Le succès des talibans afghans enhardit leurs homonymes pakistanais

Le porte-parole de Tehreek-e-Taliban Pakistan, Shahidullah Shahid, à droite, s'exprime lors d'une conférence de presse dans un lieu tenu secret au Pakistan, le 21 février 2014. (Photo, AFP)
Le porte-parole de Tehreek-e-Taliban Pakistan, Shahidullah Shahid, à droite, s'exprime lors d'une conférence de presse dans un lieu tenu secret au Pakistan, le 21 février 2014. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 13 novembre 2021

Le succès des talibans afghans enhardit leurs homonymes pakistanais

  • Mouvement distinct des talibans afghans, mais mû par la même idéologie et une longue histoire commune, le TTP a mené d'innombrables attentats qui ont ensanglanté le Pakistan entre sa création, en 2007, et 2014
  • «Depuis la chute de Kaboul, (nos combattants) peuvent bouger (plus) librement côté afghan. Ils n'ont plus peur des drones américains, et ils peuvent se rencontrer et communiquer facilement»

PESHAWAR : La prise de pouvoir des talibans en Afghanistan a donné un élan supplémentaire à leurs homonymes pakistanais, déjà renaissants depuis un an, forçant Islamabad à négocier avec eux pour éviter un retour à l'époque où ils terrorisaient le Pakistan.


Mouvement distinct des talibans afghans, mais mû par la même idéologie et une longue histoire commune, le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) a mené d'innombrables attentats qui ont ensanglanté le Pakistan entre sa création, en 2007, et 2014.


Affaibli ensuite par d'intenses opérations de l'armée, il a dû se replier de l'autre côté de la frontière, dans l'Est afghan, et réduire ses attaques sur le sol pakistanais.


Mais il est revenu en force depuis plus d'un an, sous l'impulsion d'une nouvelle direction, et encore plus après le retour au pouvoir des talibans afghans en août.


"Depuis la chute de Kaboul, (nos combattants) peuvent bouger (plus) librement côté afghan. Ils n'ont plus peur des drones américains, et ils peuvent se rencontrer et communiquer facilement", confie à l'AFP une source au sein du TTP.


Ce regain de confiance a été illustré fin octobre par la publication de photos du chef du TTP, Noor Wali Mehsud, circulant sans se cacher en Afghanistan, serrant les mains d'habitants et s'exprimant en public. Ce qui aurait été inimaginable sous l'ancien gouvernement afghan, pro-occidental.


Le TTP a aussi revendiqué 32 attaques en août et 37 en septembre, soit le total mensuel le plus élevé depuis "cinq ou six ans", relèvent les chercheurs Amira Jadoon et Abdul Sayed dans un récent article. Il en avait revendiqué 149 en 2020, soit trois fois plus qu'en 2019.


Le groupe "veut reproduire la réussite des talibans afghans", note Syed Irfan Ashraf, chercheur à l'université de Peshawar.


Le TTP a été créé par des jihadistes pakistanais alliés à Al-Qaïda, qui avaient combattu aux côtés des talibans en Afghanistan dans les années 90, avant de s'opposer au soutien apporté par Islamabad aux Américains après l'invasion de ce pays en 2001.

Nouvelle cohésion
Ses membres sont principalement d'ethnie pachtoune, comme les talibans afghans, que le Pakistan a longtemps soutenus clandestinement pour maintenir son influence en Afghanistan et y circonscrire celle de son éternel rival, l'Inde.


Né dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, à la frontière avec l'Afghanistan, le TTP a tué en moins d'une décennie des dizaines de milliers de civils pakistanais et membres des forces de sécurité.


L'opération Zar-e-Azb, lancée par l'armée pakistanaise en 2014, a permis de chasser des zones tribales le TTP, déjà amoindri par les tirs de drones américains, les divisions internes et les ralliements à la franchise régionale du groupe Etat islamique (EI-K).


Affaibli à partir de 2015, le TTP s'est redressé après la mort en 2018 de son chef, Maulana Fazlullah, tué par un drone.


Contesté en interne, il a été remplacé par Noor Wali Mehsud, membre de la redoutée tribu Mehsud, originaire du Waziristan du Sud, celle du fondateur du TTP, Baitullah Mehsud.


Sous son nouveau commandement, le mouvement a retrouvé une cohésion à partir de l'été 2020 en ralliant une dizaine de factions, proches d'Al-Qaïda ou de retour après avoir un temps quitté le TTP.


