Liban: Le nouveau gouvernement Mikati, entre espoir et scepticisme

Le Premier ministre désigné Najib Mikati quitte la mosquée al-Omari à Beyrouth, la capitale libanaise, le 10 septembre 2021, avant de rencontrer le président libanais. (Photo, AFP)
Le Premier ministre désigné Najib Mikati quitte la mosquée al-Omari à Beyrouth, la capitale libanaise, le 10 septembre 2021, avant de rencontrer le président libanais. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 10 septembre 2021

Liban: Le nouveau gouvernement Mikati, entre espoir et scepticisme

  • «Le nouveau cabinet cherchera tout au plus à colmater quelques brèches dans une société en plein effondrement pour gagner du temps», estime Sybille Rizk
  • L’accord entre Paris, Téhéran et Washington sur lequel repose le gouvernement reste très précaire, avertit Sami Nader

BEYROUTH: La montagne a-t-elle accouché d’une souris? Le nouveau gouvernement de Nagib Mikati a été à peine annoncé que le taux du dollar au marché noir face à la livre libanaise a nettement chuté vendredi après-midi. Autour de 19 000 livres libanaises (LL) pour un dollar ce matin, il est rapidement descendu à 15 000 LL, avant de se stabiliser autour de 17 000 LL en fin d’après-midi, alors que la composition de l’équipe ministérielle était dévoilée.

Le Liban était sans gouvernement depuis la démission de l’ancien Premier ministre Hassan Diab, le 10 août 2020, à la suite de la double explosion du port de Beyrouth qui a détruit plusieurs quartiers de la capitale libanaise, tuant plus de 220 personnes et blessant près de 6500 autres, quelques jours plus tôt.

M. Mikati est la troisième personnalité chargée de former un gouvernement, après la démission de M. Diab. Avant lui, l’ancien Premier ministre Saad Hariri s’était récusé le 15 juillet dernier. Mustapha Adib, dont la nomination a été le fruit de l’initiative d’Emmanuel Macron, venu à Beyrouth à deux reprises après le drame du port, avait jeté l’éponge rapidement, en septembre 2020.

Chaque formation de gouvernement au Liban donne lieu à des négociations ardues entre les forces politiques, afin de se partager les portefeuilles ministériels. Cette fois, les tractations se sont éternisées pendant plus d’un an, alors même que le pays plongeait dans le chaos. La monnaie nationale a atteint des records, dépassant les 20 000 LL pour un dollar, l’inflation a explosé, les matières essentielles, comme le pain, l’essence et les médicaments ont disparu du marché, l’électricité est aux abonnés absents... Selon l’ONU, 75% de la population libanaise vit actuellement sous le seuil de pauvreté.

En attendant les réformes

Les Libanais se demandent si ce nouveau gouvernement, né d’intenses tractations au niveau national et international, pourra être à la hauteur des enjeux et des défis qui l’attendent. Pour Sibylle Rizk, directrice des politiques publiques à Kulluna Irada, une ONG qui œuvre à la réforme politique au Liban, «ce gouvernement ne va pas changer la donne. Il n’a fondamentalement rien de différent de celui de Hassan Diab, ou de ceux qui l’ont précédé. Il est une façade pour un système de pouvoir non démocratique, une vetocratie. Tout au plus cherchera-t-il à colmater quelques brèches dans une société en plein effondrement pour gagner du temps».

L’opposition et la société civile ont rapidement critiqué le nouveau gouvernement, estimant que la classe politique à l’origine de la crise financière et économique, serait incapable de mener des réformes.

