La refonte de l'Irak en valait-elle la peine?

Deux soldats américains inspectant les dégâts après qu'une petite charge explosive a été utilisée pour faire sauter la porte d'un magasin, dans le quartier industriel de Samarra, le 17 décembre 2003. (Fichier/AFP)
Deux soldats américains inspectant les dégâts après qu'une petite charge explosive a été utilisée pour faire sauter la porte d'un magasin, dans le quartier industriel de Samarra, le 17 décembre 2003. (Fichier/AFP)
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Publié le Jeudi 09 septembre 2021

La refonte de l'Irak en valait-elle la peine?

Deux soldats américains inspectant les dégâts après qu'une petite charge explosive a été utilisée pour faire sauter la porte d'un magasin, dans le quartier industriel de Samarra, le 17 décembre 2003. (Fichier/AFP)
  • Après les échecs en Afghanistan et en Irak, bannir les objectifs de «construction nationale» pourrait s'avérer judicieux pour les Occidentaux
  • Le résultat le plus problématique du changement de régime en Irak à la suite de l’intervention américaine est l'influence iranienne écrasante dans le pays aujourd’hui

MISSOURI, États-Unis: La guerre mondiale contre le terrorisme initiée par l'administration du président américain, George W. Bush, a commencé en Afghanistan en 2001, peu après le 11-Septembre, et s'est étendue à l'Irak deux ans plus tard. 

Les régimes respectifs des talibans et de Saddam Hussein ont été renversés, l'autonomie de la région kurde d'Irak a été légalement reconnue et, pendant un bref moment, Afghans et Irakiens ont bénéficié de libertés inédites. Mais en fin de compte, aucun des deux pays n’a été sauvé. 

Alors que les Américains se sont finalement retirés d'Afghanistan le mois dernier, le monde a vu les talibans reprendre le pays bien plus rapidement que prévu. Par ailleurs, l'Irak ressemble de plus en plus à une terre oubliée et brisée – devenue un terrain de jeu pour les milices soutenues par l'Iran. 

11 sept

On pourrait conclure que les guerres en Afghanistan et en Irak n'ont généré que des pertes colossales d’argent et des effusions de sang. Certains commentateurs à Washington suggèrent désormais que des expressions telles que «construction d'une nation» et «nous installerons un nouveau gouvernement» soient rayées à jamais du lexique des décideurs américains. 

Bannir de tels slogans politiques grandioses de l'imaginaire américain pourrait en effet s'avérer sage. Les États-Unis ou d'autres puissances occidentales n’ont jamais pu «pallier» les divisions ethniques et sectaires en Afghanistan et en Irak. 

L'installation de nouveaux gouvernements, la tenue d'élections et l'injection d'énormes sommes d’argent pour soutenir les pouvoirs en place dans un court laps de temps ont créé des kleptocraties dans les deux pays, plutôt que des démocraties fonctionnelles. 

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Un Irakien passant devant une représentation défigurée du président déchu Saddam Hussein intitulée «Saddam, gloire des Arabes» à l'entrée de l'ancien camp d'entraînement militaire de Samawa, à 270 km au sud de Bagdad, le 24 février 2004. (Fichier/AFP) 

Ces nouvelles démocraties manquaient d'une véritable identité nationale commune remplaçant les loyautés locales, tribales, ethniques et sectaires. Et avec le renversement des régimes précédents, elles ont également perdu toutes les institutions qu'elles auraient pu avoir à gérer elles-mêmes. Submergées par de grandes sommes d’argent, elles se sont rapidement transformées en des systèmes clientélistes élaborés et très corrompus. 

Des groupes traditionnellement dominants qui se sont retrouvés rétrogradés et même exclus du nouveau système néopatrimonial corrompu – les Pachtounes en Afghanistan et les Arabes sunnites en Irak – ont mené des insurrections contre les nouveaux États. 

Ces insurrections ont compliqué une utilisation productive de l'argent versé pour construire des écoles, des réseaux électriques et des ponts, par exemple, ou pour soutenir l'agriculture. Les dirigeants élus ont plutôt profité de leurs fonctions pour s'enrichir et renflouer les membres de leurs clans ou communautés. 

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Deux soldats américains de la 1ère brigade de la 4ème division d'infanterie montrant le trou où le dictateur renversé Saddam Hussein a été capturé à Ad Dawr, près de sa ville natale de Tikrit, à 180 km au nord de Bagdad, le 15 décembre 2003. (Fichier/AFP) 

Alors que les talibans sont parvenus à se servir de la frustration populaire qui en a résulté (en utilisant également la proximité des bailleurs de fonds au Pakistan) pour reprendre le pouvoir vingt ans après leur renversement par l’armée américaine, les Arabes sunnites en Irak ne dirigeront probablement jamais le pays comme ils l'ont fait auparavant. Les chiites et les kurdes représentent environ 80 % de la population irakienne, c'est probablement une bonne chose. 

