Le pardon et l'oubli : les victimes plaident pour la paix en Afghanistan

Lundi, des familles se réunissent devant les tombes ornées des photos de leurs proches, tués lors de conflits locaux, dans la banlieue de Kaboul. (AP)
Lundi, des familles se réunissent devant les tombes ornées des photos de leurs proches, tués lors de conflits locaux, dans la banlieue de Kaboul. (AP)
Short Url
Publié le Jeudi 17 septembre 2020

Le pardon et l'oubli : les victimes plaident pour la paix en Afghanistan

  • Des victimes et de survivants se disent prêts à «pardonner» aux talibans, à condition que ces derniers «choisissent le chemin de la paix»
  • Des négociations ont débuté à huis clos samedi à Doha entre le gouvernement afghan et les talibans

DHAKA: Baz Mohammed Timoory n’arrive pas à cacher son angoisse en se souvenant de cette nuit où treize membres de sa famille, y compris sa mère, ont été tués lors de raids aériens à la périphérie de la province de Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan.

Un an et demi s’est déjà écoulé depuis l'attaque. Pourtant, l'ouvrier de 30 ans ignore toujours si la frappe a été menée par le gouvernement afghan ou par les troupes américaines stationnées dans le pays.

«Il est difficile de voir mourir son frère, ses neveux, ses nièces, sa mère et ses sœurs», confie Timoory à Arab News depuis Kunduz, une province agricole verdoyante à 340 km au nord de Kaboul. Cependant, il se dit prêt à «pardonner et à oublier le passé», alors que le gouvernement et les négociateurs talibans mènent des discussions à Doha pour mettre fin à des décennies de conflit dans ce pays ravagé par la guerre.

«Je ne cherche pas à me venger. Je veux que les deux parties s’accordent pour rétablir la paix en Afghanistan», ajoute-t-il.

Timoory n'est pas le seul à éprouver ce sentiment.

Selon un rapport de l'Organisation des nations unies (ONU) publié en février, le conflit a fait 100 000 morts en Afghanistan depuis 2009.

L’ONU admet que ce nombre serait beaucoup plus élevé s'il prenait en compte les civils morts lors des conflits précédents. «On veut mettre fin à la guerre dans le pays, pour permettre aux survivants de vivre en sécurité et en harmonie et pour que les enfants ne perdent plus leurs parents, et les femmes, leurs maris», déclare Bashir Ahmad.

Il est le fils aîné de l'officier de police Nasir Ahmad qui, d’après sa famille, a été tué lors d'une attaque des talibans trois semaines auparavant.

La famille Ahmad fait partie d'un groupe de victimes et de survivants qui se disent prêts à «pardonner» aux talibans, à condition que ces derniers «choisissent le chemin de la paix».

Cependant, d'autres ont réclamé le «rétablissement de la justice» et la punition des talibans.

Pour eux, «les victimes de la guerre estiment qu’une paix accomplie sans un mécanisme qui traiterait les violations généralisées du passé, sera, dans le meilleur des cas, une paix fragile. Pire encore, le conflit reprendra après une brève pause».

Leur déclaration a été publiée à Kaboul la semaine dernière à la veille des négociations qui ont débuté à huis clos samedi à Doha et s’adresse aux deux parties prenantes.

Pourtant, même si les deux parties se mobilisent pour mettre fin aux combats et protéger les droits des femmes et des minorités, les négociations s’annoncent longues et compliquées. Avec quarante-deux négociateurs de chaque côté, dont cinq femmes pour le gouvernement de Kaboul, personne ne représente pour autant directement les familles des victimes.

Fawzia Koofi est une des négociatrices du gouvernement. Interrogée sur leur exclusion des négociations, elle explique: «Il n'est pas certain que l'équipe restera telle quelle jusqu'à la fin des pourparlers. Avec le temps, il est possible qu'il y ait de nouveaux membres et des changements.»

Les négociations tant attendues sont basées sur un accord qui a été signé en février dernier entre les États-Unis et les talibans dont le bureau politique est au Qatar depuis 2013.

Initialement prévus le 10 mars, les pourparlers inter-afghans ont été retardés à plusieurs reprises, principalement en raison du ralentissement de la libération d'environ 5 000 prisonniers talibans, en échange d'otages du gouvernement que le groupe militant détenait.

