Les fans célèbrent un nouveau départ pour le Newcastle United et l’Arabie saoudite

Cette photo montre l’extérieur du stade St James’ Park du club de football Newcastle United, à Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre, le 8 octobre 2021. (Photo d’Oli Scarff/AFP)
Cette photo montre l’extérieur du stade St James’ Park du club de football Newcastle United, à Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre, le 8 octobre 2021. (Photo d’Oli Scarff/AFP)
Une femme passe devant une peinture murale qui représente l’équipe de Newcastle United à Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre, le 8 octobre 2021. (Photo d’Oli Scarff/AFP)
Une femme passe devant une peinture murale qui représente l’équipe de Newcastle United à Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre, le 8 octobre 2021. (Photo d’Oli Scarff/AFP)
Un supporter de l’équipe de Newcastle United brandit un drapeau au-dessus du logo du club dans le stade St James’ Park de Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre, le 8 octobre 2021. (Photo d’Oli Scarff/AFP)
Un supporter de l’équipe de Newcastle United brandit un drapeau au-dessus du logo du club dans le stade St James’ Park de Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre, le 8 octobre 2021. (Photo d’Oli Scarff/AFP)
Les supporters du Newcastle United célèbrent la vente du club à un consortium dirigé par l’Arabie saoudite devant le stade St James’ Park de Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre, le 8 octobre 2021. (Photo d’Oli Scarff/AFP)
Les supporters du Newcastle United célèbrent la vente du club à un consortium dirigé par l’Arabie saoudite devant le stade St James’ Park de Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre, le 8 octobre 2021. (Photo d’Oli Scarff/AFP)
Yasir al-Rumayyan, directeur du Fonds public d’investissement (PIF). (Photo de Fayez Nureldine/AFP)
Yasir al-Rumayyan, directeur du Fonds public d’investissement (PIF). (Photo de Fayez Nureldine/AFP)
La nouvelle directrice de Newcastle United, Amanda Staveley (à droite), et son mari Mehrdad Ghodoussi accordent un entretien aux médias, le 8 octobre 2021, après le rachat du club. (Photo d’Oli Scarff/AFP)
La nouvelle directrice de Newcastle United, Amanda Staveley (à droite), et son mari Mehrdad Ghodoussi accordent un entretien aux médias, le 8 octobre 2021, après le rachat du club. (Photo d’Oli Scarff/AFP)
Short Url
Publié le Lundi 11 octobre 2021

Les fans célèbrent un nouveau départ pour le Newcastle United et l’Arabie saoudite

  • «Nous avons retrouvé notre club», entonnent les supporters devant le St James’ Park
  • Le Fonds public d’investissement (PIF) – fonds souverain saoudien –, le PCP Capital Partners d’Amanda Staveley et les frères Reuben ont finalisé le rachat du club

DUBAÏ: Tout semblait en place: les cotillons, les chips, la baignade, les canettes… Et soudain, plus rien. La fête a été annulée.

Mais, dix-huit mois plus tard, la plus grande célébration vécue par la ville de Newcastle depuis bien des années en est à son cinquième jour, et rien ne semble pouvoir ralentir sa course effrénée.

Le mandat de quatorze ans de Mike Ashley en tant que propriétaire de Newcastle United a pris fin après que le Fonds public d’investissement (PIF) – fonds souverain saoudien –, le PCP Capital Partners d’Amanda Staveley et les frères Reuben ont finalisé le rachat du club, tant retardé, à hauteur de 410 millions de dollars (plus de 354 millions d’euros).

La fête est donc de retour. Affirmer que les fans des Geordies (l’un des surnoms du club, NDLR) ont empêché leurs voisins de dormir serait un euphémisme.

photo
Les supporters de Newcastle United célèbrent la vente du club à un consortium dirigé par l’Arabie saoudite devant le stade St James’ Park de Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre, le 8 octobre 2021. (Photo d’Oli Scarff/AFP)

 

«Nous avons retrouvé notre club», entonnent les supporters devant le St James’ Park, brandissant des drapeaux saoudiens. «Nous reprenons espoir», écrit pour sa part Alan Shearer, sans doute le meilleur joueur de l’histoire du club, sur Twitter.

