Etats-Unis, Australie et Royaume-Uni scellent un pacte de sécurité, colère de Paris

Le destroyer lance-missiles de classe Arleigh Burke USS Barry (DDG 52) lance un missile de croisière Tomahawk en 2011en mer Méditerranée. Le Premier ministre australien Scott Morrison a annoncé le 16 septembre 2021 que le pays allait acquérir des missiles  américains à longue portée Tomahawk. JONATHAN SUNDERMAN / US NAVY / AFP
Le destroyer lance-missiles de classe Arleigh Burke USS Barry (DDG 52) lance un missile de croisière Tomahawk en 2011en mer Méditerranée. Le Premier ministre australien Scott Morrison a annoncé le 16 septembre 2021 que le pays allait acquérir des missiles américains à longue portée Tomahawk. JONATHAN SUNDERMAN / US NAVY / AFP
Le président américain Joe Biden a annoncé la création de la nouvelle alliance stratégique depuis l'East Room, à la Maison Blanche. (Photo, AFP)
Le président américain Joe Biden a annoncé la création de la nouvelle alliance stratégique depuis l'East Room, à la Maison Blanche. (Photo, AFP)
Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken en compagnie de son homologue australienne Marise Payne lors d'une conférence de presse commune hier au Département d'Etat. (Photo, AFP)
Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken en compagnie de son homologue australienne Marise Payne lors d'une conférence de presse commune hier au Département d'Etat. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 16 septembre 2021

Etats-Unis, Australie et Royaume-Uni scellent un pacte de sécurité, colère de Paris

  • Les Etats-Unis ont annoncé mercredi avec l'Australie et le Royaume-Uni un vaste partenariat de sécurité dans la zone indo-pacifique, comprenant notamment la livraison de sous-marins nucléaires à l'Australie
  • Conséquence immédiate de cette annonce spectaculaire: l'Australie a rompu un gigantesque contrat passé auprès de la France pour la livraison de sous-marins conventionnels, provoquant la colère de Paris

WASHINGTON : Les Etats-Unis, qui cherchent à renforcer tous azimuts leurs alliances face à la Chine, ont annoncé mercredi avec l'Australie et le Royaume-Uni un vaste partenariat de sécurité dans la zone indo-pacifique, comprenant notamment la livraison de sous-marins à propulsion nucléaire à Canberra.

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Une photo d'archive prise le 2 mai 2018 montre le président français Emmanuel Macron (2ème gauche) et le Premier ministre australien Malcolm Turnbull (2ème droite) debout sur le pont du HMAS Waller, un sous-marin de classe Collins exploité par la Royal Australian Navy, à Garden Island à Sydney. L'Australie vient d’annuler un accord de 50 milliards de dollars avec la France pour construire des sous-marins à propulsion conventionnelle (diesel-électrique), le remplaçant par des sous-marins à propulsion nucléaire utilisant la technologie américaine et britannique. (Photo, AFP)

Conséquence immédiate de cette annonce spectaculaire: l'Australie a rompu un gigantesque contrat passé auprès de la France pour la livraison de sous-marins conventionnels, provoquant la colère de Paris. Réagissant quelques instants après l'annonce, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a déclaré que Joe Biden avait "pris une décision "brutale", à la "Trump".

"La première grande initiative de (ce nouveau pacte appelé) «AUKUS» sera de livrer une flotte de sous-marins à propulsion nucléaire à l'Australie", a dit le Premier ministre australien Scott Morrison, apparaissant en visioconférence, ainsi que son homologue britannique Boris Johnson, lors d'un événement présidé par Joe Biden à la Maison Blanche.

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Le Premier ministre australien Scott Morrison a également annoncé l'achat de missiles américains Tomahawk. Sur cette photo, un missile de croisière Tomahawk lancé à partir d'un navire de l'US Navy. (Photo, AFP)

La France, qui voit un contrat de 90 milliards de dollars australiens (56 milliards d'euros) échapper à son industrie navale, a aussitôt fustigé une "décision regrettable" et "contraire à la lettre et à l'esprit de la coopération qui prévalait entre la France et l'Australie", selon un communiqué conjoint des ministères de la Défense et des Affaires étrangères.

