Migrants : les Européens divisés sur le financement de clôtures

La Pologne, qui a mis en place des barbelés le long de sa frontière, prévoit de construire un mur sur plus de 100 km. (Photo, AFP)
La Pologne, qui a mis en place des barbelés le long de sa frontière, prévoit de construire un mur sur plus de 100 km. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 11 novembre 2021

Migrants : les Européens divisés sur le financement de clôtures

  • «Il faudra clarifier la capacité pour l'Union européenne de faire preuve de solidarité ou pas vis-à-vis des pays qui sont en première ligne»
  • «Est-ce qu'il est possible pour l'UE de montrer notre solidarité en les aidant à protéger leurs frontières nationales qui sont aussi les frontières européennes ?»

BRUXELLES : L'UE doit-elle financer des clôtures à ses frontières pour empêcher l'arrivée des migrants qui transitent par le Bélarus? Le président du Conseil Charles Michel a envisagé mercredi cette possibilité réclamée par certains Etats membres, mais que rejette la Commission.


Alors que le Bélarus est accusé par l'UE d'orchestrer un afflux de migrants, dont plus de 2.000 sont bloqués à la frontière avec la Pologne, Charles Michel a indiqué qu'il était "juridiquement possible" que l'Union finance de telles infrastructures, lors d'une conférence de presse au côté du Premier ministre Mateusz Morawiecki à Varsovie.


Il a rappelé que cette question avait été abordée lors du dernier sommet européen, le 22 octobre à Bruxelles.


"Il faudra clarifier la capacité pour l'Union européenne de faire preuve de solidarité ou pas vis-à-vis des pays qui sont en première ligne", a-t-il dit.


"Selon le service juridique du Conseil -institution représentant les Vingt-Sept-, il est juridiquement possible de financer au niveau européen ces infrastructures", a-t-il ajouté, précisant que cette décision devrait être prise par la Commission européenne.


La Pologne, qui a mis en place des barbelés le long de sa frontière, prévoit de construire un mur sur plus de 100 km, dont le coût est évalué à 353 millions d'euros. La Lituanie a de son côté commencé à ériger une clôture en fer qui doit s'étendre sur 300 km.

 

Migrants: comprendre la crise à la frontière Pologne-Bélarus en 5 questions

MOSCOU : L'afflux de migrants à la frontière entre la Pologne et le Bélarus a provoqué une crise diplomatique entre ces deux pays et l'inquiétude de l'Europe.


Voici cinq questions pour comprendre cette situation complexe.

Quelle est la situation sur le terrain ?
Plusieurs milliers de migrants voulant gagner l'Europe sont bloqués le long des quelque 400 kilomètres de frontière entre le Bélarus et la Pologne, dont plus de 2.000 dans un camp de fortune face au village polonais de Kuznica.


Ces personnes, parmi lesquelles se trouvent des enfants et des femmes, vivotent dans des conditions difficiles. La nuit, les températures descendent sous zéro degré Celsius.


D'après les autorités polonaises, des groupes ont tenté mardi et mercredi de forcer la frontière en plusieurs points.


Des vidéos publiées par les autorités polonaises montrent certains migrants utilisant des troncs d'arbres comme béliers pour abattre la clôture surmontée de fils de fer barbelé érigée par Varsovie à la frontière.


Au moins dix personnes sont mortes ces dernières semaines, dont sept sur le sol polonais, selon le quotidien Gazeta Wyborcza.

D'où viennent les migrants ?
Il s'agit principalement de personnes qui ont fui des conflits ou la misère au Proche-Orient ou en Afrique.


Un grand nombre d'entre eux sont des Kurdes du nord de l'Irak. Ces trois derniers mois, 1.600 personnes ont rallié le Bélarus grâce à un visa de tourisme depuis le Kurdistan irakien, selon l'Association des réfugiés du Kurdistan.


Des personnes venant de Syrie, pays en guerre depuis dix ans, sont également présentes à la frontière.


Une Polonaise qui vient en aide aux migrants sur place a également dit à l'AFP avoir vu des ressortissants du Yémen, de Côte d'Ivoire et, même, de Cuba.

Pourquoi l'UE accuse-t-elle le Bélarus? 
Bruxelles accuse l'autoritaire président bélarusse Alexandre Loukachenko d'avoir orchestré cette crise migratoire pour se venger des sanctions occidentales imposées à son régime pour la brutale répression de manifestations l'an dernier.


