L'un des grands alliés de Biden demande la fin des expulsions «ignobles» d'Haïtiens

Le chef de la majorité au Sénat Chuck Schumer. (Photo, AFP)
Le chef de la majorité au Sénat Chuck Schumer. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 22 septembre 2021

L'un des grands alliés de Biden demande la fin des expulsions «ignobles» d'Haïtiens

  • Les assurances de Joe Biden et de son ministre n'ont pas convaincu les républicains qui, depuis des mois, reprochent au démocrate d'avoir assoupli les politiques migratoires de son prédécesseur
  • «Toute personne impartiale dirait que les politiques Biden concernant la frontière et l'immigration ne sont rien de moins qu'un désastre colossal»

WASHINGTON : Dans une rare critique, le chef démocrate du Sénat Chuck Schumer a exhorté mardi Joe Biden à mettre fin immédiatement aux expulsions "ignobles" de migrants haïtiens, renvoyés vers un pays instable et gangréné par la violence.

L'administration du président démocrate peine à gérer un afflux soudain et massif de milliers de migrants haïtiens, qui se sont massés sous un pont la semaine dernière dans la petite ville frontalière Del Rio, au Texas.

Ce week-end, son gouvernement a commencé à les renvoyer par avion dans leur pays. "Une telle décision va à l'encontre du sens commun" et de "la décence", s'est insurgé Chuck Schumer dans l'hémicycle.

Ce "pays ne peut pas les recevoir", a-t-il ajouté. Aux troubles politiques et à l'insécurité à Haïti, s'est ajouté en août un séisme meurtrier qui a ravagé le sud-ouest de l'île, tuant plus de 2 200 habitants. 

Plus largement, Chuck Schumer, un des principaux alliés de Joe Biden, lui a demandé de revenir sur les règles sanitaires adoptées au début de la pandémie par son prédécesseur Donald Trump, pour autoriser le refoulement immédiat de migrants. "Nous ne pouvons pas poursuivre ces politiques ignobles et xénophobes venant de Trump, qui ignorent nos lois sur les réfugiés", a-t-il lancé.

Les Nations unies ont également fait part de leur "profonde inquiétude" face à ces expulsions qui ne laissent pas le temps d'examiner les dossiers des Haïtiens. "Il y a d'autres moyens de gérer la santé publique (...) et en même temps de garantir le droit à demander l'asile", a déclaré Shabia Mantoo, porte-parole de l'agence pour les réfugiés (HCR).

«Horribles»

Le malaise a été accentué par des photos montrant des gardes-frontières à cheval en train de repousser ces migrants, tout en faisant tournoyer leurs rênes de manière menaçante.

"Ces images vous donnent la nausée. Il faut que cela cesse, ce type de violence", a encore déclaré Chuck Schumer.

La vice-présidente Kamala Harris a jugé ces images "horribles" et affirmé devant des journalistes qu'elle soutenait les investigations ouvertes lundi pour faire la lumière sur les faits. "Des êtres humains ne devraient jamais être traités d'une telle façon, cela me préoccupe profondément", a-t-elle ajouté.

Silencieux depuis le début de la crise, Joe Biden, interpellé en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, s'est borné à promettre: "nous allons reprendre le contrôle" de la situation, sans donner plus de détails.

Sur la même ligne, son ministre de la Sécurité intérieure Alejandro Mayorkas a assuré mardi, lors d'une audition au Sénat, "avoir un plan et le mettre en oeuvre" pour dissoudre le camp de fortune de Del Rio. "Nous avons augmenté le nombre de vols d'expulsion vers Haïti et d'autres pays tiers", a-t-il encore dit. 

Plusieurs milliers de personnes ont déjà été transférées dans des centres de rétention ou expulsées hors des Etats-Unis et il reste moins de 10.000 migrants sur place, contre un pic à 15 000 la semaine dernière, a précisé M. Mayorkas. 

«Catastrophe»

Les assurances de Joe Biden et de son ministre n'ont pas convaincu les républicains qui, depuis des mois, reprochent au démocrate d'avoir assoupli les politiques migratoires de son prédécesseur. 

"Quand vous avez une administration qui renonce à toute ambition de sécuriser la frontière (...), vous terminez avec un afflux de personnes qui traversent" le Rio Grande, a commenté le gouverneur du Texas Greg Abbott lors d'une conférence de presse à Del Rio.

Pour lui, Joe Biden est responsable d'une "catastrophe humaine de proportion épique".

"10 000 personnes vivent dans des conditions effroyables à cause de vos politiques", a pour sa part tonné le sénateur Josh Hawley lors d'un échange vif avec Alejandro Mayorkas, en citant la suspension, cet été, des expulsions d'Haïtiens déjà installés aux Etats-Unis.

Même si la mesure ne concerne pas les nouveaux arrivants, elle semble avoir contribué à l'afflux soudain à la frontière de migrants haïtiens, dont une partie vivaient en Amérique latine depuis le grand tremblement de terre de 2010 (plus de 200 000 morts).

