Au Liban plongé dans le noir, la demande d'énergie renouvelable explose

Panneaux photovoltaïques au-dessus du fleuve de Beyrouth dans la capitale libanaise, le 12 novembre 2015. Le Plan d'action national pour l'efficacité énergétique (NEEAP) du gouvernement visait à installer 200 MW de fermes solaires à l’horizon 2020. (Joseph Eid / AFP)
Panneaux photovoltaïques au-dessus du fleuve de Beyrouth dans la capitale libanaise, le 12 novembre 2015. Le Plan d'action national pour l'efficacité énergétique (NEEAP) du gouvernement visait à installer 200 MW de fermes solaires à l’horizon 2020. (Joseph Eid / AFP)
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Publié le Dimanche 10 octobre 2021

Au Liban plongé dans le noir, la demande d'énergie renouvelable explose

  • Faute de carburant, deux centrales électriques principales ont arrêté leurs activités
  • Les Libanais sont à la recherche de substituts à la lourde facture des générateurs privés

BEYROUTH : Le Liban enregistre une demande importante pour les panneaux solaires, sur fond de crise énergétique sévère qui a plongé le pays dans le noir samedi dernier.

Faute de carburant, deux grandes centrales électriques ont arrêté leurs activités, a indiqué la compagnie nationale Électricité du Liban et les Libanais se sont précipités pour trouver des sources d'énergie alternatives pour parer à une telle panne à l’avenir.

Un ingénieur en électricité raconte que les gens cherchent des espaces libres sur les toits de leurs immeubles pour y installer des panneaux solaires.

Leur objectif est d'utiliser le moins de courant possible pour conserver la nourriture dans les réfrigérateurs, assurer éclairage et Internet et faire fonctionner les télévisions.

« Ces trois derniers mois, l'installation de systèmes d'énergie solaire ou d’onduleurs (UPS) a augmenté de manière considérable. Ces équipements ont alors disparu du marché libanais et il a fallu attendre un mois pour obtenir les commandes », explique à Arab News, Bilal Rahm, ingénieur électricien. « Ceux qui souhaitent installer un système solaire sont pour la plupart riches ou ont des enfants qui travaillent à l'étranger et leur envoient de l'argent frais. Certains sont pauvres et doivent emprunter de l'argent pour se procurer un système d'énergie solaire. L'éclairage est indispensable à tout le monde, surtout aux familles qui ont des enfants dans les écoles et les universités. Parmi mes clients, un marchand de fruits et légumes. Il a décidé lui aussi de se tourner vers l'énergie solaire ».

« Il arrive que les habitants d'un même immeuble soient en désaccord quant à l’utilisation du toit à des fins personnelles. Dans ce cas, ils nous demandent de démonter les panneaux solaires. Mais ces différends s'estompent peu à peu, dans la mesure où tout le monde ressent le besoin de recourir à cette méthode. Certains se sont mis d'accord pour construire un toit en fer sur le toit de l'immeuble pour y poser des panneaux solaires. Les commerçants, quant à eux, profitent de cette demande et augmentent les prix des équipements importés sous prétexte du coût élevé du fret aérien ».

 Les équipements sont importés de différents pays, dont la Chine, l'Allemagne, l'Angleterre et les Émirats arabes unis, ajoute-t-il.

Les revendeurs d'appareils électriques, dont Marwan Tabbara, qualifient la demande d'onduleurs d' « effrayante » à mesure que l'hiver approche à grands pas. Les gens sont à la recherche d'une alternative à l'abonnement aux générateurs privés, dont la facture correspond au double du salaire minimum.

Quelques jours auparavant, le ministère de l'Intérieur a demandé aux Libanais de s'assurer de « la durabilité » des systèmes solaires installés sur les toits des bâtiments avant l'arrivée de l'hiver et des tempêtes qui risquent d’arracher les appareils et d' « entrainer de graves dégâts » pour les personnes et les biens.

En effet, la baisse de la production d'énergie à moins de 200 mégawatts a entrainé l'arrêt des centrales électriques d'Al-Zahrani et de Deir Ammar, ce qui a complètement interrompu la production d’électricité  dans tout le pays.

Une source au ministère de l'Énergie affirme que le ministère fait tout son possible « pour trouver une issue » au problème. De son côté, la compagnie Electricité du Liban (EDL) dit se livrer à des « manœuvres pour reconstruire manuellement le réseau public en raison de l’interruption des activités du Centre national de contrôle, que l'explosion du port de Beyrouth a complètement détruit ».