Pour sa part, l’économiste et analyste politique Sami Nader estime que «la crise économique a quand même fait émerger des priorités sur certains sujets, par exemple la question de l’électricité, des subventions, ou encore l’unification des taux de changes. Sur ces points-là, le Fonds monétaire international (FMI) est à l’affût. Le problème est néanmoins que le Liban y va par le chemin le plus dur. Le pays a raté l’atterrissage en douceur». Sami Nader questionne les futures réformes du nouveau gouvernement. «Si elles suivent le même modus operandi que la formation du cabinet, avec un système de partage d’influence, cela risque de traîner, parce qu’il ne faut pas se leurrer, il ne s’agit pas d’un gouvernement d’indépendants. On peut même dire qu’il est semblable au précédent, et donc assujetti aux partis politiques.»

Le gouvernement Mikati devra faire face à de nombreux chantiers pour sortir le pays de la crise. Il aura deux grandes priorités: négocier avec le FMI, et organiser des élections législatives l’année prochaine. «La seule voie de salut possible, c’est un programme de sauvetage économique avec le FMI, qui permettrait de garantir la concomitance des réformes et de l’injection de liquidités, dont le pays a urgemment besoin», précise M. Nader.

Or, estime Sybille Rizk, «les chantiers ne sont pas techniques, mais supposent d’effectuer de vrais choix politiques dans l’intérêt général, s’opposant aux intérêts du système en place fondé sur le clientélisme et l’autoperpétuation du régime des zaïms».

Faut-il pour autant être pessimiste? La communauté internationale, notamment la France et l’Union européenne, attendait en effet la formation d’un gouvernement capable de relancer les négociations avec le FMI depuis près de deux ans, pour débloquer les aides nécessaires. Hier, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a salué sur Twitter la formation du nouveau cabinet, estimant qu’il s’agissait de «la clé» qui permettra de freiner l’effondrement du pays.

Pour M. Nader, «dans un premier temps, la communauté internationale pourrait débloquer environ 1,5 milliards de dollars. Et si le gouvernement arrive à faire des réformes, ce dont je doute, il bénéficiera de plus d’argent».

Une question de confiance

Le gouvernement Mikati devra donc faire ses preuves par des actes, et non seulement par des paroles. Il devra montrer qu’il est capable de réformer pour gagner la confiance de la communauté internationale. «La confiance n’engage que ceux qui la donnent», estime toutefois Sybille Rizk. «Les restructurations nécessaires pour rétablir la situation financière du système libanais sont en tout cas très importantes. M. Mikati n’a donné à ce jour aucun signe qui soit encourageant.»

En effet, ce dernier n’a pas mis la barre très haut. «J’espère que nous pourrons freiner l’effondrement», a-t-il ainsi déclaré au palais de Baabda, après l’annonce de la formation de son gouvernement. Il a d’ailleurs dressé un tableau catastrophique de la situation au Liban. «Nous devons nous serrer la ceinture en ces temps difficiles», a-t-il ajouté, précisant qu’il va «frapper à toutes les portes, et notamment dans le monde arabe pour rétablir les ponts coupés. Nous avons besoin de nos partenaires arabes, et je suis persuadé que nos frères ne vont pas nous lâcher», a-t-il insisté.


Washington ordonne l'évacuation du personnel non essentiel de son ambassade à Beyrouth 

Ces évacuations interviennent alors que le groupe armé Hezbollah a appelé samedi à la "résistance" après la mort dans une frappe israélienne de huit de ses membres qui participaient à une réunion dans l'est du Liban. (AFP)
Ces évacuations interviennent alors que le groupe armé Hezbollah a appelé samedi à la "résistance" après la mort dans une frappe israélienne de huit de ses membres qui participaient à une réunion dans l'est du Liban. (AFP)
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  • Les Etats-Unis ont ordonné "par prudence" l'évacuation du personnel non essentiel de leur ambassade à Beyrouth, parlant d'une "mesure temporaire"
  • "Nous évaluons en permanence la situation sécuritaire et, sur la base de notre dernière analyse, nous avons jugé prudent de réduire notre présence au personnel essentiel"

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont ordonné "par prudence" l'évacuation du personnel non essentiel de leur ambassade à Beyrouth, a indiqué lundi à l'AFP un responsable américain, alors que le Hezbollah, proche de l'Iran, a appelé à la "résistance" après des frappes israéliennes au Liban.

