Afghanistan : l'"impensable" libération de talibans pour les familles de leurs victimes

Sur cette photo prise le 13 août 2020, Juma Khan Haidari, 77 ans, qui a perdu son fils Aziz Ahmad Naween, 24 ans, lors d’un attentat à Kaboul le 31 mai 2017. (Wakil Koshar / AFP)
Sur cette photo prise le 13 août 2020, Juma Khan Haidari, 77 ans, qui a perdu son fils Aziz Ahmad Naween, 24 ans, lors d’un attentat à Kaboul le 31 mai 2017. (Wakil Koshar / AFP)
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Publié le Samedi 15 août 2020

Afghanistan : l'"impensable" libération de talibans pour les familles de leurs victimes

  • "Nous voulons tous la paix, mais ils ne nous ont jamais demandé notre opinion, aux victimes"
  • "Si moi, en tant que frère d'une victime de cette guerre, je m'oppose à la libération de son meurtrier, alors cette guerre continuera pour toujours"

KABOUL : Quand Juma Khan a compris qu'un assassin présumé de son fils serait prochainement relâché, il s'est senti "comme poignardé au coeur". En Afghanistan, les familles de victimes d'attaques talibanes peinent à accepter la libération prochaine de leurs perpétrateurs au nom d'un hypothétique processus de paix.

Le 31 mai 2017, un camion piégé explose devant l'enclave diplomatique de Kaboul. L'attentat, non revendiqué mais attribué aux insurgés par les autorités, fait plus de 150 morts. Parmi eux, Naween, 24 ans, le benjamin de ses quatre fils. 

"C'était le pire jour de ma vie", se souvient Juma Khan, qui raconte s'être "évanoui en voyant le corps de (Naween) dans un cercueil". Le choc a ensuite provoqué une attaque cérébrale chez ce frêle septuagénaire désormais à moitié paralysé.

"Nous voulons tous les paix, mais ils ne nous ont jamais demandé notre opinion, aux victimes", regrette Juma Khan, pour qui "il n'y aura pas la paix" après l'élargissement de 400 prisonniers talibans, alors que ceux-ci, "les tueurs de mon fils, de notre peuple, seront en liberté".

Depuis plusieurs mois, le sort de ces détenus constituait un frein au démarrage de négociations entre les rebelles et le gouvernement afghan, maintes fois repoussées, que prévoit un accord signé fin février par les Etats-Unis et les insurgés.

Dans ce texte non ratifié par Kaboul, Washington et les talibans s'étaient également mis d'accord sur un échange de prisonniers : quelque 5.000 insurgés contre un millier de membre des forces afghanes.

"Criminels endurcis"

Si les autorités afghanes ont déjà relâché une grande partie des captifs, elles rechignaient à libérer les 400 derniers, dont certains étaient impliqués dans des attaques meurtrières ayant tué Afghans et étrangers.

Mais dimanche dernier, une "loya jirga", grande assemblée afghane composée de milliers de dignitaires, responsables étatiques et chefs tribaux, a accepté le principe de leur élargissement.

La libération de "criminels endurcis" et de trafiquants de drogue va "vraisemblablement représenter un danger pour nous, pour (les Etats-Unis) et pour le monde", a averti jeudi le président afghan Ashraf Ghani. 

Elle revient aussi à "empêcher la justice et que guérissent les familles de ceux qu'ils ont tué", a-t-il commenté vendredi, alors que 80 d'entre eux sortaient de prison, selon son gouvernement.

La famille de Bettina Goislard, Française tuée le 16 novembre 2003 à Ghazni (Est), a ainsi qualifié d'"inconcevable" la "libération sur fond de marchandage" des deux assassins de cette employée onusienne.

"Si cette remise en liberté était confirmée, ils emporteraient avec eux une part de la vérité que la famille Goislard attend encore", a commenté samedi Me Cosima Ouhioun, l'avocate de la famille, rappelant qu'une information judiciaire sur l'affaire est toujours ouverte en France.

"Impensable"

Tous deux devraient pourtant être élargis, tout comme un ancien soldat afghan qui, en 2012 dans la province de Kapisa, avait tué cinq soldats français et en avait blessé 13 autres.

Faiz Ali Ahmadi, un agent de sécurité, a également péri dans le monstrueux attentat au camion piégé. Sa veuve Shahnaaz, 42 ans, ne se remet pas de la décision "impensable" de la loya jirga. "Comment ont-ils pu faire cela ? Nous avons tous pleuré ce jour-là", regrette cette mère de sept enfants.