Plus précisément, le président afghan, Ashraf Ghani, avait tardé à libérer 320 prisonniers talibans encore en détention, qui étaient accusés de crimes graves par plusieurs pays, dont la France et l'Australie.

Entre-temps, le gouvernement et les États-Unis ont été accusés d’avoir mené des opérations contre les talibans qui ont causé la mort de plusieurs civils.

Lors des pourparlers qui se tiennent au Qatar, les militants des droits de l'homme ont exhorté les parties à «entendre les voix des civils». Pour eux, les discussions en cours ainsi que l'accord de février ne protègent pas les droits des victimes.

Lal Gul Lal est le président de l'Organisation afghane des droits de l'homme, financée par des donateurs. Selon lui, «environ 600 000 civils ont été tués au cours des dix-neuf dernières années».

«En Afghanistan, la crise persiste et les accords de paix précédents ont échoué en partie parce que les atrocités et les meurtres du passé n’ont pas été résolus et que la justice n’a pas été rétablie, poursuit-il, en référence au retrait de l'ex-Union soviétique d'Afghanistan dans les années 1980. Les accords de paix ultérieurs ont été conclus, mais ils se sont rapidement effondrés.»

«Si nous demandons que justice soit rendue, c'est pour établir la paix ; justice et paix sont interdépendantes. Les voix des victimes doivent être entendues», ajoute-t-il.

Signé après que les talibans ont été écartés du pouvoir, l’accord de Bonn de 2001 a appelé à une justice de transition. Toutefois, selon lui, «les pressions et les intérêts aussi bien étrangers qu’internes, ont entravé sa mise en œuvre en Afghanistan».

Shaharzad Akbar est la présidente de la Commission indépendante des droits de l'homme nommée par le gouvernement. Pour elle, les victimes devraient disposer d'une plate-forme pour faire valoir leurs doléances, et les «pourparlers doivent reconnaître leurs souffrances et prendre en considération leurs besoins humanitaires».

«Nous reconnaissons toutes les victimes civiles des conflits, qui ont souffert de violence, y compris les attaques suicides, les frappes aériennes, les raids de nuit, les bombes en bord de route et bien plus encore. Ce n'est pas seulement une exigence du droit international et des bonnes pratiques, mais aussi un devoir des équipes de négociation et un droit des victimes dans l'islam», a-t-elle déclaré.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Attentats à Damas: les autorités arrêtent des membres d'une cellule «affiliée à l'EI»

Les autorités syriennes ont annoncé jeudi soir l'arrestation des membres d'une cellule "affiliée à l'organisation Etat islamique" (EI) après deux attentats à la bombe survenus mardi à Damas pendant la visite du président français Emmanuel Macron. (AFP)
Les autorités syriennes ont annoncé jeudi soir l'arrestation des membres d'une cellule "affiliée à l'organisation Etat islamique" (EI) après deux attentats à la bombe survenus mardi à Damas pendant la visite du président français Emmanuel Macron. (AFP)
  • Les auteurs présumés ont été arrêtés simultanément dans "différents lieux à Damas et ses environs", avait auparavant précisé un communiqué du ministère, citant spécifiquement quatre quartiers
  • Deux d'entre eux abritent des membres de la communauté alaouite, dont est issu le clan de l'ex-président Bachar al-Assad

DAMAS: Les autorités syriennes ont annoncé jeudi soir l'arrestation des membres d'une cellule "affiliée à l'organisation Etat islamique" (EI) après deux attentats à la bombe survenus mardi à Damas pendant la visite du président français Emmanuel Macron.

"La cellule responsable des attaques terroristes qui ont ciblé Damas il y a deux jours est désormais entre nos mains", a déclaré sur X le ministre de l'Intérieur Anas Khattab.

"Une fois l'enquête terminée, nous révélerons au public l'identité des membres de la cellule, leur rôle ainsi que leurs affiliations", a ajouté le ministre de l'Intérieur.

Ahmad al-Dalati, chef de la sécurité intérieure pour la région de Damas, a plus tard déclaré à la télévision d'Etat syrienne que les premières investigations avaient montré que "la cellule était affiliée au groupe EI (Etat islamique)".

Les auteurs présumés ont été arrêtés simultanément dans "différents lieux à Damas et ses environs", avait auparavant précisé un communiqué du ministère, citant spécifiquement quatre quartiers. Deux d'entre eux abritent des membres de la communauté alaouite, dont est issu le clan de l'ex-président Bachar al-Assad.

