Même réélu, Trudeau est l'étoile ternie des libéraux canadiens

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau lève le pouce alors qu'il arrive pour prononcer son discours de victoire après les élections législatives anticipées à l'hôtel Fairmount Queen Elizabeth à Montréal, au Québec, tôt le 21 septembre 2021. (AFP)
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau lève le pouce alors qu'il arrive pour prononcer son discours de victoire après les élections législatives anticipées à l'hôtel Fairmount Queen Elizabeth à Montréal, au Québec, tôt le 21 septembre 2021. (AFP)
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Publié le Mardi 21 septembre 2021

Même réélu, Trudeau est l'étoile ternie des libéraux canadiens

  • Trudeau se lance finalement sur les traces de son père et entre en politique en 2007, se fait élire député de Montréal en 2008 puis chef d'un parti libéral en lambeaux en 2013. 
  • «Le Canada était un pays avec une forte personnalité sur le plan international, mais avec Trudeau on est plutôt dans le siège de spectateur que de l'acteur», estime un chercheur

OTTAWA: Pari raté: Justin Trudeau, l'étoile des libéraux canadiens, rêvait de pouvoir réaliser un troisième mandat et de retrouver une majorité mais les Canadiens ne l'ont pas suivi. Réélu sans panache, sa légitimité est sérieusement entamée. 


Déjà en 2019, sa réélection s'était faite dans la douleur après une entrée fracassante en politique quatre ans plus tôt. Mais cette fois-ci, Justin Trudeau pensait que sa gestion de la pandémie l'aiderait à être facilement réélu. 

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Toute la campagne a été un parcours du combattant pour l'ancien Premier ministre flamboyant qui promettait des "voies ensoleillées" au Canada en 2015, et déclenchait une "Trudeaumanie". L'époque semble bien loin où le magazine américain Rolling Stone se demandait en première page en juillet 2017: "Pourquoi ne peut-il pas être notre président?" 

Trudeau promet un «avenir meilleur» après la pandémie

Le Premier ministre Justin Trudeau, réélu à l'issue d'élections législatives, a promis mardi aux Canadiens dans son allocution de victoire "un avenir meilleur" une fois le pays "sorti de cette pandémie".


Le chef des libéraux canadiens a obtenu lundi un troisième mandat après une campagne très difficile lors d'élections anticipées qu'il avait lui-même convoquées.

Au tournant de l'été, rasé de près, Justin Trudeau affichait pourtant sourire et décontraction pour expliquer sa décision de provoquer des élections anticipées, estimant que son pays était à un "moment historique" en raison de la pandémie et qu'il fallait "donner la parole" aux Canadiens.


Très rapidement, les conservateurs dont le leader Erin O'Toole était pourtant largement inconnu du grand public, ont grappillé l'avance donnée aux libéraux dans les intentions de vote.

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"Ce n'est plus le Trudeau qui présentait le renouveau en 2015, et encore, la pandémie l'a aidé, il doit à la pandémie d'avoir encore cette popularité", estime Geneviève Tellier, professeure de sciences politiques à Ottawa.


"C'est plus grave qu'une simple usure due au pouvoir, c'est carrément de la déception. Il avait tant promis...", ajoute-t-elle.

Les prochaines étapes après les élections législatives

Le parti de Justin Trudeau a remporté les élections législatives de lundi au Canada, mais les libéraux demeurent minoritaires à la Chambre des communes et devront donc trouver des alliés pour gouverner.


Voici les prochaines étapes de son troisième mandat.

Rechercher des soutiens

Son parti ayant remporté plus de sièges que les conservateurs d'Erin O'Toole, M. Trudeau n'a pas besoin de démissionner et demeure Premier ministre. Mais comme il n'a pas obtenu de majorité absolue, sa première tâche sera de trouver des soutiens, comme il l'a fait suite à sa réélection en 2019.


Les coalitions ne faisant pas partie de la culture politique canadienne, il peut négocier le soutien d'une ou de plusieurs formations pour pouvoir gouverner et éviter d'être renversé par une motion de censure.


