Soudan: la rue refuse le putsch, Al-Burhan annonce que Hamdok est «chez lui»

Des manifestants érigent des barricades dans le sud de Khartoum, le 26 octobre (Photo, AFP).
Des manifestants érigent des barricades dans le sud de Khartoum, le 26 octobre (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 26 octobre 2021

Soudan: la rue refuse le putsch, Al-Burhan annonce que Hamdok est «chez lui»

  • Le coup de force a suspendu de fait une transition inédite dans un pays resté sous la férule de l'armée quasiment en continu depuis son indépendance
  • Sous une nuée de drapeaux, des milliers de Soudanais campaient dans les rues de Khartoum, alors que le pays est coupé de l’internet et des services téléphoniques

KHARTOUM : "Pas de retour en arrière possible", scandent les Soudanais toujours dans la rue mardi, au lendemain d'un coup d'Etat condamné à l'étranger et la mort de quatre manifestants qui protestaient après l'arrestation de la quasi-totalité des dirigeants civils par les militaires avec lesquels ils partageaient le pouvoir.

Pour la Troïka -- les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Norvège -- à la manoeuvre sur le dossier soudanais depuis des années, "les actions des militaires trahissent la révolution et la transition" entamée il y a plus de deux ans.

Washington va même plus loin: elle a "suspendu" une aide de 700 millions de dollars au pays d'Afrique de l'Est, l'un des plus pauvres au monde, parce que la voie vers ses premières élections libres après trois décennies de dictature d'Omar el-Béchir semble de plus en plus bouchée.

Et parce que pour manifestants et experts, la perspective d'un retour au règne sans partage des militaires est désormais de plus en plus réaliste, le Conseil de sécurité de l'ONU tiendra mardi après-midi une réunion d'urgence à huis clos.

Car le récent ballet diplomatique à Khartoum n'y a rien fait. Dimanche encore, l'émissaire américain Jeffrey Feltman rencontrait le général Abdel Fattah al-Burhane et le Premier ministre Abdallah Hamdok et tous deux s'engageaient à la transition démocratique.

Le lendemain, le général Burhane a annoncé la dissolution de toutes les institutions de transition tandis que le Premier ministre est toujours aux mains des militaires qui l'ont emmené avec son épouse, plusieurs de ses ministres et les dirigeants civils du pays vers une destination inconnue.

 

Discours télévisé d'Al-Burhan

alburhanDans un discours retransmis en direct à la télévision soudanaise, le général Abdel Fattah Al-Burhan, membre du Conseil souverain du Soudan a affirmé vouloir "oeuvrer ensemble" pour le développement du pays. Il a également indiqué que c'était son " devoir" de se tenir "aux côtés du peuple soudanais". Il a ajouté que l'armée a fait "tout son possible" pour réaliser les rêves des soudanais et que les différentes forces sur le terrain voulaient contrôler la scène politique au Soudan.

Et de poursuivre: "La mainmise de l'équipe intérimaire commençait à représenter une menace pour l'unité du Soudan. L'armée a pris à charge de remédier à des crises que le gouvernement a été incapable de résoudre. L'armée est incapable de poursuivre le chemin seule, elle va compléter l'étape intérimaire en collaboration avec les civils; nous voulons nous consacrer à la protection du Soudan". Et de préciser que " la Charte constitutionnelle n'a pas été annulée, mais uniquement la partie consacrée à la participation des civils au pouvoir".

Le Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, dont la communauté internationale réclame la libération depuis que l'armée l'a arrêté lundi, se "trouve chez moi", a assuré le général Abdel Fattah al-Burhane, qui a dissous les autorités du pays.

"Oui, on a arrêté des ministres et des politiciens, mais pas tous", a encore lancé le général dans une longue conférence de presse où il a justifié l'ensemble de son action. M. Hamdok, ancien économiste de l'ONU, est "en bonne santé" et "rentrera chez lui quand la crise sera finie".

 

Désobéissance civile et barricades

Seul Moscou a vu dans ce coup de force dénoncé en Occident "le résultat logique d'une politique ratée" accompagnée d'"une ingérence étrangère d'ampleur", dans un pays où Russes, Turcs, Américains ou encore Saoudiens se disputent l'influence notamment sur les ports de la mer Rouge, stratégiques pour leurs flottes dans la région.

La rue, elle, a déclaré "la grève générale" et la "désobéissance civile" à des nouvelles autorités jusqu'ici incarnées par un seul homme, le général Burhane, qui a promis un gouvernement "compétent" pour bientôt mais dont le coup de force a suspendu de fait une transition inédite dans un pays resté sous la férule de l'armée quasiment en continu depuis son indépendance.

