Le succès des talibans afghans enhardit leurs homonymes pakistanais

Le porte-parole de Tehreek-e-Taliban Pakistan, Shahidullah Shahid, à droite, s'exprime lors d'une conférence de presse dans un lieu tenu secret au Pakistan, le 21 février 2014. (Photo, AFP)
Le porte-parole de Tehreek-e-Taliban Pakistan, Shahidullah Shahid, à droite, s'exprime lors d'une conférence de presse dans un lieu tenu secret au Pakistan, le 21 février 2014. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 13 novembre 2021

Le succès des talibans afghans enhardit leurs homonymes pakistanais

  • Mouvement distinct des talibans afghans, mais mû par la même idéologie et une longue histoire commune, le TTP a mené d'innombrables attentats qui ont ensanglanté le Pakistan entre sa création, en 2007, et 2014
  • «Depuis la chute de Kaboul, (nos combattants) peuvent bouger (plus) librement côté afghan. Ils n'ont plus peur des drones américains, et ils peuvent se rencontrer et communiquer facilement»

PESHAWAR : La prise de pouvoir des talibans en Afghanistan a donné un élan supplémentaire à leurs homonymes pakistanais, déjà renaissants depuis un an, forçant Islamabad à négocier avec eux pour éviter un retour à l'époque où ils terrorisaient le Pakistan.


Mouvement distinct des talibans afghans, mais mû par la même idéologie et une longue histoire commune, le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) a mené d'innombrables attentats qui ont ensanglanté le Pakistan entre sa création, en 2007, et 2014.


Affaibli ensuite par d'intenses opérations de l'armée, il a dû se replier de l'autre côté de la frontière, dans l'Est afghan, et réduire ses attaques sur le sol pakistanais.


Mais il est revenu en force depuis plus d'un an, sous l'impulsion d'une nouvelle direction, et encore plus après le retour au pouvoir des talibans afghans en août.


"Depuis la chute de Kaboul, (nos combattants) peuvent bouger (plus) librement côté afghan. Ils n'ont plus peur des drones américains, et ils peuvent se rencontrer et communiquer facilement", confie à l'AFP une source au sein du TTP.


Ce regain de confiance a été illustré fin octobre par la publication de photos du chef du TTP, Noor Wali Mehsud, circulant sans se cacher en Afghanistan, serrant les mains d'habitants et s'exprimant en public. Ce qui aurait été inimaginable sous l'ancien gouvernement afghan, pro-occidental.


Le TTP a aussi revendiqué 32 attaques en août et 37 en septembre, soit le total mensuel le plus élevé depuis "cinq ou six ans", relèvent les chercheurs Amira Jadoon et Abdul Sayed dans un récent article. Il en avait revendiqué 149 en 2020, soit trois fois plus qu'en 2019.


Le groupe "veut reproduire la réussite des talibans afghans", note Syed Irfan Ashraf, chercheur à l'université de Peshawar.


Le TTP a été créé par des jihadistes pakistanais alliés à Al-Qaïda, qui avaient combattu aux côtés des talibans en Afghanistan dans les années 90, avant de s'opposer au soutien apporté par Islamabad aux Américains après l'invasion de ce pays en 2001.

Nouvelle cohésion
Ses membres sont principalement d'ethnie pachtoune, comme les talibans afghans, que le Pakistan a longtemps soutenus clandestinement pour maintenir son influence en Afghanistan et y circonscrire celle de son éternel rival, l'Inde.


Né dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, à la frontière avec l'Afghanistan, le TTP a tué en moins d'une décennie des dizaines de milliers de civils pakistanais et membres des forces de sécurité.


L'opération Zar-e-Azb, lancée par l'armée pakistanaise en 2014, a permis de chasser des zones tribales le TTP, déjà amoindri par les tirs de drones américains, les divisions internes et les ralliements à la franchise régionale du groupe Etat islamique (EI-K).


Affaibli à partir de 2015, le TTP s'est redressé après la mort en 2018 de son chef, Maulana Fazlullah, tué par un drone.


Contesté en interne, il a été remplacé par Noor Wali Mehsud, membre de la redoutée tribu Mehsud, originaire du Waziristan du Sud, celle du fondateur du TTP, Baitullah Mehsud.


