Un pays ravagé par la guerre et noyé sous les armes: terreau fertile pour Daech?

Sur cette photo prise le 17 novembre 2019, des membres du groupe Daech se tiennent devant leurs armes, après leur reddition au gouvernement afghan, à Jalalabad. (Fichier/AFP)
Sur cette photo prise le 17 novembre 2019, des membres du groupe Daech se tiennent devant leurs armes, après leur reddition au gouvernement afghan, à Jalalabad. (Fichier/AFP)
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Publié le Jeudi 09 septembre 2021

Un pays ravagé par la guerre et noyé sous les armes: terreau fertile pour Daech?

Sur cette photo prise le 17 novembre 2019, des membres du groupe Daech se tiennent devant leurs armes, après leur reddition au gouvernement afghan, à Jalalabad. (Fichier/AFP)
  • Un groupe terroriste actif parmi d’autres en Afghanistan, où chacun entretient des relations différentes avec les talibans
  • «Nous luttons contre la menace de Daech par tous les moyens possibles et imaginables», déclare Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale du président Biden

LONDRES/ LE CAIRE: Trois mois seulement après les attaques meurtrières contre New York et Washington en 2001, Oussama ben Laden et un petit groupe de partisans sont contraints de fuir la région montagneuse de Tora Bora dans l’est de l’Afghanistan à mesure que les forces spéciales américaines et leurs alliés locaux se rapprochent.  

Le leader d’Al-Qaïda se trouvait en Afghanistan depuis cinq ans lorsqu’il a supervisé les attentats du 11-Septembre qui ont coûté la vie à plus 3 000 personnes aux États-Unis. En 1996, Oussama ben Laden rentre en Afghanistan, sous la protection du premier régime taliban dirigé par le mollah Omar. 

Depuis l’époque de la guerre sainte contre les Soviétiques, il est en charge de former et d’armer des milliers de recrues arabes dans le pays au nom de l’extrémisme. 

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Une capture d'écran (G) prise le 29 octobre 2004 à partir d'une cassette vidéo diffusée par la chaîne d'informations Al-Jazeera, montrant le chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden. (Fichier/AFP) 

Près de vingt ans plus tard, et sous le règne de nouveaux dirigeants talibans, l’Afghanistan demeure un refuge pour les terroristes venus d’Asie centrale ou du Moyen-Orient à l’instar d’Al-Qaïda et de Daech. Depuis que les talibans se sont emparés du pouvoir à la mi-août, les espoirs et les promesses d’un Afghanistan plus moderne et plus pacifique ne sont plus qu’une illusion lointaine. 

Le 26 août, l’État islamique au Khorassan (EI-K) revendique la responsabilité du double attentat suicide visant les militaires américains et les civils afghans à l’aéroport de Kaboul et dans les environs. Dans le chaos et la confusion, Daech et son rival Al-Qaïda identifient de nouvelles possibilités, tout comme Ben Laden l’a fait il y a deux décennies. 

Une équipe de surveillance des sanctions de l’Organisation des nations unies (ONU) rapporte en juin que de nombreux dirigeants d’Al-Qaïda ont élu domicile le long de la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan et que l’EI-K «demeure actif et dangereux». L’EI-K est le plus violent de tous les groupes. 

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Un membre de l’équipe de sécurité afghane inspecte une maison endommagée lors d'une fusillade entre les forces de sécurité et des combattants  de Daech, à Jalalabad, le 15 février 2021. (Fichier/AFP) 

Bien que sérieusement malmené par les forces américaines et celles de l’ancien gouvernement afghan, ce groupe a la capacité d’attirer et de motiver des combattants venus du monde entier. On le craint de Moscou à Pékin, en passant par Tachkent, Damas et Kaboul. Le groupe a un nouveau leader ambitieux, Shahab al-Muhajir, rapporte l’équipe de l’ONU. 

Sa présence en Afghanistan remonte à 2015, à l’époque durant laquelle Abou Bakr al-Baghdadi avait déclaré l’État islamique en Irak et en Syrie, s’autoproclamant calife des musulmans aux quatre coins du monde. 

