ABBA de retour pour un nouveau «Voyage» après 40 ans à quai

Le groupe ABBA, photo d'archives AFP datée de 1974.
Le groupe ABBA, photo d'archives AFP datée de 1974.
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Publié le Vendredi 05 novembre 2021

ABBA de retour pour un nouveau «Voyage» après 40 ans à quai

  • L'annonce début septembre de leur reformation, lors d'une cérémonie XXL tournée dans plusieurs capitales, avait fait le tour du monde, après des années de spéculations
  • ABBA fait son grand retour vendredi avec un nouvel album "Voyage", après quarante ans de silence des légendes suédoises de la disco-pop

STOCKHOLM: ABBA fait son grand retour vendredi avec un nouvel album "Voyage", après quarante ans de silence des légendes suédoises de la disco-pop, qui peaufinent pour l'an prochain un concert d'avatars numériques dans une salle en construction à Londres.


Avec sa flopée de tubes ayant traversé contre toute attente toutes les modes, le quatuor va-t-il retrouver les sommets de sa jeunesse?


Depuis leur séparation de fait fin 1982, un an après leur dernier album "The Visitors", Agnetha, Björn, Benny et Anni-Frid (acronyme ABBA) n'avaient plus sorti de chansons et rangé aux vestiaires leurs célèbres costumes kitsch.


L'annonce début septembre de leur reformation, lors d'une cérémonie XXL tournée dans plusieurs capitales, avait fait le tour du monde, après des années de spéculations.


Composé de dix titres, "Voyage" est le fruit imprévu d'un projet sur lequel ABBA travaille depuis des années: un concert d'avatars numériques "révolutionnaires", censé reléguer au rayon de vieilleries les hologrammes qui ont fleuri ces dernières années dans le monde de la musique.


Certains points restent mystérieux mais une chose est claire: c'est les ABBA d'aujourd'hui qu'on entendra chanter et c'est eux qui auront commandé les mouvements des "ABBAtars", mais ces derniers les représenteront avec leur physique de... 1979. 


C'est en préparant ce projet en partenariat avec une société d'effets spéciaux du père de Star Wars George Lucas - maintes fois retardé par des difficultés techniques, puis par le Covid - que naît l'idée de refaire de la musique ensemble. 

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Photo d'archives AFP datée de 1976.


Dès 2018, ABBA avait confirmé les rumeurs de son retour en studio et on savait que l'enregistrement d'au moins deux nouvelles chansons était conservé à l'abri des oreilles indiscrètes.


"Au début, c'était seulement deux chansons, et puis on s'est dit. +Peut être qu'on pourrait en faire quelques autres (...) et puis j'ai demandé: "Et si on faisait un album complet?", a expliqué Benny Andersson, 74 ans, lors de l'annonce de l'album.


Lui et Björn Ulvaeus, 76 ans, en assurent la promotion ces dernières semaines, Agnetha Fältskog et Anni-Frid Lyngstad ayant choisi de s'épargner cette épreuve à respectivement 71 et 75 printemps.

Cinq choses à savoir sur ABBA

Machine à tubes pop qui a écoulé des dizaines de millions de disques, le groupe culte suédois ABBA est de retour vendredi avec son premier album depuis près de 40 ans. Voici cinq choses à savoir sur le groupe.

Un nom, quatre prénoms, et du hareng

Formé par étapes à l'aube des années 1970, le groupe connaît ses premiers succès en Suède. Mais il peine à se trouver un nom et après le flop du nom "Festfolk" et un concours lancé dans les journaux, Agnetha Fältskog, Björn Ulvaeus, Benny Andersson et Anni-Frid Lyngstad retiennent finalement "ABBA", un acronyme de leurs quatre prénoms. Problème: le nom est déjà utilisé par une conserverie de poissons. Après un coup de fil au directeur de l'entreprise, Agnetha obtient l'autorisation d'utiliser le nom, en échange d'une promesse facile de ne jamais se lancer dans la poissonnerie. Le hareng Abba - sans majuscules - se vend toujours dans tous les supermarchés de Suède.

