Des milliers de migrants arrêtés par les autorités libyennes et détenus dans des «conditions inhumaines»

Des migrants regardant à travers les barreaux d’une porte dans un centre de détention à Gharyan, en Libye, le 12 octobre 2017. (Reuters)
Des migrants regardant à travers les barreaux d’une porte dans un centre de détention à Gharyan, en Libye, le 12 octobre 2017. (Reuters)
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Publié le Vendredi 08 octobre 2021

Des milliers de migrants arrêtés par les autorités libyennes et détenus dans des «conditions inhumaines»

  • Une vague d'arrestations en Libye a visé des migrants qui voulaient se rendre en Europe
  • Les garde-côtes libyens financés par l'UE ont arrêté depuis 2017 plus de 81 000 personnes, dont une grande partie affirme avoir subi des violences physiques

LONDRES: Plus de 5 000 personnes ont été arrêtées par les autorités libyennes la semaine dernière, dans le cadre d'une répression massive menée contre les migrants et les réfugiés résidant en Libye. Certains détenus auraient été soumis à de graves sévices physiques et sexuels.

Un grand nombre des personnes récemment arrêtées ont d'abord été détenues par les garde-côtes libyens financés par l'UE, puis transportées dans des centres de détention pour migrants, où elles ont vécu dans des «conditions inhumaines», avant d'être relâchées sur le sol libyen.

Les autorités libyennes ont déclaré que ces milliers d’arrestations à travers le continent africain étaient liées à l'immigration illégale et au trafic de drogue, bien que les personnes fuient les violences et les persécutions dans leurs pays.

L'Union européenne (UE) collabore depuis longtemps avec les États d'Afrique du Nord, notamment la Libye et le Maroc, pour empêcher les migrants d'atteindre l'Europe. Cette forme de coopération élimine la nécessité pour l’UE de traiter le problème en Europe, où les lois et les procédures de demande d’asile sont plus rigoureuses, avec des implications politiques de l'immigration massive souvent négatives.

Depuis 2017, plus de 81 000 migrants ont été interceptés en mer et renvoyés en Libye par les garde-côtes du pays, qui sont formés et équipés par l'UE. Ces derniers ont également reçu une aide du Royaume-Uni. L'association médicale Médecins sans frontières (MSF) a déclaré que le nombre de personnes dans les centres de détention de la capitale libyenne, Tripoli, a plus que triplé depuis lundi.

«Au cours de perquisitions dans leurs maisons, un grand nombre des personnes arrêtées auraient été soumises à de graves violences physiques, et notamment sexuelles», a déclaré l'association dans un communiqué. Un jeune migrant a été tué et au moins cinq autres ont été blessés par balles, selon l'ONU.

«Nous constatons que les forces de sécurité prennent des mesures extrêmes pour détenir arbitrairement des personnes vulnérables dans des conditions inhumaines, et dans des centres surpeuplés», a déclaré Ellen van der Velden, responsable des opérations de MSF en Libye. «Des familles entières de migrants et de réfugiés vivant à Tripoli ont été arrêtées, menottées et transportées dans divers centres de détention. Au cours de ces actions, des personnes ont été blessées et même tuées, des familles ont été séparées et leurs maisons réduites à des tas de décombres.»

Dans un centre de détention, selon MSF, plus de 550 femmes, dont certaines enceintes, des enfants et des nouveau-nés, ont été entassés dans des cellules. Environ 120 détenus partageaient une seule toilette.

Les hommes ont été contraints de rester debout en raison de la surpopulation, et des centaines de personnes ont également été détenues à l'extérieur sans abri ni ombre. Plusieurs personnes ont eu besoin de soins médicaux urgents.

Un homme érythréen qui a échappé à l'arrestation a affirmé qu'il avait pris contact avec des amis qui avaient été détenus. «Il n'y a pas d'eau, pas de nourriture, aucun support pour dormir», a-t-il assuré. «Certaines personnes ont tenté de s'échapper, mais se sont fait attraper et ont été battues et blessées. D'autres ont payé pour être libérées mais, malheureusement, elles ont été reprises dans les rues et remises en prison.

