La refonte de l'Irak en valait-elle la peine?

Deux soldats américains inspectant les dégâts après qu'une petite charge explosive a été utilisée pour faire sauter la porte d'un magasin, dans le quartier industriel de Samarra, le 17 décembre 2003. (Fichier/AFP)
Deux soldats américains inspectant les dégâts après qu'une petite charge explosive a été utilisée pour faire sauter la porte d'un magasin, dans le quartier industriel de Samarra, le 17 décembre 2003. (Fichier/AFP)
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Publié le Jeudi 09 septembre 2021

La refonte de l'Irak en valait-elle la peine?

Deux soldats américains inspectant les dégâts après qu'une petite charge explosive a été utilisée pour faire sauter la porte d'un magasin, dans le quartier industriel de Samarra, le 17 décembre 2003. (Fichier/AFP)
  • Après les échecs en Afghanistan et en Irak, bannir les objectifs de «construction nationale» pourrait s'avérer judicieux pour les Occidentaux
  • Le résultat le plus problématique du changement de régime en Irak à la suite de l’intervention américaine est l'influence iranienne écrasante dans le pays aujourd’hui

MISSOURI, États-Unis: La guerre mondiale contre le terrorisme initiée par l'administration du président américain, George W. Bush, a commencé en Afghanistan en 2001, peu après le 11-Septembre, et s'est étendue à l'Irak deux ans plus tard. 

Les régimes respectifs des talibans et de Saddam Hussein ont été renversés, l'autonomie de la région kurde d'Irak a été légalement reconnue et, pendant un bref moment, Afghans et Irakiens ont bénéficié de libertés inédites. Mais en fin de compte, aucun des deux pays n’a été sauvé. 

Alors que les Américains se sont finalement retirés d'Afghanistan le mois dernier, le monde a vu les talibans reprendre le pays bien plus rapidement que prévu. Par ailleurs, l'Irak ressemble de plus en plus à une terre oubliée et brisée – devenue un terrain de jeu pour les milices soutenues par l'Iran. 

11 sept

On pourrait conclure que les guerres en Afghanistan et en Irak n'ont généré que des pertes colossales d’argent et des effusions de sang. Certains commentateurs à Washington suggèrent désormais que des expressions telles que «construction d'une nation» et «nous installerons un nouveau gouvernement» soient rayées à jamais du lexique des décideurs américains. 

Bannir de tels slogans politiques grandioses de l'imaginaire américain pourrait en effet s'avérer sage. Les États-Unis ou d'autres puissances occidentales n’ont jamais pu «pallier» les divisions ethniques et sectaires en Afghanistan et en Irak. 

L'installation de nouveaux gouvernements, la tenue d'élections et l'injection d'énormes sommes d’argent pour soutenir les pouvoirs en place dans un court laps de temps ont créé des kleptocraties dans les deux pays, plutôt que des démocraties fonctionnelles. 

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Un Irakien passant devant une représentation défigurée du président déchu Saddam Hussein intitulée «Saddam, gloire des Arabes» à l'entrée de l'ancien camp d'entraînement militaire de Samawa, à 270 km au sud de Bagdad, le 24 février 2004. (Fichier/AFP) 

Ces nouvelles démocraties manquaient d'une véritable identité nationale commune remplaçant les loyautés locales, tribales, ethniques et sectaires. Et avec le renversement des régimes précédents, elles ont également perdu toutes les institutions qu'elles auraient pu avoir à gérer elles-mêmes. Submergées par de grandes sommes d’argent, elles se sont rapidement transformées en des systèmes clientélistes élaborés et très corrompus. 

Des groupes traditionnellement dominants qui se sont retrouvés rétrogradés et même exclus du nouveau système néopatrimonial corrompu – les Pachtounes en Afghanistan et les Arabes sunnites en Irak – ont mené des insurrections contre les nouveaux États. 

Ces insurrections ont compliqué une utilisation productive de l'argent versé pour construire des écoles, des réseaux électriques et des ponts, par exemple, ou pour soutenir l'agriculture. Les dirigeants élus ont plutôt profité de leurs fonctions pour s'enrichir et renflouer les membres de leurs clans ou communautés. 