Au même moment, l'EI-K était affaiblie en Afghanistan, pris en étau entre l'armée gouvernementale, aidée des Etats-Unis, et les talibans, alors insurgés.


Pour tenter d'améliorer l'image de son groupe et se distinguer de l'extrémisme de l'EI-K, Noor Wali Mehsud a exigé que les attaques se concentrent sur les forces de sécurité et non plus les civils.

Négociations à petits pas
Il a réaffirmé son soutien aux talibans afghans, désormais à couteaux tirés avec l'EI-K, devenu leur principal adversaire et qui multiplie les attaques sanglantes à Kaboul et ailleurs.


Fort de 2 500 à 6 000 combattants selon l'ONU, le TTP fait à nouveau peur dans les zones tribales, même s'il ne les contrôle plus en partie comme au début des années 2010.


Ses militants ne s'y manifestent pas ouvertement comme avant, "mais les gens peuvent sentir leur présence", surtout la nuit, raconte à l'AFP un notable de la tribu Mehsud.


Dans son district du Waziristan du Sud, très traditionnel et religieux, "la plupart des gens aiment les talibans afghans, car ce qu'ils font l'est au nom de l'islam", dit-il.


Le TTP reste apprécié par certains, mais les gens craignent surtout que son retour ne rouvre une ère de violences.


Le gouvernement pakistanais, qui ne cache pas sa préoccupation, a annoncé en octobre avoir ouvert des négociations de paix avec le TTP, pour la première fois depuis 2014.


Les deux parties ont indiqué en début de semaine avoir conclu un cessez-le-feu d'un mois, éventuellement renouvelable pour la durée des pourparlers.


Le TTP avait fait de la libération d'une centaine de ses membres une pré-condition à cette trêve, selon la source interne au groupe. Mais les autorités n'ont pas confirmé avoir accédé à cette demande.


Islamabad avance à petits pas dans ces négociations, échaudé par des accords passés jamais suivis d'effet.


D'après la radio Mashaal, ces négociations sont parrainées par Sirajuddin Haqqani, ministre afghan de l'Intérieur et chef du réseau Haqqani, classé terroriste par Washington mais également réputé de longue date très proche de l'armée pakistanaise.

En Afghanistan, la justice des talibans toujours dans le flou

KANDAHAR : Dans un QG taliban du sud afghan, 12 accusés attendent d'être jugés dans une petite pièce recouverte d'un tapis. Une cellule improvisée, où la justice du nouveau régime tarde à passer.


Aucun de ces détenus du district de Panjwai n'a encore vu le juge, occupé ailleurs. En attendant, les soldats talibans se font parfois juges, jury et exécuteurs, avec quelques rudiments de loi islamique.


Ils ont ainsi décidé de garder un homme d'affaire de 41 ans, arrêté pour une dette non réglée, jusqu'à ce qu'il la rembourse à son créditeur, explique à l'AFP le "condamné", qui dit s'appeler Haji Baran.


Cette décision rapide semble lui convenir. "Pour ça, la loi islamique est bonne", souligne-t-il.


L'instauration d'une justice islamique rapide, efficace, équitable est au coeur du projet politique et idéologique des talibans.


Bien avant le retour au pouvoir à la mi-août, l'instauration de tribunaux islamiques a été pour les talibans "un moyen de conquérir le pouvoir", avance Adam Baczko, chercheur spécialiste de l'Afghanistan qui a mené une enquête de terrain sur le sujet entre 2010 et 2016.


"A partir de 2004, dans les zones qu'ils contrôlaient, les gens se tournaient vers eux", rappelle-t-il, car ils étaient "de plus en plus mécontents de l'ingérence des troupes occidentales et du système judiciaire officiel qui apparaissait comme corrompu et népotique". 


Mais trois mois après leur prise de pouvoir, la généralisation de la justice talibane reste encore embryonnaire. 


«La fille était d'accord»

A quelques kilomètres de là, dans la prison centrale de Kandahar, Mansour Maulavi, son directeur adjoint, fait visiter les baraquements à l'odeur fétide, où 200 suspects de crimes sont détenus.


A la main il tient un câble électrique, qui peut servir à repousser et fouetter d'éventuels prisonniers récalcitrants. 


