Au moins 41 morts dans un attentat-suicide à Kandahar, fief des talibans

Des membres des talibans montent la garde près d'une mosquée chiite dans la province de Kandahar le 15 octobre 2021, après qu'au moins 37 personnes ont été tuées lors d'explosions dans une mosquée chiite, a déclaré à l'AFP un porte-parole d'un hôpital. (Javed Tanveer / AFP)
Des membres des talibans montent la garde près d'une mosquée chiite dans la province de Kandahar le 15 octobre 2021, après qu'au moins 37 personnes ont été tuées lors d'explosions dans une mosquée chiite, a déclaré à l'AFP un porte-parole d'un hôpital. (Javed Tanveer / AFP)
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Publié le Samedi 16 octobre 2021

Au moins 41 morts dans un attentat-suicide à Kandahar, fief des talibans

  • «Le premier kamikaze a fait exploser sa veste explosive (...) dans un couloir de la mosquée, tandis que le second kamikaze a fait exploser sa veste explosive au centre de la mosquée»
  • Cette attaque survient exactement une semaine après un autre attentat-suicide meurtrier contre une mosquée chiite, à Kunduz (nord-est), aussi revendiqué par l'organisation jihadiste Etat islamique

KANDAHAR : Le groupe Etat islamique - Khorasan (EI-K) a revendiqué l'attentat-suicide qui a fait au moins 41 morts lors de la prière du vendredi dans une mosquée chiite de Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan, le berceau des talibans, ainsi défiés en plein cœur de leur fief traditionnel.


Selon des témoins, plusieurs explosions ont frappé la mosquée Fatemieh, dans le centre de Kandahar, la deuxième plus grande ville du pays, au moment de la prière hebdomadaire du vendredi.


"Nous nous préparions pour la prière, quand nous avons entendu des tirs. Deux personnes ont pénétré dans la mosquée et ont tiré sur les gardes qui ont tiré en retour. L'un d'eux s'est fait exploser dans la mosquée, après lui, deux autres se sont aussi fait exploser", a indiqué à l'AFP Sayed Rohullah, employé de sécurité à la mosquée, faisant état d'un troisième kamikaze à l'extérieur de l'édifice.


Dans un communiqué publié sur les chaînes Telegram de l'organisation jihadiste, celle-ci affirme que deux kamikazes ont mené des attaques distinctes à l'intérieur de la mosquée chiite de Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan, lors de la prière du vendredi.


"Le premier kamikaze a fait exploser sa veste explosive (...) dans un couloir de la mosquée, tandis que le second kamikaze a fait exploser sa veste explosive au centre de la mosquée", précise le communiqué.


Il s'agit du premier attentat de l'EI-K à Kandahar, berceau des talibans.


Cette attaque survient exactement une semaine après un autre attentat-suicide meurtrier contre une mosquée chiite, à Kunduz (nord-est), aussi revendiqué par l'organisation jihadiste Etat islamique (EI).


Le chef de la police talibane à Kandahar, Maulvi Mehmood, a déclaré lors d'une conférence de presse "condamner fermement l'attaque" et assuré que "tous les services" de sécurité "sont à l'oeuvre pour retrouver les personnes impliquées et les punir". 


Selon lui, la sécurité de la communauté chiite avait été jusqu'à présent assurée, à sa demande, par la communauté elle-même. Mais "à l'avenir, nous comptons prendre la responsabilité de tous ces lieux de culte en leur assignant des gardes", a ajouté M. Mehmood.

«Trop de cadavres»

"Selon les informations recueillies dans nos hôpitaux, 41 personnes ont été tuées et environ 70 blessées", a indiqué à l'AFP Hafiz Abdulhai Abbas, responsable de la santé à Kandahar. 


"Nous sommes débordés. Il y a trop de cadavres et de blessés amenés à notre hôpital. Nous avons un besoin urgent de sang", a-t-il ajouté.


A l'intérieur et à l'entrée de la mosquée, le sol était par endroits recouvert de débris et certains murs perforés par le souffle des explosions, a constaté un journaliste de l'AFP.


Washington a condamné l'attaque par la voix du porte-parole du département d'État américain, Ned Price, et a réitéré son appel aux "talibans pour qu'ils respectent l'engagement qu'ils ont pris en matière de lutte contre le terrorisme, et en particulier pour qu'ils s'attaquent à la menace commune à laquelle nous sommes confrontés", celle de l'EI-K.