Et il n'est pas sûr que Paris se console avec les propos conciliants de Joe Biden, qui a assuré mercredi que les Etats-Unis voulaient "travailler étroitement avec la France" dans cette zone très stratégique. Paris "est un partenaire clé" des Etats-Unis, a-t-il encore dit.

Sous-marins: Paris fustige Canberra et Washington

La France a fustigé Canberra et Washington jeudi, dénonçant un "coup dans le dos" australien et une décision "brutale" de Joe Biden après l'annonce d'un partenariat stratégique entre l'Australie, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne qui a conduit à la rupture d'un gigantesque contrat de fourniture de sous-marins français à l'Australie.

"C'est vraiment, en bon français, un coup dans le dos", s'est indigné le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian sur la radio France Info, se disant "en colère, avec beaucoup d'amertume".

"Nous avions établi avec l'Australie une relations de confiance. Cette confiance est trahie", a lancé Jean-Yves Le Drian, qui avait conclu le "contrat du siècle" sur les sous-marins lorsqu'il était ministre de la Défense.

Au même moment, la ministre des Armées Florence Parly déplorait sur RFI "une très mauvaise nouvelle pour le respect de la parole donnée" et une décision "grave" en matière de politique internationale.

Les deux ministres français n'ont pas non plus mâché leurs mots vis-à-vis du président américain Joe Biden, accusé de piétiner ses alliés. 

"Cette décision unlilatérale, brutale, imprévisible ressemble beaucoup à ce que faisait Monsieur Trump", l'ancien président américain, a déclaré M. Le Drian.

"On a appris brutalement par une déclaration du président Biden que voilà, le contrat qui était passé entre la France et les Australiens s'arrête, et puis les Etats-Unis vont proposer une offre nucléaire, dont on ne connaît pas le contenu, aux Australiens", a pointé Jean-Yves Le Drian.

"Cela ne se fait pas entre alliés (..) Nous parlions de tout cela avec les Etats-Unis il y a peu de temps et là voilà cette rupture. C'est assez insupportable", a-t-il martelé.

"Nous sommes lucides sur la manière dont les Etats-Unis considèrent leurs alliés et leurs partenaires", a pour sa part estimé Mme Parly.

Interrogée sur la question d'éventuelles compensations, Mme Parly a répondu: "nous allons étudier toutes les voies" et tenter de "limiter le plus possibles les conséquences pour Naval Group".

"Il va falloir des clarifications. Nous avons des contrats. Il faut que les Australiens nous disent comment ils s'en sortent", a renchéri le chef de la diplomatie française, en réclamant des "explications" à l'Australie comme à Washington.

"Le Royaume-Uni, l'Australie et les Etats-Unis vont être liés encore plus étroitement, ce qui reflète le degré de confiance entre nous et la profondeur de notre amitié", a déclaré Boris Johnson, qui engrange là un succès diplomatique certain dans sa stratégie pour éviter l'isolement international après le Brexit."

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Un "stock" de Tomahawk dans un sous-marin de l'US Navy, autre vecteur de lancement du missile de croisière. (Photo, AFP)

Sur la base de notre histoire commune de démocraties maritimes, nous nous engageons dans une ambition commune pour soutenir l'Australie dans l'acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire", ont fait savoir les trois partenaires dans un communiqué commun, qui précise qu'il s'agit bien de propulsion, et non d'armement.

"Le seul pays avec lequel les Etats-Unis ont jamais partagé ce type de technologie de propulsion nucléaire est la Grande-Bretagne" à partir de 1958, avait indiqué plus tôt un haut responsable de la Maison Blanche. "C'est une décision fondamentale, fondamentale. Cela va lier l'Australie, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour des générations."

Selon ce haut responsable, le pacte "AUKUS" prévoit aussi une collaboration des trois pays en matière de cyberdéfense, d'intelligence artificielle et de technologies quantiques.