« Waterloo », un triomphe à l'Eurovision

Après avoir manqué le coche en 1973 avec le single "Ring Ring", le quatuor parvient à se qualifier pour représenter la Suède à l'Eurovision 1974, qui se tient à Brighton, dans le sud de l'Angleterre. Avec leur guitare en forme d'étoile et leurs costumes si "seventies" en satin moulant, ABBA triomphe avec "Waterloo", reléguant à la sixième place la diva de "Grease", Olivia Newton-John. Devant des millions de téléspectateurs, le phénomène est né. Son titre, filant la métaphore sentimentale sur la fameuse défaite napoléonienne, devient numéro un en Europe. "Mamma Mia" (1975), puis "Dancing Queen" (1976) - joué pour la première fois à l'occasion du mariage du roi de Suède Carl XVI Gustav avec la reine Silvia en juin 1976 - confirmeront la lancée d'une longue liste de tubes.

 

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Waterloo, la chanson des ABBA lors de l'Eurovision de 1974. (Photo d'archives AFP).

Des costumes « fous »

Voulus au départ pour se distinguer de la masse des concurrents de l'Eurovision, les costumes scintillants deviendront la marque de fabrique d'ABBA. "J'ai demandé à Björn: +qu'est ce que vous voudriez, qu'est ce que je peux produire pour vous? Et il m'a répondu: rien n'est trop fou", explique Owe Sandström, le designer des célèbres tenues du groupe, devant une sélection exposée au musée ABBA de Stockholm. Un appel à l'extravagance suivi avec joie par le costumier, qui mêle des influences de cabarets, de cirque, d'animaux... Sequins, perles, cristaux, tout ce qui brille est pour ABBA. Un de ses préférés: celui porté par Björn lors de la présentation du tube "Chiquitita" (1979) aux Nations Unies, une tenue inspirée du flamenco.

La Suède, championne de l'exportation de musique

Encore aujourd'hui, seuls trois pays dans le monde exportent plus de musique qu'ils n'en importent: les Etats-Unis, le Royaume-Uni et... la Suède, selon une récente étude indépendante commandée par Export Music Sweden. Avec ses 400 millions de ventes sur tous supports revendiquées par la maison de disques Universal, Abba est un des plus gros vendeurs de disques de l'histoire et a contribué à installer le pays nordique de quelque 10 millions d'habitants au sommet. Mais la tendance s'est poursuivie avec le succès de groupes suédois comme Roxette, Ace of Base, The Cardigans, ou plus récemment Swedish House Mafia, Lykke Li ou le regretté Avicii, sans compter de très influents producteurs comme Max Martin, père naturel de dizaines de hits. 

Deux mariages et deux divorces

ABBA est un quatuor mais a aussi formé deux couples. En 1971, Agnetha épouse Björn. En 1978, Frida et Benny, ensemble depuis plusieurs années, se marient à leur tour. Mais les duos s'épuisent, fatigués notamment par le succès du groupe. En 1979, Agnetha et Björn divorcent et en 1981 c'est au tour de Frida et Benny de se séparer. Une fin de leur passion qui se traduit dans leurs chansons, comme le poignant "The Winner Takes It All" (1980). En 1981, ABBA sort un dernier album et l'année suivante le groupe cesse de se produire en public. Mais son succès se poursuivra, notamment avec la compilation "ABBA Gold" sortie en 1992.

« Toujours le son ABBA »

Trois des dix chansons de l'album, disponible depuis minuit heure locale dans tous les pays du monde, avaient déjà été dévoilées: d'abord "I Still Have Faith In You" (Je crois toujours en toi) et "Don't Shut Me Down" (Ne me ferme pas la porte). Puis une version modernisée de "Just A Notion", enregistré en 1978 mais jamais publié jusqu'ici.


"Waterloo", "Dancing Queen", "Mamma Mia", "The Winner Takes It All", "Money Money Money": la nouvelle livraison ne souffrira-t-elle pas de la comparaison avec l'âge d'or?