"Nous sommes déterminés à faire en sorte qu'aucun groupe... ne puisse plus jamais utiliser le sol afghan comme rampe de lancement pour des attaques contre les États-Unis ou d'autres pays", a ajouté M. Price. 


Depuis leur arrivée au pouvoir le 15 août, les talibans, qui font du retour de la sécurité dans le pays après 20 ans de guerre leur priorité, sont confrontés à une vague d'attentats sanglants menés par l'EI.


Sa branche locale, l'État islamique-Khorasan (EI-K), a ciblé ces dernières semaines les talibans et la minorité chiite afghane.


Vendredi dernier, à Kunduz, à la même heure, un kamikaze avait déclenché un gilet explosif dans la foule lors de la grande prière à la mosquée chiite de Gozar-e-Sayed, tuant au moins une quarantaine de fidèles.


L'attentat de Kunduz est l'attaque la plus meurtrière depuis le départ des troupes américaines du pays le 30 août.

«Défi aux talibans»

L'EI-K, groupe sunnite rival des talibans qui se présente comme le seul garant d'une vision rigoriste de l'islam, a ciblé à de nombreuses reprises ces dernières années la minorité chiite, considérée comme "hérétique" - et en particulier les hazaras.


Les talibans eux-mêmes s'en sont souvent pris dans le passé aux chiites, qui représentent entre 10% et 20% de la population afghane (environ 40 millions d'habitants au total), avant d'affirmer vouloir désormais garantir leur sécurité.


"Le massacre d'innocents qui prient est injustifiable, dans aucune religion (...) Ces actes n'ont rien à voir avec l'Islam", a réagi lors d'un entretien avec l'AFP le responsable chiite Mohammad Reza Muzaffar, imam de la mosquée Qalai Shahada à Kaboul, assurant être prêt "à coopérer pour assurer la sécurité des mosquées", si les talibans n'y parvenaient pas. 


Cette attaque, en plein fief taliban, est également "un défi lancé aux talibans qui prétendent détenir le contrôle du pays", analyse de son côté Abdul Sayed, chercheur spécialisé dans le suivi des groupes jihadistes afghans pour la plateforme ExTrac.


"S'ils ne peuvent pas protéger Kandahar d'une attaque de l'EI-K, comment pourraient-ils protéger le reste du pays de l'EI-K?", demande l'analyste.

Les événements en Afghanistan depuis la chute de Kaboul

De la prise de pouvoir des talibans aux explosions survenues vendredi dans une mosquée chiite de Kandahar, rappel des principaux événements en Afghanistan depuis la mi-août.

Les talibans à Kaboul, chaos à l'aéroport 

Le 15 août, les talibans entrent dans Kaboul sans rencontrer de résistance, à l'issue d'une offensive éclair entamée en mai à la faveur du retrait des forces américaines et de l'Otan.

Le président Ashraf Ghani, en fuite à Abou Dhabi, admet que "les talibans ont gagné", vingt ans après avoir été chassés du pouvoir par une coalition internationale menée par les Etats-Unis.

L'évacuation de diplomates, d'autres étrangers et d'Afghans s'organise dans l'urgence. Une marée humaine se précipite à l'aéroport de Kaboul dans le chaos pour tenter de fuir le nouveau régime.

Le 16, le président américain Joe Biden affirme que la mission de Washington n'a jamais été de bâtir une nation démocratique mais "d'empêcher une attaque terroriste sur le sol américain".

« Inquiets » pour les femmes 

Bruxelles et Washington se disent "profondément inquiets" de la situation des femmes, dans une déclaration co-signée par 18 autres pays.

Les talibans, assurant qu'ils ne chercheront pas à "se venger" de leurs adversaires, déclarent une amnistie générale pour les responsables gouvernementaux ou militaires afghans. Mais un rapport confidentiel des Nations unies affirme qu'ils traquent ceux qui ont travaillé avec les forces étrangères.

Le 22, les talibans annoncent le lancement d'une offensive d'envergure contre la vallée du Panchir, (est) dernière poche de résistance qui abrite le Front national de résistance (FNR) emmené par Ahmad Massoud, fils du commandant Ahmed Shah Massoud assassiné en 2001 par le groupe jihadiste Al-Qaïda.

Attentat sanglant de l'EI

Le 26, soixante-douze personnes, dont treize soldats américains, sont tuées devant l'aéroport de Kaboul dans un attentat-suicide revendiqué par le groupe Etat islamique au Khorasan (EI-K).

