Pourquoi al-Kazimi est considéré comme le dirigeant le plus digne de confiance d’Irak

L’assurance du soutien de la communauté internationale dont jouit manifestement M. al-Kazimi est une chose dont ses prédécesseurs n’ont pas bénéficié. (Photo, AFP)
L’assurance du soutien de la communauté internationale dont jouit manifestement M. al-Kazimi est une chose dont ses prédécesseurs n’ont pas bénéficié. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 15 septembre 2021

Pourquoi al-Kazimi est considéré comme le dirigeant le plus digne de confiance d’Irak

  • Le Premier ministre semble déterminé à tracer une voie pragmatique pour son pays, malgré les difficultés
  • La conférence de Bagdad, qui s’est tenue récemment, a renforcé les liens de l’Irak avec les puissances régionales et occidentales

IRBIL : Lorsque des drones chargés d’explosifs ont ciblé une base militaire située à l’intérieur de l’aéroport international d’Irbil, au Kurdistan irakien, dimanche soir, l’information a été éclipsée par les reportages sur les cérémonies de commémoration du 20e anniversaire des attentats du 11 septembre à New York et Washington.

Mais pour ceux qui observent ce qui se passe en Irak, l’incident d’Irbil est le dernier avertissement d’un premier ministre déterminé à jouer le jeu des acteurs malveillants alors qu’il trace une voie considérablement différente de celle de ses prédécesseurs.

Prenons pour exemple la conférence de Bagdad pour la coopération et le partenariat, organisée par Moustafa al-Kazimi le 28 août. Des délégations de haut niveau de France, de Jordanie, d’Arabie saoudite, du Koweït, d’Iran, de Turquie, d’Égypte, du Qatar et des Émirats arabes unis, ainsi que les secrétaires généraux de la Ligue arabe, du Conseil de coopération du Golfe et de l’Organisation de la coopération islamique, y ont participé.

Le fait que le Premier ministre irakien ait réussi à réunir autant de chefs d’États et d’organisations sous un même toit, même si ce n’était que pour une journée, est sans aucun doute une réussite diplomatique majeure.

gtet
Le Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi écoute le président américain Joe Biden lors d’une réunion bilatérale dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, le 26 juillet 2021. (Photo/AFP)

 

L’assurance du soutien de la communauté internationale dont jouit manifestement M. al-Kazimi est une chose dont ses prédécesseurs, Adel Abdel-Mahdi, Haider Abadi et Nouri Al-Maliki, n’ont pas bénéficié. Cela restera probablement son point fort à l’avenir.

Rien n’est plus intimidant que de devoir diriger le navire de l’État dans un Moyen-Orient déchiré par des conflits sectaires et politiques. Mais le fait d’être considéré comme la personne la plus sûre, le dirigeant le plus fiable, signifie que les vrais amis de l’Irak, conscients des intérêts divergents avec lesquels al-Kazimi doit jongler, sont prêts à lui accorder une certaine indulgence, notamment en ce qui concerne la manière dont il traite le défi posé par les milices.

Comme d’habitude, aucun groupe n’a revendiqué l’attaque de la nuit du 11 septembre à Irbil, mais c’était au moins la sixième fois que des drones ou des roquettes visaient le site lourdement fortifié au cours de l’année écoulée. Les États-Unis imputent ces attaques aux Forces de mobilisation populaire (FMP) irakiennes à majorité chiite, des groupes paramilitaires qui s’opposent fermement à la présence des troupes américaines en Irak.

Selon les analystes, outre le harcèlement de l’administration Biden, certains éléments des FMP ont l’intention d’influencer le résultat des élections générales irakiennes du mois prochain et de saper le cessez-le-feu soigneusement élaboré par le gouvernement de Bagdad.

« Cette attaque est un message des milices adressé aux États-Unis pour qu’ils se retirent rapidement d’Irak », estime Nicholas Heras, analyste principal au Newlines Institute, un groupe de réflexion non partisan de Washington.

