Les adieux émus de Merkel à la France après seize ans au pouvoir

Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande sortante Angela Merkel à Beaune, dans l'est de la France, le 3 novembre 2021. (Photo, AFP)
Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande sortante Angela Merkel à Beaune, dans l'est de la France, le 3 novembre 2021. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 04 novembre 2021

Les adieux émus de Merkel à la France après seize ans au pouvoir

  • L'un des moments forts de la journée a été la remise par Macron de la Grand'Croix, la distinction la plus élevée de l'ordre de la Légion d'honneur, à la chancelière
  • Détendue, la chancelière a accompagné avec le sourire le président français, aux côtés de leurs époux, Brigitte Macron et Joachim Sauer, pour saluer les quelque centaines de personnes réunies

BEAUNE : Emmanuel Macron a salué le "parcours exceptionnel" d'Angela Merkel en l'accueillant mercredi à Beaune (Côte-d'Or) pour les adieux de la chancelière allemande à la France après 16 ans au pouvoir, durant lesquels elle a travaillé étroitement avec quatre présidents français.

"Angela ! Angela ! Bravo !", "Danke Mutti !", a crié la foule qui attendait les deux dirigeants à Beaune, haut lieu de la Bourgogne viticole. "Profitez bien de votre retraite", lui a lancé un homme en anglais, au milieu des selfies.

Détendue, la chancelière a accompagné avec le sourire le président français, aux côtés de leurs époux, Brigitte Macron et Joachim Sauer, pour saluer les quelque centaines de personnes réunies.

Après la solennité des sommets du G20 et de la COP26, l'ambiance a été très conviviale entre les deux dirigeants, qui se sont salués d'une chaleureuse accolade.

L'un des moments forts de la journée a été la remise par M. Macron de la Grand'Croix, la distinction la plus élevée de l'ordre de la Légion d'honneur, à la chancelière.

Une décoration, décernée à Konrad Adenauer, Willy Brandt, Helmut Kohl et Gerhard Schroeder, et qui "incarne la solidité de l'amitié franco-allemande, entretenue par Angela Merkel", selon la présidence française.

"Depuis que tu es Chancelière, la France a appris à te connaître et à t'aimer", "durant toutes ces années, tu as contribué à garder l'Europe unie malgré tous les chocs", "c'est un magnifique destin européen", a affirmé Emmanuel Macron en saluant avec émotion le "parcours exceptionnel" d'Angela Merkel.

"Merci d'avoir accepté ce jeune président impétueux qui voulait tout bousculer", "merci de cette patience et de cette indulgence à mon égard", a-t-il ajouté. 

Semblant heureuse de recevoir cette distinction, Angela Merkel a elle aussi remercié son hôte. 

"Ce qui était bien avec tous les présidents c'est qu’on a partagé les mêmes valeurs, même si au début on avait souvent des idées différentes. On a souvent réussi à se mettre ensemble et à faire plus que ce qu’on aurait pu faire tout seul", a-t-elle souligné.

A l'issue, elle a pris dans les bras Emmanuel Macron sous les applaudissements de la vingtaine de personnes présentes. Le président lui a offert plusieurs cadeaux, dont le document attestant de sa première visite en France lorsqu'elle était porte-parole adjointe d'une délégation de RDA en 1990, avant la réunification.

Menu bourguignon

A leur arrivée à Beaune, le président et la chancelière ont visité les célèbres Hospices de Beaune, joyau architectural du XVe siècle de style gothique flamboyant.

Ils se sont ensuite retrouvés au château du Clos de Vougeot, monument emblématique de la Bourgogne viticole situé au milieu des plus grands crus.

Après un récital de piano du jeune Français Alexandre Kantorow, les deux dirigeants ont été intronisés dans la Confrérie des Chevaliers du Tastevin qui célèbre la Bourgogne, sa cuisine, ses vins et ses traditions.

Les deux couples ont ensuite partagé un dîner 100% bourguignon, avec en entrée œufs en meurette, spécialité bourguignonne d’œufs mollets dans une sauce au vin de bourgogne. 