En Afghanistan, Hafiz Saeed Khan, ancien chef de la branche pakistanaise des talibans (mieux connue sous le nom de Tehrik-i-Taliban Pakistan ou TTP) prête serment d’allégeance à Al-Baghdadi et fonde l’EI-K, un groupe affilié au mouvement. 

11 sept

La région du Khorassan englobe historiquement des parties de l’Iran, de l’Afghanistan et du Pakistan actuels, faisant du groupe le bras droit de Daech en Asie centrale. Le Khorassan joue un rôle légendaire durant les premiers temps de l’Histoire islamique puisqu’il sert de base au califat abbasside qui gouverne tout le monde musulman. 

Au départ, l’EI-K est limité en termes de présence et d’influence. Cependant, compte tenu de son rôle comme ancien chef du TTP, Hafiz Saeed Khan réussit à rassembler d’autres membres influents du TTP, ainsi que de petites organisations qui ont rompu les liens avec les talibans au Pakistan. 

À son apogée en 2016, l’EI-K dispose de 2 500 à 8 500 combattants en Afghanistan, ce qui permet au groupe de mener des attaques de haut niveau concentrées, pour la plupart, à Kaboul et à Nangarhar, une province située à l’est de l’Afghanistan, à la frontière avec le Pakistan. 

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Des responsables de sécurité afghans inspectent des armes saisies près d'une habitation endommagée, de laquelle des hommes de Daech armés tiraient des obus de mortier, alors qu'un autre groupe faisait une descente dans une prison, à Jalalabad, le 4 août 2020. (Fichier/AFP) 

Le groupe est cependant considérablement affaibli suite à l’élimination progressive des hauts dirigeants par les forces américaines et les attaques menées par les talibans. Hafiz Saeed Khan est lui-même tué par une frappe américaine en 2016. 

Kirill Nourzhanov, maître de conférences au Centre d’études arabes et islamiques de l’Université nationale australienne (ANU), déclare à Arab News que même si le groupe a «presque été anéanti dans les principales zones d’influence fin 2019, le retour de l’EI-K dans les provinces orientales de l’Afghanistan n’est peut-être qu’une question de temps. La violence sectaire perpétrée par le groupe devrait s’intensifier». 

Au cours des six premiers mois de cette année, l’EI-K a revendiqué plus de 20 attaques ciblant la communauté chiite des Hazaras dans la région, ce qui a provoqué la mort de 500 personnes au moins. De telles attaques sont susceptibles de déstabiliser le régime à Téhéran. 

Depuis le début du retrait américain il y a deux mois, l’EI-K a mené plus de 91 attaques, tuant approximativement 345 civils et policiers afghans, selon quelques rapports. 

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Sur cette photo prise le 25 novembre 2019, les forces de sécurité afghanes participent à une opération contre des militants de Daech dans le district d'Achin, de la province de Nangarhar. (Fichier/AFP) 

Shahram Akbarzadeh, directeur du Middle East Studies Forum à l’université Deakin, déclare à Arab News: «Le retrait des forces des États-Unis et de l’Otan a favorisé l’effondrement du gouvernement afghan, créant un vide au niveau du pouvoir.» 

«Les talibans sont facilement entrés à Kaboul mais d’autres groupes comme l’EI-K y ont également vu une possibilité d’étendre leur sphère d’influence. Ce groupe salafiste devrait gagner beaucoup de terrain», poursuit-il. 

Ce vide ne permet pas uniquement de renforcer la présence de l’EI-K mais également d’attirer d’autres groupes terroristes et extrémistes. On pense que le chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, est malade et qu’il vit dans les régions tribales du Pakistan. Le groupe entretient des liens étroits avec les talibans par l’intermédiaire du réseau Haqqani qui contrôle la sécurité de Kaboul. 

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Une photo du 11 juin 2014 avec un militant de Daech brandissant le drapeau du groupe. (Fichier/AFP) 

Les réponses médiatiques d’Al-Qaïda, contrairement à celles des talibans, de Daech et de Hayat Tahrir al-Sham au nord de la Syrie, sont lentes, ce qui suppose des capacités nettement réduites. Il semble qu’un autre haut dirigeant d’Al-Qaïda, Saïf al-Adel – ancien numéro 3 du groupe après Ben Laden et Al-Zawahiri – réside actuellement en Iran sous la protection du régime. Cependant, la prise de contrôle par les talibans devrait donner un coup de pouce à Al-Qaïda et Daech. 