Ces arrivées s'ajoutent à des flux inédits depuis l'entrée de Joe Biden à la Maison Blanche, avec plus d'1,3 million de migrants interpellés à la frontière avec le Mexique.

Citant ces chiffres, le sénateur républicain Mitt Romney, un modéré, n'a pas non plus mâché ses mots: "Toute personne impartiale dirait que les politiques Biden concernant la frontière et l'immigration ne sont rien de moins qu'un désastre colossal." 


«Continuez à manifester», «l'aide est en route», lance Donald Trump aux Iraniens

Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran.  Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté. (AFP)
Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran. Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté. (AFP)
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  • La Maison Blanche avait affirmé lundi que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait "la première option"
  • Donald Trump a par ailleurs annoncé des sanctions contre les partenaires commerciaux de l'Iran - des droits de douane de 25% prenant effet "immédiatement

PARIS: Donald Trump a encouragé mardi les manifestants en Iran à renverser les institutions et a promis que "l'aide" arrivait, Téhéran dénonçant de son côté des "troubles orchestrés" pour servir de prétexte à une intervention militaire américaine.

"CONTINUEZ A MANIFESTER - PRENEZ LE CONTROLE DE VOS INSTITUTIONS!!!", a écrit le président américain sur son réseau Truth social, soulignant que "beaucoup d'aide est en route".

Le président américain a menacé plusieurs fois d'intervenir militairement depuis le début le 28 décembre du mouvement, l'un des plus vastes depuis la proclamation de la République islamique en 1979.

La mission iranienne à l'ONU a accusé mardi les Etats-Unis de chercher à renverser le régime par la force, "des troubles orchestrés et le chaos servant de modus operandi pour fabriquer un prétexte à une intervention militaire".

Fils de l'ancien chah d'Iran chassé du pouvoir en 1979 et figure de l'opposition iranienne en exil aux Etats-Unis, Reza Pahlavi a assuré mardi aux manifestants que "le monde n'a pas seulement vu et entendu votre voix et votre courage, maintenant il répond".

La répression a fait au moins 734 morts selon l'ONG Iran Human Rights (IHR) basée en Norvège, qui estime toutefois que le nombre réel de morts pourrait s'élever à plusieurs milliers.

Des rapports crédibles font état "de tueries à grande échelle menées par les forces de sécurité à travers le pays", affirme également l'ONG Human Rights Watch.

De nouvelles vidéos, authentifiées par l'AFP, sont apparues sur les réseaux sociaux montrant des dizaines de corps alignés dans une mosquée au sud de la capitale iranienne.

"Tirs au hasard" 

Les condamnations internationales ont afflué mardi: l'ONU s'est dit "horrifiée" et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dénoncé un bilan "effroyable" et dit plancher sur de nouvelles sanctions contre Téhéran.

L'UE et des capitales européennes ont convoqué les ambassadeurs iraniens pour dénoncer la "répression la plus brutale et la plus sanglante contre des manifestations" depuis des années, selon Londres.

La Maison Blanche avait affirmé lundi que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait "la première option".

Donald Trump a par ailleurs annoncé des sanctions contre les partenaires commerciaux de l'Iran - des droits de douane de 25% prenant effet "immédiatement".

L'Iran reste privé d'internet depuis le 8 janvier. Des défenseurs des droits humains accusent Téhéran de chercher ainsi à masquer la répression.

L'IHR évoque 10.000 arrestations.

"La violence augmente, les arrestations aussi. Les oppresseurs tirent au hasard", relate Kian Tahsildari à Istanbul, relayant le témoignage d'amis à Mashad (nord-est de l'Iran).

Téhéran "prêt à toute éventualité" 

Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran.

Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté.

Les médias d'Etat diffusent en boucle des images des dégâts et rendent hommage aux membres des forces de sécurité tués.

Les autorités iraniennes ont annoncé la tenue mercredi d'une cérémonie funéraire géante à Téhéran en l'honneur des "martyrs" des derniers jours, en référence essentiellement à ceux-ci.

Depuis le début du mouvement, initialement lié au coût de la vie, le pouvoir dit comprendre les revendications portant sur des questions économiques mais accuse des "émeutiers" pilotés par l'étranger d'être à l'origine des violences.

Mardi, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a affirmé sur Al Jazeera que la décision de couper l'internet avait été prise en raison "d'opérations terroristes" dont "les ordres venaient de l'étranger".

"Nous sommes préparés pour toute éventualité et nous espérons que Washington fera un choix guidé par la sagesse. Peu importe quelle option ils choisiront, nous y sommes prêts", a-t-il ajouté.

Agé de 86 ans, l'ayatollah Khamenei a déjà été confronté à d'importants défis, notamment durant la guerre de 12 jours avec Israël en juin 2025, déclenchée par une attaque massive contre les installations militaires et nucléaires iraniennes.

Mais ces manifestations "représentent sans doute le défi le plus sérieux" pour le guide suprême "depuis des années, tant par leur ampleur que par leurs revendications politiques de plus en plus explicites", relève Nicole Grajewski, professeure au Centre de recherches internationales de Sciences Po.