À l’autre bout du monde, les supporters du club du Moyen-Orient se montrent tout aussi enthousiastes.

L’animateur radio Peter Redding, qui vit aujourd’hui à Dubaï, a longtemps détenu une carte d’abonnement pour les matchs de la saison de Newscastle. Il est parvenu à mettre des mots sur ce que beaucoup ressentent.

«Après avoir été témoins de moments passionnants et exaltants sous le règne de Kevin Keegan, la plupart des fans de Newcastle et moi-même nous sommes sentis impuissants lors des quatorze années de la période Mike Ashley», indique-t-il. «Newcastle United est la pierre angulaire de la ville, tant au niveau physique que mental. On parle de lui tout le temps.»

«Que le club se trouve entre les mains de nouveaux propriétaires qui partagent cette passion et affichent une vision claire est quelque chose d’extrêmement exaltant. D’abord, ils nous ont rendu notre club et, à en juger par les célébrations qui ont suivi l’annonce, ce n’est qu’un début pour Newcastle et l’Arabie saoudite», confie-t-il encore.

Entre 2001 et 2005, Joe Morrison a vécu une vie dont rêveraient la plupart des fans de Newcastle: pendant trois ans, il a été le responsable des médias au sein du club, lorsque Sir Bobby Robson puis Graeme Souness furent les entraîneurs de cette équipe mythique. Discuter avec les entraîneurs et les joueurs, observer les séances d’entraînement, assister aux matchs faisaient partie du quotidien de cet homme qui était toujours placé au cœur de l’action.

Aujourd’hui, Joe Morrison est un présentateur de télévision bien connu au Moyen-Orient et en Asie. Il se souvient avec émotion de cette période heureuse.

photo
Une femme passe devant une peinture murale qui représente l’équipe de Newcastle United à Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre, le 8 octobre 2021. (Photo d’Oli Scarff/AFP)

«Quand j’y étais, nous avions participé à la Ligue des champions. Depuis, nous n’avons plus jamais été qualifiés. Voilà qui met en évidence le déclin du club. Même avant Bobby Robson, nous avions participé à des campagnes européennes. C’est une véritable perte que tout s’arrête ainsi du jour au lendemain», déclare-t-il.

Ces jours heureux pourraient bientôt revenir.

«C’était la dernière période de succès du club. Après Sir Bobby, Newcastle United a perdu son lustre», déplore-t-il.

En 2005, M. Morrison emménage au Moyen-Orient et devient présentateur de la Premier League sur la nouvelle chaîne lancée par ART (Arab Radio and Television Network, NDLR). Depuis, il a pu assister au développement de la culture du football dans cette partie du monde. Une chose, cependant, demeure inchangée.

«Comment recruter les meilleurs joueurs du monde dans votre équipe? Il faut avoir beaucoup d’argent, c’est aussi simple que cela.»

Pour M. Morrison, la première chose à faire est de désigner un nouvel entraîneur.

«Quelqu’un comme Zinédine Zidane», lance-t-il. «Pourquoi? Parce que c’est un entraîneur de renommée mondiale. Quand vous ne participez pas à la Ligue des champions, il est nécessaire d’avoir un bon entraîneur. Quelqu’un pour qui les joueurs seraient prêts à se battre. Quelqu’un qu’ils connaissent et qu’ils apprécient. En ce moment, Zidane coche toutes ces cases», ajoute-t-il.

Le fait d’avoir à attendre jusqu’au mois de janvier pour consolider l’équipe n’est pas une mauvaise chose, selon M. Morrison, puisque cela permettra aux nouveaux propriétaires de prendre leur temps et de recruter les bons joueurs.