"Nous avons subi tant d'épreuves depuis la perte de mon père, à la fois financièrement et émotionnellement", se remémore Gulbahar, une fille du défunt, interrogée par l'AFP. "Ils auraient dû être exécutés il y a longtemps. Je ne pourrai jamais leur pardonner de m'avoir pris mon père." 

Abdul Rahman Sayed, dont le frère de 34 ans, Ahmad Farzam, a été tué lors d'un attentat perpétré en 2018 dans le luxueux hôtel Intercontinental de Kaboul, veut toutefois rester optimiste. Lui est prêt à pardonner et à aller de l'avant au nom de la paix.

"Si moi, en tant que frère d'une victime de cette guerre, je m'oppose à la libération de son meurtrier, alors cette guerre continuera pour toujours", observe cet habitant de Kandahar, capitale d'un Sud afghan largement sous contrôle des talibans. "Maintenant, c'est le temps du pardon."


Le Liban lance les travaux de réhabilitation de son second aéroport

Des membres du personnel au sol marchent près d’un avion à l’aéroport René Mouawad, dans la ville de Qlaïat, dans le gouvernorat d’Akkar, à l’extrême nord du Liban, le 6 juin 2026. (AFP)
Des membres du personnel au sol marchent près d’un avion à l’aéroport René Mouawad, dans la ville de Qlaïat, dans le gouvernorat d’Akkar, à l’extrême nord du Liban, le 6 juin 2026. (AFP)
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  • Le Liban a lancé les travaux de réhabilitation de son deuxième aéroport international à Qlaïat, dans le gouvernorat d’Akkar
  • Le projet prévoit une mise en service autour de novembre 2026, avec des vols vers Istanbul et Dubaï, puis vers d’autres destinations régionales, tout en visant la création d’emplois dans le nord du Liban

BEYROUTH: Le Liban a lancé samedi les travaux de réhabilitation de son second aéroport international, situé dans le nord du pays, près de la frontière syrienne, après des années de report.

Le pays ne dispose actuellement que d'un seul aéroport, celui de Beyrouth. Le nouvel aéroport, situé à Qlaïat, dans le gouvernorat d'Akkar, à l'extrême nord du Liban et à proximité de la frontière syrienne, se trouve également près de Tripoli, grande ville à majorité sunnite du nord du pays. 

La mise en service de l'aéroport vise à créer des emplois dans le gouvernorat d'Akkar, l'un des plus pauvres du Liban.

Jusqu'ici, l'aéroport était utilisé à des fins militaires par l'armée libanaise.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam et le ministre des Transports, Fayez Rasamny, ont assisté samedi à l’ouverture de l’aéroport à des fins commerciales. 

"Aujourd'hui on passe de la promesse à la réalisation", a affirmé le ministre libanais, précisant que l'aéroport devrait commencer à être opérationnel "dans quelques semaines" pour desservir Mersin et Istanbul en Turquie mais aussi Dubaï.

Il a également évoqué, à terme, une extension du réseau vers l'Arabie saoudite, Le Caire et Athènes ainsi que des discussions en cours avec les compagnies à bas coût EasyJet, Ryanair et Pegasus, afin qu'elles le desservent.

Les travaux d'aménagement devraient durer au moins trois mois et l'aéroport pourrait être officiellement mis en service en novembre 2026, selon des médias locaux.

La société libanaise Sky Lounge, chargée du projet, a publié samedi une vidéo montrant un vol d'essai entre les aéroports de Beyrouth et de Qlaïat.

Son président-directeur général, Ziad Mnoula, a indiqué que le terminal passagers pourrait être achevé dans les "90 jours" suivant l'obtention des autorisations nécessaires. Selon lui, l'aéroport sera capable d'accueillir 114.000 passagers la première année. 

L’aéroport René Moawad, construit par l’armée française dans les années 1930 et utilisé à des fins civiles dans les années 1960, a été bombardé lors de la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah.

L’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth a continué d’assurer ses opérations sans interruption, malgré les conflits successifs entre Israël et le Hezbollah, notamment en 2023, 2024 et depuis le 2 mars, confirmant son rôle central dans la continuité des liaisons aériennes du pays.