La centrale d'Al-Zahrani, installée dans le sud du pays, a cessé de fonctionner samedi après-midi.

Par ailleurs, les centrales de Zouk et de Jiyeh, dont la capacité de production s'élève à 350 mégawatts, produisent désormais moins de 250 mégawatts ; le réseau a donc été mis à l’arrêt.

Diana Qaisi est directrice exécutive de la Lebanese Oil and Gas Initiative (Initiative pour le pétrole et le gaz au Liban) et experte en affaires énergétiques. Elle explique que « la déconnexion du réseau était inévitable dans la mesure où les centrales de Zouk et de Jiyeh n'ont pas été soumises à une véritable maintenance pour laquelle on ne dispose pas de fonds. Il nous reste les générateurs privés. Mais parviendront-ils, à eux seuls, à couvrir les besoins des Libanais en électricité ? Certainement pas. Ils ne peuvent pas remplacer les centrales électriques, sans oublier qu’ils fonctionnent au gazole ».

« Nos avertissements se sont réalisés. Nous avons conseillé de procéder aux réformes nécessaires, mais le gouvernement se contente de rafistoler les dégâts, et nous voilà plongés dans le noir. Ils ont fait fi de nos mises en garde et personne ne croyait que nous serions plongés dans l'obscurité ».

Mme Qaisi souligne par ailleurs que le prochain problème à résoudre sera de trouver du diesel pour les générateurs. Les importateurs ont besoin de dollars américains. Or, en se procurant cette monnaie sur le marché noir, les prix augmenteront en raison de la forte demande de dollars qui manquaient dès le départ, explique-t-elle.

Englué dans une crise économique et financière, le Liban traverse également une crise énergétique qui dure depuis plusieurs mois.

Le rationnement de l'électricité fournie par l'État atteint 23 heures par jour tandis que les générateurs privés rationnent eux aussi leur alimentation.

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Gaza: le plan Trump entre dans sa deuxième phase, accord sur un comité de gouvernance

Dans un communiqué commun, le Hamas, le Jihad islamique et d'autres mouvements palestiniens ont déclaré "soutenir" la formation du comité, s'engageant à lui permettre "d'assumer immédiatement" ses missions. (AFP)
Dans un communiqué commun, le Hamas, le Jihad islamique et d'autres mouvements palestiniens ont déclaré "soutenir" la formation du comité, s'engageant à lui permettre "d'assumer immédiatement" ses missions. (AFP)
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  • Les discussions du Caire ont eu lieu entre une délégation du Hamas et des médiateurs égyptiens, ainsi qu'entre les dirigeants de partis palestiniens
  • Dans un communiqué commun, le Hamas, le Jihad islamique et d'autres mouvements palestiniens ont déclaré "soutenir" la formation du comité, s'engageant à lui permettre "d'assumer immédiatement" ses missions

LE CAIRE: Washington a annoncé mercredi l'entrée dans la deuxième phase du plan américain visant à mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza, après l'annonce d'un accord des mouvements palestiniens sur la formation d'un comité transitoire de gouvernance.

"Nous annonçons le lancement de la phase deux du plan en 20 points" de Donald Trump, "passant du cessez-le-feu à la démilitarisation, à la gouvernance technocratique et à la reconstruction" de la bande de Gaza, a écrit sur X l'envoyé spécial Steve Witkoff.

Fruit de fortes pressions américaines, le cessez-le-feu est entré en vigueur le 10 octobre, soit un peu plus de deux ans après le début de la guerre déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas, le 7 octobre 2023, contre Israël.

Le président américain avait alors présenté une feuille de route, prévoyant notamment qu'un comité de transition administre le territoire palestinien sous la supervision d'un Conseil de la paix, présidé par Donald Trump.

L'Egypte, médiatrice dans le conflit, a annoncé mercredi qu'un "consensus" avait été trouvé entre toutes les parties sur la composition de ce comité palestinien de 15 membres, à l'issue de pourparlers au Caire.

L'ancien vice-ministre palestinien, Ali Shaath, doit en prendre la tête.

"Gérer la vie quotidienne" 

Devant la presse, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a dit espérer que cet organe serait déployé rapidement dans la bande de Gaza, en proie à une grave crise humanitaire, "pour gérer la vie quotidienne et les services essentiels".

Les discussions du Caire ont eu lieu entre une délégation du Hamas et des médiateurs égyptiens, ainsi qu'entre les dirigeants de partis palestiniens, selon des responsables du mouvement islamiste, qui ont requis l'anonymat.

