En Irak, les vieux votent, les jeunes boycottent, tous veulent «du changement»

Dans des bureaux de vote visités par l'AFP tout au long de la journée, l'affluence est restée très limitée (Photo, AN)
Dans des bureaux de vote visités par l'AFP tout au long de la journée, l'affluence est restée très limitée (Photo, AN)
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Publié le Dimanche 10 octobre 2021

En Irak, les vieux votent, les jeunes boycottent, tous veulent «du changement»

Dans des bureaux de vote visités par l'AFP tout au long de la journée, l'affluence est restée très limitée (Photo, AN)
  • Entre la corruption endémique et la pléthore de factions armées, les électeurs ne s'attendent pas à de grands changements
  • Le courant sadriste est donné grand favori. Son leader, le sulfureux Moqtada al-Sadr, ex-chef de milice à la rhétorique anti-américaine, tient déjà le plus gros bloc au Parlement sortant

 BAGDAD: Appuyé sur sa canne, Issam Shukr, 70 ans bien tassés, est "fier" d'avoir voté. Mais les législatives irakiennes sont loin d'ameuter les plus jeunes, exaspérés de voir "toujours les mêmes" responsables, incapables de résoudre la profonde crise qui frappe ce pays pétrolier.       

Sous le soleil d'octobre, dans les rues désertes de Bagdad pavoisées de calicots électoraux, soldats et policiers sont déployés par dizaines. Car des cellules de l'organisation jihadiste Etat islamique (EI) sont toujours actives et les autorités craignent que d'éventuelles manifestations antipouvoir ne dégénèrent.

Et si deux avions de chasse tournoient dans le ciel, c'est "pour sécuriser les bureaux de vote", explique le ministère de la Défense.

Issam Shukr a voté à l'école "Al Amal", l'espoir en arabe. Il se targue d'être le premier électeur à glisser son bulletin dans l'urne, "comme à chaque élection".

Pour ces élections anticipées, les 5e législatives depuis la chute de l'ancien dictateur Saddam Hussein en 2003, l'homme dit espérer "l'amélioration de la situation" de son pays, englué dans une crise politique, sociale et économique.

C'est d'ailleurs la crise et le ras-le-bol de la tentaculaire corruption qui ont déclenché l'inédit mouvement de protestation lancé par les jeunes Irakiens il y a tout juste deux ans, en octobre 2019.

Dimanche, sur une pelouse près des blindés de la police, des affiches électorales de différents candidats ont été arrachées, et gisent à terre.

Dans des bureaux de vote visités par l'AFP tout au long de la journée, l'affluence est restée très limitée. Assis sur les pupitres en bois vermoulus, près des urnes électroniques flambant neuves, les fonctionnaires attendent, non sans lassitude.

«Le plus apte»

Dans un bureau de Bagdad, un fonctionnaire a assuré que sur les 413 inscrits, seuls 43 avaient voté à quelques heures de la fermeture.

"Il y a eu un nombre limité de jeunes, la majorité étaient des personnes âgées", reconnaît le fonctionnaire s'exprimant sous couvert de l'anonymat.

Illustrant son propos, une dame âgée fait son entrée, appuyée sur son déambulateur.

Si le mouvement de contestation s'est essoufflé et les manifestations ne sont plus que sporadiques, la colère continue de gronder et la crise économique de frapper les Irakiens de plein fouet. Deux jeunes sur cinq sont au chômage et les services publics défaillants.

"Le gouvernement ne nous apporte rien, en ce moment il n'y a pas d'embauches permanentes", déplore à Erbil, capitale du Kurdistan autonome (nord), Taleb Mohamed, un instituteur contractuel de 28 ans qui n'ira pas voter.

"Ceux qui entreront au Parlement vont oeuvrer pour leur propre intérêt", fustige-t-il.

Karzan Abdel Khaleq, lui, dit son espoir de "changement" en allant voter.