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Deux soldats américains de la 1ère brigade de la 4ème division d'infanterie montrant le trou où le dictateur renversé Saddam Hussein a été capturé à Ad Dawr, près de sa ville natale de Tikrit, à 180 km au nord de Bagdad, le 15 décembre 2003. (Fichier/AFP) 

Alors que les talibans sont parvenus à se servir de la frustration populaire qui en a résulté (en utilisant également la proximité des bailleurs de fonds au Pakistan) pour reprendre le pouvoir vingt ans après leur renversement par l’armée américaine, les Arabes sunnites en Irak ne dirigeront probablement jamais le pays comme ils l'ont fait auparavant. Les chiites et les kurdes représentent environ 80 % de la population irakienne, c'est probablement une bonne chose. 

Le résultat le plus problématique du changement de régime en Irak est l'influence iranienne écrasante dans le pays aujourd’hui. Si Daech a représenté la dernière tentative arabe sunnite pour reprendre le pouvoir en Irak, il a également donné à l'Iran et aux chiites irakiens l'occasion de former des milices chiites irresponsables, qui sévissent désormais dans les régions arabes du pays. 

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De la fumée s'échappant à la suite d’une explosion dans l'enceinte du palais présidentiel de Bagdad le 27 mars 2003, après un raid aérien américano-britannique. (Fichier/AFP) 

Tout comme au Liban et au Yémen (d'autres pays désormais largement dirigés par les milices chiites proxys de l'Iran), l'État irakien est désormais incapable de fournir des services à sa population, et est dirigé par les partisans d'Ali, équipés d'AK-47, qui érigent des postes de contrôle dans tout le pays. 

Les forces de mobilisation populaire à prédominance chiite semblent impossibles à déloger, d'autant plus qu'elles ont obtenu une reconnaissance légale et un salaire de l'État – même si le gouvernement élu d'Irak ne les contrôle pas. 

Dans le nord kurde de l'Irak, les deux principales familles dirigeantes ont davantage réussi à mettre en place une administration décente et fonctionnelle. Pourtant, elles aussi reposent sur leurs propres forces armées, les Peshmergas, et sont responsables d'une bonne partie de la corruption. 

11 sept

Le déroulement des événements aurait-il pu être différent? Et si les Américains n'étaient pas restés pour occuper l'Afghanistan et l'Irak après avoir renversé les talibans et Saddam? 

Les deux guerres déclenchées dans les deux pays se sont d'abord très bien déroulées pour les forces américaines. En quelques semaines, et pratiquement sans aucune victime, les Américains ont chassé du pouvoir les talibans et les baasistes de Saddam. 

Et si, immédiatement après ces victoires rapides, les Américains avaient forcé les dirigeants de toutes les communautés concernées à négocier et leur avaient dit: «Nous partirons dans deux semaines, réglez vos différends de manière appropriée, sinon nous reviendrons?» 

11 sept

En Afghanistan, le résultat ne serait probablement pas si différent. Les talibans auraient repris le pouvoir en peu de temps, mais peut-être pas dans le nord du pays, où l'Alliance du Nord d'Abdel Rachid Dostum aurait pu enregistrer quelques avancées. 

Paradoxalement, les talibans contrôlent désormais davantage l'Afghanistan qu'il y a vingt ans, au moment des attentats du 11-Septembre. Dans l’hypothèse d’un scénario de «départ rapide» après les premiers succès de 2001, les États-Unis et leurs alliés n'auraient pas gaspillé autant de vies et de fonds dans un effort futile de «construction nationale». 

En Irak, un départ rapide de la coalition après le renversement de Saddam en 2003 aurait probablement conduit à un résultat tout aussi négatif. En réponse aux acquis kurdes – les Kurdes étaient le groupe irakien le plus organisé et le mieux armé après la chute du régime de Saddam – la Turquie aurait probablement envahi l'Irak, tout comme elle l'a fait en Syrie en 2019 et 2020. 