Le Canada étant dirigé par le gouvernement minoritaire de M. Trudeau depuis l'automne 2019, le résultat de ce scrutin ne change donc "pas grand-chose" à sa gouvernance, selon Daniel Béland, professeur de science politique à l'université McGill.


Depuis deux ans, les libéraux s'étaient notamment appuyés sur le soutien ponctuel du Nouveau Parti Démocratique (NPD, gauche), qui a obtenu 26 sièges au parlement, pour atteindre le chiffre fatidique de 170 sièges, seuil de la majorité absolue à la Chambre des communes, qui en compte 338.

Former un gouvernement

M. Trudeau oeuvrera ensuite, dans les prochaines semaines, à la formation de son nouveau gouvernement.


Le Premier ministre travaillera parallèlement au "discours du trône" qui présentera le programme de son troisième mandat. Ce programme sera lu devant le parlement par la gouverneure générale Mary Simon, représentante de la reine Elizabeth II, chef d'Etat en titre du Canada.


Le "discours du trône" fera l'objet d'un vote de confiance dans la nouvelle chambre et constituera le premier test grandeur nature pour le Premier ministre. Une défaite entraînerait sa chute et la Gouverneure générale demanderait alors au chef de l'opposition de former un gouvernement.


Comme il est minoritaire, M. Trudeau demeurera à la merci d'un éventuel vote de défiance dans les mois à venir s'il perd ses appuis. Il devrait cependant bénéficier du fait que les autres formations ne voudront pas repartir en campagne électorale dans les prochaines semaines ou les prochains mois.


Historiquement, la durée de vie d'un gouvernement minoritaire au Canada est de 18 à 24 mois.


Justin Trudeau, dans l'espoir d'obtenir une majorité au parlement, avait déclenché des élections législatives moins de deux ans après la réélection de son parti en 2019.

Même sur des thèmes comme "les changements climatiques ou la réconciliation avec les peuples autochtones" Justin Trudeau "n'a pas été le réformateur que beaucoup espéraient", renchérit Maxwell Cameron, de l'Université de la Colombie-Britannique.


Et finalement, pendant cette campagne en pleine pandémie, ce ne sont pas les images de bains de foule, qu'il affectionne tant, que les électeurs ont pu voir en boucle sur les télévisions, mais celles des manifestants qui lui hurlent insultes et menaces ou lui jettent des pierres.

«Spectateur plutôt qu'acteur»
Même lors des débats, Justin Trudeau n'a pas réussi à briller, subissant les tirs nourris de ses rivaux qui ont dénoncé sans relâche ses calculs politiques - surtout sa décision de déclencher des élections en pleine pandémie alors que le parlement fonctionnait - et son inaction en matière d'environnement ou de politique étrangère. 


"Le Canada était un pays avec une forte personnalité sur le plan international, mais avec Trudeau on est plutôt dans le siège de spectateur que de l'acteur", estime Jocelyn Coulon, chercheur en relations internationales et ex-conseiller de Justin Trudeau.


A son arrivée en 2015, le monde entier observe pourtant avec intérêt, voire admiration, les premiers pas au pouvoir de ce dirigeant multilatéraliste qui proclame que "le Canada est de retour" sur la scène internationale. 


Né le 25 décembre 1971, Justin Trudeau, qui est le fils aîné du charismatique Pierre Elliott Trudeau, ex-Premier ministre mort en 2000, a étudié la littérature anglaise et les sciences de l'éducation, avant de chercher sa voie: boxeur amateur, moniteur de snowboard, professeur d'anglais et de français...


Il se lance finalement sur les traces de son père et entre en politique en 2007, se fait élire député de Montréal en 2008 puis chef d'un parti libéral en lambeaux en 2013. 


Premier ministre, il fera du Canada le deuxième pays au monde à légaliser le cannabis, instaurera l'aide médicale à mourir, une taxe carbone, permettra l'accueil de dizaines de milliers de réfugiés syriens et signera une version modernisée de l'accord de libre-échange nord-américain (Aléna).