Sous-marins: Londres assure ne pas vouloir «contrarier» la France

Le Royaume-Uni a assuré jeudi ne pas vouloir "contrarier" Paris en scellant avec les Etats-Unis et l'Australie un vaste pacte de sécurité dans la zone indo-pacifique qui a conduit à la rupture d'un contrat de fourniture de sous-marins français à Canberra.
"Nous ne sommes pas partis à la chasse aux opportunités. Fondamentalement, les Australiens ont pris la décision de vouloir une capacité différente", a déclaré le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, sur la chaîne télévisée Sky News. 
"Nous n'avons pas l'intention de faire quoi que ce soit qui puisse contrarier les Français", a-t-il poursuivi. "Les Français comptent parmi nos plus proches alliés militaires en Europe, nous sommes des forces assez importantes et comparables et nous faisons des choses ensemble", notamment dans la lutte contre le terrorisme en Afrique de l'Ouest. 

Selon Ben Wallace, "il ne s'agit pas d'envoyer un message à la Chine" avec ce nouveau partenariat. "Il s'agit de l'Australie qui cherche une nouvelle capacité, parce qu'elle a jugé que son programme d'acquisition actuel pour des sous-marins diesel-électriques ne lui donnerait pas la portée stratégique ou le côté indétectable nécessaire pour avoir un effet dissuasif", a-t-il expliqué sur Times Radio.

La Nouvelle-Zélande, qui interdit ses eaux à tout navire à propulsion nucléaire depuis 1985, a annoncé que les futurs sous-marins de son voisin et allié australien ne seraient pas les bienvenus chez elle.

La Chine n'a pas été mentionnée dans le communiqué conjoint des dirigeants australien, américain et britannique, qui évoque la "paix et la stabilité dans la région indo-pacifique". Mais il ne fait aucun doute que la nouvelle alliance vise d'abord à faire face aux ambitions régionales de Pékin.

Joe Biden répète depuis son élection qu'il entend se confronter à la Chine, comme son prédécesseur Donald Trump, mais de manière très différente, sans s'enfermer dans un face-à-face.

Mercredi, il a ainsi dit vouloir "investir dans notre plus grande source de force, nos alliances" et vouloir "les mettre à jour pour mieux faire face aux menaces d'aujourd'hui et de demain".

Sous-marins: le Parlement s'interroge sur la relation entre Paris et les pays anglo-saxons

La résiliation par l'Australie d'un gigantesque contrat de livraison de sous-marins français, conséquence d'un partenariat stratégique conclu entre Canberra, Washington et Londres "interroge" sur les liens entre Paris et ses alliés anglo-saxons et aura des "conséquences lourdes", ont fustigé députés et sénateurs jeudi.

Après la décision par l'Australie de rompre ce mirifique contrat de plusieurs dizaines de milliards de dollars, "nous allons devoir nous interroger sur l’attitude récurrente de certains de nos alliés, qui se comportent plus comme des adversaires que comme des concurrents loyaux", a déclaré Christian Cambon, le président LR de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat.

"La décision brutale (...) est très préoccupante, et nous interroge sur la position de nos alliés australiens, américains et britanniques. Ce véritable coup de Trafalgar doit être pris très au sérieux", a souligné Françoise Dumas, présidente LREM de la commission de la Défense et des Forces armées de l'Assemblée nationale, dans une déclaration transmise à l'AFP. 

Après l'achat par la Suisse d'avions américains F35 ou le retrait américain d'Afghanistan "sans concertation avec les alliés de l’Otan", ce nouvel événement "doit conduire à évaluer la nature exacte de la relation actuelle entre la France et son allié historique", a complété dans un communiqué la commission sénatoriale.

Les conditions de l'annonce, d'abord éventée par la presse, ont également considérablement déplu aux sénateurs qui fustigent "une attitude cavalière" de Canberra, en faisant mine de s'interroger sur l'avenir du partenariat entre la France "qui essuie un camouflet brutal" et l'Australie. 

"Nous devrons tirer toutes les conséquences de cette décision concernant notre partenariat avec l'Australie et pour la région dans son ensemble", a souligné Mme Dumas.  

Sur le volet géostratégique, le Sénat s'inquiète des "conséquences globales" du choix australien avec la vente à un pays non doté de l'arme nucléaire de sous-marins d'attaque à propulsion nucléaire. 

Cela "n'a pas de précédent": "Les Etats-Unis et le Royaume-Uni changent les règles du jeu", observent les sénateurs français alors que les tensions avec la Chine s'accroissent dans cette partie du monde.

Députés et sénateurs s'inquiètent en outre des conséquences sociales et économiques pour Naval group, l'ex-titulaire du contrat, et pour la sous-traitance.

