Dupond-Moretti choisit une avocate pour diriger l'école nationale de la magistrature

Le ministre français de la Justice Eric Dupond-Moretti lors d'une conférence de presse à Paris, le 21 septembre 2020 (Photo, AFP)
Le ministre français de la Justice Eric Dupond-Moretti lors d'une conférence de presse à Paris, le 21 septembre 2020 (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Mardi 22 septembre 2020

Dupond-Moretti choisit une avocate pour diriger l'école nationale de la magistrature

  • Ce sera la première fois que l'ENM sera dirigée par une non-magistrate depuis sa création en 1958
  • Nathalie Roret s'est dans un tweet dite honorée de cette « mission majeure » qui « permettra de renforcer le lien entre avocats et magistrats »

PARIS : Contre la « culture de l'entre-soi » et sur fond de tensions avec les magistrats, le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti a annoncé lundi avoir choisi une avocate pénaliste pour diriger l'école nationale de la magistrature.

Lors d'une conférence de presse à la Chancellerie, celui qui a longtemps prôné la suppression de cette école a annoncé avoir proposé au président de la République le nom de Nathalie Roret, avocate pénaliste et vice-bâtonnière du barreau de Paris. Ce sera la première fois que l'ENM sera dirigée par une non-magistrate depuis sa création en 1958.

Cette annonce intervient alors que les relations avec les magistrats sont tendues : vendredi, le garde des Sceaux a demandé l'ouverture d'une enquête administrative contre trois magistrats du parquet national financier (PNF), après un rapport de l'Inspection générale de la justice (IGJ) qui a relevé des dysfonctionnements  de procédure dans une enquête sur la « taupe » de Nicolas Sarkozy dans l'affaire des « écoutes ».

« Une attaque inédite » de l'institution judiciaire, avaient dénoncé les deux principaux syndicats de la magistrature.

Depuis sa prise de fonction il y a deux mois, a dit le ministre à la Chancellerie lundi, Dupond-Moretti a certes constaté « l'enthousiasme de la majorité des magistrats », mais aussi « la force d'inertie de certains, la frilosité à moderniser l'institution et les dérives d'une culture de l'entre-soi ». 

« J'ai dit lors de mon installation à la Chancellerie que je n'aurai pas le temps d'opérer une refonte totale, mais je ne renonce certainement pas à ouvrir davantage cette école ».

« L'ouverture, c'est d'abord rompre avec des traditions surannées, c'est rompre avec la tentation du vase clos et de l'entre-soi », a-t-il affirmé, sans entrer dans les détails des « grandes orientations » qu'il souhaitait pour l'école formant chaque année environ 350 magistrats.

« Rien ne sera fait sans un dialogue indispensable et constructif » à l'ENM, a-t-il insisté.

Dans un communiqué, l'ENM a pris « acte de l'annonce », rappelant « à cette occasion » les progrès de l'école en terme d'ouverture. « Le recrutement s'est profondément diversifié », les auditeurs qui passent « 70% de leur temps de formation » en stage entretiennent « au quotidien » des échanges avec le monde de la justice dans son ensemble, souligne l'ENM.

« Deuxième salve »

Nathalie Roret s'est dans un tweet dite honorée de cette « mission majeure » qui « permettra de renforcer le lien entre avocats et magistrats ».

Chez les magistrats, les conférences des premiers présidents et procureurs généraux se sont réjouies dans un communiqué « de la nomination d'une femme », de surcroît « expérimentée », à ce poste. Mais elles se sont également « inquiétées » des « propos inutilement polémiques du Garde des Sceaux sur la prétendue +culture de l’entre soi+ (...) ou des +traditions surannées+, des mots « qui divisent et stigmatisent au lieu de réunir et de construire ».

Alors avocat, Dupond-Moretti avait plaidé dans un livre en 2018 pour la suppression de l'ENM pour la remplacer par une école de formation commune aux magistrats et avocats, la jugeant « incapable » de former correctement les futurs magistrats. Elle « encaste les jeunes gens dans un moule dont ils ne sortiront jamais ».

Des propos mal digérés par les magistrats - l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) avait qualifié sa nomination à Chancellerie de « déclaration de guerre ».

« Un avocat pénaliste qui devient garde des Sceaux et nomme une avocate pénaliste... On nous accuse de corporatisme, j'ai envie de répondre +pareil+ », a grincé Cécile Mamelin de l'USM en réaction à l'annonce d'Eric Dupond-Moretti lundi. 

La décision est « inédite » mais reste « symbolique » et les magistrats « n'y sont pas fermés », a pour sa part réagi Nils Monsarrat, secrétaire national du Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche), s'attardant plutôt sur le « timing » de l'annonce, quelques jours après l'annonce de l'enquête administrative visant des magistrats.

« C'est une deuxième salve, encore une fois un signe de défiance envers nous », abonde Cécile Mamelin.