Les procédures sont les mêmes que celles qu'avaient les talibans lorsqu'ils étaient encore une rébellion, explique M. Paulavi, qui dirigeait alors leur prison clandestine locale.


"Nos juges viennent et décident" du sort de ces prisonniers "selon la charia" (la loi islamique), explique-t-il. 


Un homme, arrêté il y a deux mois alors qu'il se trouvait chez lui avec une adolescente de 14 ans, est extrait de sa cellule.  


La jeune fille "était d'accord pour se marier, mais pas ses parents, c'est pour ça qu'ils ont appelé les talibans", raconte l'accusé, Mohammad Naeem, 35 ans, assis en tailleur dans la cour de la prison. 


"Mais je n'ai pas touché la fille, ils peuvent faire des tests et vérifier", plaide-t-il. 


S'il est reconnu coupable de relation sexuelle hors mariage, donc d'adultère, il encourt en théorie la lapidation à mort. Mais il affiche sa confiance envers "la loi islamique", qui permettra selon lui de montrer qu'il n'a "rien fait de mal".


Châtiments violents

Le souvenir des châtiments corporels cruels et radicaux infligés par les talibans dans les années 90 (lapidation, homosexuels morts écrasés sous des tas de briques...) hante toujours une partie de la population.


Mais les talibans d'aujourd'hui, qui doivent gagner la confiance de la population pour asseoir leur règne, semblent vouloir parfois éviter les peines les plus sévères, par exemple en invoquant l'absence de témoins.


Ils s'attachent également en priorité à limiter les dérapages susceptibles de ternir leur image et la respectabilité dont ils ont besoin pour trouver des ressources et obtenir de l'aide internationale.


"Si quelqu'un prend sur lui de tuer une personne, même s'il s'agit d'un de nos hommes, il devra faire face à la loi", a assuré le porte-parole du gouvernement, Zabiullah Mujahid, après que des hommes se présentant comme des talibans ont tué trois convives d'un mariage qui y avaient mis de la musique (interdite par les talibans des années 1990, ndlr). 


Cela n'empêche pas les autorités talibanes d'utiliser des images de châtiments violents pour nourrir la crainte et la dissuasion. 


Le 26 septembre à Herat (ouest), elles ont ainsi pendu à des grues les corps de quatre hommes accusés de rapt et tués par des policiers, pour "donner une leçon aux autres ravisseurs pour qu'ils ne kidnappent ou ne harcèlent personne", selon le gouverneur de la province Ahmad Muhajir.

«Des gages»
Pour Adam Baczko, les talibans tentent actuellement "de trouver une voie entre leur idéologie, qui les amène à être particulièrement répressifs", sur les questions de moeurs notamment, "et une volonté de donner des gages aux instances internationales" en respectant un fonctionnement bureaucratique et certaines normes, y compris sur les droits de l'Homme.


"Le simple fait de parler ce langage", sans préjuger des actes futurs, est "l'évolution la plus importante du mouvement depuis les années 1990", souligne-t-il.


Dans la plus vaste prison de Kaboul, vide depuis que les talibans ont libéré les détenus à la mi-août, un des responsables de l'administration pénitentiaire talibane, Asadullah Shahnan, prépare la réouverture.


Lui qui fut détenu pendant six ans à la prison de Pul-e-Charkhi a beaucoup à redire sur la manière dont il fut traité. Il se rappelle notamment que les jours d'exécution, les prisonniers étaient amenés aux fenêtres et forcés de regarder.


"Nous ne ferons pas comme ça", assure-t-il, suggérant que les talibans ont tourné la page des années 1990, lorsqu'ils flagellaient ou exécutaient des condamnés en public dans les stades ou sur les places des villes. 


CNN suggère que de «fausses informations» pourraient être à l'origine des tensions entre les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite

Des images diffusées par une coalition militaire arabe soutenant le gouvernement du Yémen montrent le déchargement de véhicules militaires dans le port de Mukalla après leur arrivée des Émirats arabes unis. (Coalition/Handout)
Des images diffusées par une coalition militaire arabe soutenant le gouvernement du Yémen montrent le déchargement de véhicules militaires dans le port de Mukalla après leur arrivée des Émirats arabes unis. (Coalition/Handout)
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  • Abou Dhabi a mobilisé le STC après avoir été faussement informé que Riyad avait demandé des sanctions contre les Émirats arabes unis
  • Le 30 décembre, Riyad a lancé des frappes aériennes sur ce qu'il affirme être une livraison d'équipement militaire des Émirats arabes unis au Yémen, qui n'était pas coordonnée avec la coalition

RIYAD: Les tensions entre Riyad et Abou Dhabi pourraient avoir été déclenchées par de fausses informations fournies aux Émirats arabes unis au sujet de la récente visite du prince héritier saoudien à Washington, a rapporté CNN.