Notant que l’attaque n’était pas particulièrement destructrice, il a ajouté qu’elle indiquait « que les États-Unis devaient s’attendre à d’autres frappes de ce type jusqu’à leur départ d’Irak. Cela complique fâcheusement la politique américaine en Irak et en Syrie, à un moment où l’administration Biden tente de gérer les rancœurs politiques liées au retrait d’Afghanistan ».

Il y a au moins 2500 soldats américains en Irak, notamment dans la capitale, Bagdad, et dans la base aérienne d’Ain Al-Asad, dans la province d’Anbar. La base d’Irbil est un important centre logistique, qui soutient la présence militaire et les opérations antiterroristes dans la Syrie voisine.

En juillet, le président Joe Biden et M. al-Kazimi ont convenu de mettre fin à la mission de combat américaine dans le pays d’ici la fin de l’année. Les troupes restantes continueront à assurer un rôle consultatif auprès des forces militaires irakiennes et kurdes.

L’attaque de drone de samedi était la dernière d’une série de frappes souvent inefficaces, parfois meurtrières, et motivées par des raisons politiques. La première attaque contre l’aéroport d'Irbil a eu lieu le 30 septembre 2020, lorsque six roquettes ont été tirées sur l’aéroport.

Elles n’ont pas fait de victimes ni de dégâts, mais elles ont clairement démontré que les troupes américaines pouvaient être prises pour cible au Kurdistan irakien, une région autonome largement stable contrôlée par le gouvernement régional du Kurdistan (GRK) pro-occidental.

Le 15 février 2021, une autre attaque a été lancée sur l’aéroport, cette fois avec 14 roquettes, dont beaucoup ont atterri dans des zones résidentielles voisines. Un entrepreneur civil et un civil kurde ont été tués et huit personnes ont été blessées.

Le 14 avril, des drones chargés d’explosifs ont été utilisés pour la première fois dans une attaque dans la région, mais il n’y a pas eu de victimes. Le 26 juin, une attaque de drone a endommagé une maison dans la banlieue d’Irbil, à deux pas du site où un nouveau consulat américain est en train d’être construit. Le 6 juillet, une autre attaque de drone a visé les troupes américaines à l’aéroport, mais là encore, aucune victime ni aucun dommage n’ont été signalés.

Selon les analystes, les récentes attaques pourraient être délibérément conçues pour éviter de faire des victimes parmi les Américains, afin que les factions de la milice puissent être perçues comme résistant activement à la présence militaire américaine sans provoquer de représailles à grande échelle.

Joel Wing, auteur du blog Musings on Iraq, estime que l’intention de la dernière attaque à Irbil était de saper l’accord de cessez-le-feu conclu par le conseiller à la sécurité nationale irakien Qasim al-Araji. Ce dernier a annoncé vendredi que le gouvernement avait conclu une trêve en deux étapes avec les factions de la milice qui prennent pour cible les troupes américaines.

La première étape prévoit de cesser les hostilités jusqu’après les élections législatives du 10 octobre, afin que les Irakiens puissent voter dans un environnement sûr et stable. La deuxième étape est censée se dérouler jusqu’à la fin de l’année, date à laquelle la mission de combat américaine dans le pays doit officiellement prendre fin.

M. al-Araji « venait d’annoncer qu’il avait conclu un cessez-le-feu avec ces factions lorsqu’un groupe a mené cette attaque pour lui faire un pied de nez », a indiqué M. Wing.

Il a ajouté que le gouvernement central de Bagdad et le GRK, basé à Irbil, s’efforcent de mettre un terme à ces attaques. Ils ont intensifié leurs efforts en matière de sécurité et de renseignement dans les territoires instables et contestés à partir desquels les milices effectuent bon nombre de leurs frappes. Cependant, malgré cette coopération croissante, il est difficile de contrer les frappes de drones et de missiles.

« Les forces de sécurité ont trouvé certaines roquettes avant qu’elles ne soient lancées, mais il n’y a pas de réelle protection contre les drones car ils peuvent être lancés de n’importe où dans le rayon d’action de l’appareil », a souligné M. Wing.