"Nous évaluons en permanence la situation sécuritaire et, sur la base de notre dernière analyse, nous avons jugé prudent de réduire notre présence au personnel essentiel", a affirmé ce responsable sous le couvert de l'anonymat, précisant que la mesure concernait aussi les proches de ces employés.

"L'ambassade reste opérationnelle avec son personnel essentiel en place", a-t-il ajouté en soulignant qu'il s'agit d'une "mesure temporaire visant à assurer la sécurité de notre personnel tout en maintenant notre capacité à fonctionner et à aider les citoyens américains".

Une source sécuritaire libanaise a précisé à l'AFP qu'environ 40 personnes avaient été évacuées lundi de l'aéroport international de Beyrouth.

Ces évacuations interviennent alors que le groupe armé Hezbollah a appelé samedi à la "résistance" après la mort dans une frappe israélienne de huit de ses membres qui participaient à une réunion dans l'est du Liban.

Les bombardements israéliens sont réguliers dans le pays, en dépit d'un cessez-le-feu ayant mis fin en novembre 2024 à la guerre entre Israël et le Hezbollah.

Par ailleurs, Donald Trump a déployé d'importantes forces navales et aériennes au Moyen-Orient alors qu'il dit envisager des frappes contre l'Iran à défaut d'un accord sur son programme nucléaire.


Riyad tête de pont du soutien arabe au Koweït après les tirs maritimes de l'Irak

`Riyad a en outre souligné l'importance de l'engagement de l'Irak à respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale du Koweït. (FILE/AFP)
`Riyad a en outre souligné l'importance de l'engagement de l'Irak à respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale du Koweït. (FILE/AFP)
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  • L'Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis et l'Égypte rejettent les revendications de l'Irak au titre des résolutions actuelles de l'ONU
  • Bagdad affirme que la nouvelle carte géographique est conforme au droit international

RIYAD: Le ministère des Affaires étrangères de l'Arabie saoudite a rejeté la récente soumission de l'Irak à l'ONU sur les nouvelles frontières maritimes, qui, selon Riyad, empiète sur le territoire du Koweït.

L'Irak aurait soumis à l'ONU, en janvier et février, de nouvelles coordonnées géographiques délimitant les frontières maritimes du pays.

Dans un communiqué publié lundi sur X, le ministère du Royaume a déclaré que le dossier irakien comprenait des modifications qui s'étendaient à Khor Abdullah et à certaines parties de la zone submergée adjacente à la zone neutre saoudo-koweïtienne divisée.

Il s'agit d'une zone où le Royaume partage la propriété des ressources naturelles avec le Koweït en vertu d'accords bilatéraux contraignants. La déclaration ajoute que les amendements ont également eu un impact sur les zones maritimes du Koweït et sur les hauteurs d'eau fixes.

"Le Royaume rejette catégoriquement toute revendication suggérant l'existence de droits pour toute partie dans la zone submergée au-delà des frontières convenues entre l'Arabie saoudite et le Koweït", a déclaré le ministère.

Il a souligné que les arrangements existants sont fondés sur des accords bilatéraux et conformes à la convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982.

Riyad a en outre souligné l'importance de l'engagement de l'Irak à respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale du Koweït.

Et d'adhérer aux résolutions pertinentes des Nations unies, en particulier la résolution 833 (1993) du Conseil de sécurité, qui a délimité les frontières terrestres et maritimes entre le Koweït et l'Irak à la suite de la guerre du Golfe de 1991.

Le Qatar a offert son soutien, affirmant que les listes de coordonnées et la carte soumises par l'Irak portaient atteinte à la souveraineté du Koweït, dans un communiqué publié dimanche par son ministère des affaires étrangères.