Mais son mandat est terni par une série de scandales qui vont brouiller son image. Fin 2017, ce père de trois enfants marié à Sophie Grégoire, ex-présentatrice de télévision, est montré du doigt par la Commissaire à l'éthique pour être allé à deux reprises aux frais de son hôte sur l'île privée de l'Aga Khan aux Bahamas.


Un rapport officiel l'accuse en 2019 de conflit d'intérêts pour avoir fait pression sur sa ministre de la Justice afin qu'elle intervienne dans une procédure judiciaire contre une société québécoise, SNC-Lavalin, poursuivie pour corruption. 


A quelques semaines de son cinquantième anniversaire, avec cette élection "la légitimité de Justin Trudeau risque d'être contestée au sein de son parti puisqu'il a raté son pari. Cela sera certainement son dernier mandat", commente Félix Mathieu de l'université de Winnipeg.


"Reste à voir en plus combien de temps il va tenir avec un gouvernement minoritaire" dont la durée de vie est en principe autour de 18 à 24 mois.

Au Canada, une demi-victoire pour Trudeau, réélu mais toujours minoritaire

Les libéraux de Justin Trudeau ont remporté les législatives canadiennes, une demi-victoire toutefois pour le Premier ministre sortant qui n'est pas parvenu à redevenir majoritaire à l'issue d'une campagne durant laquelle il a été malmené.

D'après les résultats préliminaires publiés mardi par Elections Canada, qui organise le scrutin, le parti libéral obtiendrait 158 sièges, sous le seuil fatidique des 170 sièges pour constituer une majorité. Justin Trudeau sera donc contraint de former un gouvernement minoritaire, comme en 2019.

Or c'est précisément pour sortir de cette situation qu'il avait déclenché des élections anticipées à la mi-août. 

"Les Canadiens nous renvoient au pouvoir avec un mandat clair pour parvenir à sortir de cette pandémie et aller vers un avenir meilleur", s'est toutefois félicité Justin Trudeau, affirmant qu'il était "prêt" pour ce nouveau mandat et heureux que les Canadiens aient choisi un "programme progressiste".

Après des débuts plutôt favorables et des sondages encourageants, Justin Trudeau a connu une campagne particulièrement compliquée, qui a failli tourner au désaveu personnel. L'usure du pouvoir s'est fait sentir et la "Trudeaumanie" de 2015 semblait bien loin...

Et sur le terrain, il a dû faire face à chaque déplacement à une foule de manifestants en colère contre les mesures sanitaires. L'un d'entre eux lui a même lancé des graviers. 

Jusqu'au bout, l'issue du scrutin semblait incertaine: les intentions de vote donnaient encore à quelques heures du scrutin les deux grands partis au coude-à-coude, autour de 31% d'intentions de vote.

Lors des derniers jours de campagne, Justin Trudeau a appelé au vote stratégique, expliquant qu'une victoire des conservateurs serait synonyme de retour en arrière, notamment sur la question climatique.

"Ce soir, les Canadiens n'ont pas donné à M. Trudeau le mandat majoritaire qu'il voulait", a souligné le chef des conservateurs Erin O'Toole lundi soir, regrettant que cette élection ait encore "aggravé les divisions" dans le pays.

M. O'Toole, dont le parti vient de remporter 122 sièges, soit trois de plus qu'avant la dissolution du parlement, a fait une campagne résolument au centre et promis aux Canadiens d'incarner le renouveau.

Gestion de la pandémie

La réorganisation des bureaux de vote liée à la pandémie a provoqué exceptionnellement une longue attente en fin de journée pour les électeurs des grandes villes.

Liliane Laverdière, Montréalaise de 67 ans, a tenté quatre fois d'aller voter et a expliqué avoir été surprise par l'affluence. "D'après moi, les gens veulent du changement", a-t-elle déclaré, ajoutant "n'avoir jamais vu ça" en dix ans.