Deux jours plus tard, des drones de l'armée américaine bombardent des "cibles importantes" de l'EI-K dans l'Est afghan, tuant deux jihadistes de haut rang.

Retrait américain 

Le 30 août, l'armée américaine quitte l'Afghanistan.

Le gigantesque pont aérien a permis l'évacuation de plus de 123.000 civils Afghans et étrangers.

Manifestations

Début septembre, des femmes descendent dans les rues d'Hérat, capitale de l'Ouest, pour revendiquer leur droit à travailler et réclamer la participation de femmes au nouvel exécutif.

D'autres manifestations pour la défense des libertés sont dispersés avec brutalité.

Le 6, les talibans affirment contrôler le Panchir. Toute nouvelle tentative d'insurrection sera "durement réprimée", préviennent-ils. Le FNR assure "continuer" la lutte.

Gouvernement exclusivement taliban

Le 7, les talibans annoncent la nomination des principaux ministres de leur gouvernement, tous issus de leurs rangs et dirigés par Mohammad Hassan Akhund, un ancien proche de leur fondateur, le mollah Omar.

Le nouveau gouvernement interdit tout rassemblement non autorisé.

Le 10, l'ONU dénonce la répression de manifestations pacifiques qui ont fait au moins quatre morts, selon un décompte "non exhaustif" du Haut-commissariat des droits de l'homme.

Le 15, l'Iran, après le Pakistan, reprend ses vols commerciaux avec l'Afghanistan.

Attentats de l'EI et aide humanitaire

Les 18 et 19, des attaques contre les talibans revendiquées par l'EI-K à Jalalabad font au moins deux morts.

Le 22, l'ONU débloque 45 millions de dollars d'aide d'urgence.

Le 3 octobre, un attentat à la bombe contre une mosquée de Kaboul fait au moins cinq morts. Il est revendiqué par l'EI, ainsi qu'un autre attentat suicide perpétré le 8 octobre lors de la grande prière du vendredi dans une mosquée chiite de Kunduz (nord-est), qui fait plusieurs dizaines de morts.

Le 9, les talibans exhortent les Etats-Unis à ne pas "déstabiliser" leur gouvernement, lors de la première rencontre à Doha entre des représentants des deux parties depuis le retrait américain.

Le 11, l'ONU dénonce des promesses non tenues par les talibans à l'égard des femmes et des filles.

Le 12, les talibans rencontrent pour la première fois une délégation conjointe américaine et européenne à Doha. L'UE promet lors d'un sommet du G20 une aide humanitaire pour l'Afghanistan d'un milliard d'euros.

Le 15, des explosions dans une mosquée chiite, à Kandahar (sud), font plusieurs dizaines de morts et de blessés, selon un bilan provisoire.

L'EI compte 2 000 hommes en Afghanistan et veut s'étendre en Asie centrale selon Poutine

Le Nord de l'Afghanistan abrite au moins 2.000 combattants du groupe jihadiste État islamique, qui a l'ambition de s'étendre en Asie centrale, la zone d'influence de la Russie, a déclaré vendredi Vladimir Poutine.

Le président russe a relevé qu'une multitude de groupes "extrémistes et terroristes" sont actifs dans le Nord afghan, y compris l'EI, Al-Qaida et le Mouvement islamique d'Ouzbékistan.

"Selon nos informations, le nombre de combattants de l'EI est d'environ 2.000, leurs chefs préparent des plans pour étendre leur influence dans les pays d'Asie centrale et des régions russes en attisant les conflits ethno-confessionnels et la haine religieuse", a-t-il dit, lors d'un sommet virtuel des pays de la CEI, organisation de pays ex-soviétiques.

L'État islamique - Khorasan (EI-K), le groupe islamiste armé le plus radical d'Afghanistan, a revendiqué une série d'attentats destinés à déstabiliser "l'émirat" proclamé par les talibans.

La Russie s'inquiète de l'escalade des attaques, craignant que toute la région, située sur son flanc sud, puisse être déstabilisée.

M. Poutine a exprimé sa préoccupation une première fois cette semaine, relevant que des jihadistes endurcis venus de Syrie et d'Irak arrivaient en Afghanistan.

Moscou considère les talibans comme une organisation extrémiste mais entretient néanmoins des relations avec eux depuis de longues années.