Le résultat le plus problématique du changement de régime en Irak est l'influence iranienne écrasante dans le pays aujourd’hui. Si Daech a représenté la dernière tentative arabe sunnite pour reprendre le pouvoir en Irak, il a également donné à l'Iran et aux chiites irakiens l'occasion de former des milices chiites irresponsables, qui sévissent désormais dans les régions arabes du pays. 

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De la fumée s'échappant à la suite d’une explosion dans l'enceinte du palais présidentiel de Bagdad le 27 mars 2003, après un raid aérien américano-britannique. (Fichier/AFP) 

Tout comme au Liban et au Yémen (d'autres pays désormais largement dirigés par les milices chiites proxys de l'Iran), l'État irakien est désormais incapable de fournir des services à sa population, et est dirigé par les partisans d'Ali, équipés d'AK-47, qui érigent des postes de contrôle dans tout le pays. 

Les forces de mobilisation populaire à prédominance chiite semblent impossibles à déloger, d'autant plus qu'elles ont obtenu une reconnaissance légale et un salaire de l'État – même si le gouvernement élu d'Irak ne les contrôle pas. 

Dans le nord kurde de l'Irak, les deux principales familles dirigeantes ont davantage réussi à mettre en place une administration décente et fonctionnelle. Pourtant, elles aussi reposent sur leurs propres forces armées, les Peshmergas, et sont responsables d'une bonne partie de la corruption. 

11 sept

Le déroulement des événements aurait-il pu être différent? Et si les Américains n'étaient pas restés pour occuper l'Afghanistan et l'Irak après avoir renversé les talibans et Saddam? 

Les deux guerres déclenchées dans les deux pays se sont d'abord très bien déroulées pour les forces américaines. En quelques semaines, et pratiquement sans aucune victime, les Américains ont chassé du pouvoir les talibans et les baasistes de Saddam. 

Et si, immédiatement après ces victoires rapides, les Américains avaient forcé les dirigeants de toutes les communautés concernées à négocier et leur avaient dit: «Nous partirons dans deux semaines, réglez vos différends de manière appropriée, sinon nous reviendrons?» 

11 sept

En Afghanistan, le résultat ne serait probablement pas si différent. Les talibans auraient repris le pouvoir en peu de temps, mais peut-être pas dans le nord du pays, où l'Alliance du Nord d'Abdel Rachid Dostum aurait pu enregistrer quelques avancées. 

Paradoxalement, les talibans contrôlent désormais davantage l'Afghanistan qu'il y a vingt ans, au moment des attentats du 11-Septembre. Dans l’hypothèse d’un scénario de «départ rapide» après les premiers succès de 2001, les États-Unis et leurs alliés n'auraient pas gaspillé autant de vies et de fonds dans un effort futile de «construction nationale». 

En Irak, un départ rapide de la coalition après le renversement de Saddam en 2003 aurait probablement conduit à un résultat tout aussi négatif. En réponse aux acquis kurdes – les Kurdes étaient le groupe irakien le plus organisé et le mieux armé après la chute du régime de Saddam – la Turquie aurait probablement envahi l'Irak, tout comme elle l'a fait en Syrie en 2019 et 2020. 

Les menaces contre les chiites irakiens par des extrémistes arabes sunnites et d'anciens baasistes auraient suscité une intervention iranienne – un peu comme en Syrie – et l'effusion de sang aurait probablement été pire qu'en 2006 ou en 2014. Des décennies de répression baasiste en Irak avaient créé tellement de frictions entre les communautés qu'aucune intervention américaine n'aurait pu y remédier. 

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Deux soldats américains du 1er bataillon du 22ème régiment de la 4ème division d'infanterie sécurisant les lieux lors d'une patrouille à pied dans une rue de Tikrit, ville natale de l'ancien président irakien Saddam Hussein. Bagdad, le 27 décembre 2003. (Fichier/AFP) 

Et si, après le 11-Septembre, les États-Unis n'avaient pas envahi l'Afghanistan ou l'Irak? Plus de 7 000 jeunes soldats américains seraient encore en vie aujourd'hui, un grand nombre n’auraient pas été blessés, et le Trésor américain serait en bien meilleure forme qu'il ne l'est aujourd’hui. 