Les menaces contre les chiites irakiens par des extrémistes arabes sunnites et d'anciens baasistes auraient suscité une intervention iranienne – un peu comme en Syrie – et l'effusion de sang aurait probablement été pire qu'en 2006 ou en 2014. Des décennies de répression baasiste en Irak avaient créé tellement de frictions entre les communautés qu'aucune intervention américaine n'aurait pu y remédier. 

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Deux soldats américains du 1er bataillon du 22ème régiment de la 4ème division d'infanterie sécurisant les lieux lors d'une patrouille à pied dans une rue de Tikrit, ville natale de l'ancien président irakien Saddam Hussein. Bagdad, le 27 décembre 2003. (Fichier/AFP) 

Et si, après le 11-Septembre, les États-Unis n'avaient pas envahi l'Afghanistan ou l'Irak? Plus de 7 000 jeunes soldats américains seraient encore en vie aujourd'hui, un grand nombre n’auraient pas été blessés, et le Trésor américain serait en bien meilleure forme qu'il ne l'est aujourd’hui. 

Certains bombardements intensifs sur les camps d'Al-Qaïda en Afghanistan auraient pu assouvir la soif de justice ou de vengeance des Américains après le 11-Septembre, même si cela n'aurait probablement pas suffi à en satisfaire beaucoup. Al-Qaïda aurait pu rester une force bien plus forte qu'elle ne l'est aujourd'hui. 

En Irak, la situation était plus complexe, car le pays était sur le point de contourner avec succès les sanctions qui lui avaient été imposées dans les années 1990, ainsi que d'autres tentatives occidentales de punir Saddam. 

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Des soldats américains contrôlant des Irakiens dans la ville de Nassiriyah, dans le sud de l'Irak, le 17 décembre 2003, avant qu’ils ne pénètrent dans la base de Talil, afin de déposer une plainte contre l'armée américaine pour les dommages matériels causés par les forces de la coalition lors de leur intervention. (Fichier/AFP) 

On pourrait facilement imaginer que Saddam aurait exploité une telle victoire politique de la même manière que Gamal Abdel Nasser a utilisé sa défaite militaire lors de la crise de Suez en 1956. Bien que Nasser ait perdu la guerre, la victoire politique qu'il a remportée en forçant les Britanniques, les Français et les Israéliens à se retirer a fait de lui un héros dans le monde arabe et au-delà. 

Un Saddam revigoré aurait pu redémarrer son programme nucléaire, et causer de terribles problèmes à ses voisins du Golfe, à son peuple (en massacrant un grand nombre de personnes, comme il l'avait fait auparavant) et à la région dans son ensemble. 

En fin de compte, même vingt ans de recul après le 11-Septembre ne permettent pas d’offrir une vision complète. Parfois, il n'y a pas de bons choix, seulement des mauvais et des moins mauvais. 

Se lancer dans vingt ans de «construction nationale» en Afghanistan était probablement un mauvais choix. Renverser Saddam et façonner un autre Irak, aurait peut-être été un moins mauvais choix – mais cela aurait tout de même été une option peu satisfaisante. 

* David Romano est titulaire de la chaire Thomas G. Strong de politique du Moyen-Orient à l'université d'État du Missouri 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


L'Iran met en garde contre des conséquences «imprévisibles» après l'attaque ukrainienne contre un de ses navires

Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE". (AFP)
Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE". (AFP)
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  • L'Iran menace de riposter à l'attaque ukrainienne contre son navire en mer Caspienne
  • Samedi, le ministère des Affaires étrangères a rapporté qu'un navire marchand iranien avait été attaqué par l'Ukraine, provoquant une explosion

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères a averti dimanche que son pays ne laisserait pas impunie l'attaque meurtrière perpétrée par l'Ukraine contre un navire iranien en mer Caspienne.

Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE".

Samedi, le ministère des Affaires étrangères a rapporté qu'un navire marchand iranien avait été attaqué par l'Ukraine, provoquant une explosion.

