Afghanistan: la stabilisation voulue par les talibans se heurte aux assauts de l'EI-K

Un combattant taliban près du lieu d’une attaque, revendiquée par le groupe Daech Khorassan, ayant fait au moins 19 morts à Kaboul. (Photo, AFP)
Un combattant taliban près du lieu d’une attaque, revendiquée par le groupe Daech Khorassan, ayant fait au moins 19 morts à Kaboul. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 04 novembre 2021

Afghanistan: la stabilisation voulue par les talibans se heurte aux assauts de l'EI-K

  • «Le groupe armé est devenu en quelques années un conglomérat d'anciennes organisations jihadistes, y compris ouïgoures et ouzbèkes, ou de talibans transfuges»
  • La déclinaison locale de l'EI vise à rétablir son propre califat en Asie centrale, dans la région historique dite du "Khorasan", à cheval sur l'Afghanistan, l'Iran, le Pakistan et le Turkménistan

KABOUL : Les efforts déployés par les talibans pour apporter la stabilité en Afghanistan sont contrariés par une série d'attaques meurtrières perpétrées par la branche afghane (EI-K) du groupe rival, l’État islamique, comme celle qui a visé mardi un hôpital militaire de Kaboul.


Au moins 19 personnes, dont un haut responsable taliban, ont été tuées et 50 blessées dans une attaque contre l'hôpital Sardar Mohammad Dawood Khan, le plus grand hôpital militaire du pays, revendiquée par l'EI-K.


Avant cela, le groupe s'était dit responsable de l'explosion qui avait ciblé une mosquée de Kaboul début octobre, tuant au moins cinq personnes, et d'un attentat-suicide qui avait coûté la vie à plus de 100 personnes, dont 13 soldats américains en août.


Il a aussi revendiqué deux attentats contre des mosquées chiites de Kunduz (Nord-Est) et Kandahar (Sud) à l'occasion de la prière hebdomadaire du vendredi, qui ont fait au moins 80 morts.

 

L'EI, un ennemi invisible qui marche dans les pas des talibans à Kaboul

KABOUL : "Daech, c'est les talibans, mais en pire". Au lendemain de l'attaque sanglante contre un hôpital de Kaboul revendiquée par le groupe Etat islamique, les habitants redoutent ce nouvel ennemi invisible qui s'inspire de manière déroutante des modes opératoires des talibans. 


"Les talibans nous appelaient les infidèles. Maintenant, ce sont eux qui sont tués parce qu'ils sont considérés comme infidèles" par l'EI, analyse à chaud un commerçant du quartier de l'hôpital militaire, encore en état de siège. 


"Et dans cette guerre, ils n'ont aucune chance de gagner", prophétise-t-il.


Dans la ruelle de l'hôpital où au moins 19 personnes ont été tuées la veille selon un bilan toujours incertain, un nettoyeur passe un jet d'eau sur les flaques de sang. Un garde taliban lui montre avec son fusil les barbelés de la palissade où des restes humains restent accrochés.


"On leur avait dit de ne pas laisser les voitures circuler dans cette rue. L'hôpital a déjà été attaqué, mais ils ne nous ont pas écoutés", dit à l'AFP un médecin de l'hôpital militaire visé, sous couvert d'anonymat. 


Cet établissement avait déjà été pris pour cible en mars 2017 par des assaillants déguisés en personnel médical, une opération elle aussi revendiquée par l'EI. La fusillade de six heures à l'intérieur du bâtiment avait fait 50 morts, selon le bilan officiel, plus du double selon des sources sécuritaires.

Le cauchemar du «sur-attentat»

Pour le médecin de l'hôpital militaire, "Daech (acronyme arabe de l'EI, ndlr) et les talibans sont les deux oreilles de la même tête d'âne".


"Je ne peux pas faire la différence, ils ont les mêmes barbes, les mêmes vêtements. Pour moi, ce sont des religieux qui s'en prennent à ce qui est différent d'eux, ceux qui n'ont pas été éduqués dans la religion comme eux". 


Mais en ce qui concerne les modes opératoires, "Daech, c'est les talibans en pire, leurs attaques sont encore plus compliquées et dangereuses", ajoute-t-il.