Ses émissaires doivent participer à une première réunion internationale en Russie le 20 octobre.

Des représentants de la Chine, de l'Iran, du Pakistan et de l'Inde sont également attendus, et l'émissaire du Kremlin Zamir Kaboulov, qui sera à la tête de la délégation russe, a assuré que les États-Unis étaient "invités".

Il y sera notamment question des moyens de "normaliser la situation" en Afghanistan, selon le président russe. 

La Russie souhaite que les talibans ouvrent leur gouvernement à d'autres forces pour faciliter la réconciliation et le combat contre des groupes comme l'EI.  

Vingt ans après avoir été chassés du pouvoir par les États-Unis, les talibans ont fait un retour spectaculaire aux commandes du pays en août, dans la foulée du retrait militaire américain.

La Russie s'intéresse de près à la situation en Afghanistan, pays que les forces soviétiques ont occupé pendant 10 ans jusqu'à leur retrait en 1989, au terme d'une guerre sanglante.


Les Etats-Unis et l'Iran cessent les hostilités «pour le moment»

Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain. (AFP)
  • Les deux camps s'accusaient mutuellement de violations du cessez-le-feu ces derniers jours, dans un regain de tensions après la signature le 17 juin de leur protocole d'accord
  • Le responsable américain n'a cependant pas confirmé des informations de médias américains faisant état d'une rencontre entre Iraniens et Américains mardi au Qatar, avec Ormuz au programme

WASHINGTON: Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain.

"Il est prévu que les discussions techniques continuent sur tous les points du protocole d'accord. Les deux parties vont cesser (leurs attaques) pour le moment et les navires peuvent circuler librement" dans le détroit d'Ormuz et autour, a expliqué dans un mail transmis à l'AFP ce responsable.

Les deux camps s'accusaient mutuellement de violations du cessez-le-feu ces derniers jours, dans un regain de tensions après la signature le 17 juin de leur protocole d'accord.

Le responsable américain n'a cependant pas confirmé des informations de médias américains faisant état d'une rencontre entre Iraniens et Américains mardi au Qatar, avec Ormuz au programme.

Verrouillé par la République islamique pendant la guerre lancée le 28 février par Israël et les Etats-Unis, ce qui a déstabilisé le commerce mondial d'hydrocarbures et fait flamber les cours du pétrole, le détroit a rouvert la semaine dernière.

Téhéran n'autorise cependant qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes, et menace de s'en prendre à tout navire contrevenant. "Aucune autre institution ni aucun autre pays" que l'Iran n'est "responsable" de la gestion du détroit, a martelé dimanche le chef de la diplomatie Abbas Araghchi.

"Toute ingérence" dans la gestion du détroit conduira "à des retards dans (sa) réouverture et augmentera les tensions", a-t-il lancé.

Possible rencontre au Qatar 

L'Iran a vu d'un mauvais oeil l'annonce par Oman de l'ouverture d'une voie de navigation alternative temporaire, présentée comme une initiative concertée avec l'ONU pour évacuer les marins et navires bloqués. Des dizaines de bateaux l'ont empruntée cette semaine.

Et depuis jeudi, deux navires ont été touchés par des projectiles d'origine inconnue - des attaques attribuées à Téhéran par l'armée américaine qui a riposté deux jours de suite en bombardant l'Iran.

Téhéran a de son côté répliqué en tirant missiles et drones vers ses voisins du Golfe, notamment le Koweït et Bahreïn.

Citant deux responsables américains et une troisième source ayant connaissance du dossier, le média Axios a affirmé que des discussions devaient avoir lieu mardi au Qatar pour résoudre les différends concernant Ormuz, voie par laquelle transite habituellement quelque 20% des hydrocarbures mondiaux.

Si l'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur Ormuz, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), adoptée en 1982, garantit un droit de "passage en transit" dans les détroits qui servent à la navigation internationale, comme celui d'Ormuz, incontournable pour relier le Golfe au reste du monde.

Le texte, non ratifié par Téhéran, dispose que "tous les navires et aéronefs" dont le but est le transit "continu et rapide" du détroit jouissent d'une liberté de navigation "sans entrave".

Frappes israéliennes au Liban 

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans le protocole d'accord avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes dimanche. Et ce malgré, aussi, la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre en vue d'une "paix durable".