Elle était accompagnée notamment de truffes de Bourgogne, de bœuf Charolais ainsi que de fromages frais et chocolats de Bourgogne. Le tout arrosé d'un Saint-Aubin 1er cru de 2015 et d'un Nuit Saint-Georges 1er cru de 2014.

Depuis la présidentielle de 2017, la relation entre M. Macron et Mme Merkel a considérablement évolué. Ils ont ainsi réussi, au fil du temps, à bâtir une solide relation de confiance, selon de nombreux témoins.

Face au Covid, ils ont su resserrer leur liens pour conclure une alliance aboutissant en 2020 au plan de relance européen de 750 milliards d'euros, largement financé par des emprunts européens mutualisés.

Avant M. Macron, Mme Merkel avait dû s'adapter aux caractères très différents de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

La chancelière doit quitter la politique après la constitution d'un nouveau gouvernement attendue pour décembre et actuellement négociée par les sociaux-démocrates (SPD), vainqueurs des législatives du 26 septembre, avec les écologistes et les libéraux. S'ils y parviennent, l'actuel ministre des Finances, le social-démocrate Olaf Scholz, lui succèdera.

D'ici là, elle pourrait revenir à Paris pour le Forum de la paix le 11 novembre et la réunion sur la Libye le lendemain.


Décès de Lionel Jospin à l'âge de 88 ans

L'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin est décédé dimanche à l'âge de 88 ans, a annoncé lundi sa famille à l'AFP.(AFP)
L'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin est décédé dimanche à l'âge de 88 ans, a annoncé lundi sa famille à l'AFP.(AFP)
Short Url
  • Figure reconnue et rassembleuse de la gauche jusqu'au bout, il avait créé le principe de la "gauche plurielle", réunissant dans ses gouvernements des ministres socialistes mais aussi écologistes et communistes
  • Porté par une conjoncture économique favorable, il avait alors mis en place la réduction du temps de travail à 35 heures hebdomadaires, la couverture maladie universelle et un contrat d'union civile: le Pacs

PARIS: L'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin est décédé dimanche à l'âge de 88 ans, a annoncé lundi sa famille à l'AFP.

M. Jospin avait indiqué en janvier avoir subi "une opération sérieuse", sans divulguer de détails.

Chef du gouvernement de 1997 à 2002, premier secrétaire du PS de 1981 à 1988 puis de 1995 à 1997, M. Jospin s'était aussi présenté sans succès aux élections présidentielles de 1995 et 2002.

Figure reconnue et rassembleuse de la gauche jusqu'au bout, il avait créé le principe de la "gauche plurielle", réunissant dans ses gouvernements des ministres socialistes mais aussi écologistes et communistes.

Porté par une conjoncture économique favorable, il avait alors mis en place la réduction du temps de travail à 35 heures hebdomadaires, la couverture maladie universelle et un contrat d'union civile: le Pacs.

La surprise avait été totale lorsqu'en 2002, il n'était pas parvenu à se qualifier pour le second tour de la présidentielle, laissant Jean-Marie Le Pen en duel avec Jacques Chirac.

Dispersion de la gauche, campagne ratée, montée de l'extrême droite, Lionel Jospin s'était alors retiré de la vie politique, n'intervenant plus pendant des années dans le débat public.

Pendant le quinquennat de François Hollande, il avait présidé une commission sur la moralisation de la politique puis était au Conseil constitutionnel en 2014.

Le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon, qui fut ministre de M. Jospin de 2000 à 2002, a rendu hommage à "un modèle d'exigence et de travail" et salué la mémoire d'une "présence intellectuelle dans un univers qui partait à la dérive", dans un message publié sur X.


Grégoire gagne Paris haut la main, défaite cuisante pour Dati

Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à Paris, a été largement élu dimanche face à sa rivale de droite Rachida Dati. (AFP)
Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à Paris, a été largement élu dimanche face à sa rivale de droite Rachida Dati. (AFP)
Short Url
  • Le successeur d'Anne Hidalgo, 48 ans, a totalisé 50,52% des suffrages, neuf points devant la candidate de la droite et du centre Rachida Dati, qui a échoué une deuxième fois à ravir la capitale à la gauche
  • L'Insoumise Sophia Chikirou est arrivée troisième, avec 7,96 des voix

PARIS: Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à Paris, a été largement élu dimanche face à sa rivale de droite Rachida Dati. Enfourchant un Vélib, il s'est rendu à l'Hôtel de Ville où Anne Hidalgo lui a donné une chaleureuse accolade avant de lui remettre la clé de la ville.