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Voyage, le nouvel album d'ABB. (AFP). 


"Nous n'avons rien à prouver - qu'est ce que ça peut faire si les gens pensent que nous étions meilleurs avant?", a botté en touche Benny Andersson dans une interview au quotidien suédois Dagens Nyheter. "Si cela n'avait pas été assez bien, nous n'en aurions rien fait".


Pour Jean-Marie Potiez, un des meilleurs experts internationaux du groupe, "les voix d'Agnetha et d'Anni-Frid ont perdu dans les aigus, ce qui est normal vu leur âge, mais ont gagné en profondeur, en sensibilité". 


"Quand elles chantent ensemble, toutes les deux, comme sur Don't Shut Me Down, c'est le son ABBA".


"C'est le son ABBA, mais ce n'est pas nostalgique, pas figé dans ce qu'ils étaient. Ca correspond à qui ils sont aujourd'hui", s'enthousiasme un fan suédois, Peter Palmquist.


Malgré les années et deux divorces - Björn avec Agnetha et Benny avec Anni-Frid ont été mariés plusieurs années - les quatre étaient restés bons amis.


Mais "Voyage", neuvième album studio du groupe, sera bel et bien le dernier, ont confirmé les deux "B" dans une interview au Guardian fin octobre.

                


AlUla: l’exposition « Arduna », fonde un socle de dialogue et de culture

Ingrid Périssé, responsable des fouilles archéologiques d’AlUla, et Jean-Claude Mallet conseiller spécial de président AFALULA, lors de la présentation d’Arduna. AK.
Ingrid Périssé, responsable des fouilles archéologiques d’AlUla, et Jean-Claude Mallet conseiller spécial de président AFALULA, lors de la présentation d’Arduna. AK.
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  • AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO
  • Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures

PARIS: Au cœur du nord-ouest de l’Arabie saoudite, à plus de 1 100 kilomètres de Riyad, l’oasis d’AlUla s’impose progressivement comme l’un des laboratoires culturels les plus ambitieux du Moyen-Orient.

Territoire aux paysages spectaculaires et au patrimoine plurimillénaire, marqué par les civilisations lihyanite et nabatéenne, AlUla n’est plus seulement un site archéologique d’exception, mais devient un véritable projet de civilisation.

arduna

L’exposition « Arduna » (Notre terre), présentée dans le cadre de la 5ᵉ édition du Festival des arts d’AlUla, en est aujourd’hui l’une des expressions les plus abouties.

Organisée dans les espaces préfigurateurs du futur musée d’art contemporain saoudien, l’exposition incarne une coopération culturelle structurante entre la France et l’Arabie saoudite, portée conjointement par l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA) et la Commission royale pour AlUla (RCU), avec le concours du Centre Pompidou.

Plus qu’un événement artistique, « Arduna » s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à faire de l’art un pilier du développement territorial, social et symbolique d’AlUla.

Un dialogue entre patrimoine et création contemporaine

AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures.

C’est dans le cadre de cet héritage que s’inscrit aujourd’hui la politique culturelle conduite par la Commission royale pour AlUla, en lien étroit avec AFALULA, fer de lance de la coopération franco-saoudienne.

L’objectif est clair : préserver le patrimoine tout en l’inscrivant dans le présent, relier l’histoire longue du territoire à la création contemporaine internationale et faire d’AlUla un espace vivant, habité et partagé.

Depuis cinq ans, le Festival des arts d’AlUla joue un rôle central dans cette transformation. Il a progressivement installé la région comme un foyer de création et de rencontres artistiques, en dialogue constant avec le paysage, les habitants et l’histoire du lieu.

Dans ce contexte, l’exposition « Arduna » marque une étape décisive. Conçue par deux commissaires — Anna Hiddleston, du Centre Pompidou, et Candida Pestana, cheffe des commissaires pour les arts contemporains à la RCU —, elle repose sur un principe fort : le dialogue entre les œuvres, les cultures et les récits.