Arie Kruglanski, expert en psychologie du terrorisme et en militantisme politique, affirme: «Al-Qaïda a une forte présence dans d’autres parties du monde comme l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb et la Syrie. Avec l’arrivée au pouvoir des talibans, le mouvement pourrait bénéficier d’un autre refuge pour se réorganiser dans la zone Afghanistan-Pakistan.»  

La facilité de mouvement qu’offre l’Afghanistan rend le pays attrayant à la fois pour Daech et Al-Qaïda, surtout par rapport à d’autres régions où ils sont actuellement concentrés. Les faibles contrôles aux frontières permettent aux combattants de se déplacer facilement, notamment en provenance du Pakistan à travers les régions montagneuses que les forces de l’Otan et de l’ancien gouvernement afghan trouvaient difficiles – voire impossible – à contrôler. 

À l’ouest, la frontière iranienne constitue un autre point de passage pour les terroristes qui entrent en Afghanistan. L’EI-K propose un emplacement alternatif pour les combattants et les cellules dormantes d’Irak et de Syrie pour reprendre leurs opérations. 

Gulbuddin Hekmatyar, chef du Hezb-e-Islami et ancien leader des moudjahidines, aurait déclaré que le départ des troupes américaines et de leurs alliés donne la possibilité de créer une «nouvelle version de Daech». 

Néanmoins, la région pose des défis à l’EI-k, notamment la présence des talibans qui, pour le moment, contrôlent la quasi-totalité de l’Afghanistan. Le nouveau régime taliban a tenu à asseoir tout de suite son autorité religieuse en proclamant l’Émirat islamique d’Afghanistan – le même nom que le groupe avait utilisé pour régner sur le pays entre 1996 et 2001. 

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Une photo du 11 juin 2014 montrant des militants de Daech posant avec le drapeau du groupe. (Fichier/AFP) 

De nombreux analystes pensent que l’Afghanistan sera le terrain de violents affrontements entre les talibans et l’EI-K dans les semaines à venir. 

Jonathan Goodhand, professeur en études de conflit et de développement à la School of Oriental and African Studies explique: «Il existe une hostilité profonde entre Daech et les talibans. Si des groupes comme Al-Qaïda, le TPP et le Mouvement islamique d’Ouzbékistan parmi d’autres célèbrent la victoire des talibans, il est fort peu probable que Daech puisse étendre son influence en Afghanistan.» 

Les talibans sont principalement composés de Pachtounes qui proviennent uniquement d’Afghanistan et du Pakistan alors que Daech regroupe une multitude de nationalités: des Arabes, des Ouzbeks, des Turkmènes, des Tchétchènes, des Kurdes, des Kazakhs, des Tadjiks et des Ouïghours. 

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Une photo du 11 juin 2014 montrant des militants de Daech accrochant leur drapeau à un poteau au sommet d'un ancien fort militaire. (Fichier/AFP) 

«Les talibans combattent l’EI-K fermement et de manière continue depuis 2015. En réalité, c’est précisément l’efficacité des talibans dans la lutte contre ce que la Russie, l’Iran et les républiques d’Asie centrale considèrent comme l’ennemi numéro un, qui a poussé les voisins de l’Afghanistan à adopter une position flexible et pragmatique vis-à-vis des talibans», précise M. Nourzhanov. 

M. Akbarzadeh s’attend à ce que l’EI-K tente d’étendre son influence, exacerbant ainsi les tensions avec les talibans. Il précise: «Les talibans et l’EI-k sont des rivaux. L’EI-K considère les talibans comme de faux musulmans tout comme il accuse tous les autres groupes musulmans de corruption et de fausseté. Ils se sont affrontés par le passé. Les talibans essayent de prendre leurs distances par rapport à l’EI-K, un groupe ouvertement sectaire et violent.» 