Cette fois-ci, une moto piégée s'est approchée de la porte principale de l'hôpital et son conducteur s'est fait exploser. Derrière, des hommes armés ont tiré et réussi à pénétrer dans le bâtiment. 


Une vingtaine de minutes plus tard, au moment où les forces spéciales des talibans sont arrivées, une voiture piégée, aux airs de taxi selon des témoins, s'est présentée.


Cette méthode du "sur-attentat", pratiquée à l'époque de leur insurrection par les talibans, est le cauchemar des habitants de Kaboul.


"Après la première explosion, je voyais les gens dehors blessés, mais je ne pouvais pas aller les aider car je savais qu'il y aurait rapidement une deuxième explosion et c'est ce qu'il s'est passé", commente le médecin.

Talibans fébriles
Plus encore que dans le reste de la ville, les patrouilles de talibans lourdement armés sont omniprésentes autour du site de l'attaque. Les véhicules sont arrêtés, les papiers vérifiés, les coffres inspectés...


Hazrat Noor, un fermier de la région de Jawozjan, soigné à l'hôpital de Kaboul depuis plusieurs semaines, estime, lui, "ne pas s'être senti autant en sécurité depuis 40 ans". 


"Daech n'osera plus attaquer, c'était leur dernière tentative, les talibans sont forts, ils ont le contrôle partout. Daech, ils ne sont rien", assure le vieil homme en habit typiquement taliban. 


Pourtant, fébriles au lendemain de l'attaque, les gardes demandent à la presse de ne pas former d'attroupement "parce que la zone n'est pas propre" et ils posent des regards suspicieux sur chaque nouvel arrivant dans le périmètre. 


Chargé de sécuriser la zone, Mohamad Torbi, présent au moment de l'attaque, assure pouvoir reconnaître les hommes de l'EI "car ils sont différents dans leur accent et leur comportement".


"On sait tout de suite qu'ils ne sont pas des nôtres", affirme le taliban venu du Wardak, dans son uniforme occidentalisé, bonnet de ski sur la tête.


"Mais hier, ils portaient nos uniformes", assure-t-il.

Voici un point sur la rivalité entre les deux groupes islamistes:

Qu'est-ce que l'EI-K?
L’État islamique-Khorasan, anciennement connu sous le nom d'ISKP, est né officiellement fin 2014, en prêtant allégeance à Abou Bakr Al-Baghdadi à la tête de l'éphémère "califat" islamique en Irak et en Syrie.


"Le groupe armé est devenu en quelques années un conglomérat d'anciennes organisations jihadistes, y compris ouïgoures et ouzbèkes, ou de talibans transfuges", expliquait après l'attentat de Kunduz Jean-Luc Marret, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique.


La déclinaison locale de l'EI vise à rétablir son propre califat en Asie centrale, dans la région historique dite du "Khorasan", à cheval sur l'Afghanistan, l'Iran, le Pakistan et le Turkménistan.


Selon l'ONU, l'EI-K disposerait de 500 à quelques milliers de combattants en Afghanistan, principalement implantés dans le Nord et l'Est du pays, avec des cellules jusque dans la capitale contrôlée par les talibans depuis la mi-août. 


Un mystérieux Shahab al-Muhajir, dont le nom laisse supposer une origine de la péninsule arabe est à sa tête depuis 2020.


Est-il un ancien d'al-Qaïda? Un ancien du réseau Haqqani, faction ultra-conservatrice et historiquement proche d'Al-Qaïda? Plusieurs théories circulent à son sujet, sans qu'aucune n'ait été établie avec certitude. 

Quel est le niveau de la menace? 
L'EI-K était jusqu'en 2020 une organisation en perte de vitesse, dont l'état-major avait été décimé par une série de frappes américaines.


Mais l'arrivée du nouveau chef en 2020, "a abouti à un changement radical pour l'organisation, passée d'un réseau fragmenté et affaibli à la phalange menaçante qu'elle est aujourd'hui", a indiqué à l'AFP Abdul Sayed, expert des groupes pour la plateforme spécialisée ExTrac. 