Le successeur d'Anne Hidalgo, 48 ans, a totalisé 50,52% des suffrages, neuf points devant la candidate de la droite et du centre Rachida Dati, qui a échoué une deuxième fois à ravir la capitale à la gauche, aux commandes depuis 25 ans.

L'Insoumise Sophia Chikirou est arrivée troisième, avec 7,96 des voix.

"Paris a décidé de rester fidèle à son histoire", s'est félicité Emmanuel Grégoire depuis la Rotonde de Stalingrad (nord-est), acclamé par les militants.

Le député PS et ex-premier adjoint de la maire sortante voit dans son succès "une promesse exigeante" et "la victoire d'une certaine idée de Paris, un Paris vivant, progressiste, populaire".

"Ce n'est pas la victoire d'un Paris contre un autre", a ajouté M. Grégoire, dont les sondages prédisaient une victoire sur le fil du rasoir.

Sitôt sa victoire annoncée, le nouvel édile de la capitale, 48 ans, s'est rendu à Vélib à l'Hôtel de ville, où l'attendaient Anne Hidalgo mais aussi l'ex-maire socialiste Bertrand Delanoë, symbole de la "prise" de Paris par la gauche en 2001.

"Je suis très heureuse, c'est un bonheur immense", a déclaré Anne Hidalgo à son arrivée, lui donnant une longue et chaleureuse accolade, avant de lui remettre la clé de la ville.

"Mes premiers mots vont à Anne Hidalgo pour ses mots chaleureux", a répondu Emmanuel Grégoire, passant l'éponge sur leurs dernières années de brouille.

"Je pense à ceux qui dorment ce soir dans les rues, à ceux qui souffrent, à tous les plus vulnérables qui ont besoin de la gauche", a-t-il ajouté, avant de prendre le métro en direction de la Rotonde Stalingrad.

Douche froide chez Dati 

A l'annonce des résultats, plusieurs centaines de sympathisants ont explosé de joie, scandant "Paris reste à gauche !".

"Je suis soulagée! Je m'attendais à un petit écart mais là c'est impressionnant", a réagi Nolween Caruso, 27 ans.

Bière à la main et sourire aux lèves, Léo est allé célébrer la victoire sur le parvis de l'Hôtel de ville. "On eu un peu peur que Rachida Dati puisse être élue avec le soutien de l'extrême droite. Dans une ville comme Paris ça aurait fait mal", confie ce militant PS de 26 ans.

Rachida Dati, déjà battue en 2020 par Anne Hidalgo, a reconnu dans un message lapidaire qu'elle n'avait "pas réussi à convaincre suffisamment" que le changement "était non seulement possible, mais surtout qu'il était nécessaire".

Devant son QG, c'est la douche froide pour les militants. "Je suis extrêmement déçue, j'y croyais fort, Paris méritait l'alternance", se désole Eva Sultan, 57 ans, cadre de banque et militante.

Autre salle, autre ambiance près du QG de campagne de Sophia Chikirou, où une quarantaine de personnes ont explosé de joie à l'annonce de la victoire du député PS.

La candidate insoumise a vu dans cette victoire l'expression du "rejet fort de la droite" et s'est félicitée que des élus LFI entrent pour la première fois au Conseil de Paris.

De son côté, l'ex-candidat Horizons et Renaissance Pierre-Yves Bournazel a dit sur X former "le vœu que Paris réussisse" et "demeure, enfin, la capitale de la lutte contre tous les extrémismes politiques". L'ancien chef de file du centre-droit a fusionné ses listes avec Rachida Dati mais s'est retiré personnellement de la course, un geste perçu comme un désaveu vis-à-vis de l'ex-garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy.