«Ce serait fabuleux d’avoir quelqu’un comme Jan Oblak, le gardien de but de l’Atlético de Madrid», affirme-t-il. «Et, au poste d’attaquant, un Harry Kane, si imprévisible, ce serait parfait. Il n’a peut-être pas été autorisé à quitter les Spurs l’été dernier, mais je suis sûr qu’on lui permettra de partir, peut-être même dès le mois de janvier prochain. Renforcer la défense, ne pas encaisser de buts et s’assurer d’en marquer: tels sont les enjeux les plus urgents pour tout nouveau propriétaire.»

Pour Mohsin Khan, un fan de Newcastle qui vit à Dubaï, l’aspect le plus important du rachat est le départ de l’ancien propriétaire.

 

photo
La nouvelle directrice de Newcastle United, Amanda Staveley (à droite), et son mari Mehrdad Ghodoussi accordent un entretien aux médias le 8 octobre 2021, après le rachat du club. (Photo d’Oli Scarff/AFP)

«Le sentiment dominant est le soulagement. Pour moi, le plus important est de se débarrasser de Mike Ashley», déclare M. Khan.

Il accepte l’idée que les fans d’autres clubs soient «envieux» et espère que le club se développera de façon «organique» grâce à des investissements consacrés à la rénovation du stade et des environs, ainsi qu’à la création d’emplois, et pas seulement à l’achat de joueurs.

M. Khan estime que ce n’était qu’une question de temps pour l’entraîneur du Newcastle, Steve Bruce, sans même parler de ce rachat, et que le moment est venu de le remplacer par quelqu’un qui a vraiment l’ambition de faire progresser l’équipe.

«Plusieurs noms ont été mentionnés, comme [Antonio] Conte, mais ce dernier a expliqué qu’il ne souhaitait pas faire partie d’un projet à un stade aussi précoce, donc je ne lui accorde aucune importance. Ce genre de personnalité ne m’intéresse pas», décrète M. Khan, qui serait heureux de voir un entraîneur prometteur à la tête de son équipe préférée.

«Quelqu’un comme Graham Potter, [l’entraîneur] de Brighton, par exemple. Je pense qu’il fait un excellent travail. Ou encore Steven Gerrard», suggère-t-il. «Il possède les compétences nécessaires. Évidemment, les Rangers ne sont pas en Premier League, mais ferait sûrement un entraîneur intéressant. Et peut-être qu’il faudrait justement un entraîneur tel que lui pendant cette phase précoce au cours de laquelle nous essayons de développer le club.»

Et, en ce qui concerne un nom plus connu encore, son premier choix aurait été, dans l’idéal, une personne qui a toujours été adorée à Newcastle.

«Peut-être que, à ce stade, il nous faut un entraîneur chevronné pour attirer des joueurs, donc Rafa [Benitez] aurait constitué le choix idéal, mais il est malheureusement trop tard.»

M. Khan révèle que des fans s’amusent à lancer des appels au recrutement de joueurs comme Kylian Mbappé ou Neymar.

photo
Défenseur anglais de Newcastle United, Jamaal Lascelles (au centre) effectue une tête lors du match de Premier League qui opposait le club au Leeds United, le 17 septembre 2021. (Photo de Lindsey Parnaby/AFP)

«Les fans de Newcastle sont suffisamment intelligents pour savoir que les joueurs recrutés seront expérimentés et intéressants, mais pas de ce calibre non plus», indique-t-il. «Peut-être que [Philippe] Coutinho sera notre seule véritable star. Sinon, ce serait formidable de recruter des joueurs qui ont une expérience en Premier League, comme James Tarkowski, qui joue au Burnley FC. Nous avons besoin de quelques défenseurs et d’un attaquant. J’aimerais aussi que Jonjo Shelvey soit remplacé, car je ne suis pas très fan de lui.»