«Avec le départ des États-Unis, ces tensions risquent de s’exacerber à mesure que l’EI-K étend son influence et entre en conflit direct avec les talibans», conclut M. Akbarzadeh. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Washington offre une récompense de 10 millions de dollars pour des informations sur les dirigeants iraniens

Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
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  • Les États-Unis offrent une récompense de 10 millions de dollars pour toute information sur plusieurs dirigeants iraniens, dont Mojtaba Khamenei et Ali Larijani
  • Washington affirme que ces responsables dirigent des éléments du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, accusé de planifier et de mener des actes terroristes à travers le monde

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont annoncé vendredi offrir une récompense de 10 millions de dollars en vue d'informations sur le sort des dirigeants iraniens, y compris le nouveau guide suprême, mais visant en particulier les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran.

L'appel vise aussi bien Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême, que le chef de la sécurité Ali Larijani, selon un avis diffusé par le département d'Etat américain.

Le ministre iranien de l'Intérieur, Eskandar Momeni, et le ministre du Renseignement et de la Sécurité, Esmaïl Khatib, figurent également parmi les dix personnes inscrites sur la liste du département d'Etat.

"Ces personnes commandent et dirigent divers éléments du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, qui planifie, organise et mène des actes terroristes à travers le monde", a déclaré le département d'Etat.

Il exhorte les informateurs éventuels à envoyer des informations via Signal notamment: "Vos informations pourraient vous permettre de bénéficier d'une réinstallation et d'une récompense".

Le dirigeant iranien Ali Khamenei, qui dirigeait l'Iran depuis 1989, a été tué dans une frappe le 28 février au début de la guerre.

Il a été remplacé par son fils Mojtaba mais les spéculations sur son état de santé perdurent, après les annonces par la télévision d'Etat et certains responsables qu'il avait été blessé dans les frappes.

Il a fait diffuser un message jeudi sans contenu vidéo ni audio.

Les Etats-Unis et Israël ont indiqué avoir tué nombre de responsables des Gardiens de la Révolution depuis le début des opérations militaires le 28 février.


Mojtaba Khamenei appelle à maintenir Ormuz fermé, le pétrole flambe

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  • Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale
  • Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE)

TEHERAN: Le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a appelé jeudi à maintenir fermé le détroit d'Ormuz, passage hautement stratégique du commerce de pétrole mondial, accélérant la flambée des cours.

Désigné dimanche à la place de son père Ali Khamenei, tué au début des attaques israélo-américaines sur l'Iran, il a également promis de "venger" le "sang versé par les victimes de ces bombardements.

Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale. Il y a également appelé les pays de la région à fermer les bases américaines qu'ils abritent sur leurs sols.

Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en bombardant les intérêts occidentaux dans le Golfe et ailleurs, quitte à "détruire" l'économie mondiale.

L'armée américaine a annoncé jeudi avoir frappé environ 6.000 cibles depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des bombardements américains et israéliens contre la République islamique.

Le conflit pénalise l'approvisionnement en or noir de l'économie mondiale, affaiblit les sites de production de la région et menace ses services financiers.

Le géant français TotalEnergies a ainsi annoncé suspendre ou être sur le point de suspendre l'équivalent de 15% de sa production mondiale de pétrole et de gaz dans plusieurs Etats du Golfe.

La navigation est pratiquement bloquée dans le détroit d'Ormuz, de facto contrôlé par l'Iran et par où transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

"En réponse à l'ordre" de leur "commandant en chef" Khamenei, les Gardiens de la Révolution iraniens ont promis de garder le détroit fermé et de porter "les coups les plus sévères à l'agresseur", a indiqué le commandant des forces navales Alireza Tangsiri.

Pétroliers attaqués 

Mais le gouvernement iranien a laissé entendre dans le même temps qu'il pourrait autoriser certains navires, de pays jugés non hostiles, à emprunter le détroit.

Interrogé par l'AFP, le vice-ministre des Affaires étrangères, Majid Takht-Ravanchi, a assuré que Téhéran a "coopéré" avec plusieurs "pays" qui ont demandé à l'emprunter. Il n'a pas nommé ces pays mais souligné que ceux qui se sont joints aux Etats-Unis et Israël "ne devraient pas bénéficier d'un passage sûr dans le détroit d'Ormuz".