Des analystes jugent cependant prématuré de prédire dans l'immédiat la chute du pouvoir théocratique iranien, soulignant que la République islamique dispose de solides leviers répressifs, à commencer par le Corps des Gardiens de la Révolution.


Des frappes en Iran sont toujours une option pour Trump, selon la Maison Blanche

Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte. (AFP)
Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte. (AFP)
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  • La répression des manifestations en Iran a fait plus de 600 morts depuis le début de la contestation selon une ONG
  • "Une chose dans laquelle le président Trump excelle est de garder toutes les options sur la table. Et les frappes aériennes sont l'une des très nombreuses options qui s'offrent au commandant en chef"

WASHNIGTON: Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte.

La répression des manifestations en Iran a fait plus de 600 morts depuis le début de la contestation selon une ONG, la République islamique faisant face à l'un de ses plus importants mouvements de contestation depuis sa proclamation en 1979.

"Une chose dans laquelle le président Trump excelle est de garder toutes les options sur la table. Et les frappes aériennes sont l'une des très nombreuses options qui s'offrent au commandant en chef", a affirmé à la presse la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt.

Toutefois, elle a assuré que "la diplomatie (était) toujours la première option pour le président".

Selon elle, une voie diplomatique reste ouverte avec l'Iran, le pouvoir adoptant un "ton très différent" lors de discussions privées avec l'émissaire américain, Steve Witkoff.

"Ce que vous entendez de la part du régime iranien est très différent des messages que l'administration (américaine) reçoit en privé, et je pense que le président veut examiner ces messages", a-t-elle ajouté.

Donald Trump "ne souhaite pas voir des gens se faire tuer dans les rues de Téhéran, et malheureusement, c'est ce à quoi nous assistons actuellement", a également assuré Karoline Leavitt.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a lui déclaré lundi qu'un canal de communication était "ouvert" entre l'Iran et Steve Witkoff, malgré l'absence de relations diplomatiques entre les deux pays ennemis.

Le pouvoir cherche à présent à reprendre la main en faisant descendre dans les rues des milliers de ses partisans, après avoir imposé une coupure totale d'internet depuis le 8 janvier.

Le président américain avait annoncé dimanche qu'une réunion avec des responsables iraniens était "en cours de préparation", sans toutefois écarter l'option militaire. "Nous pourrions devoir agir avant une rencontre", avait-il avancé, en ajoutant que l'armée américaine étudiait des "options très fortes".

 


Partez maintenant! le message des États-Unis à leurs ressortissants en Iran

Cette image, prise le 6 janvier 2026 à partir d'images UGC publiées le même jour sur les réseaux sociaux, montre les forces de sécurité iraniennes utilisant des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants au bazar de Téhéran. (Fichier/AFP)
Cette image, prise le 6 janvier 2026 à partir d'images UGC publiées le même jour sur les réseaux sociaux, montre les forces de sécurité iraniennes utilisant des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants au bazar de Téhéran. (Fichier/AFP)
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  • L'Iran ne reconnaissant pas la double nationalité et traitant les citoyens américains et iraniens ayant une double nationalité uniquement comme des ressortissants iraniens, le fait de montrer des liens avec les États-Unis pourrait conduire à la détention
  • Il a été conseillé aux citoyens américains de quitter le pays par voie terrestre, notamment via l'Arménie ou la Turquie, s'ils peuvent le faire en toute sécurité

DUBAI: L'aide à l'alerte qui montre des liens avec les États-Unis peut conduire à la détention.
Les États-Unis ont demandé à leurs ressortissants en Iran de quitter le pays immédiatement, dans un contexte d'escalade des troubles.

"Quittez l'Iran maintenant", a déclaré l'ambassade virtuelle de Téhéran, gérée par le département d'État, dans une alerte de sécurité diffusée lundi, invitant les Américains à planifier leur départ sans l'aide du gouvernement américain.

L'alerte fait état d'une escalade des manifestations, d'un risque de violence, d'arrestations, de perturbations de l'Internet et d'un renforcement des mesures de sécurité.

L'Iran ne reconnaissant pas la double nationalité et traitant les citoyens américains et iraniens ayant une double nationalité uniquement comme des ressortissants iraniens, le fait de montrer des liens avec les États-Unis pourrait conduire à la détention.

Il a été conseillé aux citoyens américains de quitter le pays par voie terrestre, notamment via l'Arménie ou la Turquie, s'ils peuvent le faire en toute sécurité. Ceux qui ne sont pas en mesure de partir ont été invités à rester dans des lieux sûrs, à éviter les manifestations, à faire profil bas et à s'assurer un accès à la nourriture, à l'eau et aux médicaments.

Les États-Unis n'ont pas de relations diplomatiques ou consulaires avec l'Iran. L'ambassade de Suisse à Téhéran joue le rôle de puissance protectrice des États-Unis en cas d'urgence.