Né au Royaume-Uni, M. Khan a grandi à Abu Dhabi avant de retourner dans son pays d’origine pendant l’adolescence. Il est alors est tombé amoureux de l’équipe de Newcastle entraînée par Kevin Keegan dans le milieu des années 1990, et en particulier de l’attaquant Andy Cole. En 2018, il emménage à Dubaï et découvre à quel point le football anglais est populaire dans cette région.

«J’ai été extrêmement surpris de constater que le football occupait une place aussi importante», confie-t-il. «Quand je me suis installé ici pour la première fois, pendant la Coupe du monde, il y a trois ans, il était extraordinaire de voir l’engouement de tous pour le football. Si Newcastle peut devenir l’un des candidats au titre, beaucoup plus de personnes soutiendront cette équipe. C’est un grand club. Je serais vraiment ravi de voir plus de fans exhiber leurs maillots de Newcastle d’ici à un an.»

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Em Sherif Monte-Carlo, une escale libanaise incontournable sur la Côte d’Azur

 Sur les hauteurs de Monaco, face à la Méditerranée, Em Sherif Monte-Carlo rouvre ses portes pour une cinquième saison au sein du prestigieux Hôtel de Paris Monte-Carlo. L’établissement, devenu au fil des années une adresse prisée des amateurs de gastronomie levantine. (AFP)
Sur les hauteurs de Monaco, face à la Méditerranée, Em Sherif Monte-Carlo rouvre ses portes pour une cinquième saison au sein du prestigieux Hôtel de Paris Monte-Carlo. L’établissement, devenu au fil des années une adresse prisée des amateurs de gastronomie levantine. (AFP)
Short Url
  • Au-delà de la cuisine, Em Sherif Monte-Carlo mise sur une véritable expérience sensorielle
  • Les clients peuvent profiter d’une terrasse offrant une vue imprenable sur la Méditerranée, dans une ambiance animée par des concerts live et des DJ sets organisés du vendredi au dimanche, ainsi que chaque soir durant les mois de juillet et août

MONACO: Sur les hauteurs de Monaco, face à la Méditerranée, Em Sherif Monte-Carlo rouvre ses portes pour une cinquième saison au sein du prestigieux Hôtel de Paris Monte-Carlo. L’établissement, devenu au fil des années une adresse prisée des amateurs de gastronomie levantine, poursuit son hommage à la cuisine libanaise avec une carte enrichie de nouvelles créations et une expérience immersive mêlant saveurs, musique et art de vivre oriental.

Fondé en 2011 par Mireille Hayek, le groupe Em Sherif s’est imposé comme l’un des ambassadeurs de la gastronomie libanaise à travers le monde, avec des établissements à Beyrouth, Londres et Doha. Depuis l’ouverture monégasque en 2022, la table est dirigée par Yasmina Hayek, fille de la fondatrice et diplômée de l’Institut Paul Bocuse.

Sous sa direction, le restaurant continue de faire évoluer sa carte tout en préservant l’ADN culinaire de la maison : une cuisine généreuse, raffinée et profondément ancrée dans les traditions libanaises.

Parmi les nouveautés de cette saison figure « The Lobster », des brochettes de queue de homard bleu mariné accompagnées d’un condiment au fenouil, mais aussi « Le Lahmeh Black Angus », des brochettes de bœuf Black Angus relevées d’un chimichurri au zaatar. Le « Shawarma Lahmeh », un jarret d’agneau confit servi avec des artichauts et de la coriandre, revisite quant à lui un classique du Levant dans une version gastronomique.

La carte fait également la part belle aux mezzés, incontournables de la table libanaise. Houmous, moutabal d’aubergines grillées, Batata Harra épicées ou encore halloumi grillé aux tomates rôties composent une sélection pensée pour le partage et la convivialité.

Les desserts prolongent ce voyage culinaire avec le célèbre « Baklawa Em Sherif », croustillant et généreusement garni de pistaches, mais aussi le Meghli, pudding épicé à base de farine de riz et de fruits secs. Plus contemporain, le « Coconut Riz bi Halib » associe riz au lait à la noix de coco, mangue, fruit de la passion et sorbet à la cardamome.