«Plus de 90% des migrants sont arrêtés», a-t-il ajouté. «C'est comme si nous jouions à cache-cache avec la police, ou avec d'autres forces en présence.»

Lundi, le rapport d'une mission d'enquête indépendante commandée par le Conseil des droits humains de l'ONU dévoilait que les «meurtres, la réduction en esclavage, les tortures, l’emprisonnement, les viols, les persécutions et autres actes inhumains commis contre des migrants constituaient une attaque systématique et généralisée dirigée contre cette population, au service d'une politique d’État» pouvant constituer des crimes contre l'humanité.

«Tous les migrants – hommes et femmes, garçons et filles – sont maintenus dans des conditions extrêmes, et certains en meurent.  Des enfants sont détenus avec des adultes, ce qui les expose à un risque élevé d'abus. La torture (comme les décharges électriques) et la violence sexuelle (notamment le viol et la prostitution forcée) sont monnaie courante», affirme le rapport.

La Libye est devenue une plaque tournante pour les migrants et les réfugiés d'Afrique qui veulent se rendre en Europe depuis que le pays a sombré dans les conflits après la fin du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Le trafic d'êtres humains et d'autres activités du marché noir se sont rapidement développés depuis que l'autorité centrale s'est effondrée et que l'État a été démantelé au profit de milices en compétition pour l'argent et le pouvoir.

Une paix fragile convenue en 2020 entre les principales forces combattantes du pays est actuellement en place, mais l'ONU a averti que la violence pourrait encore éclater avant les élections nationales prévues en décembre.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.


Accord-cadre entre Liban et Israël, qui laisse deux "zones pilotes" à l'armée libanaise

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
  • Israël, le Liban et les États-Unis ont signé un accord-cadre pour avancer vers une paix durable, incluant le désarmement progressif du Hezbollah
  • Israël maintiendra ses troupes dans le sud du Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah, tandis que Washington promet un soutien humanitaire et sécuritaire

WASHINGTON: Israël, le Liban et les Etats-Unis ont signé vendredi à Washington un accord-cadre visant à trouver "une paix durable" entre les deux pays du Proche-Orient, Israël assurant que son armée resterait au Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah pro-iranien.

"Nous sommes heureux d'annoncer un accord-cadre entre le gouvernement souverain du Liban et le gouvernement d'Israël, avec la médiation et le soutien des Etats-Unis", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio avant la signature.

Ce texte pose la première pierre d'"un cadre pour une paix et une sécurité durables", a-t-il estimé.

Il s'agit d'un "premier pas" vers la restauration de la souveraineté du Liban, sans "occupation", "subordination", ni "tutelle", a déclaré de son côté le président libanais Joseph Aoun.

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a lui estimé que le texte faisait courir un risque de "guerre civile" en cas d'application par les autorités libanaises.

L'un des points clés est le "désarmement vérifié des groupes armés non étatiques et du démantèlement des infrastructures qui leur sont associées", dont le Hezbollah pro-Téhéran qui s'est toujours opposé aux négociations.

Après l'annonce de l'accord, des partisans du mouvement ont manifesté dans les rues de Beyrouth, notamment dans les quartiers proches du Parlement et le long d'une route menant à l'aéroport, et ont bloqué au moins une route avec des pneus enflammés, selon l'ANI, une agence officielle.

Un correspondant de l'AFP a également vu des postes de contrôle temporaires de l'armée libanaise être mis en place dans plusieurs rues.

- "Zones pilotes" -

Le Liban et Israël avaient entamé mi-avril des discussions directes à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Cette session de pourparlers était la cinquième.

L'accord-cadre prévoit notamment de confier progressivement à l'armée libanaise le contrôle de deux "zones pilotes", qui ont vocation à se multiplier jusqu'à ce que les forces étatiques aient la main sur tous les secteurs concernés, devant y permettre à terme le retour des civils.

L'une des deux premières zones est située au sud et l'autre au nord du fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël.

Le retrait israélien devrait être limité puisque Benjamin Netanyahu a répété que son armée resterait dans le sud du Liban jusqu'à ce que le Hezbollah "soit désarmé".