"Le plus important, c'est l'amélioration de la situation politique et économique", explique ce trentenaire.

Même tonalité chez Jassem Mohammed Sultan, journalier de 53 ans, à Mossoul (nord), la deuxième ville d'Irak que l'EI a occupée de 2014 à 2017. "Nous devons tous participer pour choisir le plus apte" à gouverner.

«Un piège»

Le courant sadriste, du nom du sulfureux clerc chiite Moqtada al-Sadr, est donné favori. Mais le Hachd al-Chaabi, une coalition majoritairement pro-Iran, lui fait de l'ombre.

Et c'est contre ces factions et leurs éléments armés que le soulèvement était en grande partie dirigé en 2019. Les militants accusent le Hachd d'avoir tué et enlevé plusieurs dizaines de leurs camarades.

De quoi alimenter le fort courant abstentionniste, déjà échaudé par la corruption et le sentiment que la classe politique s'en tire en toute impunité, quoi qu'il arrive.

"Je ne vais pas y aller, je ne voterai pour personne", lance une enseignante chrétienne de 30 ans qui vit à Bagdad et ne souhaite pas donner son nom. "Pourquoi voter? Nous ne faisons confiance à aucun candidat, qu'il soit chrétien ou non."

A Nassiriya, haut-lieu de la contestation dans le sud chiite, Imane al-Amine, ingénieure agronome de 54 ans, restera chez elle. Car les élections "n'ont rien de démocratique, c'est un piège".

"Nous vivons dans un Etat contrôlé par des armes à feu qui circulent en dehors de tout contrôle et qui tuent ceux qui pensent différemment."

En soirée, tandis que les responsables enjoignaient les électeurs à aller voter, les médias étatiques se sont empressés d'annoncer une hausse sensible de la participation.        


Nouvelles frappes sur le Liban, Israël menace de «prendre des territoires»

Des frappes israéliennes ont de nouveau visé jeudi le Liban, dont le coeur de Beyrouth, ont constaté des journalistes de l'AFP, Israël menaçant de "prendre des territoires". (AFP)
Des frappes israéliennes ont de nouveau visé jeudi le Liban, dont le coeur de Beyrouth, ont constaté des journalistes de l'AFP, Israël menaçant de "prendre des territoires". (AFP)
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  • Les explosions ont généré la panique et une épaisse colonne de fumée noire s'est dégagée en journée d'un immeuble du quartier de Bachoura, situé à proximité d'un des principaux centres d'affaires de la capitale, accueillant aussi des institutions
  • L'armée israélienne a confirmé dans un communiqué avoir "lancé une série de frappes contre les infrastructures terroristes du Hezbollah à Beyrouth", peu après un avertissement inédit à évacuer un quartier du centre-ville

BEYROUTH: Des frappes israéliennes ont de nouveau visé jeudi le Liban, dont le coeur de Beyrouth, ont constaté des journalistes de l'AFP, Israël menaçant de "prendre des territoires".

La guerre a fait depuis le 2 mars plus de 687 morts, dont 98 enfants, et déplacé plus de 800.000 personnes, selon le dernier bilan libanais officiel.

Les explosions ont généré la panique et une épaisse colonne de fumée noire s'est dégagée en journée d'un immeuble du quartier de Bachoura, situé à proximité d'un des principaux centres d'affaires de la capitale, accueillant aussi des institutions.

L'armée israélienne a confirmé dans un communiqué avoir "lancé une série de frappes contre les infrastructures terroristes du Hezbollah à Beyrouth", peu après un avertissement inédit à évacuer un quartier du centre-ville. Selon elle, le groupe avait "caché des millions de dollars pour financer ses activités" sous le bâtiment visé.

Il s'agit de la quatrième frappe sur le centre de Beyrouth - et la première en plein jour - depuis que le Hezbollah a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël.

Une cinquième frappe sur un quartier central a par ailleurs visé un bureau de la société financière Al-Qard al-Hassan, liée au Hezbollah, a constaté l'AFP.