M. Loukachenko, qui dirige d'une main de fer le Bélarus depuis 1994, réfute ces accusations.


Mais, fin mai, il avait prévenu les Européens que le Bélarus ne stopperait plus "les drogues et les migrants" en route pour l'Europe.


Varsovie accuse Minsk de délivrer des visas de transit aux ressortissants de plusieurs pays afin d'attirer les candidats à l'exil, de les acheminer jusqu'à la frontière et même de leur fournir des outils pour découper la clôture.


M. Loukachenko est accusé de jouer sur la peur de l'Europe d'un afflux massif de migrants, très vive depuis la crise de l'été 2015 lors de laquelle plusieurs centaines de milliers de personnes avaient gagné la Grèce depuis la Turquie voisine.


Début 2020, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait lui aussi joué sur cette crainte en laissant passer des dizaines de milliers de migrants vers la frontière grecque.

Comment réagit la Pologne ?
Face à l'afflux de migrants, Varsovie a dénoncé une "attaque" de Minsk, musclé son dispositif à la frontière, où elle a déployé quelque 15.000 militaires, et décidé de construire un mur.


La Pologne a aussi imposé l'état d'urgence dans la zone frontalière et autorisé ses forces de sécurité à refouler les migrants.


L'une des interrogations concerne la coopération entre la Pologne et l'Union européenne, dont les relations sont très tendues, Bruxelles s'inquiétant de la situation de l'Etat de droit dans ce pays membre.


Le président du Conseil européen Charles Michel s'est rendu mercredi à Varsovie pour s'entretenir avec le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki.

La Russie, solution ou problème ?
Accusée par la Pologne d'être la "commanditaire" de cette crise, la Russie, principal soutien du Bélarus, est restée relativement discrète jusque-là.


Conscientes de l'influence de Moscou sur Minsk, l'UE et l'Allemagne ont appelé mercredi le président russe Vladimir Poutine à intervenir pour faire cesser la crise.


Fragilisé par les sanctions occidentales, le régime de M. Loukachenko est fortement dépendant du soutien financier et politico-militaire de la Russie.


Mais M. Poutine, qui s'efforce depuis plusieurs mois d'obtenir de Berlin la mise en service d'un nouveau gazoduc, fait pour l'instant la sourde oreille, se bornant à appeler au dialogue.


Moscou a aussi invité l'Europe à apporter une aide financière à Minsk pour prendre en charge les migrants.

«Décision dès que possible»

Charles Michel a souligné que la Lituanie avait "600-700 km de frontière avec le Bélarus". "Nous faisons face à une situation totalement nouvelle", a-t-il plaidé, dénonçant à nouveau une "attaque hybride" de la part du Bélarus. 


"Est-ce qu'il est possible pour l'UE de montrer notre solidarité en les aidant à protéger leurs frontières nationales qui sont aussi les frontières européennes ?", a-t-il lancé. 


"J'espère qu'il sera possible de prendre une décision dès que possible sur ce sujet important", a-t-il ajouté, alors qu'un sommet par visioconférence consacré à la crise avec le Bélarus pourrait être convoqué prochainement, selon une source européenne.


Les ministres de l'Intérieur de 12 pays (Autriche, Bulgarie, Chypre, Danemark, Estonie, Grèce, Hongrie, Lituanie, Lettonie, Pologne et République tchèque, Slovaquie) avaient écrit en octobre à la Commission pour demander à l'UE de financer la construction de telles clôtures. Mais la présidente de l'exécutif européen Ursula von der Leyen avait opposé une fin de non recevoir à l'issue du dernier sommet.


"Il y a une position commune de longue date de la Commission et du Parlement européen (sur le fait) qu'il n'y aura pas de financement de barbelés et de murs", avait-elle déclaré.


La Hongrie avait érigé ce type de clôture à la frontière avec la Serbie et la Croatie -pays membre de l'UE mais qui n'est pas dans Schengen- lors de la crise migratoire de 2015. La Slovénie a fait de même avec la Croatie.


«Passion des murs»

Le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Clément Beaune a épinglé sur Twitter "la passion des murs" qui "revient sur notre continent", rappelant que le 9 novembre était l'anniversaire de la chute du Mur de Berlin.