Le ministre a démenti jeudi auprès de l'AFP que l'Iran posait des mines dans le détroit d'Ormuz, comme Washington l'en accuse.

Plusieurs explosions ont secoué le Golfe jeudi. Sur un réservoir d'hydrocarbures à Bahreïn, un immense champ pétrolier en Arabie saoudite, un aéroport au Koweit, un port à Oman.

Au moins trois navires ont été attaqués, soit un total de six depuis mercredi et 16 depuis le début du conflit, selon l'agence maritime britannique (UKMTO).

Une vidéo diffusée par le média d'Etat iranien IRIB montre une de ces attaques iraniennes, menée mercredi soir contre un pétrolier à environ 50 km des côtes irakiennes.

On y voit, dans la nuit noire, l'avant d'un pétrolier exploser, puis s'envelopper d'une énorme boule de feu, frappé de plein fouet par un projectile tiré depuis ce qui semble être un hors-bord de la marine iranienne. "Dieu est grand. Contre l'impérialisme américain dans le nord du golfe Persique, au nom de l'imam Khamenei, au nom de la République islamique d'Iran, ces eaux appartiennent aux défenseurs de l'islam", se réjouit l'un des Iraniens à bord.

L'attaque, visant deux pétroliers, a fait un mort, selon les autorités irakiennes, qui précisent avoir secouru plus de 50 membres d'équipage.

Côté américain, entre la poursuite de la guerre et les cours du pétrole, le président Donald Trump dit avoir fait son choix: la nécessité de "stopper" l'Iran passe avant les prix du pétrole car il faut "empêcher un empire du mal, l'Iran, de se doter d'armes nucléaires et de détruire le Moyen-Orient, voire le monde entier".

En Iran, au 13e jour de la guerre, la vie quotidienne des habitants de la région s'organise entre privations, angoisses et espoir d'un lendemain meilleur.

"On peut toujours faire ses courses. L'exception, c'était le jour où ils ont frappé les dépôts de pétrole: avec la pluie noire, ça faisait apocalyptique", explique à l'AFP une habitante de 39 ans, contactée depuis Paris.

Les frappes, certes, sont difficiles à vivre. Mais "je ne comprends pas les gens qui disent +non à la guerre+", explique-t-elle. Après la violente répression des manifestations de janvier en Iran, "il n'y a aucune autre solution que l'intervention étrangère" pour changer le pouvoir politique.

Quelque 3,2 millions d'Iraniens ont été déplacés à l'intérieur de l'Iran depuis le début de la guerre, selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Téhéran "n'a plus rien à perdre" 

Entre blocage d'Ormuz et discours guerriers, les cours du pétrole, qui ont pour certains grimpé de plus de 40% depuis le début de la guerre, continuent de flamber, malgré la décision la veille des pays de l'AIE d'utiliser leurs réserves stratégiques pour soutenir l'offre.

Jamais l'approvisionnement mondial en pétrole n'a été aussi perturbé, estime l'AIE. Selon elle, le blocage d'Ormuz a contraint les pays du Golfe à réduire drastiquement leur production pétrolière, grevant l'offre mondiale de 7,5%.

Donald Trump a ces derniers jours promis qu'une "grande sécurité" régnerait bientôt dans le détroit d'Ormuz. Son ministre de l'Energie a toutefois précisé que l'armée n'était "pas prête" pour le moment à escorter des pétroliers dans le détroit.

"Le régime iranien, qui n'a plus rien à perdre, entretiendra une guerre d'usure contre les Etats-Unis et Israël pour les punir de leur agression", a estimé auprès de l'AFP Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques.

Economiquement, l'opération est un gouffre pour les Etats-Unis. La première semaine de guerre leur a coûté plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times, en s'appuyant sur des sources parlementaires.