"Nuit et jour" 

"C'est une guerre que nous n'avons pas voulue, au contraire, nous travaillons jour et nuit pour l'arrêter", a déclaré jeudi à la télévision le Premier ministre Nawaf Salam.

Son homologue israélien, Benjamin Netanyahu, a averti en soirée qu'il serait préférable que le gouvernement libanais s'occupe lui-même du Hezbollah.

"S'ils ne le font pas, nous le ferons (...) mais le Hezbollah paiera le prix fort et ça serait mieux que le gouvernement libanais s'en charge", a-t-il déclaré.

Un peu plus tôt, le ministre israélien de la Défense Israël Katz avait déclaré avoir ordonné à l'armée de se préparer à "étendre" ses opérations.

"J'ai averti le président libanais que si son gouvernement ne parvient pas à contrôler le territoire et à empêcher le Hezbollah de menacer les communautés du nord et de tirer sur Israël, nous prendrons des territoires et le ferons nous-mêmes", a-t-il dit.

Selon Israël, le groupe chiite a mené mercredi soir une attaque coordonnée avec l'Iran, lançant quelque "200 roquettes et environ 20 drones", combinés à des missiles balistiques tirés par Téhéran.

Le Hezbollah a également revendiqué jeudi des tirs de missiles sur les systèmes de défense antiaérienne dans la région de Césarée (centre d'Israël), où le Premier ministre Netanyahu a une résidence.

"Sans précédent" 

Dans le sud du Liban, neuf personnes dont cinq enfants ont été tuées dans le village d'Irkey, près de Saïda, dans une frappe israélienne sur des habitations où vivaient deux familles, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

A Beyrouth, des frappes israéliennes ont fait 12 morts et 28 blessés à l'aube sur le front de mer de Ramlet al-Bayda où ont afflué les déplacés venus des bastions du Hezbollah, selon un dernier bilan officiel.

"Nous avons soudain entendu le fracas d'une explosion", a raconté Aseel Habbaj, une femme portant son bébé, qui dormait dans une tente avec sa famille. Elle dit avoir "vu des gens tués étendus par terre".

Des frappes ont également visé Aramoun, un quartier résidentiel au sud de Beyrouth, hors des bastions du Hezbollah, faisant cinq morts et cinq blessé, selon les autorités.

Et deux enseignants ont été tués sur un campus de l'Université publique libanaise en lisière de la banlieue sud, selon l'Ani.

L'armée israélienne continue de pilonner quasi quotidiennement la banlieue sud de Beyrouth, fief du groupe chiite - elle y a fait trois nouvelles frappes dans la soirée, a constaté l'AFP.

Immeubles en ruines, certains encore en feu, gravats jonchant les rues: un photographe de l'AFP a été témoin d'un spectacle de désolation dans la banlieue déserte.

Israël a dit avoir visé des postes du commandement du Hezbollah, comme dans le sud du pays.

Alors que toutes les issues diplomatiques semblent bloquées, Israël a massé des troupes à la frontière et son armée s'est avancée dans plusieurs villages frontaliers.

L'armée israélienne a étendu son appel à évacuer côté libanais, demandant aux habitants de se déplacer au-delà d'un fleuve à environ 40 kilomètres de la frontière.

"Le déplacement massif de population que nous constatons ici (au Liban, ndlr) est sans précédent" avec 800.000 déplacés recensés en une semaine, a déclaré à l'AFP Carl Skau, le directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM).