A l'Assemblée, une mission d'information sur les "enjeux de la défense en indo-Pacifique" doit rendre ses conclusions en novembre prochain. 

"Il est temps de cesser de se bercer d'illusion, de refuser la caporalisation, de quitter l'Otan et d'expulser de France le Centre d'excellence Otan pour l'espace que les Etats-Unis veulent installer à Toulouse", a tonné le député et chef de file LFI, Jean-Luc Mélenchon.

Le «contrat du siècle» pour la France torpillé

Le président américain réunit d'ailleurs le 24 septembre à Washington les Premiers ministres australien, indien et japonais pour relancer un format diplomatique, le "Quad", qui végétait depuis plusieurs années.

Quant à M. Morrisson, il a affirmé jeudi, après l'annonce du pacte Aukus, qu'il lançait une "invitation ouverte" au dialogue au président chinois Xi Jinping.

Mais l'annonce de mercredi, malgré les précautions de langage de Joe Biden, risque bel et bien de jeter un coup de froid sur une autre alliance, avec la France, puisqu'elle a torpillé ce qui était parfois qualifié de "contrat du siècle" pour l'industrie de défense française.

Le français Naval Group avait été sélectionné en 2016 par Canberra pour fournir 12 sous-marins à propulsion conventionnelle (non nucléaire) dérivés des futurs sous-marins nucléaires français Barracuda. D'un montant de 50 milliards de dollars australiens (31 milliards d'euros) à la signature, la valeur de ce contrat est estimé actuellement à 90 milliards de dollars australiens en raison de dépassement de coûts et d'effets de change.

"La décision que nous avons prise de ne pas continuer avec les sous-marins de classe Attack et de prendre un autre chemin n'est pas un changement d'avis, c'est un changement de besoin", a expliqué jeudi le Premier ministre australien.

Contrat de sous-marins résilié par l'Australie: «déception modérée» de la CGT

La CGT de Naval Group Cherbourg a fait état jeudi d'une "déception modérée" après la résiliation par l'Australie d'un gigantesque contrat de livraison de sous-marins conventionnels, estimant que "le risque était connu". 
"C'est une déception modérée parce qu'on avait un enthousiasme modéré lors de la signature du contrat. Le risque était connu", a déclaré Vincent Hurel, secrétaire général de la CGT Naval Group à Cherbourg.
"On attendait la mise en œuvre. Tout ne roulait pas parfaitement", a ajouté le syndicaliste, qui s'est dit "déçu mais pas surpris".
"L'échec de ce contrat aura des conséquences industrielles très modérées parce qu'il n'était pas assez avancé", a ajouté M. Hurel. "On espère que ce retour d'expérience va faire réfléchir notre direction sur une stratégie sur la vente d'armes."
Selon lui, 500 emplois sont actuellement occupés dans des activités liées à ce contrat, ainsi qu'une "grosse centaine d'Australiens".
Il a dit souhaiter que Naval Group "se recentre sur ses activités de la marine nationale" et "qu'on cesse cette construction capitalistique sur tout ce qui peut rapporter du profit".

Le français Naval Group avait été sélectionné en 2016 par Canberra pour fournir 12 sous-marins à propulsion conventionnelle (non nucléaire) dérivés des futurs sous-marins nucléaires français Barracuda. D'un montant de 50 milliards de dollars australiens (31 milliards d'euros) à la signature, la valeur de ce contrat est estimé actuellement à 90 milliards de dollars australiens en raison de dépassement de coûts et d'effets de change.

"La décision que nous avons prise de ne pas continuer avec les sous-marins de classe Attack et de prendre un autre chemin n'est pas un changement d'avis, c'est un changement de besoin", a expliqué jeudi le Premier ministre australien.