Dans un communiqué conjoint, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense israéliens Israël Katz ont annoncé que l'armée avait détruit un long et profond tunnel du Hezbollah dans le sud du Liban.

L'Agence libanaise d'information ANI (officielle) a rapporté des bombardements, le ministère de la Santé faisant état de deux blessés après le lancement d'une grenade par "l'ennemi israélien" sur une localité du sud du pays.

Le chef du Parlement libanais allié au Hezbollah pro-Iran, Nabih Berri, a affirmé dimanche que l'accord avec Israël "ne sera pas adopté" en l'état.

Le mouvement chiite, qui rejette lui aussi cet accord, a dit se réserver le droit de "défendre sa patrie" après les dernières attaques israéliennes.

L'accord conditionne le retrait d'Israël du Liban - dont les troupes occupent un secteur dans le sud - au désarmement du Hezbollah. Une exigence de longue date que Beyrouth peine à mettre en oeuvre.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à son parrain iranien, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran.


Etats-Unis et Iran échangent des frappes

Des avions de chasse F-16 en patrouille au Moyen-Orient. Des appareils militaires américains ont bombardé vendredi des sites de missiles, de drones et de radars en Iran. (Commandement central des États-Unis)
Des avions de chasse F-16 en patrouille au Moyen-Orient. Des appareils militaires américains ont bombardé vendredi des sites de missiles, de drones et de radars en Iran. (Commandement central des États-Unis)
  • L’Iran affirme avoir visé des cibles américaines dans le Golfe en riposte aux frappes américaines contre des sites militaires iraniens, après une attaque contre un navire dans le détroit d’Ormuz
  • Malgré cette escalade, le trafic maritime reprend progressivement dans le détroit d’Ormuz, tandis que les États-Unis ont dévoilé un accord-cadre entre Israël et le Liban pour une paix durable

TEHERAN: L'Iran a affirmé samedi avoir riposté, en attaquant des cibles américaines dans le Golfe, à des frappes menées la veille par Etats-Unis contre son territoire.

Les frappes américaines, les premières connues depuis la signature du protocole d'accord entre Washington et Téhéran le 17 juin, ont été lancées à la suite de l'attaque d'un navire commercial ayant franchi le détroit d'Ormuz la veille et attribuée à l'Iran par les Etats-Unis.

"Si l'agression se répète, notre réponse sera plus large que ça", ont averti les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, cités par la télévision d'Etat Irib.

De son côté, l'armée américaine avait annoncé avoir "ciblé des lieux de stockage de missiles et de drones et des sites radar côtiers en Iran", en réponse "à l'attaque de la veille contre un navire commercial qui transitait par le détroit d'Ormuz". Elle a ensuite publié sur X une vidéo de sa frappe contre l'Iran.

La télévision d'Etat iranienne a fait état vendredi soir d'une explosion et d'un impact de projectile sur un quai de la ville de Sirik, dans le sud du pays, ainsi que plusieurs tirs d'avertissement visant ce que Téhéran qualifie de "navires en infraction" dans le détroit d'Ormuz.

"Le port de Sirik n'a subi aucun dommage lors de l'attaque ennemie", a plus tard indiqué un responsable des ports de la région d'Hormozgan, cité par l'agence de presse iranienne Mehr.

Le vice-président américain JD Vance a écrit sur X que l'Iran avait "signé un accord de cessez-le-feu. Nous l'avons respecté. S'ils ont des désaccords sur la mise en œuvre du protocole d'accord, ils peuvent décrocher leur téléphone. Mais la violence n'engendrera que la violence".

Plus tôt dans la journée, Donald Trump a qualifié l'attaque du cargo de "violation stupide" du cessez-le-feu, alors que les deux belligérants sont entrés dans une phase de soixante jours de négociations pour parvenir à un accord final.

"Vous verrez bien", a-t-il répondu de manière évasive aux questions sur une éventuelle réponse militaire américaine.

 

- Accord-cadre entre Liban et Israël -

 

Des navires ont néanmoins continué vendredi à traverser le détroit d'Ormuz, que l'Iran a rouvert suite au protocole d'accord entre Washington et Téhéran.

Et plusieurs bateaux ont emprunté une route non approuvée par Téhéran, même si l'autorité maritime iranienne avait averti que "tout passage en dehors du cadre défini ne bénéficierait pas des garanties de passage sécurisé".