Défection d’ambassades soudanaises

Trois ambassadeurs soudanais en Europe ont annoncé mardi leur défection, condamnant le coup d'Etat militaire de la veille et proclamant leurs ambassades comme celles du "peuple soudanais", a annoncé sur Facebook le ministère de l'Information.

"Nous nous alignons totalement avec l'opposition héroïque suivie par le monde entier et proclamons les ambassades du Soudan en France, en Belgique et en Suisse, ambassades du peuple soudanais et de sa révolution", ont écrit Omar Béchir Maniss, Abderrahim Ahmed Khalil et Ali Ibn Abi Taleb Abderrahman al-Gendi.

Sous une nuée de drapeaux, des milliers de Soudanais campaient dans les rues de Khartoum, sortis lundi matin tandis que tous se demandaient où allait le pays, alors sans internet ni appels téléphoniques.

Pour ceux-là, il s'agit de "sauver" la "révolution" qui a renversé Béchir en 2019, au prix d'une répression qui avait fait plus de 250 morts. Depuis lundi, au moins quatre manifestants ont été tués par des balles "tirées par les forces armées" selon un syndicat de médecins pro-démocratie, et plus de 80 autres blessés.

"Le peuple a choisi un Etat civil" et "Non un pouvoir militaire", martèlent malgré tout les manifestants à Khartoum, coupant les routes avec pneus brûlés, amas de pierres et autres barricades, notamment aux abords du QG de l'armée, place-forte du centre de Khartoum murée depuis des jours par l'armée.

«Option de la dictature»

Ce processus, dont les Soudanais se targuaient dans un monde arabe où les révoltes pro-démocratie des dernières années ont peu à peu laissé la place aux islamistes ou à des contre-révolutions autoritaires, battait de l'aile depuis longtemps.

En avril 2019, militaires et civils s'accordaient pour chasser Béchir du pouvoir et former le Conseil de souveraineté, composé équitablement de représentants des deux camps afin d'organiser les premières élections libres fin 2023.

Mais lundi, en décrétant l'état d'urgence et la suspension de tous les responsables, le général Burhane a mis un coup d'arrêt à la transition en invoquant des luttes politiques intestines.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a condamné le "coup d'Etat militaire", exhortant au respect de la "charte constitutionnelle". 

Ce texte signé par tous les acteurs anti-Béchir en 2019 établit la feuille de route de la transition, à laquelle le général Burhane a dit être toujours engagé une fois qu'un nouveau gouvernement et un nouveau Conseil de souveraineté auront été nommés.


Après le drame de la Manche, des familles kurdes en Irak sans nouvelles de disparus

Abou Zaniar a lui aussi perdu la trace de son fils de 20 ans: «le 23 novembre on s'est parlé, mais depuis aucune information sur son sort», déplore-t-il. (Photo, AFP)
Abou Zaniar a lui aussi perdu la trace de son fils de 20 ans: «le 23 novembre on s'est parlé, mais depuis aucune information sur son sort», déplore-t-il. (Photo, AFP)
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  • «Il nous a dit qu'il allait passer en Grande-Bretagne. Il nous a envoyé un message sur Messenger», raconte Qader Abdallah dans son salon à Qadrawa, petit village du Kurdistan, dans le nord de l'Irak
  • La tragédie de mercredi est le pire drame migratoire dans la Manche, sillonnée quotidiennement par des migrants tentant de rallier les côtes anglaises à bord de fragiles embarcations

QADRAWA: La dernière fois que Mohamed a parlé à son père, resté au Kurdistan irakien, c'était pour lui annoncer qu'il allait traverser la Manche. Entre temps, le naufrage d'une embarcation a fait 27 morts et le patriarche craint désormais le pire. 

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La dernière fois que Mohamed a parlé à son père, resté au Kurdistan irakien, c'était pour lui annoncer qu'il allait traverser la Manche, raconte Qader Abdallah. (Photo, AFP)

« Il nous a dit qu'il allait passer en Grande-Bretagne. Il nous a envoyé un message sur Messenger », raconte Qader Abdallah dans son salon à Qadrawa, petit village du Kurdistan, dans le nord de l'Irak. 

« On lui a dit que c'était dangereux, qu'il y avait des risques avec cette traversée. Il a voulu nous rassurer en nous disant que de nombreux passages ont eu lieu par cette mer et qu'il n'y avait pas eu de problèmes », ajoute l'homme de 49 ans. 