Et le même jour, M. Zelensky avait affirmé sur les réseaux sociaux avoir obtenu "des résultats très solides avec des frappes à longue portée en mer Caspienne, visant notamment des navires utilisés pour le transport de cargaisons militaires impliquant l'Iran, ainsi qu'un navire de guerre".

"L'attaque menée par le régime ukrainien contre un navire marchand iranien en mer Caspienne, explicitement revendiquée par le chef de ce régime, témoigne de la persistance de l'attitude irrationnelle et hostile du régime ukrainien", a protesté le ministère dans un communiqué de presse.

La République islamique "n'est jamais intervenue dans le conflit entre la Russie et l'Ukraine", a-t-il affirmé.

Les services de renseignement ukrainiens (SBU) ont pour leur part fait état sur Telegram d'attaques de drones contre "des cargos sous sanctions internationales qui étaient utilisés pour transporter des cargaisons militaires entre l'Iran et la Russie".

Selon la télévision d'Etat iranienne, le chargé d'affaires ukrainien à Téhéran a été convoqué samedi au ministère des Affaires étrangères afin d'y être sermonné par un haut-fonctionnaire pour cet "acte hostile et criminel".

Abbas Araghchi a également indiqué s'être entretenu avec la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne Kaja Kallas et le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov à ce sujet.

L'Iran a aussi mis en garde contre des conséquences "imprévisibles" après l'attaque ukrainienne contre un de ses navires

 


Troisième nuit sans frappes au Moyen-Orient pour laisser «de la place» à la diplomatie

Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi. (Photo d'archives ISNA via AP)
Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi. (Photo d'archives ISNA via AP)
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  • Aucun bombardement américain n'a été signalé en Iran depuis vendredi soir, marquant une pause dans les hostilités après deux semaines de frappes sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril
  • De son côté, l'Iran n'a revendiqué aucune attaque contre ses voisins du Golfe alliés de Washington, et ces derniers n'ont fait état d'aucune alerte nocturne

TEHERAN: Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi.

"Ce que fait le président en ce moment, (...) c'est laisser de la place aux négociations. Les négociations se poursuivent", a assuré dimanche Mike Waltz dans des médias américains, tout en soulignant que M. Trump n'avait pas renoncé à la nouvelle escalade dont il a menacé la République islamique: il "garde toutes les options sur la table".

Aucun bombardement américain n'a été signalé en Iran depuis vendredi soir, marquant une pause dans les hostilités après deux semaines de frappes sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

De son côté, l'Iran n'a revendiqué aucune attaque contre ses voisins du Golfe alliés de Washington, et ces derniers n'ont fait état d'aucune alerte nocturne. "Comme notre stratégie est essentiellement basée sur la riposte, nous avons également interrompu nos opérations", a commenté le porte-parole de l'armée iranienne Mohammad Akraminia.

Signe de soulagement, les cours du pétrole s'affichent en forte baisse lundi: vers 04H40 GMT, le Brent de la mer du Nord, référence internationale, cédait près de 5%, autour de 92 dollars le baril, après être même passé brièvement sous la barre des 90 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate (WTI), reculait d'autant, à environ 84 dollars.

Alors que la guerre dure depuis bientôt cinq mois, la presse américaine fait état d'un possible manque de munitions.

Selon le New York Times, qui cite deux sources proches du dossier, le gouvernement s'inquiète de l'affaiblissement du stock de systèmes d'interception de missiles Patriot et d'autres équipements défensifs protégeant les pays de la région.

L'armée américaine dispose "de tout ce dont elle a besoin pour mener cette campagne avec toute l'efficacité requise", a rétorqué Mike Waltz, annonçant le déploiement au Moyen-Orient de "davantage de ressources".

Et Donald Trump d'insister auprès du Wall Street Journal: "Nous avons bien plus de munitions que quiconque dans le monde, et bien plus que ce dont nous avons besoin".

Soutien de Netanyahu 

Pour Téhéran, les Etats-Unis sont dans une situation "difficile et instable" et cherchent probablement "une nouvelle stratégie", a estimé Mohammad Akraminia.