Le ministère "a également exprimé son espoir que les règles et les principes du droit international, et ce qui est stipulé dans la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982, seront pris en considération".

Les Émirats arabes unis ont également exprimé leur solidarité avec le Koweït, réitérant leur soutien au pays "contre toute atteinte à sa souveraineté ou à ses intérêts nationaux". Bahreïn et Oman ont également exprimé leur solidarité avec le Koweït, rejetant toute atteinte à sa souveraineté.

L'Égypte a déclaré qu'elle suivait de près les développements concernant la frontière maritime entre le Koweït et l'Irak, et a souligné l'importance de respecter la souveraineté, l'unité et l'intégrité territoriale du Koweït.

La Jordanie a également fait part de son soutien à la souveraineté du Koweït sur ses territoires et ses zones maritimes.

Samedi, le Koweït a convoqué le chargé d'affaires irakien au sujet des nouvelles frontières qui incluent les zones de Fasht Al-Qaid et de Fasht Al-Aij, qui, selon lui, n'ont jamais été contestées.

Le ministère irakien des affaires étrangères a déclaré que la demande était conforme au droit international.

Si les Nations unies ont délimité la frontière terrestre entre l'Irak et le Koweït après l'invasion par l'Irak de son voisin du sud en 1990, certains aspects de la délimitation maritime sont restés sensibles et devraient être abordés dans le cadre de négociations bilatérales.


Soudan: les paramilitaires revendiquent la prise d'une ville frontalière au Tchad

 Les paramilitaires soudanais ont revendiqué samedi la prise de la localité d'Al-Tina, à la frontière avec le Tchad, après s'être emparés en décembre de deux villes voisines. (AFP)
Les paramilitaires soudanais ont revendiqué samedi la prise de la localité d'Al-Tina, à la frontière avec le Tchad, après s'être emparés en décembre de deux villes voisines. (AFP)
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  • Les FSR disent avoir "pris le contrôle total de la ville stratégique d'Al-Tina, dans l'Etat du Darfour-Nord", selon un communiqué publié sur leur chaîne Telegram
  • Le gouverneur du Darfour pro-armée, Minni Minnawi, a de son côté dénoncé un "comportement criminel répété qui incarne les pires formes d'exactions à l'encontre d'innocents"

KHARTOUM: Les paramilitaires soudanais ont revendiqué samedi la prise de la localité d'Al-Tina, à la frontière avec le Tchad, après s'être emparés en décembre de deux villes voisines.

Elle était auparavant tenue par les Forces conjointes, alliées de l'armée régulière, qui est engagée depuis avril 2023 dans une guerre contre les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

Les FSR disent avoir "pris le contrôle total de la ville stratégique d'Al-Tina, dans l'Etat du Darfour-Nord", selon un communiqué publié sur leur chaîne Telegram accompagné d'une vidéo montrant des combattants célébrant cette avancée sous une banderole au nom de la ville.

L'armée n'avait pas réagi dans l'immédiat.

Le gouverneur du Darfour pro-armée, Minni Minnawi, a de son côté dénoncé un "comportement criminel répété qui incarne les pires formes d'exactions à l'encontre d'innocents".

Les paramilitaires contrôlent la quasi-totalité de la vaste région du Darfour, dans l'ouest, depuis la prise fin octobre El-Facher, dernier bastion de l'armée.

Cette prise a été marquée, selon de nombreux rapports, par des massacres, viols et enlèvements. Jeudi, la mission indépendante d'établissement des faits de l'ONU sur le Soudan a fait état d'"actes de génocide".

Les FSR ont mené depuis plusieurs attaques près de la frontière avec le Tchad, faisant deux morts dans les rangs de l'armée tchadienne fin décembre.

La guerre au Soudan a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et déraciné, dans ses heures les plus sombres, 14 millions de personnes, provoquant ce que l'ONU qualifie de "pire crise humanitaire au monde".