Le chef de l'ONU dénonce la montée en puissance de «la loi du plus fort» dans le monde

Le secrétaire général de l'ONU a dénoncé lundi la montée en puissance de "la loi du plus fort", qui se traduit par "une attaque de grande envergure partout dans le monde" contre les droits humains et qui est portée notamment par l'intelligence artificielle. (AFP)
Le secrétaire général de l'ONU a dénoncé lundi la montée en puissance de "la loi du plus fort", qui se traduit par "une attaque de grande envergure partout dans le monde" contre les droits humains et qui est portée notamment par l'intelligence artificielle. (AFP)
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  • "Cette agression n'est menée ni en secret, ni par surprise. Elle a lieu au grand jour, souvent sous la direction des plus puissants. Partout dans le monde, les droits humains sont sacrifiés, de manière délibérée et stratégique, et parfois avec fierté"
  • Et "quand les droits humains s'effritent, tout le reste s'écroule", a-t-il ajouté, déplorant que nous vivions "dans un monde où les souffrances massives sont admises... où les êtres humains sont utilisés comme monnaie d'échange... "

GENEVE: Le secrétaire général de l'ONU a dénoncé lundi la montée en puissance de "la loi du plus fort", qui se traduit par "une attaque de grande envergure partout dans le monde" contre les droits humains et qui est portée notamment par l'intelligence artificielle.

"Cette agression n'est menée ni en secret, ni par surprise. Elle a lieu au grand jour, souvent sous la direction des plus puissants. Partout dans le monde, les droits humains sont sacrifiés, de manière délibérée et stratégique, et parfois avec fierté", a tonné Antonio Guterres, à l'ouverture d'une session du Conseil des droits de l'homme à Genève.

"L'état de droit est écrasé par la loi du plus fort", a-t-il déploré, sans citer de pays ou dirigeants.

Et "quand les droits humains s'effritent, tout le reste s'écroule", a-t-il ajouté, déplorant que nous vivions "dans un monde où les souffrances massives sont admises... où les êtres humains sont utilisés comme monnaie d'échange... où le droit international est considéré comme un simple désagrément".

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a également considéré qu'"une lutte acharnée pour le pouvoir, le contrôle et les ressources se joue actuellement sur la scène mondiale, à une intensité et un rythme inédits depuis 80 ans", avec un recours à la force qui se "banalise".

"Les gens se sentent désemparés, anxieux et vulnérables. Les rouages du pouvoir mondial sont en pleine mutation", a-t-il relevé, appelant à faire contrepoids "aux tendances autocratiques".

"Les démocraties s'érodent" 

Le constat des Nations unies est amer : les conflits se multiplient, l'impunité se propage, les droits humains sont piétinés et les besoins humanitaires explosent tandis que les financements chutent, dans un contexte de coupe drastique de l'aide extérieure américaine décidée par Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche.

Et selon le chef de l'ONU, "les technologies – en particulier l'intelligence artificielle – sont de plus en plus utilisées d'une manière qui réprime, accentue les inégalités et expose les personnes marginalisées à de nouvelles formes de discrimination, en ligne et hors ligne".

Dans une veine similaire, Volker Türk a attaqué les dirigeants, dont il a tu les noms, qui "propagent la désinformation pour détourner l'attention, réduire au silence et marginaliser", tandis qu'"une petite clique de magnats de la technologie contrôle une part démesurée des flux d'information (...), faussant le débat public, les marchés, et même les systèmes de gouvernance".

Dénonçant plus globalement "la main de fer qui resserre l'espace civique", M. Guterres a cité, entre autres, l'emprisonnement de journalistes et de militants des droits humains, la fermeture d'ONG, le recul des droits des femmes et l'exclusion des personnes en situation de handicap.

"Les démocraties s'érodent. (...) Les personnes migrantes sont harcelées, arrêtées et expulsées au mépris total de leurs droits humains et de leur humanité. Les réfugiés sont montrés du doigt. Les communautés LGBTIQ+ sont vilipendées. Les minorités et les peuples autochtones sont pris pour cible", a-t-il également énoncé.

Iran et Ukraine 

Antonio Guterres, qui quittera ses fonctions à la fin de l'année après dix ans à la tête de l'ONU, a rappelé que "grandir sous la dictature de Salazar" au Portugal lui avait appris que lorsque les droits humains "sont bafoués, ce sont tous les aspects de la société qui en souffrent".

Dans son dernier discours annuel devant le Conseil des droits de l'homme, que les Etats-Unis de Donald Trump boycottent, il n'a toutefois évoqué que trois crises actuelles, condamnant notamment une nouvelle fois "la répression violente des manifestations en Iran".