Mais d'autres électeurs affirmaient au contraire s'être déplacés pour remercier le Premier ministre sortant de sa gestion de la crise sanitaire - le pays affiche l'un des taux de vaccination les plus élevés au monde.

"Pour moi, la gestion de la pandémie est l'enjeu le plus important de cette élection. Et je pense que le Premier ministre l'a bien gérée", estime Kai Anderson, 25 ans, électrice à Ottawa, la capitale fédérale.

Même sentiment pour Liz Maier, 72 ans, qui habite de l'autre côté du pays sur la côte pacifique à Vancouver et qui souhaite de "la constance" au pouvoir, particulièrement avec la pandémie.

«Une campagne pour rien»

"Au final on peut vraiment se dire que c'est une campagne pour rien", souligne auprès de l'AFP Félix Mathieu de l'université de Winnipeg, qui note que dans beaucoup de provinces, "les sortants ont été systématiquement réélus". 

Les quelque 27 millions de Canadiens étaient appelés à élire les 338 députés que compte la Chambre des communes. Quand aucun des deux grands partis qui alternent au pouvoir depuis 1867 n'est en mesure d'obtenir une majorité de sièges au Parlement, le vainqueur doit composer un gouvernement minoritaire.

Et pour cela, il a besoin de composer avec les plus petits partis pour gouverner à Ottawa comme le Nouveau Parti Démocratique (NPD, gauche, 26 sièges) de Jagmeet Singh ou le Bloc québécois, formation indépendantiste (31 sièges).

Son chef Yves-François Blanchet s'est interrogé dans la soirée: "Tout ça pour ça? Pas de gagnant, pas de perdant, mais sûrement un jugement sévère des gens qui se diront +mais qu'est-ce que c'était que cette histoire?+".


Les Etats-Unis reprennent leurs bombardements sur l'Iran

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
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  • L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones"
  • Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques"

TEHERAN: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays.

L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes", a écrit le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques" lors d'une "tentative d'attaque surprise contre les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que tous ces missiles avaient été interceptés.

La Jordanie, qui héberge des forces américaines sur ses bases, a de son côté annoncé jeudi matin avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran, qui n'ont pas fait de victime.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", avait prévenu mercredi le président américain Donald Trump dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait-il insisté plus tard devant la presse à la Maison Blanche.

Les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans les provinces méridionales du Khuzestan et d'Hormozgan.

"Une attaque américaine contre une maison d'habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, a tué trois membres d'une même famille: le père, la mère et leur enfant de deux ans", a écrit l'agence Fars sur Telegram, en citant l'Université des sciences médicales d'Hormozgan, ajoutant que deux autres enfants âgés de sept et neuf ans, blessés, avaient été hospitalisés.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes (ce qu'ils ont démenti).

Riposte inévitable 

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

"Notre riposte contre l'ennemi américain est inévitable, et pourrait frapper ses instruments en Arabie saoudite", a soutenu mercredi dans un communiqué la Résistance islamique en Irak, une puissante alliance armée irakienne pro-Iran.

Téhéran a condamné les frappes chez son voisin.

Dans la capitale iranienne, des habitants expriment leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les rebelles yéménites houthis pro-iraniens à l'Arabie saoudite.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...). La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a déclaré à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision. "Les deux bâtiments ont fait demi-tour à grande vitesse", selon la même source.

Ces nouvelles violences ont fait brièvement monter les cours du pétrole, avant qu'ils ne repartent à la baisse jeudi matin. "On craint que la guerre soit en train de s'étendre", a commenté auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates. "Ce qui n'aiderait en rien à rétablir les flux pétroliers" dans la région.


Trump avertit qu'il va frapper «fort» l'Iran, après des attaques contre des bases américaines

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
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  • "Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News
  • La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran

TEHERAN: Donald Trump a averti que les Etats-Unis allaient frapper "fort" l'Iran après des tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit qui s'étend au Moyen-Orient.

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays.