La chaîne d'information américaine dit avoir appris de ses sources que l'Arabie saoudite pense qu'Abou Dhabi a mobilisé les forces séparatistes du Conseil transitoire du Sud (CTS), qu'elle soutient, dans les provinces limitrophes du royaume, après avoir été faussement informée que le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman avait demandé au président américain Donald Trump, lors d'une visite à la Maison Blanche en novembre, d'imposer des sanctions à Abou Dhabi en raison de son soutien présumé à une partie belligérante dans la guerre civile au Soudan.

Le reportage de CNN suggère également que Riyad a tendu la main aux Émirats arabes unis pour expliquer qu'il n'avait pas fait une telle demande.

Par ailleurs, la chaîne américaine affirme que le fonctionnaire des Émirats arabes unis qui lui a parlé sous le couvert de l'anonymat n'a pas abordé directement la question lorsqu'il a été interrogé sur les allégations de fausses informations.

Lors de sa visite en novembre, le président Trump a annoncé publiquement qu'il avait demandé à son gouvernement d'intervenir pour tenter de résoudre le conflit sanglant en cours au Soudan, à la demande de la Couronne saoudienne.

saoudien. Toutefois, ni les déclarations du président, ni celles du prince héritier, ni aucun rapport publié par les médias saoudiens ou américains n'ont fait référence aux Émirats arabes unis à l'époque.

Le 30 décembre, Riyad a lancé des frappes aériennes sur ce qu'il affirme être une livraison d'équipement militaire des Émirats arabes unis au Yémen, qui n'était pas coordonnée avec la coalition.

Le Royaume a également soutenu l'appel du gouvernement yéménite demandant aux forces des Émirats arabes unis de quitter le pays, ce qu'Abu Dhabi a accepté d'honorer en publiant une déclaration qui insinue qu'il l'a fait de son propre chef.

La déclaration des Émirats arabes unis fait également état d'un engagement inébranlable de la part d'Abou Dhabi en faveur de la sécurité et de la souveraineté de l'Arabie saoudite, rejetant toute action susceptible de menacer le Royaume ou de nuire à la stabilité régionale.

Par ailleurs, CNN croit savoir que de nouvelles frappes saoudiennes visant le STC sont toujours envisagées si les séparatistes ne se retirent pas. Après que les Émirats arabes unis ont retiré leurs troupes du Yémen la semaine dernière, le STC s'est engagé sur la voie de la sécession, mais sous la pression militaire intense de Riyad et de ses alliés locaux, il a perdu des territoires et affirme désormais qu'il est heureux d'entamer un dialogue avec d'autres parties yéménites.

Le Royaume, pour sa part, a réaffirmé à de nombreuses reprises sa conviction que la cause du Sud était juste et a demandé que les différentes parties en discutent à la table des négociations, loin du champ de bataille. L'Arabie saoudite a appelé à un dialogue à Riyad pour discuter de la question de la séparation du Sud, et son appel a été salué par le gouvernement yéménite, les différentes factions yéménites - y compris le CTS lui-même, comme mentionné - et la majorité des pays arabes et musulmans.

Aidarous Al-Zubaidi, président du CTS, est un personnage problématique dans cette équation. Il aurait la double nationalité et de nombreux Yéménites ont publié sur les médias sociaux des images de son passeport des Émirats arabes unis et l'ont dénoncé comme étant inapte à gouverner, affirmant qu'il servait un programme étranger. D'autres ont également publié des vidéos de lui déclarant qu'il serait heureux d'établir des liens avec Israël si le Yémen du Sud obtenait son indépendance. Plus récemment, un message du ministre yéménite des médias, Moammar Eryani, a accusé le STC d'avoir permis le vol et la diffusion d'armes dans les provinces de l'Est.

