Qui gouverne l'Amérique? Malgré sa majorité, Biden reste bridé face aux Etats conservateurs

Le président américain Joe Biden à la Maison Blanche le 08 septembre 2021 à Washington, DC. (Photo, AFP)
Le président américain Joe Biden à la Maison Blanche le 08 septembre 2021 à Washington, DC. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 09 septembre 2021

Qui gouverne l'Amérique? Malgré sa majorité, Biden reste bridé face aux Etats conservateurs

  • Les démocrates contrôlent certes la Maison Blanche et le Congrès, mais leur majorité au Sénat est trop étroite pour leur permettre d'adopter des lois fédérales sur ces deux grands fronts
  • Et même si Joe Biden disposait d'une majorité suffisante, les 50 Etats américains sont très puissants à l'heure de légiférer

WASHINGTON : Promesse de protéger la liberté d'avorter, l'accès au vote ou de renforcer les lois encadrant les armes à feu: même s'il contrôle les grands leviers du pouvoir à Washington, Joe Biden se heurte, pour mettre en œuvre son programme, à une offensive conservatrice lancée depuis de puissants Etats américains.


Le président démocrate n'a pas mâché ses mots contre deux lois qui viennent d'entrer en vigueur dans le grand Etat du Texas, gouverné par le républicain Greg Abbott.


Sa réforme électorale? "Un assaut contre la démocratie". Sa législation interdisant l'immense majorité des interruptions volontaires de grossesse? Un encouragement "pernicieux" à la délation de ceux qui aident les femmes à avorter.


Et pourtant, même s'il a promis de combattre ces deux textes, Joe Biden n'a que peu de moyens à sa disposition pour les contrer. 


Les démocrates contrôlent certes la Maison Blanche et les deux chambres du Congrès, mais leur majorité au Sénat est trop étroite pour leur permettre d'adopter des lois fédérales sur ces deux grands fronts, qui s'appliqueraient à tous les Etats.


Même chose pour la lutte contre les armes à feu, ou une réforme de la police annoncée par les démocrates après la mort de George Floyd, homme afro-américain tué par un policier blanc en 2020.


Et même si Joe Biden disposait d'une majorité suffisante, les 50 Etats américains sont très puissants à l'heure de légiférer.


"Dans notre constitution, le 10e amendement dit en essence que tout ce qui n'est pas expressément sous l'autorité du gouvernement fédéral revient aux Etats", explique Capri Cafaro, enseignante à l'American University et ex-sénatrice démocrate au parlement de l'Ohio. 


"Ce système fédéral (...) donne lieu à des bras de fer entre Washington et les Etats." 

«Soif de pouvoir»

Traditionnellement, les républicains estiment que le gouvernement fédéral a trop de poids et que son ingérence est malvenue. Un credo apparu clairement dans la réaction du sénateur texan Ted Cruz après la promulgation mardi de la nouvelle loi électorale sur ses terres:


"Cela devrait résonner comme un message clair aux politiciens de Washington qui ont soif de pouvoir: il revient aux Etats d'établir les lois électorales et les tentatives du gouvernement fédéral de prendre d'assaut nos élections ne devraient jamais aboutir", a écrit le sénateur qui siège... à Washington. 


Les démocrates sont aussi bien conscients de cette décentralisation du pouvoir.  


"L'accès à l'avortement se décide de plus en plus au niveau des Etats", a souligné Heather Williams, responsable des campagnes démocrates pour remporter des sièges dans les parlements locaux, après l'entrée en vigueur la semaine dernière de l'autre loi texane controversée.


"Si nous ne défendons pas nos majorités démocrates (...), les avancées dans les droits des femmes à contrôler leur corps risquent d'être perdues."


Son appel sonne d'autant plus sombre pour le parti que les républicains ont su, eux, s'emparer de ces leviers locaux: dans 31 Etats sur 50, ce sont eux qui contrôlent le pouvoir législatif. 

