les drones ennemis dans cette guerre aérienne inédite.

Couche de graisse 

Près du front sud, les pilotes de la 18e brigade se préparent à lancer leurs engins, des appareils légers en polystyrène qui ressemblent à des avions miniatures.

"Gel, nuages bas, brouillard. Dans de telles conditions météorologiques, il est difficile pour un drone de voler. Il peut y avoir un court-circuit, il peut se briser en plein vol", s'inquiète Nazariï, l'un des commandants de la brigade.

Denys Chtilierman, constructeur en chef chez Firepoint, une entreprise qui fabrique des drones à longue portée pour l'armée ukrainienne, a une solution éprouvée pour leur donner une couche d'isolation supplémentaire.

"Nous les enduisons simplement de graisse et ils décollent. Je rigole, mais c'est ainsi", lance-t-il auprès de l'AFP lors d'une visite de l'usine de l'entreprise.

Et le rôle de ces appareils est trop essentiel pour les abandonner.

"Les drones sont utilisés quelles que soient les conditions. Nous avons certaines limites, mais nous devons les utiliser", tranche M. Chtilierman.

Si l'hiver pose un défi technique, il rend aussi les drones encore plus dangereux: la neige peut se transformer en piège mortel pour les troupes.

"Il est très facile de voir où quelqu'un a marché ou roulé, car les traces ressortent nettement dans la neige", relève le pilote au nom de guerre de Lafayette, de la bridage renommée Achilles.

Certains drones sont également équipés de caméras thermiques pour repérer la chaleur dégagée par les corps humains, plus visible en hiver.

"Ennemi insidieux" 

Les soldats souffrent également du froid, des deux côtés du front.

Plusieurs responsables militaires ukrainiens ont mentionné des périodes de baisse d'intensité d'assauts russes en janvier et février en raison du froid glacial.

Lors d'une récente séance d'entraînement d'infanterie, l'AFP a vu des recrues ukrainiennes courir dans une neige épaisse, les couches de glace craquant sous leurs bottes.

"L'infanterie qui quitte (ses positions) est littéralement détruite parce qu'elle n'a nulle part où se cacher", témoigne Kolesso, un fantassin ukrainien de 31 ans.

Dans le froid, les blessures deviennent rapidement mortelles, car l'hypothermie affaiblit la capacité du corps à faire face aux traumatismes.

Les gelures aux membres sont aussi fréquentes, confirme Nastia, ambulancière au sein de la brigade Da Vinci Wolves, pour qui le froid est "un ennemi très insidieux" à ne pas sous-estimer.

"Les blessés ne meurent pas seulement à cause des éclats d'obus et des balles, ils meurent aussi à cause du froid", qui s'avère "un sombre compagnon", explique-t-elle.

Malgré ces risques, Nazariï n'a d'autre choix que de continuer à se battre et de veiller à ce que les drones ukrainiens restent en vol. "Nous sommes en guerre. Nous travaillons par tous les temps", tranche-t-il.