Certains bombardements intensifs sur les camps d'Al-Qaïda en Afghanistan auraient pu assouvir la soif de justice ou de vengeance des Américains après le 11-Septembre, même si cela n'aurait probablement pas suffi à en satisfaire beaucoup. Al-Qaïda aurait pu rester une force bien plus forte qu'elle ne l'est aujourd'hui. 

En Irak, la situation était plus complexe, car le pays était sur le point de contourner avec succès les sanctions qui lui avaient été imposées dans les années 1990, ainsi que d'autres tentatives occidentales de punir Saddam. 

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Des soldats américains contrôlant des Irakiens dans la ville de Nassiriyah, dans le sud de l'Irak, le 17 décembre 2003, avant qu’ils ne pénètrent dans la base de Talil, afin de déposer une plainte contre l'armée américaine pour les dommages matériels causés par les forces de la coalition lors de leur intervention. (Fichier/AFP) 

On pourrait facilement imaginer que Saddam aurait exploité une telle victoire politique de la même manière que Gamal Abdel Nasser a utilisé sa défaite militaire lors de la crise de Suez en 1956. Bien que Nasser ait perdu la guerre, la victoire politique qu'il a remportée en forçant les Britanniques, les Français et les Israéliens à se retirer a fait de lui un héros dans le monde arabe et au-delà. 

Un Saddam revigoré aurait pu redémarrer son programme nucléaire, et causer de terribles problèmes à ses voisins du Golfe, à son peuple (en massacrant un grand nombre de personnes, comme il l'avait fait auparavant) et à la région dans son ensemble. 

En fin de compte, même vingt ans de recul après le 11-Septembre ne permettent pas d’offrir une vision complète. Parfois, il n'y a pas de bons choix, seulement des mauvais et des moins mauvais. 

Se lancer dans vingt ans de «construction nationale» en Afghanistan était probablement un mauvais choix. Renverser Saddam et façonner un autre Irak, aurait peut-être été un moins mauvais choix – mais cela aurait tout de même été une option peu satisfaisante. 

* David Romano est titulaire de la chaire Thomas G. Strong de politique du Moyen-Orient à l'université d'État du Missouri 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Cuba prévient d'un «bain de sang» en cas d'attaque américaine, nouvelles sanctions de Washington

La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel. (AFP)
La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel. (AFP)
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  • Cuba a acquis plus de 300 drones militaires et évalue de possibles scénarios de leur utilisation près de la base américaine de Guantanamo, dans l'est de l'île
  • Selon Axios, ces informations ont suscité des inquiétudes à Washington, où des responsables mettent en garde contre une "menace croissante" du fait de la proximité de ces capacités

LA HAVANE: Le président de Cuba, Miguel Diaz-Canel, a averti lundi qu'une attaque américaine contre l'île provoquerait "un bain de sang", tandis que Washington a annoncé avoir sanctionné le renseignement cubain et une dizaine de hauts responsables de l'île communiste.

Miguel Diaz-Canel a aussi souligné le droit "légitime" de son pays à riposter à une éventuelle agression des Etats-Unis, sur fond de fortes tensions entre La Havane et Washington.

Cuba a acquis plus de 300 drones militaires et évalue de possibles scénarios de leur utilisation près de la base américaine de Guantanamo, dans l'est de l'île, a affirmé dimanche le média américain Axios, en citant des renseignements classifiés.

Selon Axios, ces informations ont suscité des inquiétudes à Washington, où des responsables mettent en garde contre une "menace croissante" du fait de la proximité de ces capacités.

Le dirigeant cubain a réaffirmé que son pays "ne représent(ait) pas une menace et n'a(vait) ni plans ni intentions agressives" envers d'autres nations.

La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel.

Sans directement évoquer la détention présumée de drones par son pays, le chef de l'Etat a revendiqué "le droit absolu et légitime de se défendre face à une offensive militaire".

Dans le même temps, le ministère américain des Finances a annoncé lundi avoir ajouté le principal service de renseignement cubain, la Direccion de Inteligencia, ainsi qu'une dizaine de hauts responsables du pays à sa liste des entités et personnes sous sanction.

Le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) a précisé que le président de l'Assemblée nationale cubaine et du Conseil d'Etat, Estaban Lazo, ainsi que trois ministres, de la Justice, de l'Energie et des Communications, sont visés.

Quatre généraux cubains, dont le chef du contre-espionnage militaire, Jose Miguel Gomez del Vallin, également député, font aussi partie des nouvelles personnes inscrites sur la liste.