En amont de la visite mardi du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, partisan d'une ligne dure, M. Akraminia a mis en garde les Américains: s'ils "se laissent à nouveau tromper" par Israël et "insistent pour continuer la guerre, particulièrement par des frappes aériennes, elle s'étendra géographiquement".

Benjamin Netanyahu a dit "soutenir pleinement les efforts" de Donald Trump pour parvenir à mettre fin aux ambitions nucléaires de Téhéran. "S'il peut y arriver sans revenir à des combats de haute intensité, c'est très bien", a-t-il déclaré dimanche sur Fox News.

Dans la capitale, Téhéran, épargnée par les bombardements depuis la reprise des hostilités début juillet, la vie suit son cours normal, entre embouteillages habituels et vague de chaleur, selon l'équipe de l'AFP sur place.

La guerre au Moyen-Orient a débuté le 28 février avec une campagne de bombardements israélo-américains contre l'Iran, et fait des milliers de morts dans la région. Elle a aussi ébranlé l'économie mondiale en bloquant le trafic dans le détroit d'Ormuz, entre l'Iran et la péninsule arabique, par lequel transitait avant-guerre un cinquième du commerce mondial des hydrocarbures.

La République islamique, qui verrouille cette stratégique voie maritime et veut faire payer le passage, a annoncé avoir tenu vendredi et samedi de nouvelles discussions avec Oman, dont les côtes bordent également le détroit, sur sa future gestion.

Les Etats-Unis ont repris en représailles leur blocus des ports iraniens.

Front yéménite 

Un protocole d'accord signé le 17 juin par Washington et Téhéran, prévoyant un cycle de négociations de paix de 60 jours, a volé en éclats moins d'un mois après son entrée en vigueur.

Sur le nouveau front de la guerre, opposant l'Arabie saoudite aux rebelles Houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, les hostilités se sont intensifiées.

C'est le contrôle du ciel du pays qui a réveillé la discorde le 13 juillet: l'Iran avait envoyé à Sanaa un avion transportant une délégation rebelle sans solliciter d'autorisation auprès de Ryad, contrairement à l'usage depuis dix ans, déclenchant des frappes attribuées au royaume sur l'aéroport de Sanaa.

En retour, les Houthis ont attaqué le territoire saoudien pour la première fois depuis 2022. Ils ont notamment visé samedi des sites pétroliers.

 


Andy Burnham inaugure son Downing Street "du Nord" à Manchester

Le Premier ministre britannique Andy Burnham (au centre) pose pour une photo avec la ministre d'État au Cabinet Office, Louise Haigh (à gauche), et le chancelier de l'Échiquier, John Healey (à droite), lors d'une visite pour l'inauguration officielle du No. 10 North à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 24 juillet 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (au centre) pose pour une photo avec la ministre d'État au Cabinet Office, Louise Haigh (à gauche), et le chancelier de l'Échiquier, John Healey (à droite), lors d'une visite pour l'inauguration officielle du No. 10 North à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 24 juillet 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham inaugure un bureau gouvernemental à Manchester pour renforcer la décentralisation et rapprocher l'État des régions
  • Des experts estiment toutefois que cette initiative reste surtout symbolique, sans réel transfert de pouvoirs

LONDRES: Le Premier ministre britannique Andy Burnham a inauguré vendredi ses nouveaux bureaux situés à Manchester, où il travaillera au moins une fois par semaine, symbole de sa promesse aux contours encore flous d'accentuer la décentralisation en Angleterre.

Le travailliste de 56 ans, qui a pris ses fonctions lundi et a succédé à Keir Starmer, a promis de redonner du pouvoir et d'apporter "la croissance économique à chaque région" pendant son mandat.

Sa première mesure est la création de ce bureau baptisé "No. 10 North" ("N°10 du Nord") dans cette ville du nord-ouest de l'Angleterre, dont il était maire il y a encore quelques semaines. Une référence au 10, Downing Street à Londres, lieu de travail et résidence officielle du Premier ministre.