Sous son nouveau commandement, le mouvement a retrouvé une cohésion à partir de l'été 2020 en ralliant une dizaine de factions, proches d'Al-Qaïda ou de retour après avoir un temps quitté le TTP.


Au même moment, l'EI-K était affaiblie en Afghanistan, pris en étau entre l'armée gouvernementale, aidée des Etats-Unis, et les talibans, alors insurgés.


Pour tenter d'améliorer l'image de son groupe et se distinguer de l'extrémisme de l'EI-K, Noor Wali Mehsud a exigé que les attaques se concentrent sur les forces de sécurité et non plus les civils.

Négociations à petits pas
Il a réaffirmé son soutien aux talibans afghans, désormais à couteaux tirés avec l'EI-K, devenu leur principal adversaire et qui multiplie les attaques sanglantes à Kaboul et ailleurs.


Fort de 2 500 à 6 000 combattants selon l'ONU, le TTP fait à nouveau peur dans les zones tribales, même s'il ne les contrôle plus en partie comme au début des années 2010.


Ses militants ne s'y manifestent pas ouvertement comme avant, "mais les gens peuvent sentir leur présence", surtout la nuit, raconte à l'AFP un notable de la tribu Mehsud.


Dans son district du Waziristan du Sud, très traditionnel et religieux, "la plupart des gens aiment les talibans afghans, car ce qu'ils font l'est au nom de l'islam", dit-il.


Le TTP reste apprécié par certains, mais les gens craignent surtout que son retour ne rouvre une ère de violences.


Le gouvernement pakistanais, qui ne cache pas sa préoccupation, a annoncé en octobre avoir ouvert des négociations de paix avec le TTP, pour la première fois depuis 2014.


Les deux parties ont indiqué en début de semaine avoir conclu un cessez-le-feu d'un mois, éventuellement renouvelable pour la durée des pourparlers.


Le TTP avait fait de la libération d'une centaine de ses membres une pré-condition à cette trêve, selon la source interne au groupe. Mais les autorités n'ont pas confirmé avoir accédé à cette demande.


Islamabad avance à petits pas dans ces négociations, échaudé par des accords passés jamais suivis d'effet.


D'après la radio Mashaal, ces négociations sont parrainées par Sirajuddin Haqqani, ministre afghan de l'Intérieur et chef du réseau Haqqani, classé terroriste par Washington mais également réputé de longue date très proche de l'armée pakistanaise.

En Afghanistan, la justice des talibans toujours dans le flou

KANDAHAR : Dans un QG taliban du sud afghan, 12 accusés attendent d'être jugés dans une petite pièce recouverte d'un tapis. Une cellule improvisée, où la justice du nouveau régime tarde à passer.


Aucun de ces détenus du district de Panjwai n'a encore vu le juge, occupé ailleurs. En attendant, les soldats talibans se font parfois juges, jury et exécuteurs, avec quelques rudiments de loi islamique.


Ils ont ainsi décidé de garder un homme d'affaire de 41 ans, arrêté pour une dette non réglée, jusqu'à ce qu'il la rembourse à son créditeur, explique à l'AFP le "condamné", qui dit s'appeler Haji Baran.


Cette décision rapide semble lui convenir. "Pour ça, la loi islamique est bonne", souligne-t-il.


L'instauration d'une justice islamique rapide, efficace, équitable est au coeur du projet politique et idéologique des talibans.


Bien avant le retour au pouvoir à la mi-août, l'instauration de tribunaux islamiques a été pour les talibans "un moyen de conquérir le pouvoir", avance Adam Baczko, chercheur spécialiste de l'Afghanistan qui a mené une enquête de terrain sur le sujet entre 2010 et 2016.


"A partir de 2004, dans les zones qu'ils contrôlaient, les gens se tournaient vers eux", rappelle-t-il, car ils étaient "de plus en plus mécontents de l'ingérence des troupes occidentales et du système judiciaire officiel qui apparaissait comme corrompu et népotique". 


Mais trois mois après leur prise de pouvoir, la généralisation de la justice talibane reste encore embryonnaire. 


«La fille était d'accord»

A quelques kilomètres de là, dans la prison centrale de Kandahar, Mansour Maulavi, son directeur adjoint, fait visiter les baraquements à l'odeur fétide, où 200 suspects de crimes sont détenus.