M. al-Kazimi a adopté une approche prudente mais pragmatique des efforts du gouvernement pour réduire le pouvoir des factions des FMP, tout en cherchant à éviter une confrontation qui pourrait conduire à un conflit violent. Il s’est, par exemple, attiré les louanges des puissants partis chiites en concluant l’accord sur la fin de la mission de combat américaine.

 

iyè
Le Premier ministre irakien Mustafa al-Kazimi, à droite, reçoit le dirigeant de Dubaï et vice-président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Rachid Al-Maktoum, lors de son arrivée pour le sommet régional de Bagdad. (Bureau de presse du Premier ministre/AFP)

 

Qu’ils soient de fond ou de forme, ces ajustements politiques ont distingué Moustafa al-Kazimi de ses prédécesseurs, qui étaient largement considérés comme des incapables lorsqu’il s’agissait de naviguer dans les eaux politiques périlleuses de la région.

Dans le même temps, la réputation naissante de l’Irak en tant que médiateur capable de réunir les rivaux régionaux autour d’une même table devrait influer positivement sur la position de M. al-Kadhimi dans la politique intérieure, malgré les clivages importants.

Cependant, cela ne veut pas dire que les choses ont été faciles pour le Premier ministre. En juin 2020, les Kataeb Hezbollah, l’une des milices placées sous l’égide des FMP, ont tenté de l’intimider dans la Zone verte de Bagdad, le centre de la vie politique irakienne, et ont même organisé une démonstration de force devant sa résidence. L’objectif était de faire pression sur le gouvernement pour qu’il libère les membres des Kataeb arrêtés pour avoir préparé une attaque de roquette contre l’ambassade des États-Unis.

En mai 2021, un autre groupe de combattants des FMP a fait une démonstration de force dans la Zone verte et a réussi à forcer les dirigeants élus du pays à libérer un commandant de milice qui avait été arrêté à Anbar.

Abdulla Hawez, analyste des affaires kurdes, a expliqué que l’attaque de samedi était différente des incidents précédents car elle a eu lieu après que les États-Unis et l’Irak ont convenu de mettre fin à la mission de combat, et après que les milices ont annoncé qu’elles cesseraient leurs attaques. Il a également souligné qu’à cette occasion, les milices n’ont pas mené d’attaques contre les intérêts américains ailleurs en Irak.

« Le message semble se distinguer de celui des autres attaques. En effet, celui-ci est plus spécifique au Kurdistan », a-t-il indiqué à Arab News. « Cette attaque pourrait avoir été un avertissement au GRK que ces factions n’accepteront pas que les États-Unis restent au Kurdistan s’il y a une tentative en ce sens par le biais du dialogue entre les États-Unis et le GRK ou par des voies détournées ».

Les milices à l’origine de ces attaques pourraient-elles également chercher à séduire leurs partisans avant le vote du mois prochain ?

« Le discours anti-GRK est populaire dans le sud, mais cela ne suffira probablement pas à faire pencher la balance en faveur des milices, d’autant plus que les gens se soucient aujourd’hui davantage des services de base et de l’économie que de la politique sectaire », estime M. Hawez.

Quelles qu’aient été les intentions des auteurs de l’attentat d’Irbil du 11 septembre, il est peu probable qu’elles aient été bien accueillies par les Irakiens qui s’intéressent moins à la politique qu’aux besoins fondamentaux de la vie.

 

NDLR : Les opinions exprimées dans cette rubrique sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


L'infrastructure numérique a permis à l'Arabie saoudite de faire face à la pandémie

La solide infrastructure numérique de l'Arabie saoudite a permis aux secteurs public et privé de relever les défis dévastateurs de la pandémie de la Covid-19, a déclaré le représentant du Royaume auprès de l'ONU. (Photo, Shutterstock)
La solide infrastructure numérique de l'Arabie saoudite a permis aux secteurs public et privé de relever les défis dévastateurs de la pandémie de la Covid-19, a déclaré le représentant du Royaume auprès de l'ONU. (Photo, Shutterstock)
Short Url
  • Les progrès technologiques du Royaume ont contribué à augmenter le niveau de transparence et d'efficacité, selon l'envoyé saoudien à l'ONU
  • Al-Mouallimi a indiqué qu'il est clair que la DCO met l'accent sur la promotion de la coopération numérique de manière à relever les défis actuels