Dans un communiqué commun, le Hamas, le Jihad islamique et d'autres mouvements palestiniens ont déclaré "soutenir" la formation du comité, s'engageant à lui permettre "d'assumer immédiatement" ses missions.

La présidence palestinienne, basée à Ramallah, a également apporté son soutien à cet organe dans un communiqué, ce qui "reflète la position du Fatah", dirigé par le président Mahmoud Abbas, a déclaré une source de la présidence à l'AFP.

Le Hamas a déclaré à plusieurs reprises qu'il ne cherchait pas à jouer un rôle au sein de la future gouvernance à Gaza.

Les pourparlers ont également porté sur le retrait des forces israéliennes du territoire palestinien, la réouverture du point de passage avec l'Egypte de Rafah (sud) et l'entrée de l'aide stockée côté égyptien, a précisé le Hamas.

Dernier otage israélien 

Les discussions sur cette deuxième phase du cessez-le-feu ont longtemps patiné, dans le contexte d'une très fragile trêve, les deux belligérants s'accusant mutuellement de la violer.

Israël avait déclaré qu'il n'entamerait pas les discussions sur cette étape suivante de l'accord avant le retour du corps de Ran Gvili, dernier otage israélien enlevé le 7-Octobre retenu à Gaza.

Le Forum des familles d'otages, principale association israélienne regroupant les proches des otages, a appelé le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, à "honorer ses engagements" et à ne pas passer à cette nouvelle étape du cessez-le-feu.

Le Hamas a dit de son côté accueillir favorablement l'annonce de M. Witkoff. "Les factions mettront tout en oeuvre pour assurer le succès des travaux du comité", a affirmé à l'AFP un responsable du mouvement, Taher al-Nounou.

La deuxième phase du plan Trump prévoit également le désarmement du Hamas, ce que le groupe refuse, et le retrait progressif des troupes israéliennes du territoire gazaoui, dont elles contrôlent encore environ la moitié et le lancement de la reconstruction.

Quant au futur Conseil de la paix, il sera représenté sur le terrain par le diplomate bulgare Nickolay Mladenov, ancien envoyé des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient. Il a déjà entamé ses entretiens en Israël et Cisjordanie occupée la semaine dernière.

M. Trump devrait prochainement annoncer la composition du Conseil, les médias évoquant une quinzaine de dirigeants internationaux.

 


Gaza: Israël dit avoir tué six combattants dans le sud du territoire

Des personnes inspectent le site où au moins quatre Palestiniens ont trouvé la mort après l'effondrement de murs sur des tentes abritant des personnes déplacées à Gaza, sous une pluie battante et des vents violents, mardi 13 janvier 2026. (AP Photo/Jehad Alshrafi)
Des personnes inspectent le site où au moins quatre Palestiniens ont trouvé la mort après l'effondrement de murs sur des tentes abritant des personnes déplacées à Gaza, sous une pluie battante et des vents violents, mardi 13 janvier 2026. (AP Photo/Jehad Alshrafi)
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  • L’armée israélienne affirme avoir tué six combattants armés à l’ouest de Rafah, qualifiant l’incident de « violation flagrante » d’un cessez-le-feu déjà très fragile dans la bande de Gaza
  • Malgré la trêve entrée en vigueur le 10 octobre, les violences se poursuivent presque quotidiennement, sur fond de crise humanitaire aiguë et d’accusations réciproques de violations

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé mercredi avoir tué six combattants dans le sud de la bande de Gaza, revoyant à la hausse le bilan d'un affrontement survenu la veille à la suite de ce qu'elle a qualifié de "violation flagrante" du fragile cessez-le-feu dans le territoire palestinien.

"A la suite de l'incident survenu hier (mardi), au cours duquel six terroristes armés ont été repérés dans la zone ouest de Rafah, et après les recherches menées sur place, il est désormais confirmé que des soldats (...) ont éliminé les six terroristes lors d'un échange de tirs", écrit l'armée dans un communiqué.

"Des armes diverses" ont été retrouvées sur eux, ajoute le texte.

Mardi soir, l'armée israélienne avait expliqué avoir identifié des combattants dans l'ouest de Rafah, proches de ses soldats en précisant que ses chars avaient alors ouvert le feu. Elle mentionnait également des frappes aériennes et indiquait qu'au moins deux combattants avaient été tués.

Une source sécuritaire dans la bande de Gaza avait confirmé à l'AFP mardi dans la soirée des tirs israéliens à l'ouest de la ville de Rafah, sans plus de détails.