Les démocrates, «responsables» de l'échec

"Ils ont intelligemment concentré leur temps, argent et énergie en 2010 dans leur victoire à la Chambre des représentants" à Washington, mais aussi dans de nombreuses "assemblées dans les Etats", souligne Wendy Schiller, professeur en sciences politiques à l'université Brown, dans le Rhode Island.


Ils avaient à l'époque gagné une avance "d'au moins 1.100 sièges face aux démocrates" au niveau de tous les parlements. Cet avantage avait légèrement diminué en 2018, mais en 2020, le "parti républicain a de nouveau pris de l'avance". 


Ces majorités sont cruciales, car elles permettent aux républicains de piloter dans une vingtaine d'Etats le grand processus de redécoupage électoral lancé après le recensement de 2020.


Pour Wendy Schiller, "le parti et les électeurs démocrates sont responsables de l'échec de ne pas avoir prêté attention à ces élections législatives clés dans les Etats" en 2010 puis 2020, années du recensement décennal.


Dans ce contexte, Joe Biden a-t-il une chance de faire avancer toutes ses priorités?


"Cela sera extraordinairement difficile", juge Capri Cafaro.


Les démocrates vont tenter d'adopter avec leurs seules voix son grand plan de réformes sociales, d'un montant prévu de 3.500 milliards de dollars, grâce à une manœuvre parlementaire. Mais sur les autres grands fronts, Joe Biden ne pourra sans doute qu'apporter un "changement progressif", juge-t-elle.


"Or le changement progressif semble aujourd'hui insuffisant aux yeux de nombreux électeurs américains", qui ont soif de vraie transformation.


Avec l'ouverture de consulats, France et Canada marquent leur soutien au Groenland

Des passagers se préparent à embarquer à bord d’un avion d’Air Inuit alors qu’ils voyagent de Montréal à Nuuk, au Groenland, le 5 février 2026. (Christinne Muschi / The Canadian Press via AP)
Des passagers se préparent à embarquer à bord d’un avion d’Air Inuit alors qu’ils voyagent de Montréal à Nuuk, au Groenland, le 5 février 2026. (Christinne Muschi / The Canadian Press via AP)
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  • La France et le Canada ouvrent des consulats généraux à Nuuk, marquant leur soutien au Groenland face aux velléités américaines et renforçant la reconnaissance internationale de l’autonomie groenlandaise
  • Cette démarche s’inscrit dans une stratégie européenne et alliée visant à internationaliser la question du Groenland, tout en accompagnant le territoire dans sa montée en puissance diplomatique et politique

COPENHAGUE: La France et le Canada, qui s'opposent au projet de l'administration américaine de prendre le contrôle du Groenland, ouvrent chacun vendredi un consulat général à Nuuk, la capitale de ce territoire autonome danois, une reconnaissance pour le gouvernement local.

"C'est une victoire pour les Groenlandais de voir deux pays alliés ouvrir des représentations diplomatiques à Nuuk", estime Jeppe Strandsbjerg, politologue rattaché à l'Université du Groenland. "Les Groenlandais apprécient énormément le soutien face aux remarques de Trump".

La récente crise a débouché sur la conclusion entre le président américain et le secrétaire général de l'Otan d'un "cadre" en vue d'un accord sur l'avenir de l'île arctique, aux contours encore flous tandis qu'Américains, Groenlandais et Danois se retrouvent au sein d'un groupe de travail.

Le contenu de l'accord et la teneur des discussions n'ont pas été rendus publics.

Danemark et Groenland, qui partagent les préoccupations de Donald Trump sur la sécurité arctique, refusent tout transfert de souveraineté.

La décision française d'ouvrir un consulat est antérieure aux récentes tensions. Elle avait été annoncée en juin lors d'une visite du président Emmanuel Macron à Nuuk où il était venu exprimer la "solidarité européenne" pour l'île, critiquant déjà les velléités de Donald Trump de l'annexer.

Jean-Noël Poirier, ancien ambassadeur de France au Vietnam, a été nommé consul général.

Le Canada avait lui indiqué fin 2024 qu'il allait ouvrir un consulat général sur l'immense territoire arctique pour affermir la coopération avec les Groenlandais.