DJEDDAH : La solide infrastructure numérique de l'Arabie saoudite a permis aux secteurs public et privé de relever les défis dévastateurs de la pandémie de la maladie à coronavirus (la Covid-19), a déclaré le représentant du Royaume auprès de l'ONU.

«Inspirés par le programme national de transformation, les progrès technologiques du Royaume ont contribué à élever le niveau de transparence et d'efficacité numérique», a déclaré Abdallah Al-Mouallimi, représentant permanent de l'Arabie saoudite auprès de l'ONU. 

Al-Mouallimi a fait ces commentaires lors d'un événement parallèle de haut niveau organisé par l'Organisation de coopération numérique (DCO), sous le thème «Shaping a Comprehensive Digital Age» (Façonner une ère numérique globale), une organisation mondiale récemment créée qui œuvre pour la «prospérité numérique pour tous». 

L’Organisation de coopération numérique (DCO) travaille avec les gouvernements, le secteur privé, les organisations internationales et non gouvernementales et la société civile, dans le but de promouvoir une transformation numérique inclusive et la croissance des industries numériques.

L'organisation de sept membres de la DCO comprend l'Arabie saoudite, Bahreïn, la Jordanie, le Koweït, le Nigéria, Oman et le Pakistan. Il compte une population de 480 millions d'habitants, dont 80% ont moins de 35 ans. L’organisation a souligné qu'elle était ouverte à tout nouveau membre qui partage les mêmes objectifs d’«autonomiser les jeunes, les femmes et les entrepreneurs et de faire un bond qualitatif dans le domaine de la transformation numérique».

Dans son allocution, Al-Mouallimi a souligné les réalisations numériques du Royaume et les efforts de la DCO pendant la pandémie.

«Ils ont contribué à rendre possible le travail à distance et à s'adapter aux nouvelles conditions imposées par la pandémie», a expliqué Al-Mouallimi, ajoutant que le monde subit une transition vers la transformation numérique à un rythme plus rapide que jamais.

«La numérisation crée des opportunités et des défis qui dépassent les frontières, faisant de la collaboration numérique un élément essentiel pour faciliter la transformation numérique au niveau international, de sorte que notre avenir numérique doit être plus inclusif et que les efforts mondiaux garantissent que la technologie soit accessible à tous».

Al-Mouallimi a souligné que la coopération multilatérale est nécessaire pour relever les défis et les opportunités numériques. Les pays doivent exploiter tout leur potentiel dans le but de s'intégrer à l'ère numérique, dépendant principalement de la collaboration mondiale.

Al-Mouallimi a indiqué qu'il est clair que la DCO met l'accent sur la promotion de la coopération numérique de manière à relever les défis actuels.

«Les principaux objectifs de la DCO consistent à accélérer la croissance de l'économie numérique, ainsi qu'à promouvoir la prospérité sociale pour tous», a estimé l'émissaire saoudien, ajoutant : «L'organisation cherche également à développer un modèle ambitieux pour promouvoir les efforts numériques mondiaux, nous obligeant, en tant que membres du bureau de coordination de l'organisation, à déployer tous les efforts afin d’atteindre nos buts et objectifs».

Il a soutenu que le Royaume avait précipité la croissance de l'économie numérique dans la région et dans le monde en tant que membre de la DCO, soulignant que l’Arabie saoudite poursuivra son engagement à exploiter au maximum les capacités numériques aux niveaux national et international. 