Une personne est morte et 36 autres ont été blessées dans l'explosion quasi simultanée de deux bombes artisanales mardi matin, déposées à proximité de l'hôtel Four Seasons où M. Macron venait de passer la nuit.

L'une des bombes "artisanales" était placée dans une benne à ordures et l'autre dans un véhicule près de l'hôtel, dans le centre de la capitale, ont précisé les autorités.

Des journalistes de l'AFP ont vu des traces de sang sur le trottoir près du luxueux hôtel et les fenêtres du ministère du Tourisme, qui lui fait face, brisées.

A ce moment-là, le chef d'Etat était déjà parti pour s'entretenir avec son homologue Ahmad al-Chareh.

"A vos côtés" 

Lors d'une conférence de presse conjointe organisée après l'explosion, Emmanuel Macron a affirmé que ces attentats ne devaient pas "déstabiliser" la Syrie, qui sort d'une guerre civile de près de 14 ans (2011-2024).

Ahmad al-Chareh a pour sa part salué "le courage" du président français qui a maintenu sa visite.

Les deux pays se sont entendus pour reprendre les relations au niveau des ambassadeurs "le plus tôt possible" selon M. Chareh.

Il s'agissait de la première visite d'un dirigeant d'une puissance occidentale depuis l'arrivée au pouvoir d'une coalition islamiste après plus de 13 années de guerre civile.

Emmanuel Macron avait déjà été le premier dirigeant occidental à accueillir Ahmad al-Chareh, en mai 2025, s'affichant à l'Elysée avec cet ancien jihadiste.

Soutenue par Washington, la Syrie a rejoint l'an dernier la coalition internationale contre l'Etat islamique.

Le groupe jihadiste s'était emparé en 2014 de vastes territoires en Syrie avant d'être défait en 2019 par les forces kurdes syriennes, aidées par la coalition antijihadiste. Il conserve cependant des cellules dormantes et a appelé à défier le pouvoir.

Damas a connu plusieurs incidents au cours des derniers mois. Le 2 juillet, un attentat à la bombe perpétré dans un café du centre de la capitale a fait 10 morts et un vingtaine de blessés.


Le Liban annonce qu'une délégation américaine supervisera le début du retrait israélien

L'ambassadeur des Etats-Unis au Liban a informé le président libanais jeudi de la venue prochaine d'une délégation américaine pour superviser le début de l'application du retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud, a rapporté la présidence. (AFP)
L'ambassadeur des Etats-Unis au Liban a informé le président libanais jeudi de la venue prochaine d'une délégation américaine pour superviser le début de l'application du retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud, a rapporté la présidence. (AFP)
  • Reçu par le président libanais Joseph Aoun, l'ambassadeur américain Michel Issa l'a informé qu'une "délégation militaire arriverait à Beyrouth dans les prochains jours pour coordonner et définir le mécanisme de mise en œuvre sur le terrain" de la clause
  • "La première zone pilote sera lancée d'ici quelques jours, et d'autres zones pilotes sont actuellement à l'étude et en cours de planification", a précisé, sous couvert d'anonymat, un responsable américain à Washington

BEYROUTH: L'ambassadeur des Etats-Unis au Liban a informé le président libanais jeudi de la venue prochaine d'une délégation américaine pour superviser le début de l'application du retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud, a rapporté la présidence.

Un accord-cadre conclu à Washington le 26 juin entre le Liban et Israël, en guerre depuis des décennies, prévoit que l'armée libanaise commence à se déployer dans des zones dont se retirerait Israël, qui occupe une partie du sud, sous réserve du désarmement du Hezbollah pro-iranien.

Reçu par le président libanais Joseph Aoun, l'ambassadeur américain Michel Issa l'a informé qu'une "délégation militaire arriverait à Beyrouth dans les prochains jours pour coordonner et définir le mécanisme de mise en œuvre sur le terrain" de la clause relative aux "zones pilotes", selon un communiqué de la présidence.

"La première zone pilote sera lancée d'ici quelques jours, et d'autres zones pilotes sont actuellement à l'étude et en cours de planification", a précisé, sous couvert d'anonymat, un responsable américain à Washington.