Interrogé lors d'un point de presse, un porte-parole de la Commission a réitéré la position de Mme von der Leyen, tout en soulignant que l'UE consacrait des "financements très substantiels" à la gestion des frontières, qui se sont élevés entre 2014 et 2020 à 1,6 milliard d'euros.


Ces fonds servent à l'acquisition de systèmes de surveillance modernes, de véhicules et de drones notamment, a-t-il précisé, assurant que la Commission savait exactement comment cet argent européen était utilisé.


La question de ce financement divise aussi au Parlement, où le chef du groupe PPE (droite), première force politique, l'Allemand Manfred Weber, s'y est déclaré favorable. "Il y a une guerre hybride en cours, nous ne devons pas être naïfs. La Lituanie, la Lettonie et les autres méritent tout notre soutien notamment des fonds pour une barrière physique si besoin", avait-il tweeté fin octobre.


A l'inverse, les Socialistes & Démocrates (S&D) s'y opposent. "Nous le disons haut et fort: l'UE ne financera jamais de mur", a tweeté le groupe. "Nous avons d'autres instruments pour arrêter le drame à la frontière entre la Pologne et le Bélarus", a déclaré la présidente de ce groupe, l'Espagnole Iratxe Garcia, devant l'hémicycle, appelant à l'adoption "sans délai" de nouvelles sanctions à l'encontre du régime bélarusse.


Washington offre une récompense de 10 millions de dollars pour des informations sur les dirigeants iraniens

Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
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  • Les États-Unis offrent une récompense de 10 millions de dollars pour toute information sur plusieurs dirigeants iraniens, dont Mojtaba Khamenei et Ali Larijani
  • Washington affirme que ces responsables dirigent des éléments du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, accusé de planifier et de mener des actes terroristes à travers le monde

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont annoncé vendredi offrir une récompense de 10 millions de dollars en vue d'informations sur le sort des dirigeants iraniens, y compris le nouveau guide suprême, mais visant en particulier les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran.

L'appel vise aussi bien Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême, que le chef de la sécurité Ali Larijani, selon un avis diffusé par le département d'Etat américain.

Le ministre iranien de l'Intérieur, Eskandar Momeni, et le ministre du Renseignement et de la Sécurité, Esmaïl Khatib, figurent également parmi les dix personnes inscrites sur la liste du département d'Etat.

"Ces personnes commandent et dirigent divers éléments du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, qui planifie, organise et mène des actes terroristes à travers le monde", a déclaré le département d'Etat.

Il exhorte les informateurs éventuels à envoyer des informations via Signal notamment: "Vos informations pourraient vous permettre de bénéficier d'une réinstallation et d'une récompense".

Le dirigeant iranien Ali Khamenei, qui dirigeait l'Iran depuis 1989, a été tué dans une frappe le 28 février au début de la guerre.

Il a été remplacé par son fils Mojtaba mais les spéculations sur son état de santé perdurent, après les annonces par la télévision d'Etat et certains responsables qu'il avait été blessé dans les frappes.

Il a fait diffuser un message jeudi sans contenu vidéo ni audio.

Les Etats-Unis et Israël ont indiqué avoir tué nombre de responsables des Gardiens de la Révolution depuis le début des opérations militaires le 28 février.


Mojtaba Khamenei appelle à maintenir Ormuz fermé, le pétrole flambe

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  • Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale
  • Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE)

TEHERAN: Le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a appelé jeudi à maintenir fermé le détroit d'Ormuz, passage hautement stratégique du commerce de pétrole mondial, accélérant la flambée des cours.

Désigné dimanche à la place de son père Ali Khamenei, tué au début des attaques israélo-américaines sur l'Iran, il a également promis de "venger" le "sang versé par les victimes de ces bombardements.

Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale. Il y a également appelé les pays de la région à fermer les bases américaines qu'ils abritent sur leurs sols.

Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en bombardant les intérêts occidentaux dans le Golfe et ailleurs, quitte à "détruire" l'économie mondiale.

L'armée américaine a annoncé jeudi avoir frappé environ 6.000 cibles depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des bombardements américains et israéliens contre la République islamique.

Le conflit pénalise l'approvisionnement en or noir de l'économie mondiale, affaiblit les sites de production de la région et menace ses services financiers.

Le géant français TotalEnergies a ainsi annoncé suspendre ou être sur le point de suspendre l'équivalent de 15% de sa production mondiale de pétrole et de gaz dans plusieurs Etats du Golfe.