L’exposition est structurée en six sections, chacune mettant en regard des artistes d’horizons différents.

Ainsi, une œuvre de Vassily Kandinsky dialogue avec celles de l’artiste syro-libanaise Etel Adnan, tandis qu’un échange visuel et conceptuel s’opère entre le photographe palestinien Tarek Al-Ghoussein et l’artiste français Cyprien Gaillard.

À ces confrontations s’ajoutent des installations créées spécifiquement pour AlUla par cinq artistes contemporains : Renaud Auguste-Dormeuil, Dana Awartani, Tarek Atoui, Tavares Strachan et Ayman Zedani.

Ces œuvres inédites ancrent l’exposition dans le territoire même d’AlUla, renforçant son caractère non itinérant et profondément contextuel.

« Arduna » constitue une première majeure à plusieurs titres : il s’agit de la première exposition de cette ampleur organisée à AlUla en co-commissariat avec une grande institution internationale, et de la première exportation temporaire d’un ensemble significatif d’œuvres du Centre Pompidou depuis sa fermeture pour rénovation.

Un modèle culturel fondé sur la co-construction

Contrairement à de nombreux projets culturels dans le Golfe fondés sur la simple importation de contenus occidentaux, le modèle retenu ici privilégie la co-construction.

Sur les 75 œuvres présentées, une partie provient de prêts internationaux, tandis qu’une autre appartient à la collection constituée ces dernières années par la Commission royale pour AlUla, reflétant une politique affirmée d’acquisition et de souveraineté culturelle.

La durée de trois mois (du 31 janvier au 15 avril), conforme aux standards internationaux, permet de toucher un public local, régional et international, dans un territoire encore en phase de montée en puissance touristique, mais dont la fréquentation progresse rapidement, notamment grâce à des équipements culturels et de loisirs déjà largement fréquentés par les habitants.

Au-delà de l’exposition elle-même, « Arduna » s’inscrit dans une compétition culturelle internationale intense, alors que des artistes américains, britanniques, italiens, mais aussi de plus en plus chinois, déploient des moyens considérables en Arabie saoudite.

Pour les responsables du projet, l’horizon est clairement fixé à 2030, en cohérence avec les grandes échéances saoudiennes, dont l’Exposition universelle de Riyad. Leur ambition est de créer un pont entre AlUla, les grands sites patrimoniaux, le futur musée d’art contemporain et les grands rendez-vous internationaux, afin de faire rayonner l’oasis bien au-delà de ses frontières.

En préfigurant le futur musée d’art contemporain, « Arduna » dépasse ainsi le cadre d’une exposition temporaire et propose un nouveau modèle culturel, fondé sur le temps long, la création partagée et l’ancrage territorial.

Ce modèle fait de l’art non pas un simple outil d’attractivité touristique, mais un vecteur de sens, de dialogue et de transformation sociale.


Haute couture: ode à la nature pour les premiers pas de Matthieu Blazy chez Chanel

Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
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  • Débuts très attendus de Matthieu Blazy chez Chanel : une première collection haute couture poétique et aérienne, célébrant la nature à travers transparences, plumes et motifs de champignons, sous la verrière du Grand Palais
  • Une semaine marquée par le renouveau des grandes maisons : Jonathan Anderson chez Dior, Armani sans Giorgio pour la première fois, et des défilés spectaculaires signés Rolland et Fournié, illustrant un vaste mercato qui redessine la haute couture

PARIS: Des oiseaux, des champignons et beaucoup de légèreté: Matthieu Blazy a fait mardi à Paris ses débuts en haute couture chez Chanel avec une collection toute en transparence, délicatesse et plumes, véritable ode à la nature et à la poésie.

Sous la verrière du Grand Palais, métamorphosée pour l'occasion en une forêt onirique peuplée de champignons géants et de saules pleureurs roses, le créateur franco-belge de 41 ans a voulu, à travers ce premier vestiaire, "sonder et explorer le coeur de Chanel", explique un communiqué.