Vendredi, 29 navires commerciaux ont franchi le détroit, selon les données du site de suivi Kpler en fin d'après-midi. Dix-sept ont suivi une route longeant les côtes d'Oman. Après un pic de 57 navires mercredi, 42 étaient passés jeudi.

Suspendu après l'attaque du cargo, le processus d'évacuation des quelque 600 navires, avec 11.000 marins à bord bloqués dans le Golfe depuis le début de la guerre, sera relancé dès l'obtention de "confirmations supplémentaires" sur les garanties de sécurité, a expliqué l'Organisation maritime internationale (OMI).

Depuis son lancement mardi, quelque 2.500 marins et 115 navires ont été évacués jusque-là, selon l'OMI.

Sur l'autre front, Washington a publié vendredi le texte d'un accord-cadre sous l'égide des Etats-Unis, entre Israël et le Liban, avec l'objectif affiché de "paix et sécurité durables" entre les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies.

 

- "Vers une guerre civile" -

 

Dans une vidéo diffusée juste après l'annonce, Benjamin Netanyahu a semblé dévoiler les succès obtenus côté israélien, à commencer par le maintien de son armée dans le sud du Liban "tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé", malgré la mise en place de deux "zones pilotes" rendues au contrôle de l'armée libanaise.

Il a également averti que la population civile déplacée ne pourrait pas revenir.

"L'Iran essaie de nous contraindre à nous retirer du sud du Liban par la pression, mais en réalité, Israël, le Liban et les États-Unis lui répondent: cela ne vous regarde pas", a-t-il considéré.

L'accord est "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté entière du Liban sans "occupation", "subordination" ni "tutelle", a réagi son président Joseph Aoun.

Tant l'ambassade libanaise à Washington que le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio ont évoqué dans leurs communications la question du désarmement du Hezbollah.

Les "autorités libanaises seront incapables d'imposer" sa mise en oeuvre, à moins "qu'elles ne se dirigent, avec le soutien américain, vers une guerre civile", a réagi Hassan Fadlallah, député du Hezbollah, le mouvement pro-iranien armé très implanté dans le sud du Liban et qui a toujours rejeté ces négociations directes.

Le député a aussi qualifié l'accord de "tentative de perturber" celui conclu le 17 juin entre Washington et Téhéran pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris au Liban - sur l'insistance de l'Iran qui ne veut pas dissocier les deux dossiers.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à son parrain iranien, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran le 28 février.


Une vérification nucléaire «très poussée» est nécessaire en Iran après la guerre, selon le chef de l'AIEA

Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
  • "L'objectif de cet accord (entre les États-Unis et l'Iran) est de garantir qu'il n'y ait pas de développement d'armes nucléaires en Iran. Le gouvernement iranien a déclaré très clairement que ce n'est pas son intention", a indiqué Rafael Grossi
  • "Mais bien sûr, les intentions ne suffisent pas. Nous devons mettre en place un système de vérification très poussé (...) dès que possible", a ajouté M. Grossi

TOKYO: Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

"L'objectif de cet accord (entre les États-Unis et l'Iran) est de garantir qu'il n'y ait pas de développement d'armes nucléaires en Iran. Le gouvernement iranien a déclaré très clairement que ce n'est pas son intention", a indiqué Rafael Grossi lors d'une conférence de presse au Japon.

"Mais bien sûr, les intentions ne suffisent pas. Nous devons mettre en place un système de vérification très poussé (...) dès que possible", a ajouté M. Grossi.

Il a également indiqué que l'organisme de surveillance avait "à peine entamé" des discussions avec l'Iran à la suite de son récent accord préliminaire avec les États-Unis sur le devenir du stock d'uranium de Téhéran.

"Des discussions initiales ont eu lieu (...) Nous nous attendons à ce que ce travail s'accélère prochainement", a déclaré M. Grossi.

Téhéran a toujours nié chercher à se doter de la bombe atomique, tout en restant inflexible sur son droit à exploiter une filière nucléaire civile complète.

En vertu d'une loi votée par le Parlement, les autorités iraniennes ont suspendu en juillet 2025 la coopération avec l'AIEA.

Elles avaient toutefois accepté en septembre d'accueillir de nouveau des inspecteurs, après s'être mis d'accord sur un nouveau cadre et des membres de l'agence se sont rendus ces derniers mois sur place, y compris en juin 2026 pour visiter la centrale nucléaire de Bouchehr. Mais ils n'ont pas eu accès aux sites bombardés.