Cette reprise des hostilités, suspendues depuis samedi, a ravivé les inquiétudes pour l'approvisionnement en or noir. Vers 12H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, s'échangeait à 87,99 dollars, en hausse de 4,64%.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, puissante force armée, ont revendiqué une attaque de missiles contre "une base aérienne et le centre de commandement central des Etats-Unis".

"Violation flagrante" 

Washington a de son côté annoncé des frappes en Irak contre des groupes armés pro-iraniens, menées conjointement avec l'Arabie saoudite, visée plus tôt par des missiles en provenance du territoire irakien.

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens -  et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

Cette coalition a dénoncé une "escalade dangereuse".

Si M. Trump a affirmé, selon le journaliste de Fox News, que les frappes étaient "coordonnées avec le gouvernement irakien", la présidence irakienne a dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté de l'Irak".

Le Conseil ministériel irakien pour la sécurité nationale a ensuite indiqué avoir adopté "un plan de sécurité global (...) pour faire face à toute violation de la souveraineté de l’Irak et empêcher toute entité d’utiliser le territoire irakien pour menacer les États voisins".

Les groupes pro-iraniens en Irak ont démenti être derrière les tirs ayant visé des installations pétrolières dans l'est de l'Arabie saoudite.

"Des avions de combat américains et saoudiens ont frappé plusieurs sites logistiques et d'armement terroristes dans l'est de l'Irak", a écrit le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Téhéran a également condamné les frappes dans le pays voisin. Sa télévision d'Etat a fait état dans l'après-midi de bombardements américains sur une ville à la frontière avec l'Irak.

A Téhéran, des habitants exhalent leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières échanges de frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, resté relativement calme depuis 2022, opposant les rebelles yéménites houthis à l'Arabie saoudite.

Ryad soutient militairement le gouvernement yéménite face aux Houthis, soutenus par l'Iran.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Guerre par procuration" 

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...) La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", déclare à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

Le gouvernement yéménite a accusé mercredi les Houthis de vouloir imposer des droits de passage aux navires transitant par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d'étranglement à son extrémité sud.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.

Les Gardiens iraniens ont d'ailleurs annoncé mercredi avoir frappé et arrêté trois pétroliers qui tentaient de franchir ce détroit, par lequel transitait avant la guerre quelque 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde.

Washington avait dit la semaine dernière vouloir "laisser de la place aux négociations" avec les Iraniens, avec une pause dans les hostilités.

Les nouvelles frappes mercredi sont intervenues au lendemain de la visite à Washington du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a rencontré Donald Trump pour la première fois depuis le début de la guerre régionale, déclenchée par des attaques de leurs pays contre l'Iran le 28 février.


Plus personne à la rue : un défi de taille pour le nouveau Premier ministre britannique

Des tentes alignées pour des personnes sans domicile sont photographiées dans une rue de Londres le 28 juillet 2026. (AFP)
Des tentes alignées pour des personnes sans domicile sont photographiées dans une rue de Londres le 28 juillet 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham promet d'en finir avec le sans-abrisme, malgré un bilan mitigé à Manchester et une hausse record des sans-abri en Angleterre
  • Les experts jugent que 340 M£ ne suffiront pas et réclament davantage de logements sociaux et d'investissements

LONDRES: En arrivant à Downing Street, Andy Burnham s'est engagé à ce que plus personne ne dorme dans la rue au Royaume-Uni. Une promesse ambitieuse que le nouveau Premier ministre avait déjà faite en tant que maire du Grand Manchester, avec un résultat mitigé.

Sur une petite place du centre de Londres, Kevin, 60 ans, vend "The Big Issue", un journal au profit des sans-abri.

"Ca me permet de tenir le coup", dit cet homme sans domicile fixe depuis sa sortie de prison en 2010.

Interrogé sur l'engagement du nouveau chef du gouvernement travailliste, qui a pris ses fonctions le 20 juillet, il se montre sceptique : "Je pense que ça ne veut rien dire: il vient de Manchester et n'a pas réussi à régler le problème là-bas".