La navigation est pratiquement bloquée dans le détroit d'Ormuz, de facto contrôlé par l'Iran et par où transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

"En réponse à l'ordre" de leur "commandant en chef" Khamenei, les Gardiens de la Révolution iraniens ont promis de garder le détroit fermé et de porter "les coups les plus sévères à l'agresseur", a indiqué le commandant des forces navales Alireza Tangsiri.

Pétroliers attaqués 

Mais le gouvernement iranien a laissé entendre dans le même temps qu'il pourrait autoriser certains navires, de pays jugés non hostiles, à emprunter le détroit.

Interrogé par l'AFP, le vice-ministre des Affaires étrangères, Majid Takht-Ravanchi, a assuré que Téhéran a "coopéré" avec plusieurs "pays" qui ont demandé à l'emprunter. Il n'a pas nommé ces pays mais souligné que ceux qui se sont joints aux Etats-Unis et Israël "ne devraient pas bénéficier d'un passage sûr dans le détroit d'Ormuz".

Le ministre a démenti jeudi auprès de l'AFP que l'Iran posait des mines dans le détroit d'Ormuz, comme Washington l'en accuse.

Plusieurs explosions ont secoué le Golfe jeudi. Sur un réservoir d'hydrocarbures à Bahreïn, un immense champ pétrolier en Arabie saoudite, un aéroport au Koweit, un port à Oman.

Au moins trois navires ont été attaqués, soit un total de six depuis mercredi et 16 depuis le début du conflit, selon l'agence maritime britannique (UKMTO).

Une vidéo diffusée par le média d'Etat iranien IRIB montre une de ces attaques iraniennes, menée mercredi soir contre un pétrolier à environ 50 km des côtes irakiennes.

On y voit, dans la nuit noire, l'avant d'un pétrolier exploser, puis s'envelopper d'une énorme boule de feu, frappé de plein fouet par un projectile tiré depuis ce qui semble être un hors-bord de la marine iranienne. "Dieu est grand. Contre l'impérialisme américain dans le nord du golfe Persique, au nom de l'imam Khamenei, au nom de la République islamique d'Iran, ces eaux appartiennent aux défenseurs de l'islam", se réjouit l'un des Iraniens à bord.

L'attaque, visant deux pétroliers, a fait un mort, selon les autorités irakiennes, qui précisent avoir secouru plus de 50 membres d'équipage.

Côté américain, entre la poursuite de la guerre et les cours du pétrole, le président Donald Trump dit avoir fait son choix: la nécessité de "stopper" l'Iran passe avant les prix du pétrole car il faut "empêcher un empire du mal, l'Iran, de se doter d'armes nucléaires et de détruire le Moyen-Orient, voire le monde entier".

En Iran, au 13e jour de la guerre, la vie quotidienne des habitants de la région s'organise entre privations, angoisses et espoir d'un lendemain meilleur.

"On peut toujours faire ses courses. L'exception, c'était le jour où ils ont frappé les dépôts de pétrole: avec la pluie noire, ça faisait apocalyptique", explique à l'AFP une habitante de 39 ans, contactée depuis Paris.

Les frappes, certes, sont difficiles à vivre. Mais "je ne comprends pas les gens qui disent +non à la guerre+", explique-t-elle. Après la violente répression des manifestations de janvier en Iran, "il n'y a aucune autre solution que l'intervention étrangère" pour changer le pouvoir politique.

Quelque 3,2 millions d'Iraniens ont été déplacés à l'intérieur de l'Iran depuis le début de la guerre, selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Téhéran "n'a plus rien à perdre" 

Entre blocage d'Ormuz et discours guerriers, les cours du pétrole, qui ont pour certains grimpé de plus de 40% depuis le début de la guerre, continuent de flamber, malgré la décision la veille des pays de l'AIE d'utiliser leurs réserves stratégiques pour soutenir l'offre.

Jamais l'approvisionnement mondial en pétrole n'a été aussi perturbé, estime l'AIE. Selon elle, le blocage d'Ormuz a contraint les pays du Golfe à réduire drastiquement leur production pétrolière, grevant l'offre mondiale de 7,5%.

Donald Trump a ces derniers jours promis qu'une "grande sécurité" régnerait bientôt dans le détroit d'Ormuz. Son ministre de l'Energie a toutefois précisé que l'armée n'était "pas prête" pour le moment à escorter des pétroliers dans le détroit.