Matthieu Blazy réinvente ainsi une nouvelle fois l'emblématique tailleur de la maison dans une superposition de mousseline de soie transparente aux couleurs pastel et aux broderies en forme de champignons, sous laquelle se dessinent d'élégants sous-vêtements.

Le champignon, envoyé sous forme de pendentif en guise d'invitation, se décline dans les talons de certains escarpins.

La transparence et la légèreté s'invitent également dans des robes vaporeuses et des ensembles débardeurs et jupes, assortis d'écharpes qui traînent jusqu'au sol, et même sur un pantalon en jean.

Progressivement, les matières gagnent en densité: les tissus s’épaississent, se structurent, et la collection bascule vers des tailleurs et des manteaux en tweed, dont les extrémités s'ornent de plumes légères.

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Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)

Ces plumes, d'abord discrètes, finissent par s'imposer. Elles encerclent les ourlets des robes, soulignent les lignes d'une jupe ou d'un top, avant d'envahir entièrement certains tailleurs et silhouettes du soir, transformant les mannequins en femmes-oiseaux.

Le défilé s'est conclu par la traditionnelle mariée en ensemble jupe et haut à manches longues, entièrement rebrodé comme une nuée de minuscules plumes blanches.

Une première incursion dans la haute couture qui a attiré un parterre de stars, de Nicole Kidman à Dua Lipa, en passant par Penelope Cruz et Tilda Swinton.

- Mercato -

Ce premier défilé était l'un des plus attendus de cette semaine de la haute couture, avec celui de Jonathan Anderson lundi chez Dior.

Le créateur nord-irlandais de 41 ans avait également mis la nature à l'honneur, mais à travers des silhouettes très fleuries à la fois sculpturales et aériennes.

La nomination, ces derniers mois, de ces deux quadragénaires à la tête de deux des plus prestigieuses maisons a été le point d'orgue du vaste mercato qui agite la mode depuis près de deux ans.

Débauché de Bottega Veneta en décembre 2024, Matthieu Blazy avait déjà créé l’événement. Lors de son premier défilé de prêt‑à‑porter en octobre, le créateur avait revisité les codes fondateurs de Chanel en jouant sur les contrastes — tweeds effilochés, mailles colorées, tailleurs déhanchés et jupes en plumes — un passage ovationné et salué par une critique unanime.

- Armani sans Giorgio -

Autre temps fort de cette journée, Armani a présenté en début de soirée la première collection haute couture de la maison italienne sans la supervision de son fondateur Giorgio, décédé début septembre à l'âge de 91 ans.

Cette collection est signée par sa nièce Silvana Armani, qui avait travaillé à ses côtés sur le prêt-à-porter féminin et signe ses premiers pas en haute couture.

Un premier vestiaire, que l'Italienne a voulu "comme du Armani classique, mais avec une touche d'originalité", dans lequel se déclinaient de nombreux tailleurs pantalons souples et satinés, de somptueuses robes du soir scintillantes et des blouses rebrodées de perles, dans une palette noire, blanche, rose nude et vert d'eau.

De son côté, le couturier Stéphane Rolland a investi le Cirque d'hiver pour présenter une nouvelle collection aux silhouettes toujours très structurées, entre robes de soirée, combinaisons ajustées ou aux pantalons bouffants, dans ses couleurs fétiches que sont le rouge, le noir et le blanc.

Incarné par les mannequins Adriana Karembeu et Coco Rocha, le show s'est achevé par un lâcher de colombes et la performance aérienne d'une acrobate, le tout sous le regard de la première dame Brigitte Macron, du chanteur Marc Lavoine et du cinéaste Claude Lelouch.

Julien Fournié a de son côté dévoilé un vestiaire mêlant robes de soirée aux jupes volumineuses, pièces richement ornées de strass et de broderies – parfois inspirées du graffiti, des mangas ou du cinéma de genre – ainsi que des ensembles associant vestes en jean et transparences constellées de strass façon tatouage.