C'était le 23 novembre. Le lendemain, la France annonçait le naufrage d’une embarcation dans la Manche ayant fait au moins 27 morts. 

Depuis, à Qadrawa, plusieurs familles sont sans nouvelles de fils portés disparu. Etaient-ils à bord de cette embarcation funeste? Sont-ils arrivés en Grande-Bretagne? Difficile de le savoir pour le moment, l'enquête n'ayant encore rien révélé sur l'identité des victimes, leur nationalité ou sur les causes du naufrage. 

Il y a un mois, Mohamed, 20 ans, s'envolait pour la Turquie depuis l'aéroport d'Erbil. Il rallie clandestinement l'Italie, puis la France. Il voulait rejoindre ses deux frères, installés depuis deux ans en Grande-Bretagne. 

« Notre famille s'était mise d'accord pour qu'il parte en Europe », reconnaît M. Abdallah.  

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Une photo de Zaniar Mustafa, dont le sort est encore inconnu après qu'il devait traverser la Manche, est vue sur le téléphone de son père lors d'une interview à son domicile dans le village de Qadrawa, le 28 novembre 2021. (Photo, AFP)

« Meilleur avenir »  

« Tous les jeunes essayent de se rendre en Europe pour trouver un meilleur avenir », « les conditions de vie sont difficiles » au Kurdistan, explique-t-il. « Les jeunes ont manifesté à cause de la dégradation de la situation économique qui les empêche de trouver un emploi. » 

La tragédie de mercredi est le pire drame migratoire dans la Manche, sillonnée quotidiennement par des migrants tentant de rallier les côtes anglaises à bord de fragiles embarcations. 

Ces traversées se sont développées depuis 2018 face au bouclage du port de Calais, dans le nord de la France, et d'Eurotunnel, que les migrants empruntaient en se cachant dans des véhicules.  

Abou Zaniar a lui aussi perdu la trace de son fils de 20 ans: « le 23 novembre on s'est parlé, mais depuis aucune information sur son sort », déplore-t-il. 

Il y a un mois, le jeune homme est parti par avion en Turquie, d'où il a pu se rendre clandestinement en Italie, puis en France. 

« On s'est mis d'accord avec un passeur pour qu'il le conduise en Grande-Bretagne en échange de 3.300 dollars (environ 2 900 euros). 

Il essaye de joindre le passeur par téléphone, en vain. La ligne est fermée. Il appelle alors des proches de cet individu pour se plaindre: « c'était pas ça notre accord, il nous avait promis de faire arriver Zaniar sain et sauf en Angleterre ». 

« Si mon fils a survécu cette fois-ci, je l’enverrai de nouveau en Europe », s'entête toutefois Abou Zaniar. « Il n'y a pas de vie possible dans la région du Kurdistan, les diplômés ne trouvent pas de travail. » 

Il y a deux ans, Zaniar avait déjà tenté de gagner l'Europe occidentale par la Bulgarie, où il avait été arrêté, maltraité en prison, puis expulsé vers son pays.  

Selon les sauveteurs, les naufragés de la Manche s'entassaient à bord d'un bateau pneumatique à fond souple d'une dizaine de mètres. Seuls un Irakien et un Somalien ont été sauvés. 

L'Irakien serait-il Mohamed Khaled? Sa mère Cheleir Ahmed le pense, après avoir reçu un coup de fil de son fils. 

Le jeune homme de 22 ans s'est rendu il y a deux mois au Bélarus, avant de rallier la France grâce à des passeurs. « Son état de santé est très mauvais parce qu'il est resté longtemps dans l'eau. Il m'a informé que lui et un migrant africain avaient survécu. »  

A bord de l'embarcation, dit-elle, 32 personnes, des jeunes et des familles, qui se seraient tous noyés. 

 


Omicron: Le royaume suspend ses vols à destination et en provenance de 7 autres pays africains

Les expatriés se verront refuser l'entrée sur le territoire s'ils ont séjourné dans l'un des pays répertoriés au cours des 14 jours précédant leur arrivée dans le Royaume. (Dossier/AFP)
Les expatriés se verront refuser l'entrée sur le territoire s'ils ont séjourné dans l'un des pays répertoriés au cours des 14 jours précédant leur arrivée dans le Royaume. (Dossier/AFP)
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  • Les pays sont le Malawi, la Zambie, Madagascar, l'Angola, les Seychelles, Maurice et les Comores, déclare une source officielle du ministère de l'Intérieur à l'agence de presse saoudienne SPA.
  • Les ressortissants et les expatriés autorisés à entrer seront tenus d’observer une quarantaine de cinq jours, y compris ceux qui ont été vaccinés.