M. Eryani a ajouté que le STC avait délibérément provoqué le chaos et "utilisé Al-Qaïda comme un épouvantail pour réaliser ses propres gains politiques aux dépens du peuple yéménite". CNN dit également avoir appris que

les préoccupations saoudiennes vont au-delà de l'implication des Émirats arabes unis au Yémen et au Soudan. Selon le rapport, Riyad se méfie également des politiques des EAU dans la Corne de l'Afrique et en Syrie, où il pense qu'Abu Dhabi a cultivé des liens avec des éléments de la communauté druze, dont certains dirigeants ont ouvertement discuté de la sécession.

Bien qu'aucune source saoudienne n'ait été mentionnée dans le reportage, le récit de CNN est conforme à plusieurs déclarations publiques saoudiennes, qui se sont opposées à la récente reconnaissance et à l'approbation par Israël de la séparation du Somaliland de la Somalie, aux tentatives israéliennes de saper et d'attaquer le nouveau gouvernement syrien et à toute tentative d'imposer un État du Yémen du Sud par des moyens militaires.

Israël entretient des relations étroites avec Abou Dhabi, encore plus étroites depuis la signature des accords d'Abraham en 2020, tandis que l'Arabie saoudite refuse toute normalisation avec Tel-Aviv tant que ce dernier ne reconnaît pas un État palestinien et n'adhère pas à une voie crédible et irréversible pour parvenir à une solution à deux États. Cette position saoudienne a été réitérée une fois de plus lors de la visite du prince héritier à Washington en novembre.


Groenland et Danemark rejettent les visées de Trump sur le territoire autonome

Donald Trump s'est attiré mercredi un net refus du Groenland et du Danemark après avoir réaffirmé ses visées expansionnistes sur le territoire autonome danois, lors de son discours au Congrès. (AFP)
Donald Trump s'est attiré mercredi un net refus du Groenland et du Danemark après avoir réaffirmé ses visées expansionnistes sur le territoire autonome danois, lors de son discours au Congrès. (AFP)
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  • "Nous ne sommes pas à vendre et nous ne pouvons pas simplement être pris", a-t-il insisté sur Facebook, en réaction aux propos du président américain qui a dit vouloir s'emparer du Groenland "d'une manière ou d'une autre"
  • "Cela ne se produira pas", avait plus tôt réagi le ministre de la Défense Troels Lund Poulsen auprès de la télévision publique danoise DR

NUUK: Donald Trump s'est attiré mercredi un net refus du Groenland et du Danemark après avoir réaffirmé ses visées expansionnistes sur le territoire autonome danois, lors de son discours au Congrès.

"Nous ne voulons être ni Américains ni Danois, nous sommes Groenlandais", a dit le Premier ministre du Groenland Mute Egede. "Les Américains et leur chef doivent comprendre cela".

"Nous ne sommes pas à vendre et nous ne pouvons pas simplement être pris", a-t-il insisté sur Facebook, en réaction aux propos du président américain qui a dit vouloir s'emparer du Groenland "d'une manière ou d'une autre".

"Cela ne se produira pas", avait plus tôt réagi le ministre de la Défense Troels Lund Poulsen auprès de la télévision publique danoise DR, soulignant un aspect "positif" du discours de M. Trump: la mention du respect des Groenlandais à décider de leur avenir.

Le président américain a en effet assuré "à l'incroyable peuple du Groenland" soutenir "fermement votre droit à déterminer votre propre avenir et, si vous le souhaitez, nous vous souhaitons la bienvenue aux Etats-Unis d'Amérique".

"Nous en avons vraiment besoin pour la sécurité internationale et je pense que nous allons l'obtenir. D'une manière ou d'une autre, nous l'obtiendrons", a-t-il dit dans ce premier discours de politique générale depuis son retour au pouvoir le 20 janvier.

"Nous assurerons votre sécurité, nous vous rendrons riches et, ensemble, nous mènerons le Groenland vers des sommets que vous n'auriez jamais imaginé possibles", a-t-il déclaré.

Le Groenland est sous le feu des projecteurs depuis fin décembre et le souhait répété de Donald Trump d'intégrer la plus grande île arctique aux Etats-Unis.

Des élections législatives y sont prévues le 11 mars.

"Des élections auront bientôt lieu au Groenland et je pense que tout le monde - y compris nous-mêmes - doit faire attention à ne pas faire toutes sortes de suppositions sur l'avenir" des Groenlandais, a dit mercredi le chef de la diplomatie danoise Lars Løkke Rasmussen à la télévision TV2.