Eric Dupond-Moretti s'était attiré les foudres de la magistrature vendredi en annonçant l'ouverture de cette enquête administrative, qui vise notamment l'ancienne cheffe du PNF Eliane Houlette. L'inspection avait été saisie par l'ancienne garde des Sceaux Nicole Belloubet après des révélations sur l'ampleur d'investigations menées par le PNF pour tenter d'identifier qui avait pu informer Nicolas Sarkozy et son avocat qu'ils étaient sur écoute.

Les relevés téléphoniques de plusieurs ténors du barreau dont Dupond-Moretti avaient été épluchés. Il avait déposé une plainte avant de la retirer une fois nommé garde des Sceaux en juillet - un conflit d'intérêt majeur, selon les syndicats de magistrats.


Avant le G7, Macron organise une visioconférence jeudi incluant la Chine sur la "coopération" économique

Un passant marche devant un bâtiment dont les fenêtres ont été recouvertes de panneaux en bois installés pour protéger la façade avant les manifestations contre le sommet du G7 d’Évian, à Genève, le 4 juin 2026. (AFP)
Un passant marche devant un bâtiment dont les fenêtres ont été recouvertes de panneaux en bois installés pour protéger la façade avant les manifestations contre le sommet du G7 d’Évian, à Genève, le 4 juin 2026. (AFP)
Short Url
  • Emmanuel Macron organise une visioconférence réunissant le G7, la Chine et plusieurs pays émergents pour promouvoir une coopération économique mondiale et réduire les déséquilibres commerciaux
  • Cette initiative vise à préparer le sommet du G7 à Évian et à apaiser les tensions économiques entre l’Europe, la Chine et les États-Unis

PARIS: Emmanuel Macron va organiser jeudi, quatre jours avant le sommet du G7, une visioconférence entre les membres de ce forum de puissances industrialisées, la Chine et plusieurs autres pays émergents, afin de renforcer la "coopération" entre les grandes économies mondiales, a annoncé mardi l'Elysée.

Cette conférence, baptisée "sommet de convergence mondiale pour la croissance", "signale une disponibilité nouvelle de la Chine, des Etats-Unis et de l'Europe de s'engager dans une démarche économique coordonnée", a déclaré la présidence française dans un communiqué.

Elle réunira des représentants du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) mais aussi de la Chine et du Fonds monétaire international (FMI). Les pays déjà invités au sommet du G7, programmé du 15 au 17 juin à Evian, dans le centre-est de la France, participeront également à la visioconférence de jeudi (Brésil, Corée du Sud, Inde, Kenya et Egypte).

"Ce sommet vise à initier une coopération entre les économies systémiques et émergentes pour apaiser les tensions et créer les conditions d’une croissance équilibrée, durable et partagée", a expliqué l'Elysée, rappelant que "la résorption des déséquilibres macroéconomiques mondiaux est une priorité" du président français, Emmanuel Macron, pour le G7.

La France veut notamment "restaurer une industrie forte en Europe" et "équilibrer le commerce avec la Chine ainsi que les Etats-Unis".

- "Double problème" -

La lutte contre les déséquilibres est "dans l'intérêt aussi des pays les plus fragiles", estime la présidence française, qui voit dans ce rendez-vous "une contribution au G20" prévu en décembre aux Etats-Unis.

La Chine est membre du G20 mais pas du G7, à l'inverse des Etats-Unis et des plus grandes économies européennes qui appartiennent aux deux clubs.

Le chef de l'Etat français a proposé dès décembre une approche "coopérative" pour ce chantier, tout en laissant planer la menace de "droits de douane" européens "sur les produits chinois" si Pékin ne joue pas le jeu.

En janvier, il avait estimé que l'Europe avait, sur le commerce, "un double problème, l'agressivité chinoise et les tarifs américains", et "c'est un gros problème d'avoir les deux en même temps".

Mercredi, en autre préambule au sommet d'Evian, Emmanuel Macron va recevoir à l'Elysée "des représentants de la société civile, des partenaires sociaux, du monde économique, des fondations, des think tanks et de la jeunesse".

Leurs échanges "porteront sur les enjeux de développement et de partenariats internationaux, la sécurisation des chaînes de valeur pour les approvisionnements critiques, le numérique et l'intelligence artificielle, ainsi que sur la protection de l'État de droit, des libertés fondamentales, de l'espace civique et la place de la jeunesse dans nos démocraties", selon un autre communiqué.

Emmanuel Macron doit ensuite rencontrer le Premier ministre canadien, Mark Carney, vendredi soir à Paris, puis le chef du gouvernement indien, Narendra Modi, dimanche à Nice pour un événement autour de la tech.

Il accueillera ses homologues du G7 lundi soir à Evian, ville thermale des Alpes françaises sur les rives du lac Léman, pour un sommet de trois jours.