Al-Mouallimi a ajouté : «Le Royaume a placé la numérisation au premier plan des progrès technologiques qu'il recherche et, par conséquent, plusieurs réalisations exceptionnelles ont permis à l'Arabie saoudite de faire des progrès considérables dans les indicateurs mondiaux, se classant au premier rang des pays du G20 en termes de compétitivité numérique selon le Centre européen pour la compétitivité numérique».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Les civils yéménites paient le prix du retrait des Houthis de la liste américaine de terrorisme

Des combattants houthis nouvellement recrutés participent à un rassemblement dans la capitale Sanaa. (Photo, AFP/Archives)
Des combattants houthis nouvellement recrutés participent à un rassemblement dans la capitale Sanaa. (Photo, AFP/Archives)
Short Url
  • La cartographie des conflits montre que les milices ont tué plus de personnes depuis que l'administration Biden a révoqué la désignation des Houthis comme organisations terroristes étrangères
  • Un diplomate saoudien affirme que le Royaume continuera d'utiliser les mécanismes de l'ONU pour montrer le véritable visage terroriste des Houthis

LONDRES : Sept mois après que les États-Unis ont retiré les Houthis de leur liste d'organisations terroristes étrangères, la milice tue plus de personnes qu'auparavant et intensifie ses efforts pour soumettre l'ensemble du pays du Yémen à sa doctrine extrémiste, selon des experts.

Quelques jours après leur expulsion, les Houthis ont intensifié leur assaut contre Marib au Yémen, une province qui fournit un abri temporaire à des milliers de personnes déplacées à l'intérieur du pays et sert de bastion pour le gouvernement soutenu par l'ONU contre la tyrannie religieuse des Houthis. 

Six mois plus tard, le siège de Marib continue de faire quotidiennement des victimes, des deux côtés, et prolonge la double crise humanitaire et économique du Yémen.

Si l'on se fie à ces développements au Yémen, l'un des premiers actes de Joe Biden en tant que président américain s'est gravement retourné contre lui. 

«Je révoque la désignation d'Ansar Allah, parfois appelé les Houthis, en tant qu'organisation terroriste étrangère», a déclaré Biden, le 12 février.

Faisant référence à la «situation humanitaire désastreuse au Yémen», Biden a affirmé que l'inclusion du groupe sur la liste ne ferait qu'entraver l'acheminement de l'aide. 

«En nous concentrant sur l’allégement de la situation humanitaire au Yémen, nous espérons que les parties yéménites pourront encore se concentrer sur le dialogue».

Certes, Il est toujours facile de porter des jugements après coup, mais l'équipe Biden n'a jamais vraiment essayé de défendre la logique derrière l’action de retirer les houthis de la liste américaine de  terrorisme, avec des preuves. 

«Le retrait de cette liste a donné aux Houthis et, plus important encore, à leurs protecteurs iraniens un sentiment d'impunité», a déclaré à Arab News Michael Rubin, chercheur principal à Institut de l'entreprise américaine pour la recherche sur les politiques publiques. «Le retrait de la liste a également affaibli les efforts internationaux qui visaient à empêcher l'approvisionnement et le financement des Houthis».

En fait, la justification de l'administration Biden pour la retrait des Houthis de la liste, pour faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire, n'a jamais eu de sens en premier lieu.

«Il y avait déjà un système d'inspection» en place, a signalé Rubin. «L'ONU avait fait rapport à plusieurs reprises sur la livraison de produits humanitaires. 

Paradoxalement, ce sont souvent les Houthis qui ont empêché la livraison de marchandises vers des villes comme Taïz qui ne sont pas sous leur contrôle».

D’après Rubin, la décision de Biden de retirer les Houthis de la liste américaines des organisations terroristes étrangères, était plus liée à la politique intérieure américaine que le bien pour le peuple yéménite, et cela a peut-être encouragé d'autres groupes terroristes régionaux d’entrer dans le processus.

«Le retrait des houthis de la liste américaine par l'administration Biden avait plus à voir avec l'inversion de ce que l'ancien président Donald Trump avait fait qu'une quelconque considération des réalités sur le terrain», a-t-il expliqué.