A la main il tient un câble électrique, qui peut servir à repousser et fouetter d'éventuels prisonniers récalcitrants. 


Les procédures sont les mêmes que celles qu'avaient les talibans lorsqu'ils étaient encore une rébellion, explique M. Paulavi, qui dirigeait alors leur prison clandestine locale.


"Nos juges viennent et décident" du sort de ces prisonniers "selon la charia" (la loi islamique), explique-t-il. 


Un homme, arrêté il y a deux mois alors qu'il se trouvait chez lui avec une adolescente de 14 ans, est extrait de sa cellule.  


La jeune fille "était d'accord pour se marier, mais pas ses parents, c'est pour ça qu'ils ont appelé les talibans", raconte l'accusé, Mohammad Naeem, 35 ans, assis en tailleur dans la cour de la prison. 


"Mais je n'ai pas touché la fille, ils peuvent faire des tests et vérifier", plaide-t-il. 


S'il est reconnu coupable de relation sexuelle hors mariage, donc d'adultère, il encourt en théorie la lapidation à mort. Mais il affiche sa confiance envers "la loi islamique", qui permettra selon lui de montrer qu'il n'a "rien fait de mal".


Châtiments violents

Le souvenir des châtiments corporels cruels et radicaux infligés par les talibans dans les années 90 (lapidation, homosexuels morts écrasés sous des tas de briques...) hante toujours une partie de la population.


Mais les talibans d'aujourd'hui, qui doivent gagner la confiance de la population pour asseoir leur règne, semblent vouloir parfois éviter les peines les plus sévères, par exemple en invoquant l'absence de témoins.


Ils s'attachent également en priorité à limiter les dérapages susceptibles de ternir leur image et la respectabilité dont ils ont besoin pour trouver des ressources et obtenir de l'aide internationale.


"Si quelqu'un prend sur lui de tuer une personne, même s'il s'agit d'un de nos hommes, il devra faire face à la loi", a assuré le porte-parole du gouvernement, Zabiullah Mujahid, après que des hommes se présentant comme des talibans ont tué trois convives d'un mariage qui y avaient mis de la musique (interdite par les talibans des années 1990, ndlr). 


Cela n'empêche pas les autorités talibanes d'utiliser des images de châtiments violents pour nourrir la crainte et la dissuasion. 


Le 26 septembre à Herat (ouest), elles ont ainsi pendu à des grues les corps de quatre hommes accusés de rapt et tués par des policiers, pour "donner une leçon aux autres ravisseurs pour qu'ils ne kidnappent ou ne harcèlent personne", selon le gouverneur de la province Ahmad Muhajir.

«Des gages»
Pour Adam Baczko, les talibans tentent actuellement "de trouver une voie entre leur idéologie, qui les amène à être particulièrement répressifs", sur les questions de moeurs notamment, "et une volonté de donner des gages aux instances internationales" en respectant un fonctionnement bureaucratique et certaines normes, y compris sur les droits de l'Homme.


"Le simple fait de parler ce langage", sans préjuger des actes futurs, est "l'évolution la plus importante du mouvement depuis les années 1990", souligne-t-il.


Dans la plus vaste prison de Kaboul, vide depuis que les talibans ont libéré les détenus à la mi-août, un des responsables de l'administration pénitentiaire talibane, Asadullah Shahnan, prépare la réouverture.


Lui qui fut détenu pendant six ans à la prison de Pul-e-Charkhi a beaucoup à redire sur la manière dont il fut traité. Il se rappelle notamment que les jours d'exécution, les prisonniers étaient amenés aux fenêtres et forcés de regarder.


"Nous ne ferons pas comme ça", assure-t-il, suggérant que les talibans ont tourné la page des années 1990, lorsqu'ils flagellaient ou exécutaient des condamnés en public dans les stades ou sur les places des villes. 


L'armée iranienne prévient qu'elle «ouvrira de nouveaux fronts» en cas de nouvelle attaque américaine

Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
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  • Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens
  • La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale, faisant flamber les cours du pétrole

TEHERAN: L'armée iranienne a averti mardi dans un communiqué qu'elle "ouvrira de nouveaux fronts" si les Etats-Unis reprennent leurs attaques contre l'Iran, interrompues depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril.

"Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui", a déclaré le porte-parole de l'armée Mohammad Akraminia, cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Lundi, le président américain Donald Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.

Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant ce lundi et un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une nouvelle offensive à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord mais les positions des deux parties restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Lundi matin, la diplomatie iranienne avait déclaré avoir répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique et à mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

Elle a réitéré ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

Lundi, M. Trump avait estimé devant la presse qu'il avait "de très bonnes chances" de s'entendre avec l'Iran, disant observer une évolution "très positive" des tractations avec Téhéran, mais sans fournir aucun détail sur leur contenu.

Il avait toutefois assuré que les Etats-Unis se tenaient prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé" avec Téhéran.

Le chef du commandement des forces armées iraniennes, Ali Abdollahi, avait répondu en mettant en garde "les Etats-Unis et leurs alliés" contre toute nouvelle "erreur stratégique et de calcul".

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, a écrit Donald Trump sur son réseau.

Des médias iraniens avaient déjà dénoncé les "conditions excessives" imposées par les Etats-Unis dans leur dernière offre.

Selon l'agence Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Washington a également refusé de débloquer "ne serait-ce que 25%" des avoirs ou de verser des compensations pour les dommages subis par l'Iran pendant la guerre, selon la même source.


L'Iran met en garde contre toute nouvelle attaque américaine après les propos de Trump

 M. Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.  Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord. (AFP)
M. Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran. Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord. (AFP)
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  • "Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui"
  • Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des EAU

TEHERAN: L'armée iranienne a averti mardi qu'elle "ouvrira de nouveaux fronts" si les Etats-Unis reprennent leurs attaques contre la République islamique, après que le président Donald Trump a dit avoir suspendu une nouvelle offensive.

Dans le même temps, le Qatar a appelé mardi à donner "plus de temps" à la diplomatie pour tenter de trouver un règlement, au-delà du fragile cessez-le feu, à ce conflit qui a fait des milliers de morts et gravement perturbé l'économie mondiale.

La veille, M. Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.

Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord.

"Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui", a répondu mardi le porte-parole de l'armée iranienne, Mohammad Akraminia, cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Positions éloignées 

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes lancées le 28 février par les Etats-Unis et Israël, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord, mais les positions de Washington et Téhéran restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Lundi matin, la diplomatie iranienne avait déclaré avoir répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique. Elle a réitéré ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

Lundi, M. Trump avait estimé devant la presse qu'il avait "de très bonnes chances" de s'entendre avec l'Iran, disant observer une évolution "très positive" des tractations, mais sans fournir aucun détail sur leur contenu.

Il avait toutefois assuré que les Etats-Unis se tenaient prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé".

Pétrole en repli 

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, a prévenu le président américain.

Des médias iraniens avaient déjà dénoncé les "conditions excessives" formulées par les Etats-Unis dans leur dernière offre. Selon l'agence Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Mardi, le Qatar a affirmé que les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran avaient besoin de "plus de temps" pour aboutir.

"Nous soutenons les efforts diplomatiques menés par le Pakistan (...) pour rapprocher les parties et trouver une solution, et nous pensons qu'ils nécessitent plus de temps", a affirmé le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

"Nous voulons protéger les populations de la région, qui seraient les principales perdantes" en cas d'escalade, a-t-il ajouté.

Dans le Golfe, Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour les commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens.

La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale et fait flamber les cours du pétrole. Toujours à un niveau élevé, ceux-ci se sont toutefois calmés mardi, les marchés préférant retenir les déclarations optimistes de M. Trump: vers 09H40 GMT (11H40 à Paris), le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en juillet, perdait 1,55% à 110,36 dollars.

 


Cuba prévient d'un «bain de sang» en cas d'attaque américaine, nouvelles sanctions de Washington

La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel. (AFP)
La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel. (AFP)
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  • Cuba a acquis plus de 300 drones militaires et évalue de possibles scénarios de leur utilisation près de la base américaine de Guantanamo, dans l'est de l'île
  • Selon Axios, ces informations ont suscité des inquiétudes à Washington, où des responsables mettent en garde contre une "menace croissante" du fait de la proximité de ces capacités

LA HAVANE: Le président de Cuba, Miguel Diaz-Canel, a averti lundi qu'une attaque américaine contre l'île provoquerait "un bain de sang", tandis que Washington a annoncé avoir sanctionné le renseignement cubain et une dizaine de hauts responsables de l'île communiste.