 


Dubaï: un immeuble frappé par un débris de projectile (bureau des médias)

La ligne d’horizon de Dubaï, le 11 mars 2026. Les défenses aériennes des Émirats arabes unis ont intercepté plus de 1 500 drones iraniens et près de 300 missiles. (AFP)
La ligne d’horizon de Dubaï, le 11 mars 2026. Les défenses aériennes des Émirats arabes unis ont intercepté plus de 1 500 drones iraniens et près de 300 missiles. (AFP)
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  • Les défenses aériennes des Émirats arabes unis ont intercepté plus de 1 500 drones et près de 300 missiles iraniens

DUBAI: Un bâtiment du centre de Dubaï a été touché par des débris provenant d’une attaque interceptée, a annoncé vendredi le bureau des médias du gouvernement, après que des explosions ont ébranlé la place financière du Moyen-Orient.

Un bâtiment avait été touché a confirmé le bureau des médias de Dubaï. Les défenses aériennes des Emirats arabes unis ont intercepté plus de 1.500 drones iraniens et près de 300 missiles depuis le début de la guerre dans la région.

"Les autorités ont confirmé que des débris provenant d’une interception réussie ont provoqué un léger incident sur la façade d’un bâtiment dans le centre de Dubaï", a indiqué le bureau des médias sur X, en ajoutant qu’aucun blessé n’avait été signalé.

Un correspondant de l'AFP a indiqué avoir senti son immeuble trembler et avoir entendu une importante explosion. Un épais nuage de fumée était visible vendredi matin dans l'émirat.

Le dernier incident survient après la chute d’un drone près du quartier financier de Dubaï jeudi. L’Iran avait menacé de frapper des institutions économiques, poussant certaines entreprises à évacuer leur personnel de la zone.

Les Emirats arabes unis, riches en pétrole, ainsi que d’autres pays aisés du Golfe sont sous les tirs incessants de l’Iran depuis le début de la guerre, le 28 février.

L’aéroport de Dubaï, l’un des plus grands au monde, a été visé à plusieurs reprises, tout comme son port et son parc immobilier de luxe, notamment la Palm Jumeirah et l’hôtel Burj Al Arab.


L'Arabie saoudite intercepte des drones visant le quartier diplomatique de Riyad et le champ pétrolier de Shaybah

L'Arabie saoudite a déclaré que des attaques de drones avaient visé le quartier diplomatique de Riyad et le champ pétrolifère de Shaybah. (Capture d'écran du ministère saoudien de la Défense)
L'Arabie saoudite a déclaré que des attaques de drones avaient visé le quartier diplomatique de Riyad et le champ pétrolifère de Shaybah. (Capture d'écran du ministère saoudien de la Défense)
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  • Une série d'attaques de drones déjouées par les défenses aériennes du royaume
  • Le ministère de la Défense a fait état d'un certain nombre d'attaques dans une série de messages sur X au cours de la journée

RIYAD: L'Arabie saoudite a abattu jeudi des drones qui visaient le quartier diplomatique de Riyad et le champ pétrolier de Shaybah, dans le sud-est du pays.

Le ministère de la Défense a fait état d'un certain nombre d'attaques dans une série de messages sur X au cours de la journée.

"Un drone ennemi a été abattu alors qu'il tentait de s'approcher" du quartier diplomatique de la capitale, a déclaré tôt jeudi un porte-parole du ministère.

Au moins six drones ont été "interceptés et détruits" plus tard dans la journée dans le quart vide "en direction du champ pétrolier de Shaybah", selon les déclarations.
Auparavant, le ministère avait déclaré qu'au moins 20 drones avaient été abattus dans la région de l'Est.

L'Arabie saoudite et d'autres pays du Golfe sont confrontés à des vagues d'attaques de missiles et de drones iraniens depuis qu'Israël et les États-Unis ont lancé une guerre contre l'Iran le 28 février.

Ces attaques ont visé la base aérienne Prince Sultan, l'ambassade des États-Unis à Riyad, des champs pétroliers et des infrastructures énergétiques.

Le ministre saoudien de la défense, le prince Khalid bin Salman, a condamné les attaques lors d'un appel avec son homologue turc.

Le ministère saoudien des affaires étrangères a salué l'adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies d'une résolution exigeant la fin des attaques de l'Iran contre les États du Golfe et la Jordanie.