«En tant que tel, le retrait des houthis de la liste américaine par Biden pour des raisons purement politiques a fragilisé la légitimité de la liste américaine, et a également encouragé d'autres groupes terroristes à exiger leur retrait de cette liste comme concession diplomatique».

img
Des drones chargés de missiles, utilisés par les Houthis au Yémen dans des combats contre les forces de la coalition dirigées par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. (Photo, AFP/Archives)

Non seulement le retrait des houthis de la liste américaine n'a pas réussi à résoudre concrètement la situation humanitaire au Yémen, mais il a peut-être aussi coûté la vie à plus de personnes.

Alexander Jalil est analyste pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord au sein de l'Armed Conflict Location Event Data Project (ACLED), une organisation hautement spécialisée dédiée à l'enregistrement des cas de violence mortelle et non mortelle dans des conflits ou des endroits politiquement instables à travers le monde.

Jalil a déclaré à Arab News que les données de l’ACLED, minutieusement collectées et vérifiées sur la base de sources locales, indiquent que non seulement les Houthis ont été impliqués dans une plus grande intensification des combats au Yémen après avoir été retirés de la liste des terroristes, mais qu'ils étaient en fait responsables de décès de plus de personnes.

«Les événements survenus au cours des six mois qui ont suivi le retrait du groupe de la liste americaine de terrorisme ont également été plus meurtriers, car le nombre de décès a augmenté entre le 12 février 2021 et le 12 août 2021, par rapport au 12 août 2020 , et le 12 février 2021», a signalé Jalil.

 


Avant la réunion Erdogan-Poutine, le bourbier d'Idlib reste un nouveau test

La Turquie a déployé plus de troupes dans le nord-ouest de la Syrie comme moyen de dissuasion contre toute offensive majeure des forces syriennes soutenues par la Russie. (Photo, AFP/Archives)
La Turquie a déployé plus de troupes dans le nord-ouest de la Syrie comme moyen de dissuasion contre toute offensive majeure des forces syriennes soutenues par la Russie. (Photo, AFP/Archives)
Short Url
  • Poutine a critiqué la présence de troupes étrangères sans mandat de l'ONU la semaine dernière lors d'une réunion avec Assad
  • Le ministre syrien des Affaires étrangères Faisal Mekdad a exhorté la Turquie à retirer immédiatement ses forces du sol syrien

ANKARA : La Turquie a déployé plus de troupes dans le nord-ouest de la Syrie comme moyen de dissuasion contre toute offensive majeure des forces syriennes soutenues par la Russie, avant une réunion entre les leaders turc et russe la semaine prochaine. 

Ankara craint qu'une escalade d’hostilités à Idlib, le dernier bastion rebelle du nord-ouest de la Syrie, ne force une nouvelle vague de réfugiés vers la Turquie, qui accueille environ 4 millions de Syriens depuis le début du conflit, il y a dix ans. 

Le président turc Recep Tayyip Erdogan devrait soulever cette question lors de sa rencontre avec son homologue russe Vladimir Poutine le 29 septembre. On ne sait toujours pas dans quelle mesure la position de la Russie trouvera un terrain d'entente avec Ankara. 

La semaine dernière, lors d'une rencontre entre Poutine et le président syrien Bashar Assad, le président russe a critiqué la présence de troupes étrangères sans mandat de l'ONU. 

Trois soldats turcs ont été tués le 11 septembre à Idlib pendant que les forces du régime syrien intensifient leurs attaques.

«La Russie est frustrée par la réticence de la Turquie à expulser Hayat Tahrir al-Cham (Organisation de Libération du Levant) d'Idlib, et utilise ses avions de guerre ainsi que les forces terrestres syriennes pour faire pression sur la Turquie», a déclaré à Arab News , Samuel Ramani, professeur de politique et de relations internationales à l'Université d'Oxford.

La Russie oblige la Turquie à respecter son engagement de 2018 à séparer les groupes radicaux tels que Hayat Tahrir al-Cham, le groupe dominant à Idlib, des autres rebelles d'Idlib. Mais Ankara rejette les allégations selon lesquelles elle n'a pas tenu sa promesse.