Sous son impulsion, les combattants clandestins ont "mis l'accent sur la guerre urbaine et la violence symbolique".


En 2021, l'EI-K a revendiqué plus de 220 attaques en Afghanistan, dont plusieurs depuis la prise de Kaboul par les talibans.


"Bien que les talibans restent son objectif principal, l'EI-K choisit principalement des cibles faciles comme les lieux de culte, les établissements d'enseignement et des lieux publics comme les hôpitaux, pour frapper les esprits", selon Abdul Sayed.


Au cœur de l'idéologie "du rejet" de l'EI-K, qui se présente comme le seul garant d'une vision rigoriste de l'islam, se trouve aussi une ambition génocidaire de la minorité chiite, considérée comme "hérétique", en particulier des Hazaras.

D'où vient sa rivalité avec les talibans?
Les deux groupes extrémistes sunnites ont parfois combattu côte à côte, mais suivent désormais deux stratégies opposées: si les talibans se sont inscrits dans une logique de conquête nationale de l'Afghanistan, l'EI-K prône, lui, une internationalisation du jihad.


Leurs relations sont cependant intriquées. Une certaine "porosité" existe même entre certains talibans et l'EI-K, notamment dans certaines localités reculées, détaille M. Sayed. 


Dans leur propagande, aussi bien que dans leurs tentatives de recrutement, les deux groupes sont en concurrence directe. 


Analyste auprès du think-tank Dragonfly, Barbara Kelemen relève que les nouveaux maîtres du pays, passés en deux mois du jihad au statut de force anti-insurrectionnelle, ont perdu au profit de l'EI-K "des membres mécontents des talibans et ceux qui perçoivent les talibans comme trop modérés".


Depuis le 15 août, les talibans martèlent à la population qu'ils ont mis fin à la guerre et rétabli la stabilité. Un discours menacé par les coups de boutoir de l'EI-K, qui n'hésite pas à recourir aux méthodes utilisées par les talibans quand ils étaient insurgés.


Sans appui étranger, les talibans ont à ce stade des moyens limités en terme de renseignement et contre-terrorisme. A long terme, "ils vont devoir s'appuyer sur le réseau Haqqani, al-Qaïda et d'autres acteurs armés pour les effectifs, l'expertise au combat et le soutien logistique", estime le think-tank américain Soufan Group.


Le patrimoine mondial en péril face aux conflits et aux urgences écologiques

Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
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  • L’Unesco examinera cette semaine plusieurs inscriptions d’urgence au patrimoine mondial en péril, notamment les châteaux du Mont Amel et Tyr au Liban, ainsi que des sites en Cisjordanie, en Crimée et au Soudan du Sud
  • Face aux conflits et aux menaces environnementales, l’Unesco veut renforcer la protection des sites menacés, dont le lac Baïkal, tout en mobilisant des financements pour leur préservation

PARIS: Forteresses médiévales au Sud-Liban, site archéologique en Crimée, lac Baïkal, parcs naturels au Soudan du Sud... Face à la multiplication des conflits et des menaces environnementales, plusieurs sites devraient rejoindre cette année la liste du patrimoine mondial en péril de l'Unesco.

Réunis à Busan (Corée du Sud), les 196 Etats membres de l'organisation onusienne examineront à partir de lundi une trentaine de nouvelles candidatures souhaitant venir s’ajouter plus de 1.200 sites déjà inscrits à la célèbre liste du patrimoine mondial.

Trois feront l'objet d'un classement en procédure d'urgence, à la fois sur la liste du patrimoine mondial et sur la liste du patrimoine en péril.

Deux sont situés au Moyen-Orient: le site archéologique de Sébastia, la Samarie de la Bible, dans le nord de la Cisjordanie occupée, auquel Israël s'intéresse depuis des années pour son potentiel touristique, et cinq châteaux du Mont Amel, dans le sud du Liban bombardé par Israël depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

L'une des plus connues, datant de l'époque des Croisades et conquise fin mai par l'armée israélienne, la forteresse de Beaufort, lui avait déjà servi de base durant les deux décennies d'occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000.