Pour Kevin, qui dort sous une tente, les centres d'hébergement ne sont pas toujours préférables à la rue. "J'ai fréquenté trois foyers différents dans le centre de Londres et je n'y mettrais même pas mon chien. C'était dégoûtant. On voyait des seringues partout".

- Records -

En 2017, tout juste élu maire de l'agglomération de Manchester, Andy Burnham avait annoncé le programme "A Bed Every Night" ("Un lit chaque nuit"), qui a permis de faire passer le nombre des personnes dormant dans la rue de 268 cette année-là à 90 en 2021, selon les autorités locales. Mais ce chiffre est remonté à 197 en 2025.

Dans toute l'Angleterre, le nombre des gens à la rue a atteint en 2025 un record de 4.793, selon les chiffres du gouvernement. Et le groupe de réflexion Institute for Public Policy Research (IPPR) s'attend à voir ce chiffre augmenter de 25% d'ici à 2030.

Plus largement, 382.000 personnes n'avaient pas de domicile permanent en 2025 en Angleterre, selon l'association Shelter.

Les collectivités locales, compétentes pour s'occuper des sans-abri mais confrontées à des coupes budgétaires, peinent à lutter contre ce phénomène.

Des associations prennent le relais, telle "Hackney Night Shelter" qui offre gratuitement un lit à une vingtaine de personnes pendant deux semaines au maximum.

Les stores à lamelles grises des dortoirs rappellent le passé du bâtiment, qui abritait autrefois des bureaux, même si l'association a su aménager l'espace pour le rendre accueillant.

Mark Palframan, 61 ans, son directeur, salue l'objectif d'Andy Burnham. "C'est un objectif réaliste", estime-t-il, à condition d'y consacrer les ressources suffisantes.

- Travailleurs sans abri -

Situation préoccupante, beaucoup de personnes sans domicile fixe ont un emploi. Le refuge a en particulier hébergé des assistants d'éducation et des professionnels du cinéma.

"Autrefois, le travail permettait de sortir du sans-abrisme", souligne M. Palframan, pour qui il serait utile de s'attaquer au coût de la vie, d'améliorer les droits des locataires et d'accélérer les procédures d'asile.

Eddie, un Lituanien de 46 ans, a travaillé pendant la moitié des 20 années qu'il a passées au Royaume-Uni.

Portant un treillis militaire, il se prépare à passer une nouvelle nuit dehors dans le quartier branché d'Hackney, à Londres.

"Je travaillais pour une entreprise de déménagement. Quand elle a arrêté de me payer, (...) je n'ai plus pu payer mon loyer, alors j'ai vécu dans le camion que j'utilisais pour le travail", explique-t-il.

Bénéficiaire d'allocations pour handicap, Eddie a aussi vécu dans un squat qui a été fermé après l'interdiction en 2012 des occupations illégales d'immeubles résidentiels abandonnés.

- Bâtiments vides -

"Il y a des bâtiments vides, pourquoi ne pas laisser les gens y vivre ?", interroge-t-il.

L'association londonienne Street Storage, quant à elle, met des espaces de stockage à la disposition des sans-abri.

Il y avait un chef cuisinier qui "rangeait ici sa tenue et ses couteaux de cuisine, dormait dehors pendant la journée, venait les récupérer le soir, travaillait de nuit, les rapportait le matin", raconte sa dirigeante, Rachel Woolf.

Andy Burnham s'est engagé à consacrer 340 millions de livres (près de 400 millions d'euros) pour mettre fin au sans-abrisme "au plus vite".

Cette somme ne suffira pas "à régler le problème", commente Maya Singer Hobbs, chercheuse à l'IPPR, qui insiste sur la nécessité de construire plus de logements sociaux.

Ce qui requiert un "investissement initial" important mais permettrait de "réaliser des économies" sur le long terme, souligne-t-elle. Le coût s'élèverait toutefois à plusieurs "milliards" et il ne faut donc pas s'attendre à des annonces avant que le gouvernement ne présente son budget plus tard dans l'année.