LONDRES : L'Arabie saoudite a annoncé dimanche qu'elle suspendait temporairement les vols à destination et en provenance de sept pays africains en raison de la propagation de la nouvelle souche de coronavirus, Omicron. 

Les pays sont le Malawi, la Zambie, Madagascar, l'Angola, les Seychelles, Maurice et les Comores, déclare une source officielle du ministère de l'Intérieur à l'agence de presse saoudienne SPA. 

Les expatriés se verront refuser l'entrée sur le territoire s'ils ont séjourné dans l'un des pays répertoriés au cours des 14 jours précédant leur arrivée dans le Royaume. 

Les ressortissants et les expatriés autorisés à entrer seront tenus d’observer une quarantaine de cinq jours, y compris ceux qui ont été vaccinés. 

Le ministère de l'Intérieur a appelé ceux qui ont visité un des pays sur la liste avant d’arriver en Arabie saoudite, à passer un test PCR. 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com 


Syrie: des familles kurdes protestent contre l'enrôlement forcé de leurs enfants

«Rendez-nous nos enfants», «les mères sont effrayées par le service militaire», affirmaient les banderoles brandies par les familles rassemblées devant le bureau de l'ONU. (Photo, AFP)
«Rendez-nous nos enfants», «les mères sont effrayées par le service militaire», affirmaient les banderoles brandies par les familles rassemblées devant le bureau de l'ONU. (Photo, AFP)
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  • «Ma fille a 16 ans et elle est malade. Elle a disparu depuis six jours et nous ne savons pas où elle se trouve», a déclaré Mohammad Charif
  • Selon un rapport publié par l'ONU en mai, plus de 400 enfants ont été recrutés entre juillet 2018 et juin 2020 par les Unités de protection du peuple (YPG) et leurs affiliés dans le nord-est de la Syrie

QAMICHLI: Des dizaines de Kurdes ont manifesté dimanche à Qamichli, dans le nord-est de la Syrie, pour protester contre l'enrôlement de leurs filles mineures dans les rangs de la milice kurde, qu'ils assimilent à un enlèvement, selon un correspondant de l'AFP. 

« Rendez-nous nos enfants », « les mères sont effrayées par le service militaire », affirmaient les banderoles brandies par les familles rassemblées devant le bureau de l'ONU dans cette ville sous administration kurde. 

Selon un rapport publié par l'ONU en mai, plus de 400 enfants ont été recrutés entre juillet 2018 et juin 2020 par les Unités de protection du peuple (YPG) et leurs affiliés dans le nord-est de la Syrie. 

« Ma fille a 16 ans et elle est malade. Elle a disparu depuis six jours et nous ne savons pas où elle se trouve », a déclaré Mohammad Charif, père de famille de 35 ans. Il a accusé les Unités de protection de la femme (YPJ), versant féminin des YPG, qui ont une permanence près de sa maison, d'avoir enlevé sa fille. 

« Ma fille se rendait à l'école, je ne sais pas s'ils l'ont enlevée ou si elle s'est rendue chez eux de son propre chef », a pour sa part déclaré Balqis Hussein. 

« Nous avons frappé à toutes les portes pour obtenir son retour, mais en vain », a ajouté cette mère de famille de 45 ans. « Ma fille est mineure (...) sa place est à l'école et parmi ses parents à la maison, elle n'a pas à porter les armes ». 

Interrogé par l'AFP, Khaled Jabr, un responsable du bureau de protection de l'enfance a assuré que l'administration kurde « refuse catégoriquement l'enrôlement des mineurs ». 

Il a affirmé que 213 enfants recrutés par les milices kurdes avaient été rendus à leurs parents, notamment 54 mineurs qui ont été remis à leurs familles au cours du mois écoulé. 

M. Jabr a indiqué avoir reçu récemment un grand nombre de plaintes et expliqué que « certains enfants, affectés par la guerre en Syrie, » tentaient de rejoindre les rangs des forces kurdes de leur propre chef. 

En juin 2019, les autorités kurdes ont signé un plan d'action conjoint avec l'ONU pour mettre fin et prévenir le recrutement d'enfants. Mais depuis, l'ONU a confirmé au moins 160 cas de recrutement de mineurs. 

A la faveur du conflit syrien déclenché en 2011, les Kurdes ont renforcé leur autonomie en installant leur propre administration dans le nord et le nord-est, au sein de laquelle ils ont imposé une parité hommes/femmes, ainsi que dans les rangs des forces kurdes.