Israël a quitté l'Unesco en 2017 (comme les Etats-Unis, dont le départ sera effectif fin 2026) mais reste membre du Comité du patrimoine mondial et est signataire de la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflits armés et de la Convention du patrimoine mondial.

Enfin, le Soudan du Sud intègrera pour la première fois le patrimoine mondial avec un site nécessitant une attention particulière tant en raison du conflit persistant entre forces gouvernementales et milices d'opposition que du réchauffement climatique.

Les savanes de Boma-Badingilo, zone de 37.500 km2 située entre le Nil Blanc et la frontière éthiopienne, abritent la plus grande migration terrestre de mammifères au monde, notamment d'antilopes.

- "Se reconstruire" -

"Nous n'avons peut-être pas les moyens d'envoyer des Casques bleus (...) mais nous pouvons faire passer un message au monde entier : ces sites sont importants, il faut tout faire pour empêcher leur destruction", explique à l'AFP le directeur Centre du patrimoine mondial de l'Unesco Lazare Eloundou Assomo.

"Le patrimoine permet aux communautés qui ont été traumatisées, victimes des conflits, de commencer à revenir, à se reconstruire", ajoute M. Assomo, insistant sur le fait que l'inscription sur la liste en péril n'est pas une sanction : il permet "de mobiliser des financements, des partenaires et l'attention" pour bénéficier d'une protection accrue.

Outre ces procédures d'urgence, d'autres sites devraient s'ajouter à la liste des biens en péril, comme Tyr, ancienne cité phénicienne du sud du Liban touchée ces derniers mois par des bombardements israéliens, ou la cité antique de Chersonèse Taurique et sa chôra, située en Crimée, territoire ukrainien annexé par la Russie depuis 2014.

Cette dernière est affectée par des fouilles non autorisées, des constructions de grande ampleur et des déplacements d'artefacts.

En Ukraine, le patrimoine local est ravagé par la guerre lancée par Moscou en 2022. Le dernier site emblématique endommagé a été la cathédrale de la Dormition à Kiev, touché par une frappe aérienne russe en juin.

- Alerte sur le Lac Baïkal -

Selon l'Unesco, le lac Baïkal, plus grande réserve d'eau douce liquide au monde, en Russie, pâtit lui de la pollution, de la pression touristique, d’un projet hydroélectrique en amont (Mongolie) ou encore de l'exploitation forestière à grande échelle.

Après avoir à maintes reprises appelé Moscou à agir pour stopper "la dégradation écologique du lac (...) de toute urgence", l'Unesco juge les mesures prises insuffisantes.

L'an dernier, l'organisation alertait déjà sur la multiplication des menaces climatiques avec près de trois-quarts des sites du patrimoine mondial "confrontés à des risques hydriques graves, pénuries d'eau ou inondations".

De même, sur la cinquantaine de biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril, la moitié l'était en raison des conséquences directes des conflits.

Parmi les nouvelles candidatures au Patrimoine mondial, les plages du Débarquement allié du 6 juin 1944, dans le nord-ouest de la France, deux théâtres construits dans l'Amazonie brésilienne et le village tunisien de Sidi Bou Saïd devraient faire leur entrée dans la prestigieuse liste.


Bombardé pour la septième nuit de suite, l'Iran menace de déclencher une "offensive totale"

Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dit avoir riposté contre des bases liées aux forces américaines en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn
  • Les tensions s'aggravent dans le détroit d'Ormuz, alimentant les craintes d'une escalade régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la septième nuit consécutive samedi et Téhéran a une nouvelle fois riposté en frappant des cibles en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn, tout en menaçant de passer à une "offensive totale".

Un mois après la signature, le 17 juin, d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis censé ouvrir une période de pourparlers de paix, l'escalade continue au Moyen-Orient avec des échanges de frappes quotidiens et des incidents maritimes en série.

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a dit avoir attaqué dans la nuit en Iran "des sites de surveillance, des infrastructures logistiques militaires, des dépôts souterrains d'armes et des moyens maritimes", sans mentionner de cibles civiles.

Les autorités de la province d'Hormozgan, dans le sud de l'Iran, ont annoncé que des frappes américaines y avaient fait au moins trois morts et huit blessés, et ciblé deux ponts et un tunnel routiers, selon l'agence officielle Irna.