L'ouverture de ces représentations diplomatiques permet de dire "à Donald Trump que son agressivité envers le Groenland et le Danemark n'est pas seulement une question pour le Groenland et le Danemark, c'est aussi une affaire pour les alliés européens, mais également pour le Canada", souligne à l'AFP Ulrik Pram Gad, spécialiste de l'Arctique à l'Institut danois des études internationales.

"C'est un petit pas, cela fait partie de la stratégie de rendre le problème européen", insiste Christine Nissen, analyste du think-tank Europa, experte en questions de sécurité et de défense. "Ses conséquences ne sont évidemment pas seulement danoises, c'est un problème européen et global".

- Reconnaissance -

Pour la diplomatie groenlandaise, l'ouverture de consulats - qui dépendent formellement des ambassades de France et du Canada à Copenhague - c'est aussi "l'occasion de s'entraîner à l'indépendance en ayant des relations directes", note M. Strandsbjerg.

C'est une forme de reconnaissance pour leur autonomie grandissante, définie dans la loi-cadre de 2009.

"Les Groenlandais penseront, dans le cadre de leur propre quête de souveraineté, à avoir des contacts plus directs avec d'autres pays européens", dit Mme Nissen.

Cela permet de "réduire l'importance du rôle du Danemark en diversifiant la dépendance du Groenland vis-à-vis du monde extérieur, pour que tout ne vienne plus uniquement du Danemark, mais qu'il y ait davantage de relations sur les plans économique, commercial, des investissements, politique, etc.", abonde M. Pram Gad.

Le Groenland a des représentations diplomatiques auprès de l'Union européenne depuis 1992, à Washington depuis 2014 et à Reykjavik depuis 2017.

A Nuuk, l'Islande a ouvert son consulat général en 2013 et les Etats-Unis en 2020. Entre 1940 et 1953, les Américains avaient eu un premier consulat dans la paisible capitale groenlandaise.

La Commission européenne a elle ouvert un bureau en 2024.


Le président Trump déclare qu'il «travaille dur pour mettre fin» à la guerre au Soudan

Le président américain Donald Trump s'exprime lors du National Prayer Breakfast à Washington DC, jeudi. (Capture d'écran)
Le président américain Donald Trump s'exprime lors du National Prayer Breakfast à Washington DC, jeudi. (Capture d'écran)
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  • M. Trump a déclaré pour la première fois qu'il commencerait à "travailler" sur la guerre au Soudan en novembre dernier, après que le prince héritier saoudien lui a demandé d'aider à mettre fin au conflit lors d'une visite aux États-Unis
  • "Sa majesté aimerait que je fasse quelque chose de très puissant en rapport avec le Soudan", a déclaré M. Trump lors du Forum d'investissement américano-saoudien

LONDRES : Le président américain Donald Trump a déclaré jeudi qu'il "travaillait dur" pour mettre fin à la guerre au Soudan.

"Je travaille dur pour mettre fin à cette guerre. Nous sommes très proches d'y parvenir. Ce sera le neuvième, si nous ne réglons pas d'abord la question de la Russie et de l'Ukraine. Mais nous travaillons dur pour mettre fin à toute cette guerre. Nous sommes très près d'y parvenir. Nous l'avons presque fait", a déclaré le président lors du National Prayer Breakfast à Washington DC.

M. Trump a déclaré pour la première fois qu'il commencerait à "travailler" sur la guerre au Soudan en novembre dernier, après que le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed bin Salman lui a demandé d'aider à mettre fin au conflit lors d'une visite aux États-Unis.

"Sa majesté aimerait que je fasse quelque chose de très puissant en rapport avec le Soudan", a déclaré M. Trump lors du Forum d'investissement américano-saoudien.

"Ce n'était pas dans mon programme, je pensais que c'était quelque chose de fou et d'incontrôlable", a-t-il ajouté.

"Mais je vois à quel point c'est important pour vous, et pour beaucoup de vos amis dans cette salle, le Soudan. Et nous allons commencer à travailler sur le Soudan".