Au-delà de la cuisine, Em Sherif Monte-Carlo mise sur une véritable expérience sensorielle. Les clients peuvent profiter d’une terrasse offrant une vue imprenable sur la Méditerranée, dans une ambiance animée par des concerts live et des DJ sets organisés du vendredi au dimanche, ainsi que chaque soir durant les mois de juillet et août.

Le Chicha Lounge Bar complète cette immersion orientale avec une sélection de saveurs et de cocktails signatures, proposés avec ou sans alcool. Parmi eux, le « Beirut Mule », mêlant rhum, arak et agrumes, « Oasis on the Rock » à base de gin, thé vert, gingembre et verveine, ou encore le « Rose Royale », associant Champagne, Saint-Germain, citron vert et rose.

Cette saison, le restaurant entend également séduire les amateurs de sport : certains matchs de la FIFA World Cup 2026 seront retransmis dans l’espace lounge.


France: entre nécessité et impuissance, des auteurs libanais au défi de raconter la guerre

L'écrivain Charif Majdalani cherche à saisir les banalités du quotidien que l'actualité ignore.  "Je raconte des petites choses, des anecdotes du quotidien de la guerre qui peuvent paraître très banales mais qui, dans le contexte, sont incroyables", explique ce dernier. (Photo d'archivesAFP)
L'écrivain Charif Majdalani cherche à saisir les banalités du quotidien que l'actualité ignore. "Je raconte des petites choses, des anecdotes du quotidien de la guerre qui peuvent paraître très banales mais qui, dans le contexte, sont incroyables", explique ce dernier. (Photo d'archivesAFP)
Short Url
  • "Dans l'absolu, l'art ne sert à rien". Pour Hala Moughanie, invitée ce week-end au festival littéraire de Saint-Malo (nord-ouest), le constat est sans appel: "il ne permet pas de changer les situations, ni de modifier le tracé politique"
  • En revanche, "il a le devoir de témoigner et de dénoncer en posant les formes, qu'elles soient écrites ou artistiques et qui ne [prendront] sens que dans des dizaines d'années"

RENNES: Entre une vie quotidienne en apparence normale à Beyrouth et le bourdonnement des drones, des auteurs libanais, mis à l'honneur au festival français Etonnants voyageurs, racontent leur difficulté à écrire, tiraillés entre le besoin de témoigner et l'impuissance face à une guerre insaisissable.

"Dans l'absolu, l'art ne sert à rien". Pour Hala Moughanie, invitée ce week-end au festival littéraire de Saint-Malo (nord-ouest), le constat est sans appel: "il ne permet pas de changer les situations, ni de modifier le tracé politique de décisions déjà prises".

En revanche, "il a le devoir de témoigner et de dénoncer en posant les formes, qu'elles soient écrites ou artistiques et qui ne [prendront] sens que dans des dizaines d'années", tempère l'autrice à l'AFP.

Comme elle, d'autres auteurs peinent à mettre en récit l'"imprévisible" conflit qui oppose aujourd'hui Israël au Hezbollah libanais.

Si l'illustratrice Michèle Standjofski revendique une démarche  consistant à " raconter ce que l'on voit et ce que l'on vit " dans sa BD "Et toi, comment ça va ?", qui met en dessin ses correspondances avec le dessinateur Charles Berberian, l'écrivain Charif Majdalani cherche à en saisir les banalités du quotidien  que l'actualité ignore.

"Je raconte des petites choses, des anecdotes du quotidien de la guerre qui peuvent paraître très banales mais qui, dans le contexte, sont incroyables", explique ce dernier.

"Car de cette guerre-là, poursuit-il, personne n'en sait absolument rien, ni ce qui se trame, ni ce qu'il y a dessous, ni ce qu'il y a derrière..., on n'en sait rien, ce n'est donc pas la peine de gloser sans arrêt".