S'adressant au personnel de cette nouvelle entité, installée dans un immeuble du centre de Manchester, Andy Burnham a évoqué la création d'un "pôle Nord qui fera contrepoids au pôle Sud", et permettra de "donner le sentiment d'un pays plus équilibré".

Il prévoit de travailler au moins une fois par semaine dans les bâtiments du "No. 10 North", où l'agence britannique du cyber-renseignement GCHQ était déjà installée, et d'y être régulièrement rejoint par ses ministres, répétant qu'il ne s'agit pas d'une mesure "gadget".

"Ce n'est pas juste un nouveau bureau (...) c'est une façon différente de gouverner" le Royaume-Uni, a insisté le dirigeant travailliste, en présence notamment du ministre des Finances, John Healey.

Andy Burnham a présidé dans l'après-midi la première réunion du Conseil économique national, une instance créée en 2008 pour soutenir la relance après la crise financière, et qu'il a décidé de réactiver, rassemblant plusieurs ministres et les maires à la tête de grandes agglomérations ou régions d'Angleterre.

Il a promis aux édiles que le gouvernement serait "entièrement mobilisé" derrière eux "car c'est sur le terrain que la croissance se concrétise".

Le nouveau chef de l'exécutif soutient que l'agglomération de Manchester, dont les performances économiques dépassent la moyenne nationale et où le maire est élu depuis 2017, constitue un modèle pour les autres régions d'Angleterre.

- Signal positif -

Les experts interrogés par l'AFP se montrent plus sceptiques et notent que la création d'une annexe du gouvernement central ne relève pas en soi d'une véritable politique de décentralisation.

"C'est ce qu'on appelle la +déconcentration+, très courante même dans des États très centralisés, et qui ne signifie pas en elle-même un transfert de pouvoir", explique Alan Trench, universitaire et conseiller en politiques publiques.

Le Royaume-Uni - composé de l'Angleterre, de l'Écosse, du pays de Galles et de l'Irlande du Nord - a connu à la fin des années 1990 d'importantes réformes constitutionnelles - baptisées "dévolution" - qui ont permis la création de parlements à Édimbourg, Cardiff et Belfast.

Andy Burnham, qui a rencontré jeudi les Premiers ministres indépendantistes écossais et gallois, s'est dit favorable à accentuer la décentralisation, sans donner davantage de détails, mais en excluant tout soutien à des référendums d'indépendance.

En Angleterre, malgré la création de mairies régionales et d'autres structures locales ces dix dernières années, le territoire reste l'un des plus centralisés d'Europe.

"Il n'existe aucun pouvoir législatif décentralisé en Angleterre", souligne Alan Trench.

Andy Burnham a lui-même été confronté aux limites du système : à Manchester, ses responsabilités étaient cantonnées à quelques domaines de compétence, comme les transports, en plus d'être partagées avec dix autres responsables locaux élus.

- Contrepoids au Trésor -

Désormais à la tête du gouvernement, il a demandé à plusieurs ministères, dont le puissant Trésor, de "transférer certaines fonctions stratégiques" au "No. 10 North".

Un signal "positif", indique Nicola McEwen, professeure à l'université de Glasgow. Pour réussir, avance-t-elle, cette structure devra être capable de "dialoguer avec les institutions décentralisées, de favoriser leur développement", mais également d'exercer une influence sur le pouvoir central à Londres, afin que celui-ci "s'adapte à cette vision" nouvelle.

L'idée n'est pas inédite, notent aussi ces experts: des fonctionnaires travaillent déjà dans des pôles administratifs délocalisés à Glasgow (Écosse), Sheffield (nord de l'Angleterre), ou à Darlington (nord-est).

Michael Keating, professeur de sciences politiques à l'université d'Aberdeen, en Ecosse, doute surtout de la capacité de cette structure à créer un véritable "contrepoids" au puissant ministère des Finances.

"Cela a déjà été tenté et le Trésor finit toujours par l'emporter. Il ne renoncera pas au contrôle des finances publiques", affirme-t-il à l'AFP.