 

 


Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution pour l'arrêt des frappes iraniennes sur les États du Golfe et la Jordanie

Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
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  • La résolution déclare que les attaques violent le droit international et constituent une "grave menace pour la paix et la sécurité internationales"
  • Les actions iraniennes visant à fermer la navigation internationale à travers le détroit d'Ormuz sont également condamnées

NEW YORK : Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté mercredi une résolution condamnant les attaques de missiles et de drones iraniens contre les États du Golfe et la Jordanie. Treize membres du Conseil ont voté en faveur de cette résolution, tandis que la Russie et la Chine se sont abstenues.

La résolution 2817, présentée par Bahreïn au nom du Conseil de coopération du Golfe, a été coparrainée par 135 pays, ce qui représente l'une des plus importantes manifestations de soutien à une résolution du Conseil de sécurité de ces dernières années.

Elle "condamne sans équivoque, dans les termes les plus forts", les frappes de missiles et de drones iraniens visant les territoires des pays du Golfe et de la Jordanie, décrivant ces attaques comme une violation du droit international et une grave menace pour la paix et la sécurité internationales.

Elle exige que Téhéran mette fin "immédiatement et sans condition" à ses attaques et provocations contre les États voisins, y compris par l'intermédiaire de forces mandataires, et demande l'arrêt immédiat de toutes les frappes. Elle exprime son soutien résolu à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États du Golfe et de la Jordanie, et réaffirme leur droit à l'autodéfense en vertu de l'article 51 de la Charte des Nations unies.

La résolution déplore ce qu'elle décrit comme le ciblage délibéré par l'Iran de civils et d'infrastructures civiles, notamment des aéroports, des installations énergétiques, des installations de production et de distribution de denrées alimentaires et d'autres infrastructures essentielles.

Elle fait également référence à la résolution 552 du Conseil de sécurité (adoptée en 1984 et condamnant les attaques iraniennes contre la navigation dans le Golfe), réaffirmant ainsi l'importance de la liberté de navigation dans les eaux internationales et les voies maritimes, alors que les menaces pesant sur le trafic maritime dans la région suscitent des inquiétudes.

Elle met en garde contre toute menace pesant sur la navigation maritime, en particulier sur les voies navigables d'importance stratégique que sont le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab Al-Mandab, et souligne l'importance de la région pour l'approvisionnement énergétique mondial et les flux commerciaux internationaux.

S'exprimant après le vote, l'ambassadeur du Bahreïn auprès des Nations unies, Jamal Alrowaiei, a déclaré que le large soutien apporté à la résolution reflétait l'inquiétude mondiale face aux récentes attaques contre des États de la région.

"Le fait que 135 pays aient coparrainé cette résolution témoigne d'une prise de conscience collective de la dangerosité des attaques iraniennes contre le CCG et la Jordanie", a-t-il déclaré.

Les frappes iraniennes ont visé des infrastructures civiles, des zones résidentielles et des installations essentielles dans toute la région, faisant des victimes parmi les civils, a-t-il ajouté.

"Notre région est un pilier essentiel de la stabilité régionale et mondiale, de la sécurité énergétique et de la sécurité des échanges commerciaux", a-t-il poursuivi.

"La protection de notre région n'est pas seulement une question régionale, c'est une responsabilité internationale commune étroitement liée à la stabilité de l'économie mondiale et des chaînes d'approvisionnement internationales.

Jérôme Bonnafont, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, a déclaré que la résolution envoyait un signal clair en condamnant les "frappes aveugles menées par l'Iran contre ses voisins régionaux".

Il a ajouté : "Depuis une douzaine de jours, le Moyen-Orient est à nouveau plongé dans la guerre. Cette guerre fait peser de graves risques sur la sécurité régionale et doit cesser maintenant."

L'Iran porte une responsabilité majeure dans cette escalade, a déclaré M. Bonnafont, citant le programme de missiles du pays, son soutien aux milices régionales et les menaces liées à ses activités nucléaires.

James Kariuki, chargé d'affaires à la mission du Royaume-Uni auprès des Nations unies, a déclaré que le Conseil avait raison de condamner des attaques qui "constituent une menace sérieuse pour nos partenaires du Golfe et pour la Jordanie, et risquent de provoquer une nouvelle conflagration régionale et mondiale".