Prendre du recul 

Ecrire ou dessiner devient également une manière de prendre du recul face à une réalité écrasante. Michèle Standjofski voit dans le dessin un processus lent et apaisant, qui permet à la fois d'exprimer la colère et de retrouver une forme de calme.

"C'est ce qui manque malheureusement aujourd'hui quand on parle de ce qui se passe dans cette région du monde", déplore-t-elle.

" Pour l'instant, ce n'est pas possible de poser des mots" sur ce qui se passe , estime Hala Moughanie, qui dit observer et "absorber " la situation - "mais je sais que cela va m'amener à écrire".

Au Liban, cette difficulté à dire s'inscrit aussi dans une histoire plus longue . "On n'est pratiquement jamais sortis de la guerre ", rappelle Michèle Standjofski, évoquant la succession de conflits et de crises qui ont jalonné l'histoire du pays et nourrissent un sentiment permanent d'instabilité.

Face à cette complexité, les auteurs interrogés par l'AFP revendiquent avant tout une posture modeste. "Si vous avez compris quelque chose au Liban, c'est qu'on vous l'a mal expliqué ", résume Mme Standjofski, consciente des limites de toute tentative de synthèse.

Une difficulté d'autant plus grande que la guerre se mêle au quotidien  puisque dans la capitale Beyrouth, raconte Charif Majdalani, si la vie est "actuellement tout à fait normale", l'auteur explique être sous le bourdonnement permanent de drones au-dessus des têtes.

Dans ce contexte, et sans prétendre dire la vérité d'un pays fragmenté, Michèle Standjofski s'attache à témoigner " à [sa] petite hauteur ", avec son regard et sa sensibilité, ce qu'il se passe dans son pays.

Une approche que partage Hala Moughanie, qui cherche à englober " autant que possible toutes les nuances " d'un Liban éclaté, composé d'une multitude de réalités sociales et de communautés, sans le réduire à un récit unique.


Le Liban dans toute sa complexité, au festival de Saint-Malo

À Saint-Malo, pays breton jadis bastion des corsaires, le festival Étonnants Voyageurs s’apprête une nouvelle fois à faire dialoguer les imaginaires du monde, en mettant à l’honneur le paysage littéraire et culturel libanais. (Photo Etonnants Voyageurs)
À Saint-Malo, pays breton jadis bastion des corsaires, le festival Étonnants Voyageurs s’apprête une nouvelle fois à faire dialoguer les imaginaires du monde, en mettant à l’honneur le paysage littéraire et culturel libanais. (Photo Etonnants Voyageurs)
Short Url
  • Cette année, le Liban s’impose avec une intensité particulière. C’est un choix assumé, réfléchi, presque évident pour le directeur du festival, Jean-Michel Le Boulanger
  • Ce choix, indique Le Boulanger à Arab News en français, découle d’une conviction simple : « Le Liban est un carrefour », un carrefour d’histoires, de cultures, de religions, mais surtout un carrefour du monde contemporain

PARIS: À Saint-Malo, pays breton jadis bastion des corsaires, le festival Étonnants Voyageurs s’apprête une nouvelle fois à faire dialoguer les imaginaires du monde, en mettant à l’honneur le paysage littéraire et culturel libanais.

Cette année, le Liban s’impose avec une intensité particulière. C’est un choix assumé, réfléchi, presque évident pour le directeur du festival, Jean-Michel Le Boulanger.

Ce choix, indique Le Boulanger à Arab News en français, découle d’une conviction simple : « Le Liban est un carrefour », un carrefour d’histoires, de cultures, de religions, mais surtout un carrefour du monde contemporain.

Depuis toujours, Étonnants Voyageurs revendique une approche singulière qui consiste à regarder le monde à travers les écrivains et privilégie l’écoute des romanciers, des poètes et des artistes.