L’Arabie saoudite mène la condamnation arabe des attaques de l’Iran contre Bahreïn et le Koweït

Le ministère a déclaré que l’Arabie saoudite soutient Bahreïn et le Koweït dans les mesures qu’ils prennent pour protéger leur sécurité. (KSAMOFA)
Le ministère a déclaré que l’Arabie saoudite soutient Bahreïn et le Koweït dans les mesures qu’ils prennent pour protéger leur sécurité. (KSAMOFA)
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  • Les deux pays du Golfe ont intercepté sept missiles tirés par l’Iran samedi

RIYAD : Le ministère des Affaires étrangères de l’Saudi Arabia a condamné samedi les attaques de l’Iran contre l’Bahrain et le Kuwait.

Les deux pays du Golfe ont intercepté sept missiles tirés par l’Iran samedi.

Dans une déclaration publiée sur X, le ministère saoudien des Affaires étrangères a affirmé que les agressions iraniennes représentent une menace pour la sécurité régionale et internationale.

« Les attaques continues de l’Iran compromettent les efforts internationaux visant à rétablir la sécurité », indique le communiqué.

Le ministère a également déclaré que l’Arabie saoudite soutient Bahreïn et le Koweït dans les mesures qu’ils prennent pour garantir leur sécurité.

« Les attaques continues de l’Iran signifient une nouvelle escalade », a ajouté le ministère.

L’échange de frappes intervient alors que l’administration Trump accentue la pression sur l’Iran afin de parvenir à un accord pour mettre fin au conflit.

La Jordan a également condamné samedi ces attaques, les qualifiant de violation de la souveraineté des deux pays et de menace pour la sécurité et la stabilité régionales.

Le ministère des Affaires étrangères a réaffirmé la pleine solidarité de la Jordanie avec Bahreïn et le Koweït, ainsi que son soutien aux mesures prises pour protéger leur sécurité et leur intégrité territoriale. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'armée libanaise annonce la mort de plusieurs militaires dans une frappe israélienne

Des habitants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne survenue la veille dans la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 5 juin 2026. Des frappes israéliennes menées durant la nuit sur la ville de Tyr ont fait sept morts, a indiqué à l’AFP une source de la défense civile libanaise, malgré le cessez-le-feu en vigueur dans la guerre entre Israël et Hezbollah. (Photo : Kawnat HAJU / AFP)
Des habitants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne survenue la veille dans la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 5 juin 2026. Des frappes israéliennes menées durant la nuit sur la ville de Tyr ont fait sept morts, a indiqué à l’AFP une source de la défense civile libanaise, malgré le cessez-le-feu en vigueur dans la guerre entre Israël et Hezbollah. (Photo : Kawnat HAJU / AFP)
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  • L’armée libanaise annonce la mort de plusieurs soldats, dont un officier, dans une frappe israélienne visant un véhicule militaire dans le sud du Liban malgré le cessez-le-feu annoncé cette semaine
  • Les combats se poursuivent entre Israël et le Hezbollah, tandis que l’armée israélienne a appelé à l’évacuation de plusieurs villages du sud et de l’est du Liban avant de nouvelles frappes

BEYROUTH: L'armée libanaise a annoncé samedi la mort de plusieurs de ses membres dans une frappe israélienne dans le sud du pays, malgré le cessez-le-feu théoriquement en vigueur.

"Plusieurs militaires, dont un officier", ont été tués "dans une attaque israélienne brutale" ayant ciblé un véhicule militaire sur la route entre Khardali et Nabatiyé, a indiqué l'armée dans un communiqué.

Sollicitée par l'AFP, l'armée israélienne a indiqué vérifier ces informations.

Mercredi, à l'issue d'une quatrième session de négociations entre le Liban et Israël à Washington, un nouvel accord de cessez-le-feu avait été annoncé, la trêve en vigueur à partir du 17 avril n'ayant jamais été respectée.

L'accord prévoit un cessez-le-feu conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah et un maintien à ce stade des tirs et opérations de l'armée israélienne dans le sud du Liban.

Mais le Hezbollah a rejeté cet accord, comme le précédent.

Sur le terrain, les affrontements se poursuivent.

L'armée israélienne a de nouveau appelé samedi à l'évacuation de cinq villages dans le sud et l'est du Liban en prévision de frappes contre le Hezbollah.

"Vous devez évacuer immédiatement vos domiciles et vous déplacer au nord du fleuve Zahrani", a affirmé Avichay Adraee, un porte-parole militaire arabophone, sur son compte Telegram.

Le Hezbollah a relancé les hostilités avec Israël début mars, en visant le sol israélien pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei dans l'offensive israélo-américaine sur Téhéran.

Les frappes israéliennes sur le Liban ont fait plus de 3.560 morts depuis le début de la guerre, selon le dernier bilan des autorités. Côté israélien, 27 soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban, d'après l'armée.