A la veille du quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, il a aussi affirmé qu'"il est plus que grand temps de mettre fin à l'effusion de sang" alors que le conflit "a entraîné la mort de plus de 15.000 civils".

Enfin, il a mentionné le conflit entre Israéliens et Palestiniens, déplorant que la solution à deux Etats soit "ouvertement rendue inapplicable".

 

 


Witkoff: Trump se demande pourquoi l'Iran n'a pas déjà «capitulé»

Les pays occidentaux soupçonnent la République islamique de chercher à se doter de l'arme nucléaire, ce que Téhéran dément, tout en insistant sur son droit à l'enrichissement de l'uranium à des fins civiles. (AFP)
Les pays occidentaux soupçonnent la République islamique de chercher à se doter de l'arme nucléaire, ce que Téhéran dément, tout en insistant sur son droit à l'enrichissement de l'uranium à des fins civiles. (AFP)
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  • Le président américain "s'étonne" de la position de l'Iran, après l'avoir averti de lourdes conséquences en cas d'échec sur un accord, a déclaré M. Witkoff, interrogé sur Fox News par Lara Trump, la belle-fille de Donald Trump
  • "Pourquoi, sous cette pression, avec la puissance maritime et navale déployée là-bas, ne sont-ils pas venus vers nous en disant : 'Nous affirmons ne pas vouloir l'arme (nucléaire), alors voici ce que nous sommes prêts à faire' ?"

WASHINGTON: Le président Donald Trump se demande pourquoi l'Iran n'a pas déjà "capitulé" devant le déploiement militaire de Washington destiné à le pousser à accepter un accord nucléaire, a déclaré l'émissaire américain Steve Witkoff.

Les deux pays ont achevé mardi près de Genève une deuxième session de pourparlers indirects via une médiation omanaise, dans un contexte d'intensification du déploiement militaire américain dans le Golfe, où Washington a dépêché deux porte-avions.

Le président américain "s'étonne" de la position de l'Iran, après l'avoir averti de lourdes conséquences en cas d'échec sur un accord, a déclaré M. Witkoff, interrogé sur Fox News par Lara Trump, la belle-fille de Donald Trump.

"Je ne veux pas employer le mot 'frustré', parce qu'il sait qu'il a de nombreuses alternatives, mais il est s'étonne de savoir pourquoi ils n'ont pas... capitulé", a-t-il affirmé dans cette interview réalisée jeudi et diffusée samedi par la chaîne américaine.

"Pourquoi, sous cette pression, avec la puissance maritime et navale déployée là-bas, ne sont-ils pas venus vers nous en disant : 'Nous affirmons ne pas vouloir l'arme (nucléaire), alors voici ce que nous sommes prêts à faire' ?".

Malgré cette pression, "il est difficile de les amener à ce stade", a-t-il reconnu.

L'émissaire américain a également confirmé qu'il avait rencontré Reza Pahlavi, le fils du chah déchu, qui n'est pas retourné en Iran depuis la révolution islamique de 1979 ayant renversé la monarchie. "Je l'ai rencontré sur instruction du président ", a-t-il déclaré.

"Je pense qu'il est très engagé pour son pays, qu'il se soucie de son pays. Mais cela relèvera des décisions du président Trump", a ajouté M. Witkoff.


Après l'arrestation d'Andrew, la monarchie britannique dans une crise sans précédent

Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
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  • L’ex-prince Andrew a été placé en garde à vue pendant près de 12 heures dans le cadre de l’affaire Epstein, soupçonné d’avoir transmis des informations confidentielles
  • Son arrestation provoque une crise majeure pour la monarchie britannique

LONDRES: L'enquête policière continue après la garde à vue spectaculaire de l'ex-prince Andrew pour des soupçons liés à l'affaire Epstein et la famille royale britannique fait face à une crise jugée particulièrement périlleuse par les experts de la monarchie.

Le frère cadet de Charles III a été relâché jeudi en fin de journée "en attendant la suite de l'enquête", selon la police, et les perquisitions devaient se poursuivre vendredi à Royal Lodge, près de Windsor, son ancien domicile dont il a été récemment chassé.

Andrew, dont l'interpellation a coïncidé avec son 66e anniversaire, a été interrogé près de 12 heures sur des accusations de "manquements dans l'exercice de fonctions officielles", accusé d'avoir transmis des informations confidentielles au financier et pédocriminel américain Jeffrey Epstein.