Hayat Tahrir al-Cham s'est distancié d'Al-Qaïda et s'est rebaptisé groupe rebelle modéré dans le but de redorer son image devant la communauté internationale. Mais le groupes est toujours désigné par les États-Unis, le Conseil de sécurité de l'ONU et la Turquie comme groupe terroriste. 

«La Turquie ne considère pas une escalade d’hostilités limitée de ce type comme une menace transfrontalière majeure, mais craindrait certainement un afflux de réfugiés si Assad et Poutine menaient un assaut beaucoup plus important contre Idlib, qui reflétait les événements de la fin 2019 et le début de 2020 », a éclairci Ramani. «Les troupes turques sont donc là pour empêcher un tel scénario de se produire et maintenir le statu quo jusqu'à la réunion Poutine-Erdogan».

Cependant, le ministre syrien des Affaires étrangères Faisal Mekdad a exhorté la Turquie à retirer immédiatement ses forces du sol syrien en affirmant qu'il considérait la présence turque comme un acte d'occupation. 

Ramani a souligné que dans le passé, les réunions Poutine-Erdogan ont souvent réduit le conflit en  Syrie, par exemple après l'opération Peace Spring en octobre 2019 et l'opération Spring Shield en mars 2020 : «Donc, l'espoir est que cela se reproduise».

Le 24 septembre, Erdogan a déclaré qu'il s'attend à ce que la Russie change son approche envers la Syrie, car le régime syrien constitue une menace pour la Turquie le long de la frontière sud.

Lors de l'Assemblée générale des Nations Unies mardi, Erdogan a abordé la crise syrienne, affirmant qu' «en tant que pays qui a protégé la dignité humaine dans la crise syrienne, nous n'avons plus le potentiel ni la tolérance pour absorber de nouvelles vagues d'immigration». 

Oytun Orhan, coordinateur des études sur la Syrie au groupe de réflexion ORSAM d'Ankara, a précisé que la Turquie attachait de l'importance à conserver sa place dans la scène syrienne.

«Si la Turquie se retire complètement de la région, elle restera en dehors de la phase finale et n'aura pas son mot à dire lorsqu'un processus politique en Syrie voit le jour», a déclaré Orhan à Arab News.

Selon Orhan, la Turquie est de plus préoccupée par la présence de combattants étrangers et de groupes radicaux à Idlib.

«S'il y avait une offensive du régime, ils afflueraient probablement vers la frontière turque et constitueraient une menace pour la sécurité non seulement de la Turquie mais de la communauté mondiale», a-t-il ajouté.

Les experts estiment que même si cela expose les limites de leur coopération, les relations turco-russes survivront probablement à cette dernière escalade d’hostilités, car les deux pays ont trop à perdre si leurs relations sont interrompues.

Orhan a signalé que le déploiement de troupes turques avant la réunion Poutine-Erdogan est un geste symbolique pour gagner en influence à la table des négociations.

«Bien que la Russie soutienne le régime d'Assad, elle prête également attention à la présence turque dans la région, ainsi que de la coopération dans les domaines de l'énergie et de l'industrie de la défense. La Russie ne veut pas rompre de telles relations, mais essaie d'utiliser la carte d’Idlib comme monnaie d'échange chaque fois qu'il y a une crise dans les relations bilatérales avec la Turquie», a-t-il ajouté.

La Russie aurait mené environ 200 attaques aériennes contre Idlib en septembre. Plusieurs attaques visaient des zones proches des postes militaires turcs dans la province. La Turquie détient environ 80 bases militaires et postes d'observation à Idlib.

«Bien que les agences de renseignement turques et syriennes se soient rencontrées dans le passé, la Russie incite la Turquie depuis des années à ouvrir un canal de communication diplomatique avec le régime syrien. Mais Ankara n'est pas disposée à franchir ce pas. Je m'attends à ce que la réunion Erdogan-Poutine désamorce la tension à Idlib, mais les deux leaders vont, sans aucun doute, tester leur détermination avant de s'asseoir à la table des négociations», a exposé Orhan.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com