Il a déclaré que le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) assurerait la coordination avec les deux pays concernant ces zones.

"Nous allons bientôt entamer des discussions avec des partenaires internationaux afin d'aider le gouvernement libanais à rétablir effectivement sa souveraineté dans ces zones, puis plus largement sur l'ensemble de son territoire", a ajouté ce responsable.

Il a confirmé que les discussions prévues à Rome les 15 et 16 juillet entre Israël et le Liban auraient bien lieu, après qu'une source diplomatique eut indiqué plus tôt à l'AFP que le Liban avait exigé un retrait israélien avant de participer aux pourparlers.

Le président libanais Joseph Aoun a de son côté appelé une nouvelle fois les Etats-Unis à "faire pression sur Israël". Il a également souligné, devant des visiteurs, "l'importance de parvenir à mettre fin à l'état d'hostilité" avec son voisin.

L'accord-cadre n'établit pas de calendrier de retrait du sud du Liban, où Israël a annoncé vouloir pour l'heure maintenir ses troupes dans une zone pouvant s'étendre jusqu'à dix kilomètres de sa frontière.

Il a été conclu à l'issue de cinq cycles de négociations entre le Liban et Israël, inédites depuis des décennies, à Washington.

Les négociations de Rome seront suivies par une visite de M. Aoun aux Etats-Unis, prévue le 21 juillet selon l'ambassade libanaise à Washington.

Le Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre régionale en mars en soutien à Téhéran, est opposé aux négociations directes avec Israël et refuse d'être désarmé.

"Aucune clause de l'accord ne passera", a une nouvelle fois martelé cette semaine le chef du Hezbollah Naïm Kassem.


Gaza: des tirs israéliens font 9 morts, selon les secours

Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël. (AFP)
Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël. (AFP)
  • L'hôpital Nasser, situé dans le sud de Gaza à Khan Younès, a annoncé avoir reçu les dépouilles de quatre personnes, dont une femme, âgées de 10 à 39 ans et tuées dans une frappe aérienne visant une tente de déplacés
  • L'établissement a également indiqué avoir reçu le corps d'Ahmad Salim, un chauffeur de camion tué par des tirs israéliens à al-Mawasi, une zone située dans le sud de Gaza

GAZA: Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël.

La Défense civile, un organisme opérant sous l'autorité du mouvement islamiste Hamas, a recensé neuf morts en plusieurs endroits, dans des frappes aériennes et des tirs.

L'hôpital Nasser, situé dans le sud de Gaza à Khan Younès, a annoncé avoir reçu les dépouilles de quatre personnes, dont une femme, âgées de 10 à 39 ans et tuées dans une frappe aérienne visant une tente de déplacés.

L'établissement a également indiqué avoir reçu le corps d'Ahmad Salim, un chauffeur de camion tué par des tirs israéliens à al-Mawasi, une zone située dans le sud de Gaza.

L'armée israélienne a affirmé que M. Salim s'était dirigé en courant vers des soldats qui interrogeaient d'autres chauffeurs de camion interpellés.

Les soldats ont ouvert le feu dans sa direction après "avoir identifié une menace immédiate", a précisé l'armée, affirmant enquêter sur les autres incidents survenus mercredi.

L'hôpital Al-Chifa, à Gaza-ville, a de son côté déclaré avoir reçu quatre corps: celui d'un enfant tué par des tirs israéliens dans l'est de la ville, celui d'un homme tué dans une frappe aérienne dans l'ouest et deux autres tués dans un bombardement ayant visé un véhicule.

L'armée israélienne a confirmé à l'AFP avoir mené une frappe aérienne sur la ville de Gaza, mais a dit ne pas "être au courant" d'un bombardement dans l'ouest de la ville.

Israël et le Hamas s'accusent presque quotidiennement de violer le cessez-le-feu dans le territoire dévasté.

Au moins 1.084 Palestiniens y ont été tués depuis son entrée en vigueur en octobre, selon le ministère de la Santé du territoire, également placé sous l'autorité du Hamas et dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU.

Dans le même temps, Israël a recensé cinq soldats et un contractuel travaillant pour le ministère de la Défense tués dans le territoire palestinien.

Les restrictions imposées aux médias et l'accès limité à Gaza empêchent l'AFP de vérifier de manière indépendante les bilans ou de couvrir librement les violences sur place.