Après sa garde à vue, le prince déchu a été photographié quittant le commissariat situé à une trentaine de kilomètres de sa nouvelle résidence de Sandringham (est de l'Angleterre): le cliché spectaculaire, qui le montre hagard, les yeux écarquillés à l'arrière d'une voiture, faisait vendredi la Une de la totalité des journaux britanniques, Financial Times excepté.

Cette arrestation aura marqué "le jour le plus préjudiciable pour la monarchie", soulignait le Telegraph, tandis que le Daily Mail évoquait une "monarchie moderne face à son plus grave péril".

- Fin de la "déférence" -

Pour l'expert royal Ed Owens, la situation à laquelle la monarchie est confrontée est d'autant plus dangereuse qu'elle compte "beaucoup d'inconnues". A commencer par l'incertitude sur une éventuelle inculpation d'Andrew, ou les soupçons d'agressions sexuelles qui l'entourent, pour l'instant restés hors du champ de toute enquête formelle.

Évoquant les précédentes crises qui l'ont ébranlée au cours des dernières décennies - la mort de la princesse Diana en 1997 ou l'abdication d'Édouard VIII en 1936 - il a rappelé qu'il avait fallu "plus de 10 ans pour stabiliser l'institution et regagner l'affection et la loyauté du public".

L'ex-prince est accusé d'avoir transmis des informations confidentielles à Epstein, notamment des rapports de voyages en Asie et des possibilités d'investissement en Afghanistan, lorsqu'il était envoyé spécial du Royaume-Uni pour le Commerce, de 2001 à 2011.

Dans un rare communiqué après l'arrestation, le roi Charles III a affirmé jeudi que la "justice doit suivre son cours", tout en faisant part de sa "plus profonde inquiétude".

Le monarque, qui avait déjà déchu son cadet de tous ses titres royaux en octobre en raison de nouvelles informations sur les liens d'Andrew avec Epstein, a néanmoins évité de chambouler son agenda, se rendant comme prévu à un défilé de la Fashion Week de Londres.

Selon Roya Nikkhah, experte royale du Sunday Times, la famille royale va essayer de "poursuivre ses activités comme si de rien n'était", mais "la confiance dans l'institution risque vraiment d'être érodée" avec cette arrestation inédite depuis le XVIIe siècle.

"Le temps de la déférence qui prévalait pendant le règne de la reine (Elizabeth II, ndlr) est terminé, et il s'agit d'un immense défi pour Charles, car le public n'a plus l'affection pour l'institution" qu'il avait sous la défunte reine, dit-elle.

- Suspect comme un autre -

Alimentant le sentiment que la famille royale n'est plus au-dessus des lois, les médias britanniques ont souligné que le roi n'avait pas été prévenu à l'avance de l'arrestation de son frère.

Et le tabloid The Sun note que, comme tout suspect, Andrew a dû se soumettre à un prélèvement salivaire pour recueillir son ADN, à la prise d'empreintes digitales et d'une photo d'identité judiciaire.

Donald Trump, qui a souvent manifesté une certaine fascination pour la monarchie britannique, a jugé jeudi soir l'arrestation de l'ex-Duc d'York "très triste" et "très mauvaise pour la famille royale".

Son interpellation a aussi mis en évidence le contraste avec les Etats-Unis, où les répercussions de la tentaculaire affaire Jeffrey Epstein sont restées jusqu'ici limitées. Seule son ex-compagne et complice, Ghislaine Maxwell, a été condamnée pour ses liens avec le criminel sexuel.

Ces derniers jours, la police britannique avait indiqué examiner des documents contenus dans la dernière salve des dossiers Epstein, publiés le 30 janvier par le ministère américain de la Justice.

De nouvelles accusations en avaient émergé à l'encontre de l'ex-prince, qui s'est gardé de les commenter.

La police a aussi indiqué "évaluer" des informations selon lesquelles une femme aurait été envoyée par Jeffrey Epstein à Royal Lodge en 2010, potentiellement pour avoir des relations sexuelles avec Andrew.

Mais cette accusation n'a pas été mentionnée jeudi par la police et on ignore si Andrew a été interrogé sur ce sujet.