Aux termes d'un cessez-le-feu très fragile entré en vigueur dans la bande de Gaza le 10 octobre après deux années de guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, l'armée israélienne s'est repliée derrière une "ligne jaune" lui conférant encore le contrôle de plus de la moitié du petit territoire, dont la ville de Rafah.

La trêve entre Israël et le Hamas demeure des plus précaires. Les incidents sont quotidiens, les deux camps s'accusant mutuellement de violer les termes du cessez-le-feu, tandis que la situation humanitaire dans le territoire reste critique.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, au moins 447 Palestiniens, dont 165 mineurs, ont été tués, selon le ministère de la Santé de Gaza, placé sous l'autorité du Hamas. L'armée israélienne a pour sa part fait état de trois soldats tués.


Gaza: au moins 100 enfants tués depuis le cessez-le feu, selon l'Unicef

Au moins 100 enfants ont été tués à Gaza depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu avec Israël en octobre, a annoncé mardi le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef). (AFP)
Au moins 100 enfants ont été tués à Gaza depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu avec Israël en octobre, a annoncé mardi le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef). (AFP)
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  • Ces enfants -60 garçons et 40 filles selon l'Unicef- ont été "tués par des frappes aériennes, des frappes de drones, y compris des drones kamikazes. Ils sont tués par des tirs de chars. Ils sont tués par des balles réelles"
  • Un responsable du ministère de la Santé de Gaza, qui tient les registres des victimes, a fait état d'un chiffre plus élevé, soit 165 enfants tués depuis le cessez-le-feu, sur un total de 442 décès

GENEVE: Au moins 100 enfants ont été tués à Gaza depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu avec Israël en octobre, a annoncé mardi le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).

"Plus de 100 enfants ont été tués à Gaza depuis le cessez-le-feu début octobre. Cela représente environ un garçon ou une fille tué(e) chaque jour pendant le cessez-le-feu", a déclaré depuis Gaza le porte-parole de l'Unicef, James Elder, en direct par visioconférence pour la presse à Genève.

Ces enfants -60 garçons et 40 filles selon l'Unicef- ont été "tués par des frappes aériennes, des frappes de drones, y compris des drones kamikazes. Ils sont tués par des tirs de chars. Ils sont tués par des balles réelles", a-t-il déclaré, ajoutant que le nombre réel était probablement plus élevé.

Un responsable du ministère de la Santé de Gaza, qui tient les registres des victimes, a fait état d'un chiffre plus élevé, soit 165 enfants tués depuis le cessez-le-feu, sur un total de 442 décès. "De plus, sept enfants sont morts d'hypothermie depuis le début de l'année", a déclaré à l'AFP Zaher Al-Wahidi, directeur du département informatique du ministère de la Santé.

Interrogée par l'AFP, l'armée israélienne n'a elle pas été en mesure de réagir dans l'immédiat.

M. Elder a souligné que les enfants de Gaza vivaient "toujours dans la peur. Les traumatismes psychologiques restent non soignés et, plus cela dure, plus ils s'aggravent et deviennent difficiles à guérir", a-t-il prévenu, évoquant une vie qui "reste donc suffocante" et la survie "précaire".

"Un cessez-le-feu qui ralentit les bombardements est un progrès, mais un cessez-le-feu qui continue d'ensevelir des enfants est insuffisant", a-t-il insisté estimant que "ce que le monde appelle aujourd'hui le calme serait considéré comme une crise ailleurs".

En novembre, les autorités de Gaza avaient annoncé que plus de 70.000 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre menée par Israël en représailles de l'attaque sans précédent du Hamas contre ce pays le 7 octobre 2023.

Près de 80% des bâtiments de Gaza ont été détruits ou endommagés par la guerre, selon les données de l'ONU.

Par ailleurs, M. Elder a dénoncé la décision d'Israël, le 1er janvier, de suspendre l'accès à la bande de Gaza à 37 organisations humanitaires étrangères qui avaient refusé de communiquer aux autorités palestiniennes la liste de leurs employés.

"Bloquer les ONG internationales, bloquer toute aide humanitaire (...), c'est bloquer une aide vitale", a-t-il protesté.

Bien que l'Unicef soit parvenue à augmenter considérablement l'aide reçue depuis le cessez-le-feu, M. Elder a souligné qu'il fallait "des partenaires sur le terrain".

"Lorsque des ONG clés sont interdites de fournir une aide humanitaire et de témoigner, et que des journalistes étrangers sont bloqués", on peut légitimement se demander si l'objectif n'est pas de "restreindre l'examen des souffrances des enfants", a-t-il ajouté.