Une inscription à la liste de l'OFAC interdit à toute personne ou entreprise américaine, ou ayant une filiale aux Etats-Unis, de commercer ou faire des affaires avec les personnes ou entreprises sanctionnées.

Cela s'applique également aux entreprises ou citoyens étrangers dès lors que les échanges sont réalisés en dollar. Elle entraîne par ailleurs le gel de l'ensemble des avoirs détenus directement ou indirectement aux Etats-Unis.

Aide mexicaine 

Outre l'embargo américain en vigueur depuis 1962, Washington - qui ne cache pas son souhait de voir un changement de régime à La Havane - impose à l'île depuis janvier un blocus pétrolier total, ayant autorisé l'arrivée d'un seul pétrolier russe.

Début mai, M. Trump a aussi approuvé un nouveau paquet de sanctions contre l'île.

Près de quatre mois après la mise en place du blocus, la situation économique et énergétique de l'île s'est fortement dégradée.

La semaine dernière, le gouvernement a reconnu qu'il n'avait plus de diesel ni de fioul pour alimenter les groupes électrogènes qui complètent la production électrique des sept centrales thermoélectriques du pays.

Cette situation a encore aggravé les délestages électriques, avec des coupures qui peuvent dépasser la vingtaine d'heures par jour dans la capitale et durer des journées entières en province.

Ces interminables coupures ont provoqué des manifestations de mécontentement dans plusieurs quartiers de La Havane.

Dans ce contexte particulièrement tendu, une nouvelle cargaison d'aide humanitaire en provenance du Mexique est arrivée lundi à Cuba. Il s'agit du cinquième envoi d'aide humanitaire par Mexico depuis février.

La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, avait annoncé cet envoi la semaine dernière, en précisant que le chargement ne comprenait pas de pétrole.

Le président Donald Trump considère que l'île communiste, située à 150 kilomètres des côtes de la Floride, constitue "une menace exceptionnelle" pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Il a multiplié les menaces de "prendre le contrôle" de Cuba et a même évoqué l'envoi d'un porte-avions.

Dans ce contexte, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s'est rendu jeudi à La Havane pour une rencontre exceptionnelle avec de hauts responsables cubains, alors que les deux pays poursuivent leurs discussions, à l'un des moments les plus tendus de leurs relations bilatérales.

 


Trump dit avoir renoncé à attaquer l'Iran mardi

Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
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  • Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens
  • La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale, faisant flamber les cours du pétrole

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu.

Dans un message sur sa plateforme Truth Social, le président américain a toutefois affirmé que les Etats-Unis se tiennent prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé" avec Téhéran.

Il précise que la demande de suspendre l'opération militaire, dont il n'avait pas parlé jusqu'à présent, vient des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, lesquels -selon lui- jugent qu'un accord est possible.

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, écrit Donald Trump, qui ne donne toutefois aucune autre précision.

Avant même le message de Donald Trump, l'Iran s'était dit "pleinement prêt à toute éventualité", au lendemain de nouvelles menaces du président américain.n.

"Pour l'Iran, le temps presse, et (les Iraniens) feraient mieux d'agir rapidement, sinon il ne restera plus rien d'eux", avait menacé le milliardaire républicain dimanche, toujours sur Truth Social.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré lundi qu'une réponse avait été fournie à la nouvelle proposition des Etats-Unis, mais sans en préciser les détails.

"Nos préoccupations ont été transmises à la partie américaine", a déclaré le porte-parole du ministère, Esmaïl Baghaï, lors d'un point presse, ajoutant que les échanges se poursuivaient avec Washington "via le médiateur pakistanais".

"Dialoguer" 

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril après quasiment 40 jours de frappes, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord mais les positions des deux parties restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

L'Iran a réitéré lundi ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

"Dialoguer ne signifie pas capituler", a souligné le président iranien Massoud Pezeshkian dans un message posté sur X. "La République islamique d’Iran s’engage dans le dialogue avec dignité, autorité et dans le respect des droits de la nation, et ne renoncera en aucun cas aux droits légitimes du peuple et du pays."

Esmaïl Baghaï a également insisté sur le versement de réparations pour la guerre, jugée "illégale et sans fondement".

Selon l'agence iranienne Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Washington a également refusé de débloquer "ne serait-ce que 25%" des avoirs ou de verser des compensations pour les dommages subis par l'Iran pendant la guerre, selon la même source.

Ormuz 

Mais lundi, l'agence de presse iranienne Tasnim, citant une source anonyme proche de l'équipe iranienne de négociation, a déclaré que "contrairement aux textes précédents, les Américains avaient accepté dans un nouveau texte de suspendre temporairement les sanctions pétrolières pendant la période des discussions".