Toujours selon Irna, les Etats-Unis ont également bombardé les villes d'Ahvaz et Bouchehr (sud-ouest), Bandar Abbas, l'île de Qeshm, Lar, Darab (sud), et Yazd (centre).

- Jordanie et Koweït attaqués -

En riposte, l'armée iranienne, citée par la télévision d'Etat, a affirmé avoir frappé le camp militaire d'Al-Adiri et la base d'Ali Al-Salem au Koweït, la base aérienne d'Al-Azraq en Jordanie, et celle de Sheikh Isa à Bahreïn, accusant l'armée américaine d'attaquer son territoire depuis ces installations.

"Nos défenses aériennes ont intercepté et abattu 10 missiles iraniens visant le territoire du Royaume", et qui n'ont fait ni victime ni dégât, a indiqué un responsable de l'état-major jordanien.

Au Koweït, l'armée a dit faire face à "des attaques de drones hostiles". Les sirènes d'alerte aérienne ont également retenti à Bahreïn, a annoncé le ministère de l'Intérieur de ce pays.

Téhéran va entrer dans "une phase d'offensive totale" si les frappes américaines se poursuivent au-delà de "deux-trois jours", a menacé vendredi Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, cité par la télévision d'Etat.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont prévenu que les frappes "se poursuivront jusqu'au retour du calme sur la côte sud et dans le détroit d'Ormuz", où le trafic maritime est à nouveau pratiquement à l'arrêt.

- L'Iran "stoppe" quatre navires -

Ce détroit stratégique, par lequel transitait avant la guerre au Moyen-Orient un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, est à nouveau verrouillé par l'Iran depuis plus d'une semaine, après la reprise des hostilités avec les Etats-Unis. Ces derniers, en représailles, ont réimposé un blocus des ports iraniens.

Les Gardiens de la Révolution ont annoncé samedi avoir "stoppé" quatre navires qui tentaient de franchir sans leur autorisation le détroit où, toujours selon Téhéran, deux pétroliers ont par ailleurs sauté sur des mines.

"Au cours des dernières heures, quatre navires en infraction, soutenus par l'armée terroriste américaine, ont tenté de traverser le détroit d'Ormuz, et les quatre navires ont été stoppés sur place lors d'une opération combinée de missiles et de drones", ont déclaré les Gardiens, cités par la télévision d'Etat.

"Deux pétroliers, qui tentaient de traverser le champ de mines situé au sud du détroit d'Ormuz, trompés par les services de renseignement américains, ont explosé et pris feu", ont-ils également indiqué, selon Irna, sans préciser la nationalité des navires ni s'il y avait des victimes.

Le Commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient (Centcom) a démenti. "Comme la plupart des revendications du Corps des gardiens de la Révolution islamique, ceci est faux", ont-ils écrit sur X, sans fournir plus d'explications.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques iraniennes contre des navires dans le Golfe. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains contre l'Iran, le conflit a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

"Le détroit d'Ormuz est en train de devenir un piège pour les deux belligérants. La logique de l'escalade leur échappe de plus en plus", a analysé David Khalfa, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, en soulignant le "risque d'une confrontation régionale plus large".


Climat : face à la grogne de l'industrie, l'Europe révise son marché du carbone

Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
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  • L'UE veut assouplir son marché carbone en prolongeant les quotas gratuits pour les industriels jusqu'en 2038
  • La réforme oppose les partisans de la compétitivité industrielle aux défenseurs d'objectifs climatiques plus stricts

BRUXELLES: Une trajectoire climatique moins exigeante pour les entreprises : la Commission européenne a proposé vendredi d'assouplir sa tarification du carbone, pilier de la politique environnementale de l'UE, au cœur d'une bataille féroce entre Etats, industriels et ONG.

Face à la grogne de l'industrie chimique allemande, de pays d'Europe centrale et de l'Italie, Bruxelles a mis sur la table une série de concessions, soumises aux Vingt-Sept et aux eurodéputés pour une négociation qui devrait durer plusieurs mois.