"Le régime iranien, qui n'a plus rien à perdre, entretiendra une guerre d'usure contre les Etats-Unis et Israël pour les punir de leur agression", a estimé auprès de l'AFP Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques.

Economiquement, l'opération est un gouffre pour les Etats-Unis. La première semaine de guerre leur a coûté plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times, en s'appuyant sur des sources parlementaires.

 

 


Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution pour l'arrêt des frappes iraniennes sur les États du Golfe et la Jordanie

Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
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  • La résolution déclare que les attaques violent le droit international et constituent une "grave menace pour la paix et la sécurité internationales"
  • Les actions iraniennes visant à fermer la navigation internationale à travers le détroit d'Ormuz sont également condamnées

NEW YORK : Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté mercredi une résolution condamnant les attaques de missiles et de drones iraniens contre les États du Golfe et la Jordanie. Treize membres du Conseil ont voté en faveur de cette résolution, tandis que la Russie et la Chine se sont abstenues.

La résolution 2817, présentée par Bahreïn au nom du Conseil de coopération du Golfe, a été coparrainée par 135 pays, ce qui représente l'une des plus importantes manifestations de soutien à une résolution du Conseil de sécurité de ces dernières années.

Elle "condamne sans équivoque, dans les termes les plus forts", les frappes de missiles et de drones iraniens visant les territoires des pays du Golfe et de la Jordanie, décrivant ces attaques comme une violation du droit international et une grave menace pour la paix et la sécurité internationales.

Elle exige que Téhéran mette fin "immédiatement et sans condition" à ses attaques et provocations contre les États voisins, y compris par l'intermédiaire de forces mandataires, et demande l'arrêt immédiat de toutes les frappes. Elle exprime son soutien résolu à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États du Golfe et de la Jordanie, et réaffirme leur droit à l'autodéfense en vertu de l'article 51 de la Charte des Nations unies.

La résolution déplore ce qu'elle décrit comme le ciblage délibéré par l'Iran de civils et d'infrastructures civiles, notamment des aéroports, des installations énergétiques, des installations de production et de distribution de denrées alimentaires et d'autres infrastructures essentielles.

Elle fait également référence à la résolution 552 du Conseil de sécurité (adoptée en 1984 et condamnant les attaques iraniennes contre la navigation dans le Golfe), réaffirmant ainsi l'importance de la liberté de navigation dans les eaux internationales et les voies maritimes, alors que les menaces pesant sur le trafic maritime dans la région suscitent des inquiétudes.

Elle met en garde contre toute menace pesant sur la navigation maritime, en particulier sur les voies navigables d'importance stratégique que sont le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab Al-Mandab, et souligne l'importance de la région pour l'approvisionnement énergétique mondial et les flux commerciaux internationaux.

S'exprimant après le vote, l'ambassadeur du Bahreïn auprès des Nations unies, Jamal Alrowaiei, a déclaré que le large soutien apporté à la résolution reflétait l'inquiétude mondiale face aux récentes attaques contre des États de la région.

"Le fait que 135 pays aient coparrainé cette résolution témoigne d'une prise de conscience collective de la dangerosité des attaques iraniennes contre le CCG et la Jordanie", a-t-il déclaré.

Les frappes iraniennes ont visé des infrastructures civiles, des zones résidentielles et des installations essentielles dans toute la région, faisant des victimes parmi les civils, a-t-il ajouté.

"Notre région est un pilier essentiel de la stabilité régionale et mondiale, de la sécurité énergétique et de la sécurité des échanges commerciaux", a-t-il poursuivi.

"La protection de notre région n'est pas seulement une question régionale, c'est une responsabilité internationale commune étroitement liée à la stabilité de l'économie mondiale et des chaînes d'approvisionnement internationales.

Jérôme Bonnafont, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, a déclaré que la résolution envoyait un signal clair en condamnant les "frappes aveugles menées par l'Iran contre ses voisins régionaux".

Il a ajouté : "Depuis une douzaine de jours, le Moyen-Orient est à nouveau plongé dans la guerre. Cette guerre fait peser de graves risques sur la sécurité régionale et doit cesser maintenant."

L'Iran porte une responsabilité majeure dans cette escalade, a déclaré M. Bonnafont, citant le programme de missiles du pays, son soutien aux milices régionales et les menaces liées à ses activités nucléaires.