Miguel Diaz-Canel a aussi souligné le droit "légitime" de son pays à riposter à une éventuelle agression des Etats-Unis, sur fond de fortes tensions entre La Havane et Washington.

Cuba a acquis plus de 300 drones militaires et évalue de possibles scénarios de leur utilisation près de la base américaine de Guantanamo, dans l'est de l'île, a affirmé dimanche le média américain Axios, en citant des renseignements classifiés.

Selon Axios, ces informations ont suscité des inquiétudes à Washington, où des responsables mettent en garde contre une "menace croissante" du fait de la proximité de ces capacités.

Le dirigeant cubain a réaffirmé que son pays "ne représent(ait) pas une menace et n'a(vait) ni plans ni intentions agressives" envers d'autres nations.

La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel.

Sans directement évoquer la détention présumée de drones par son pays, le chef de l'Etat a revendiqué "le droit absolu et légitime de se défendre face à une offensive militaire".

Dans le même temps, le ministère américain des Finances a annoncé lundi avoir ajouté le principal service de renseignement cubain, la Direccion de Inteligencia, ainsi qu'une dizaine de hauts responsables du pays à sa liste des entités et personnes sous sanction.

Le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) a précisé que le président de l'Assemblée nationale cubaine et du Conseil d'Etat, Estaban Lazo, ainsi que trois ministres, de la Justice, de l'Energie et des Communications, sont visés.

Quatre généraux cubains, dont le chef du contre-espionnage militaire, Jose Miguel Gomez del Vallin, également député, font aussi partie des nouvelles personnes inscrites sur la liste.

Une inscription à la liste de l'OFAC interdit à toute personne ou entreprise américaine, ou ayant une filiale aux Etats-Unis, de commercer ou faire des affaires avec les personnes ou entreprises sanctionnées.

Cela s'applique également aux entreprises ou citoyens étrangers dès lors que les échanges sont réalisés en dollar. Elle entraîne par ailleurs le gel de l'ensemble des avoirs détenus directement ou indirectement aux Etats-Unis.

Aide mexicaine 

Outre l'embargo américain en vigueur depuis 1962, Washington - qui ne cache pas son souhait de voir un changement de régime à La Havane - impose à l'île depuis janvier un blocus pétrolier total, ayant autorisé l'arrivée d'un seul pétrolier russe.

Début mai, M. Trump a aussi approuvé un nouveau paquet de sanctions contre l'île.

Près de quatre mois après la mise en place du blocus, la situation économique et énergétique de l'île s'est fortement dégradée.

La semaine dernière, le gouvernement a reconnu qu'il n'avait plus de diesel ni de fioul pour alimenter les groupes électrogènes qui complètent la production électrique des sept centrales thermoélectriques du pays.

Cette situation a encore aggravé les délestages électriques, avec des coupures qui peuvent dépasser la vingtaine d'heures par jour dans la capitale et durer des journées entières en province.

Ces interminables coupures ont provoqué des manifestations de mécontentement dans plusieurs quartiers de La Havane.

Dans ce contexte particulièrement tendu, une nouvelle cargaison d'aide humanitaire en provenance du Mexique est arrivée lundi à Cuba. Il s'agit du cinquième envoi d'aide humanitaire par Mexico depuis février.

La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, avait annoncé cet envoi la semaine dernière, en précisant que le chargement ne comprenait pas de pétrole.

Le président Donald Trump considère que l'île communiste, située à 150 kilomètres des côtes de la Floride, constitue "une menace exceptionnelle" pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Il a multiplié les menaces de "prendre le contrôle" de Cuba et a même évoqué l'envoi d'un porte-avions.

Dans ce contexte, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s'est rendu jeudi à La Havane pour une rencontre exceptionnelle avec de hauts responsables cubains, alors que les deux pays poursuivent leurs discussions, à l'un des moments les plus tendus de leurs relations bilatérales.