Dans l'ensemble, l'industrie européenne devrait être autorisée à émettre plus longtemps du CO2 et à un coût moindre que ce qui était prévu jusqu'à présent.

S'ils s'engagent à se décarboner, les industriels pourront notamment bénéficier plus longtemps de quotas carbone gratuits. Leur suppression totale interviendrait en 2038, contre 2034 dans le système actuel.

Et les entreprises auront la possibilité d'acquérir à partir de 2036 des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation en dehors de l'UE qui seraient pris en compte dans la baisse de leurs émissions.

Il y a plus de vingt ans, l'Union européenne a mis en place ce marché des quotas d'émissions carbone (ETS), outil pionnier dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Pour couvrir leurs émissions de CO2, les industries les plus énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) et les producteurs d'électricité doivent acheter des "permis de polluer", selon le principe du pollueur-payeur.

Le prix de la tonne de CO2 varie et s'établit autour de 80 euros actuellement dans l'UE.

Le total des quotas carbone disponibles sur le marché baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins. Et pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits sont alloués.

Ils devaient disparaître en 2034, mais la Commission propose de les prolonger tout comme elle veut réduire moins vite que prévu l'ensemble des quotas disponibles sur le marché.

Pour montrer que ses ambitions climatiques demeurent, l'UE a néanmoins présenté vendredi un objectif "indicatif" d'électrification de son énergie. Elle souhaite que l'électricité représente 46% de sa consommation finale d'énergie en 2040, soit deux fois plus qu'actuellement.

- Scandinavie vs Europe centrale -

Depuis plusieurs années, cette part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie de l'Union stagne autour de 23%, car elle coûte nettement plus cher que le gaz et parce que l'Europe peine à se priver des fossiles dans le chauffage des bâtiments et les transports.

Entre la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient et la canicule historique qui s'est abattue sur l'Europe, les défenseurs de l'environnement poussent pour que l'UE maintienne des ambitions climatiques élevées.

Mais depuis deux ans à Bruxelles, la tendance est plutôt de répondre aux préoccupations des industriels, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

La réforme du carbone était prévue dans les textes, mais elle est devenue un enjeu politique, voire idéologique, entre les partisans d'ETS, comme l'Espagne, la Suède, la Finlande et le Danemark, et ses détracteurs, comme la Pologne, la République tchèque ou l'Italie aux économies plus carbonées.

Entre ces deux camps, la France va être "un Etat pivot dans les négociations", estime Phuc-Vinh Nguyen, expert de l'énergie de l'Institut Jacques-Delors, qui considère que Paris a intérêt à "sauvegarder un ETS fort" pour mettre en avant son électricité nucléaire décarbonée auprès des investisseurs.

Vendredi, la Commission a également poussé  pour que les revenus que perçoivent les Etats membres grâce au marché du carbone soient davantage fléchés vers la décarbonation de l'industrie, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

Bruxelles avance par ailleurs prudemment sur l'extension de son marché du carbone à de nouveaux secteurs.

L'exécutif propose d'intégrer "graduellement" le secteur des incinérateurs de déchets à ETS. Avec une possibilité de dérogation jusqu'en 2035 pour les Etats, s'ils remplissent des objectifs de recyclage ou disposent déjà d'une taxe nationale équivalente.

Concernant l'aviation, face à la forte pression des compagnies aériennes et aux réticences de certains Etats, dont la France, la Commission a renoncé à directement intégrer les vols internationaux à son marché du carbone.

A la place, elle plaide pour une solution intermédiaire régionale à partir de 2029, avec l'intégration à ETS de vols internationaux dont le point d'atterrissage se situe à 5.000 kilomètres maximum du décollage en Europe. Un vol depuis Francfort vers Dubaï ou Istanbul serait couvert par ETS, mais Francfort-Tokyo ne le serait pas.

Au milieu de ces négociations, une victime collatérale de ce bras de fer pourrait être "l'ETS 2", c'est-à-dire l'extension prévue du marché du carbone au transport routier et au chauffage des bâtiments.

Très sensible politiquement, la mesure a déjà été repoussée de 2027 à 2028 et risque encore d'être reportée. Voire enterrée.