La disparition de cette menace" éliminera toute nécessité future d'une intervention militaire ou d'une présence des Forces de défense d'Israël au Liban", et "le gouvernement israélien déclare n'avoir aucune ambition territoriale au Liban", dispose ainsi l'accord.

- "Début du début" -

A Washington, Marco Rubio a décrit le texte comme "le début du début". Il a annoncé dans un communiqué une "aide humanitaire immédiate de 100 millions de dollars, en coordination avec les Nations unies", ainsi qu'un versement de "plus de 30 millions de dollars" aux Forces armées libanaises "en faveur d'une paix durable au Liban".

Le chef de l'aide humanitaire à l'ONU, Tom Fletcher, a ainsi plaidé pour un accès "sûr, continu et libre" des organisations aux personnes dans le besoin, un déminage et la réparation prioritaire des infrastructures essentielles.

Selon l'accord-cadre, les Etats-Unis soutiendront plus généralement le gouvernement libanais pour la reconstruction du pays, la relance économique et les "perspectives de prospérité". De son côté, Beyrouth s'engage à s'assurer que les fonds n'atterrissent pas entre les mains de groupes armés et d'entités liées.

Les hostilités sur le front libanais ont repris début mars après des tirs du Hezbollah pro-iranien vers Israël, déclenchés en soutien à Téhéran visé par une offensive militaire israélo-américaine.

L'armée israélienne a mené de vastes frappes aériennes au Liban et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon les autorités libanaises. Elle occupe une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur à partir de sa frontière, censée protéger les habitants du nord d'Israël.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.


Le président libanais salue les efforts de Paris et Rome pour former une coalition succédant à la Finul

Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
  • Le Liban soutient le projet franco-italien de coalition multinationale pour remplacer la Finul après 2026 et renforcer sa souveraineté
  • Les tensions persistent dans le sud malgré une accalmie, tandis que l'ONU défend le maintien d'une présence internationale

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a salué vendredi les efforts de la France et de l'Italie pour former une coalition multinationale appelée à succéder à la force de maintien de la paix de l'ONU dans son pays, dont le mandat expire fin 2026.

Sous pression américaine, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé en août dernier de fixer à décembre la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Rome et Paris, importants contributeurs à cette mission, veulent préparer un relais.

Dans un communiqué, M. Aoun a qualifié cette initiative d'"expression sincère de l'engagement international en faveur du soutien à la souveraineté et à la stabilité du Liban, et une reconnaissance réelle du rôle joué par l'(armée libanaise) dans le maintien de la sécurité et l'extension de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble de son territoire", en particulier dans le sud du pays, actuellement occupé en partie par l'armée israélienne.

Le Liban, a-t-il ajouté, est disposé à adopter "toute formule internationale qui renforce les capacités de ses forces armées et préserve son intégrité territoriale".

Le président français Emmanuel Macron et la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, ont annoncé jeudi vouloir mettre en place une "coalition" multinationale sous leur direction, pour renforcer la "souveraineté au Liban" et empêcher que le pays ne devienne "une base pour une escalade régionale".

La Finul compte actuellement 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays.

Ils sont déployés dans le sud du Liban, le long de la Ligne bleue qui s'étend sur 120 kilomètres, traçant une frontière de facto entre le Liban et Israël.

Depuis le 2 mars, le conflit entre Israël et le mouvement islamiste pro-iranien Hezbollah, fortement implanté dans cette région, a repris après l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

L'armée israélienne a entrepris son incursion militaire la plus profonde au Liban depuis l'an 2000.

Malgré une accalmie sur le terrain, les frappes israéliennes se sont poursuivies ces derniers jours, faisant au moins sept morts depuis mardi, selon les autorités libanaises.

Début juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait estimé "nécessaire" le maintien d'une présence militaire de l'ONU.

Il a proposé trois options allant de près de 2.000 à plus de 5.500 personnels en uniforme pour permettre notamment de surveiller le cessez-le-feu et soutenir les forces armées libanaises.