Equilibre inchangé dans les arrondissements 

"Je suis très triste pour les Parisiens", a déclaré Sarah Knafo, l'ex-candidate d'extrême droite, qui s'était désistée pour "faire battre la gauche".

"Paris est une ville définitivement de gauche", analyse Frédéric Dabi, directeur général de l'Ifop. Selon lui, l'électorat de Pierre-Yves Bournazel "s'est très mal reporté sur Rachida Dati, dont le score est une addition de celui du premier tour, et sans doute de 90% à 95% de Sarah Knafo".

Dans les arrondissements, l'équilibre des forces politiques reste inchangé, avec neuf arrondissements restant à gauche et huit demeurant à droite.

Lucie Castets, ex-candidate de la gauche pour Matignon, a été élue maire du XIIe arrondissement, où elle avait remplacé au pied levé la maire écologiste sortante Emmanuelle Pierre-Marie, épinglée pour son management jugé toxique.

Le chef de file des écologistes parisiens David Belliard, ex-adjoint aux transports d'Anne Hidalgo, a remporté le XIe arrondissement. Il avait obtenu la tête de liste aux termes de l'accord d'union négocié avec les socialistes d'Emmanuel Grégoire, qui ont accepté de céder leur bastion, terre d'élection d'Anne Hidalgo.

L'élection du maire aura formellement lieu dimanche prochain.

 


Macron condamne les attaques iraniennes contre l'Arabie saoudite lors d'un appel avec le prince héritier

 Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a reçu un appel téléphonique du président français Emmanuel Macron, au cours duquel les deux dirigeants ont passé en revue les derniers développements régionaux et leurs répercussions, a rapporté lundi l'Agence de presse saoudienne. (SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a reçu un appel téléphonique du président français Emmanuel Macron, au cours duquel les deux dirigeants ont passé en revue les derniers développements régionaux et leurs répercussions, a rapporté lundi l'Agence de presse saoudienne. (SPA)
Short Url
  • Le président français réaffirme le soutien de Paris aux mesures prises par Riyad pour "sauvegarder sa souveraineté"
  • Il a réaffirmé le soutien de Paris à toutes les mesures prises par Riyad pour sauvegarder sa souveraineté, sa sécurité et son intégrité territoriale

RIYAD: Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a reçu un appel téléphonique du président français Emmanuel Macron, au cours duquel les deux dirigeants ont passé en revue les derniers développements régionaux et leurs répercussions, a rapporté lundi l'Agence de presse saoudienne (SPA).

Lors de l'appel, Macron a exprimé la solidarité de la France avec l'Arabie saoudite, condamnant fermement les attaques iraniennes répétées visant le Royaume.

Il a réaffirmé le soutien de Paris à toutes les mesures prises par Riyad pour sauvegarder sa souveraineté, sa sécurité et son intégrité territoriale.

Cet appel est intervenu alors que les tensions régionales continuent de s'intensifier. Un jour plus tôt, M. Macron avait appelé toutes les parties au conflit à imposer un moratoire sur les frappes visant les installations énergétiques et d'autres infrastructures civiles.

Il a également exhorté l'Iran à permettre la libre circulation dans le détroit d'Ormuz, mettant en garde sur le média social X contre le "risque d'une escalade incontrôlable".

La France a vivement critiqué l'Iran ces derniers jours. Lors d'une visite en Israël vendredi, le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré que toute résolution durable du conflit au Moyen-Orient devait être étayée par un règlement politique, ce qui suppose que Téhéran change radicalement de cap.

"Quelle que soit l'issue des opérations militaires en cours, elle doit être complétée par une solution politique qui produise des résultats durables", a déclaré M. Barrot aux journalistes à Tel-Aviv, ajoutant que "le régime iranien doit être prêt à faire des concessions majeures - à changer radicalement de position".

M. Barrot s'est également fait l'écho des appels européens en faveur d'un arrêt des frappes sur les infrastructures énergétiques, à la suite d'un bombardement israélien sur le principal champ gazier iranien qui a entraîné une hausse des prix de l'énergie.