France: un défilé du 14-Juillet "massif", l'Ukraine à l'honneur

Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
Short Url
  • Le défilé du 14 Juillet mettra en avant le renforcement de la défense française et européenne, avec un format plus important et moderne
  • L’Ukraine sera à l’honneur, tandis que les alliés européens et de l’OTAN afficheront leur soutien et leur unité

PARIS: Des pilotes ukrainiens et français, un défilé "plus massif": la parade militaire du 14 Juillet sur les Champs Elysées aura cette année pour thème "le réveil stratégique de l'Europe" et s'attachera à montrer que la France est "déterminée" et "n'est pas seule", a annoncé lundi le gouverneur militaire de Paris.

"Nous allons avoir un défilé plus massif, plus puissant, plus moderne", a déclaré le général Loïc Mizon lors d'une conférence de presse.

La parade mobilisera près de 8.500 participants, dont 6.500 défileront à pied. Près de 300 véhicules, dont une centaine de motos, 95 avions, 35 hélicoptères, ainsi que 193 chevaux de la Garde Républicaine participeront également.

L'Ukraine, entrée dans sa cinquième année de guerre déclenchée par la Russie en 2022, sera mise à l'honneur. La Patrouille de France ouvrira le défilé aérien, accompagnée de deux Mirage 2000 pilotés par des équipages franco-ukrainiens.

Les 35 pays de la Coalition des volontaires, prêts à fournir des garanties de sécurité à l'Ukraine une fois conclu un cessez-le-feu, ont été invités à participer par le président Emmanuel Macron, qui assistera à son 10e et dernier défilé en tant que chef d'Etat.

La présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen et le général Grynkewich, commandant suprême de l'OTAN, ont aussi été conviés.

Les soldats français des bataillons multinationaux de l'Otan déployés sur le flanc Est de l'Europe (Roumanie, Estonie) descendront la célèbre avenue parisienne.

La présence des alliés et des partenaires doit ainsi témoigner que "l'Europe n'est pas seule", a dit le général Mizon.

Le but de ce défilé est aussi de concrétiser aux yeux des Français les "efforts budgétaires consacrés depuis 10 ans aux forces armées", a fait-t-il valoir.

Le commissariat numérique de Défense défilera pour la première fois, pour "souligner la transformation numérique du ministère des Armées".

Deux blocs de réservistes défileront également: l'un composé de réservistes de la SNCF et un un autre de réservistes d'Airbus France.

La Marine nationale, qui fête cette année ses 400 ans d'existence clôturera le défilé au son du bagad de Lann-Bihoué, basé près de Lorient (Morbihan).

La parade militaire durera 2 heures et se terminera par l'hymne européen, "l'Ode à la joie".


Merz et Macron se sont entendus pour arrêter le projet d'avion de combat commun SCAF, selon Berlin

Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
Short Url
  • Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont constaté l’échec du projet SCAF en raison des désaccords persistants entre Airbus et Dassault Aviation sur le développement de l’avion de combat commun
  • Le programme d’avion de combat est abandonné, mais les deux pays souhaitent maintenir la coopération sur les technologies clés du FCAS, notamment le réseau numérique reliant avions, drones et autres systèmes de défense européens

BERLIN: Friedrich Merz et Emmanuel Macron se sont entendus pour "ne plus poursuivre la construction d'un avion de combat commun", le SCAF, a appris l'AFP lundi auprès du gouvernement allemand.

Depuis des mois, le projet d'avion de combat franco-germano-espagnol, le SCAF, était en panne sur fond de tensions germano-françaises et entre Airbus et Dassault. En février, le chancelier allemand Friedrich Merz avait déjà ouvertement douté de son avenir.

Cette fois, il semble enterré définitivement.

"Le président français et le chancelier allemand sont arrivés au constat partagé que les entreprises (Airbus et Dassault Aviation, ndlr) ne parviennent pas à s'entendre sur la construction d'un avion de combat commun", indique le gouvernement allemand.

"Ils reconnaissent cette réalité. Le chancelier fédéral Merz a donc suggéré au président Macron de ne plus poursuivre la construction d’un avion de combat commun", ajoute-t-il.

Lancé en 2017 par M. Macron et la chancelière Angela Merkel, rejoint par l'Espagne deux ans plus tard, le SCAF est un système qui comprend non seulement un avion mais aussi des drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, "un cloud de combat".

Selon le gouvernement allemand, "le véritable noyau du FCAS doit être poursuivi en tant que système de systèmes européen".

"Il s’agit en quelque sorte du système nerveux qui relie les avions, les drones et d’autres composants pour former un ensemble intégré", ajoute-t-il.

Il précise que les ministères français et allemand de la Défense "doivent formuler un plan de travail commun et contemporain pour la coopération dans l’industrie de défense, concentré sur quelques projets réalistes et pertinents", lors du conseil des ministres franco-allemand en Allemagne en juin.