«American Doctor», ou la brutalité de la guerre à Gaza vue par des médecins

Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer. (AFP)
Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer. (AFP)
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  • Le film de Teng suit Mark Perlmutter et deux autres médecins américains, l'un américano-palestinien et l'autre zoroastrien non pratiquant, face à l'indicible brutalité infligée à une population majoritairement civile à Gaza
  • Le film montre les médecins travaillant avec leurs collègues palestiniens, portant secours à des blessés aux membres sectionnés et souffrant de plaies ouvertes.

PARK CITY: Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer.

Teng craint de devoir flouter la scène pour protéger la dignité des enfants. Mais sa décision fait débat.

"On ne leur rend pas justice à moins de laisser leur mémoire, leurs corps, raconter l'histoire de ce traumatisme, de ce génocide. On ne leur rend pas service en ne les montrant pas ", estime le médecin juif américain Mark Perlmutter au Festival du film de Sundance, où le film a été présenté en avant-première vendredi.

"Voilà ce que mes impôts ont fait. Voilà ce que vos impôts ont fait. Voilà ce que les impôts de mon voisin ont fait. Les gens ont le droit de connaître la vérité", souligne-t-il.

"Vous avez la responsabilité, comme moi, de dire la vérité. Si vous floutez cela, c'est une faute professionnelle journalistique".

Malgré un cessez-le-feu fragile, les violences se poursuivent entre les forces israéliennes et le Hamas, faisant des victimes parmi les non combattants dont des dizaines d'enfants, selon l'Unicef.

Des enquêteurs de l'ONU ont accusé Israël de commettre un génocide à Gaza, accusation qu'Israël a qualifiée de "déformée et fausse", tout en taxant ses auteurs d'antisémitisme.

Contrebande d'antibiotiques 

Le film de Teng suit Mark Perlmutter et deux autres médecins américains, l'un américano-palestinien et l'autre zoroastrien non pratiquant, face à l'indicible brutalité infligée à une population majoritairement civile à Gaza depuis qu'Israël a répondu à l'attaque du Hamas, le 7 octobre 2023.

Le film montre les médecins travaillant avec leurs collègues palestiniens, portant secours à des blessés aux membres sectionnés et souffrant de plaies ouvertes. On les voit également en d'autres occasions dans les couloirs du pouvoir à Washington et dans les médias israéliens et américains.

Le documentaire montre aussi les difficultés pratiques auxquelles ils sont confrontés, les blouses chirurgicales et les antibiotiques qu'ils doivent faire passer en contrebande à travers la frontière pour contourner le blocus israélien. Et les refus de dernière minute des autorités israéliennes de les laisser entrer.

Le film décrit le courage d'hommes qui vont volontairement travailler dans des hôpitaux frappés à plusieurs reprises par l'armée israélienne. Comme l'hôpital Nasser de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, cible d'une double frappe en août 2025.

Israël affirme viser des "terroristes" dans ces établissements et soutient que des combattants du Hamas sont retranchés dans des tunnels sous les hôpitaux.

"Complices du meurtre d'enfants" 

Feroze Sidwha, peut-être le plus loquace des trois médecins, répète n'avoir jamais vu de tunnels. Et de toute façon, insiste-t-il, même la présence de combattants blessés dans un hôpital n'en fait pas une cible légitime.

"Les Américains méritent de savoir ce qui se passe, à quoi sert leur argent, et tout simplement de pouvoir décider", dit-il. "Voulez-vous vraiment qu'on fasse cela?", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Je suis à peu près sûr que la réponse est +non+. Je veux juste continuer à m'exprimer et à faire savoir aux gens qu'ils n'ont pas à être complices du meurtre d'enfants. Nous le sommes tous, à l'heure actuelle".

Le film est dédié aux quelque 1.700 soignants tués dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre en octobre 2023.

Selon Reporters sans frontières (RSF), près de 220 journalistes ont également été tués, faisant d'Israël le plus grand tueur de journalistes dans le monde pour la troisième année consécutive.

Le Festival de Sundance se tient jusqu'au 1er février.