Depuis son déclenchement en avril 2023, la guerre entre l'armée soudanaise et les forces paramilitaires de soutien rapide a tué des dizaines de milliers de personnes et en a déplacé près de 12 millions.


Pologne: l'ambassadeur américain rompt avec le président du Parlement à cause d'«insultes» envers Trump

Lundi, le président de la Diète polonaise, Wlodzimierz Czarzasty, a fustigé une proposition conjointe américano-israélienne visant à soutenir la candidature de M. Trump au prix Nobel de la paix. (AFP)
Lundi, le président de la Diète polonaise, Wlodzimierz Czarzasty, a fustigé une proposition conjointe américano-israélienne visant à soutenir la candidature de M. Trump au prix Nobel de la paix. (AFP)
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  • Le Premier ministre, Donald Tusk, a réagi aussitôt aux déclarations de l'ambassadeur, insistant sur le fait que "les alliés devraient se respecter et non pas se faire la morale"
  • Lundi, le président de la Diète polonaise, Wlodzimierz Czarzasty, a fustigé une proposition conjointe américano-israélienne visant à soutenir la candidature de M. Trump au prix Nobel de la paix

VARSOVIE: L'ambassadeur des Etats-Unis à Varsovie a annoncé jeudi la rupture de "tout échange" avec le président de la chambre basse du Parlement polonais, qualifiant d'"insultes" ses propos sur son refus de soutenir Donald Trump pour le Prix Nobel de la Paix.

"Nous ne permettrons à personne de nuire aux relations américano-polonaises ni de manquer de respect à (Donald Trump) qui a tant fait pour la Pologne et le peuple polonais", a écrit l'ambassadeur Tom Rose sur X.

Le Premier ministre, Donald Tusk, a réagi aussitôt aux déclarations de l'ambassadeur, insistant sur le fait que "les alliés devraient se respecter et non pas se faire la morale".

Lundi, le président de la Diète polonaise, Wlodzimierz Czarzasty, a fustigé une proposition conjointe américano-israélienne visant à soutenir la candidature de M. Trump au prix Nobel de la paix.

"Je ne soutiendrai pas la motion en faveur d'un prix Nobel de la paix pour le président Trump, parce qu'il ne le mérite pas", a alors déclaré M. Czarzasty.

Il a estimé que plutôt que se rapprocher davantage de la Maison-Blanche, la Pologne devrait "renforcer les alliances existantes" telles que l'OTAN, l'ONU et l'OMS.

Il a critiqué M. Trump, notamment pour l'imposition de tarifs douaniers aux pays européens, ses menaces d'annexer le Groenland ou ses affirmations selon lesquelles les alliés des Etats-Unis au sein de l'OTAN, dont la Pologne, seraient "restés un peu loin des lignes de front" pendant la guerre en Afghanistan.

"C'est une violation de la politique des principes et des valeurs, souvent une violation du droit international", a déclaré M. Czarzasty.

Fin janvier, avec plusieurs autres hauts responsables polonais, M. Czarzasty a dénoncé des propos du président Trump selon lesquels les États-Unis "n’avaient jamais besoin" des alliés de l'OTAN.

Il a qualifié ces affirmations de "scandaleuses".

Quarante-trois soldats polonais sont morts au sein de la coalition de l’OTAN dirigée par les Etats-Unis en Afghanistan.

Jeudi, le président de la Diète a soutenu ses propos.

"Conformément à mes valeurs, j'ai défendu les soldats polonais engagés dans des missions et je n'ai pas soutenu la candidature du président @realDonaldTrump au prix Nobel de la paix", a-t-il déclaré sur X, accueillant "avec regret" la déclaration de l'ambassadeur.

M. Czarzasty dirige le parti La Nouvelle Gauche, membre de la coalition gouvernementale pro-européenne du Premier ministre Donald Tusk, avec laquelle M. Rose a déclaré entretenir "d'excellentes relations".

Cette coalition est confrontée à une cohabitation difficile avec le président conservateur-nationaliste Karol Nawrocki, fervent soutien de M. Trump.