Les Etats-Unis n'ont pas commenté ces déclarations.

Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens.

La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale, faisant flamber les cours du pétrole.

Le trafic y a cependant augmenté la semaine dernière, revenant à des niveaux conformes à la moyenne enregistrée depuis le début du conflit.

Au total, 55 navires transportant des cargaisons de matières premières ont franchi cette voie maritime entre le 11 et le 17 mai, selon les données de la société de suivi maritime Kpler arrêtées à lundi matin, une forte hausse par rapport aux seulement 19 de la semaine précédente.

L'Iran a formalisé lundi la création d'un nouvel organisme, l'Autorité du détroit du Golfe Persique, pour la gestion de ce passage.

Plusieurs pays occidentaux ainsi que l'UE s'opposent à un contrôle du détroit par l'Iran, défendant la liberté de navigation.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, ont par ailleurs menacé lundi de faire payer l'utilisation des câbles sous-marins traversant le détroit, remarquant que toute perturbation sur ces équipements ferait perdre jusqu'à des "centaines de millions de dollars par jour" à l'économie mondiale.


Nombre d'exécutions record dans le monde en 2025, l'Iran en tête, selon Amnesty

Le nombre d'exécutions recensées dans le monde a grimpé en 2025 et atteint son plus haut niveau depuis 1981, un bond principalement dû à l'Iran où elles ont plus que doublé l'an passé, selon le rapport annuel d'Amnesty International publié lundi. (AFP)
Le nombre d'exécutions recensées dans le monde a grimpé en 2025 et atteint son plus haut niveau depuis 1981, un bond principalement dû à l'Iran où elles ont plus que doublé l'an passé, selon le rapport annuel d'Amnesty International publié lundi. (AFP)
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  • A elle seule, l'Iran représente 80% des exécutions recensées en 2025 par Amnesty. Quelque 2.159 personnes y ont été exécutées par pendaison, contre 972 en 2024
  • "Les autorités iraniennes ont intensifié leur recours à la peine de mort comme outil de répression et de contrôle politiques, alimentant une hausse sans précédent du nombre d'exécutions", note l'ONG dans son rapport

PARIS: Le nombre d'exécutions recensées dans le monde a grimpé en 2025 et atteint son plus haut niveau depuis 1981, un bond principalement dû à l'Iran où elles ont plus que doublé l'an passé, selon le rapport annuel d'Amnesty International publié lundi.

L'organisation de défense des droits humains basée à Londres a dénombré au moins 2.707 exécutions dans le monde en 2025, mais "n'inclut pas les milliers d'exécutions qui (...) ont eu lieu en Chine – pays ayant procédé cette année encore au plus grand nombre d'exécutions au monde", précise-t-elle.

Le nombre de personnes exécutées dans le monde est en hausse de 78% par rapport à 2024 et atteint un niveau record depuis 1981, année au cours de laquelle 3.191 exécutions -hors Chine- avaient été comptabilisées par l'ONG.

A elle seule, l'Iran représente 80% des exécutions recensées en 2025 par Amnesty. Quelque 2.159 personnes y ont été exécutées par pendaison, contre 972 en 2024.

"Les autorités iraniennes ont intensifié leur recours à la peine de mort comme outil de répression et de contrôle politiques, alimentant une hausse sans précédent du nombre d'exécutions", note l'ONG dans son rapport.

Le recours aux exécutions a été particulièrement marqué après la guerre des 12 Jours qui a opposé l'Iran à Israël et aux Etats-Unis en juin: 654 exécutions avaient été comptabilisées avant ce conflit, contre 1.505 entre juillet et décembre.

Les condamnations à mort et exécutions en Iran à la suite du mouvement de protestation dans le pays en janvier et le début du conflit au Moyen-Orient le 28 février ne sont pas comptabilisés dans le rapport d'Amnesty.

Selon l'ONU, au moins 21 personnes ont été exécutées en Iran depuis fin février pour des motifs politiques ou liés à la sécurité nationale.

Près de la moitié (998) des exécutions en Iran en 2025 sont liées à des infractions à la législation sur les stupéfiants, note par ailleurs Amnesty. Elles ont elles aussi doublé par rapport à l'année précédente.

Au total, 17 pays ont procédé à des exécutions.

"Cette minorité éhontée (d'Etats, ndlr) se sert de la peine capitale pour instiller la peur, écraser la contestation et montrer la force qu’exercent les institutions sur les personnes défavorisées et les populations marginalisées" dénonce la secrétaire générale d’Amnesty International Agnès Callamard, citée dans un communiqué.