Le Royaume-Uni participe à des opérations défensives régionales coordonnées et continuera à soutenir les États du Golfe et la Jordanie, a-t-il ajouté.

L'ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, a déclaré que Téhéran attaquait les États de la région par désespoir, car la patience de la communauté internationale à l'égard de ses actions s'épuisait.

"Le régime de Téhéran tente d'exporter la terreur et la destruction, mais même le Conseil de sécurité est à bout de patience face à l'agression iranienne", a-t-il ajouté.

L'ambassadeur des États-Unis, Mike Waltz, a déclaré : "La stratégie de l'Iran consistant à semer le chaos, à prendre ses voisins en otage et à ébranler la détermination de la région s'est clairement retournée contre lui, comme l'a montré le vote d'aujourd'hui.

L'ambassadeur de Chine aux Nations unies, Fu Cong, a déclaré que Pékin condamnait les attaques contre les civils et les cibles non militaires et soutenait les préoccupations des États du Golfe en matière de sécurité, mais qu'il s'était abstenu lors du vote parce qu'il estimait que la résolution ne reflétait pas correctement les causes plus larges du conflit.

"Le principal moyen d'empêcher une nouvelle détérioration de la situation est que les États-Unis et Israël cessent leurs opérations militaires", a-t-il déclaré.

Bien que la Chine ne soutienne pas les attaques iraniennes contre les États arabes du Golfe, elle estime que la résolution manque d'équilibre et ne tient pas suffisamment compte du contexte général du conflit, a-t-il ajouté.

M. Fu a appelé toutes les parties à mettre fin à leurs opérations militaires et à reprendre le dialogue et les négociations.

L'ambassadeur russe auprès des Nations unies, Vassily Nebenzia, a déclaré que Moscou s'était abstenu lors du vote parce qu'il considérait lui aussi que la résolution était "extrêmement déséquilibrée".

Il a déclaré au Conseil : "Il est impossible et injuste de parler d'attaques contre des pays de la région sans tenir compte des causes profondes de l'escalade actuelle, à savoir l'agression des États-Unis et d'Israël contre la République islamique d'Iran.

La résolution "confond la cause et l'effet" et ne mentionne pas les attaques contre l'Iran lui-même, a déclaré M. Nebenzia, estimant que le texte pourrait donner l'impression que Téhéran a mené des frappes non provoquées contre des États arabes.

Mais il a ajouté : "Les frappes contre les civils et les infrastructures civiles ne sont acceptables en aucune circonstance - ni en Iran, ni à Bahreïn, ni en Jordanie, ni au Qatar, ni au Koweït, ni à Oman, ni en Arabie saoudite, ni aux Émirats arabes unis, ni en Israël".

De nombreux diplomates ont déclaré que l'importance du soutien international à la résolution soulignait un sentiment croissant d'inquiétude face aux effets des attentats sur la stabilité régionale, les marchés mondiaux de l'énergie et les routes commerciales internationales.

L'ambassadeur du Pakistan auprès des Nations unies, Asim Iftikhar Ahmad, a déclaré qu'Islamabad avait voté en faveur de la résolution pour montrer sa solidarité avec les États du Golfe et la Jordanie, tout en appelant à une solution diplomatique plus large au conflit.

Il a condamné les attaques visant les civils et les infrastructures civiles et a réaffirmé le soutien de son pays à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États touchés.

Il a appelé à une cessation immédiate des hostilités et à un retour à la table des négociations, avertissant que le conflit avait déjà eu de graves conséquences régionales, notamment des pertes civiles et des perturbations économiques.

Le Pakistan est également préoccupé par l'instabilité en Iran, a déclaré M. Ahmad, et il a réitéré le soutien d'Islamabad à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Iran.

Des millions de ressortissants pakistanais vivant dans les pays du Golfe ont été exposés aux retombées du conflit, a-t-il ajouté, tandis que les perturbations de l'approvisionnement en énergie et des transports aériens affectaient déjà l'économie pakistanaise.

M. Ahmad a appelé toutes les parties à faire preuve d'une "retenue maximale" et à reprendre rapidement la voie de la diplomatie afin de parvenir à une résolution négociée et durable de la crise.