C’est également un concentré des tensions et des espoirs qui traversent notre époque, ajoute-t-il. En invitant 21 auteurs et artistes libanais à participer à son édition 2026, qui se tient du 23 au 25 mai, le festival ne cherche pas à illustrer une actualité, mais à faire entendre une expérience du monde.

Depuis toujours, Étonnants Voyageurs revendique une approche singulière qui consiste à regarder le monde à travers les écrivains et privilégie l’écoute des romanciers, des poètes et des artistes.

« Ce qui nous intéresse, c’est ce que les écrivains font de cette matière complexe », indique Le Boulanger. Et le Liban, plus que tout autre pays peut-être, incarne cette complexité.

Au Liban, précise-t-il, « le pluriel n’est pas une abstraction, il est une réalité quotidienne », avec des identités multiples, des appartenances croisées, des territoires fragmentés. « Les auteurs libanais vivent et écrivent au cœur de ces tensions. »

Parmi eux, Sabyl Ghoussoub, prix Goncourt des lycéens, qui explore les liens entre Beyrouth et Paris ; Charif Majdalani, dont l’œuvre interroge l’histoire et la mémoire ; ou encore Souhaib Ayoub, figure d’une nouvelle génération hybride et audacieuse.

À leurs côtés, des voix singulières comme Sofía Karámpali Farhat, Hala Moughanie ou Lena Merhej dessinent un paysage littéraire en mouvement, traversé par le doute, la colère, mais aussi une formidable énergie créatrice.

Le fil qui relie ces auteurs tient en deux mots : territoire et complexité. Un thème à la fois intime et politique. « Ce sont des relations complexes au territoire », explique le directeur du festival : des territoires multiples, parfois brisés, que chacun tente de se réapproprier.

À travers leurs récits, ces écrivains interrogent une question universelle : « Comment vivre avec l’autre ? Comment maintenir une relation dans un monde fragmenté ? »

Pour donner toute sa place à cette richesse, le festival a imaginé une programmation foisonnante, fidèle à son esprit d’ouverture.

Des formats plus intimes

Les formes se multiplient : il y aura bien sûr les grands entretiens, ces moments où un auteur se livre en profondeur, accompagné d’un modérateur, mais aussi des tables rondes réunissant deux ou trois écrivains pour des échanges croisés.

Il y aura également des formats plus intimes : des petits-déjeuners avec les auteurs, des ateliers d’écriture, autant d’occasions de faire tomber la distance et de créer un lien direct entre les écrivains et leur public.

Étonnants Voyageurs, malgré tout, « reste une fête, celle des livres, des idées, des rencontres », et réunit chaque année près de cinquante mille visiteurs en quête de découvertes et d’émotions.

La poésie trouvera une place particulière avec un « Rima Poésie Club », animé par l’ancienne ministre de la Culture Rima Abdul Malak, consacré aux voix libanaises, ainsi qu’un hommage vibrant à Vénus Khoury-Ghata, décédée récemment.

Le cinéma, lui aussi, participera à cette immersion. Des films de réalisatrices libanaises seront projetés, accompagnés de rencontres, notamment avec Danielle Arbid et Mounia Akl, figures marquantes de la scène cinématographique libanaise.

Reste une question, presque évidente : comment accueillir une telle programmation dans un festival qui se veut aussi festif ? Le Boulanger ne l’élude pas, mais parle d’un « point d’équilibre » à trouver entre « la gravité du monde et le plaisir d’être ensemble ».

Car Étonnants Voyageurs, malgré tout, « reste une fête, celle des livres, des idées, des rencontres », et réunit chaque année près de cinquante mille visiteurs en quête de découvertes et d’émotions.

Et il y a, insiste Le Boulanger, « beaucoup de sourires » et la joie simple de rencontrer un auteur, d’échanger, de partager un moment.

Même lorsque les sujets sont graves, quelque chose circule, souligne-t-il : « une forme d’espoir, peut-être, ou simplement la sensation de ne pas être seul face au monde »