James Kariuki, chargé d'affaires à la mission du Royaume-Uni auprès des Nations unies, a déclaré que le Conseil avait raison de condamner des attaques qui "constituent une menace sérieuse pour nos partenaires du Golfe et pour la Jordanie, et risquent de provoquer une nouvelle conflagration régionale et mondiale".

Le Royaume-Uni participe à des opérations défensives régionales coordonnées et continuera à soutenir les États du Golfe et la Jordanie, a-t-il ajouté.

L'ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, a déclaré que Téhéran attaquait les États de la région par désespoir, car la patience de la communauté internationale à l'égard de ses actions s'épuisait.

"Le régime de Téhéran tente d'exporter la terreur et la destruction, mais même le Conseil de sécurité est à bout de patience face à l'agression iranienne", a-t-il ajouté.

L'ambassadeur des États-Unis, Mike Waltz, a déclaré : "La stratégie de l'Iran consistant à semer le chaos, à prendre ses voisins en otage et à ébranler la détermination de la région s'est clairement retournée contre lui, comme l'a montré le vote d'aujourd'hui.

L'ambassadeur de Chine aux Nations unies, Fu Cong, a déclaré que Pékin condamnait les attaques contre les civils et les cibles non militaires et soutenait les préoccupations des États du Golfe en matière de sécurité, mais qu'il s'était abstenu lors du vote parce qu'il estimait que la résolution ne reflétait pas correctement les causes plus larges du conflit.

"Le principal moyen d'empêcher une nouvelle détérioration de la situation est que les États-Unis et Israël cessent leurs opérations militaires", a-t-il déclaré.

Bien que la Chine ne soutienne pas les attaques iraniennes contre les États arabes du Golfe, elle estime que la résolution manque d'équilibre et ne tient pas suffisamment compte du contexte général du conflit, a-t-il ajouté.

M. Fu a appelé toutes les parties à mettre fin à leurs opérations militaires et à reprendre le dialogue et les négociations.

L'ambassadeur russe auprès des Nations unies, Vassily Nebenzia, a déclaré que Moscou s'était abstenu lors du vote parce qu'il considérait lui aussi que la résolution était "extrêmement déséquilibrée".

Il a déclaré au Conseil : "Il est impossible et injuste de parler d'attaques contre des pays de la région sans tenir compte des causes profondes de l'escalade actuelle, à savoir l'agression des États-Unis et d'Israël contre la République islamique d'Iran.

La résolution "confond la cause et l'effet" et ne mentionne pas les attaques contre l'Iran lui-même, a déclaré M. Nebenzia, estimant que le texte pourrait donner l'impression que Téhéran a mené des frappes non provoquées contre des États arabes.

Mais il a ajouté : "Les frappes contre les civils et les infrastructures civiles ne sont acceptables en aucune circonstance - ni en Iran, ni à Bahreïn, ni en Jordanie, ni au Qatar, ni au Koweït, ni à Oman, ni en Arabie saoudite, ni aux Émirats arabes unis, ni en Israël".

De nombreux diplomates ont déclaré que l'importance du soutien international à la résolution soulignait un sentiment croissant d'inquiétude face aux effets des attentats sur la stabilité régionale, les marchés mondiaux de l'énergie et les routes commerciales internationales.

L'ambassadeur du Pakistan auprès des Nations unies, Asim Iftikhar Ahmad, a déclaré qu'Islamabad avait voté en faveur de la résolution pour montrer sa solidarité avec les États du Golfe et la Jordanie, tout en appelant à une solution diplomatique plus large au conflit.

Il a condamné les attaques visant les civils et les infrastructures civiles et a réaffirmé le soutien de son pays à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États touchés.

Il a appelé à une cessation immédiate des hostilités et à un retour à la table des négociations, avertissant que le conflit avait déjà eu de graves conséquences régionales, notamment des pertes civiles et des perturbations économiques.

Le Pakistan est également préoccupé par l'instabilité en Iran, a déclaré M. Ahmad, et il a réitéré le soutien d'Islamabad à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Iran.

Des millions de ressortissants pakistanais vivant dans les pays du Golfe ont été exposés aux retombées du conflit, a-t-il ajouté, tandis que les perturbations de l'approvisionnement en énergie et des transports aériens affectaient déjà l'économie pakistanaise.

M. Ahmad a appelé toutes les parties à faire preuve d'une "retenue maximale" et à reprendre rapidement la voie de la diplomatie afin de parvenir à une résolution négociée et durable de la crise.