Dans la même veine, M. Trump a réitéré ses ambitions concernant le canal de Panama, le jour-même de l'annonce que deux ports détenus par le géant hongkongais Hutchison vont être cédés à un consortium américain.

"Pour renforcer encore notre sécurité nationale, mon administration va reprendre le canal de Panama, et nous avons déjà commencé à le faire", a-t-il affirmé, en faisant référence à cet accord.

Donald Trump a menacé de reprendre le canal dès le jour de son investiture au motif qu'il est, selon lui, exploité par la Chine.

Que ce soit à propos du Groenland, du canal de Panama ou encore de l'imposition de tarifs douaniers, y compris contre des pays alliés et voisins comme le Canada et le Mexique, le président américain montre clairement qu'il se soucie surtout de ses intérêts.

Le Lesotho? "Jamais entendu parler" 

S'il ne s'est guère attardé sur l'Ukraine dans son discours, il n'en a pas moins assuré que son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, avec qui il avait eu un vif échange vendredi dans le Bureau ovale, était "prêt" à négocier avec la Russie et à signer un accord sur les minerais.

Plus tôt dans la journée de mardi, le dirigeant ukrainien avait dit vouloir "arranger les choses" avec le président américain après leur accrochage.

M. Zelensky était parti sans signer cet accord sur les minerais et l'administration Trump a ensuite annoncé le gel de son assistance militaire à l'Ukraine, trois ans après son invasion par la Russie.

"Simultanément, nous avons eu des discussions sérieuses avec la Russie et nous avons reçu des signaux forts indiquant qu'ils sont prêts pour la paix", a encore affirmé le président américain.

"Ne serait-ce pas magnifique?".

Donald Trump ne s'est pas non plus épanché sur le Proche-Orient, si ce n'est pour dire "nous ramenons nos otages de Gaza" et rappeler son rôle au cours de son premier mandat dans la conclusion des accords d'Abraham, entre Israël et certains pays arabes.

Par ailleurs, il a promis de "faire la guerre aux cartels" mexicains de la drogue, parlant d'"une grave menace" pour la "sécurité nationale" des Etats-Unis.

Justifiant enfin les coupes budgétaires massives dans l'aide des Etats-Unis à l'étranger, le président américain a énuméré une série de "gaspillages" selon lui, comme les "40 millions de dollars pour des bourses d'études sur la diversité, l'équité et l'inclusion en Birmanie".

Il a aussi cité les "huit millions de dollars pour promouvoir les LGBT+ dans la nation africaine du Lesotho, dont personne n'a jamais entendu parler".

Contactée par l'AFP, People's Matrix, la principale ONG soutenant les personnes LGBTQ au Lesotho, a assuré ne pas avoir reçu cette somme. "On n'a aucune idée de l'affectation de ces 8 millions de dollars", a affirmé son porte-parole, Tampose Mothopeng. "On ne sait pas qui a reçu ou va recevoir cet argent."


Le président colombien somme Trump de cesser de le «calomnier»

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  • "Mon nom (...) n'apparaît pas dans les dossiers judiciaires sur le trafic de drogue. Cessez de me calomnier, M. Trump", a fustigé M. Petro sur le réseau social X
  • Donald Trump a déclaré dimanche à bord d'Air Force One qu'une opération en Colombie similaire à celle menée au Venezuela lui paraissait "une bonne idée" et accusé Gustavo Petro de trafic de drogue vers les États-Unis

BOGOTA: Le président colombien Gustavo Petro a rejeté dimanche les menaces et accusations de son homologue américain Donald Trump qui l'accuse sans preuve d'être un narcotrafiquant, à l'instar du président venezuelien capturé au cours du weekend.

"Mon nom (...) n'apparaît pas dans les dossiers judiciaires sur le trafic de drogue. Cessez de me calomnier, M. Trump", a fustigé M. Petro sur le réseau social X.

Donald Trump a déclaré dimanche à bord d'Air Force One qu'une opération en Colombie similaire à celle menée au Venezuela lui paraissait "une bonne idée" et accusé Gustavo Petro de trafic de drogue vers les États-Unis, avertissant qu'il "ne le ferait plus très longtemps".

Le président colombien, de gauche, est très critique de l'action militaire du gouvernement Trump dans la région. Il accuse les États-Unis d'avoir enlevé Nicolás Maduro "sans base légale". Le dirigeant vénézuélien a été capturé à Caracas samedi après des bombardements de Washington sur la capitale.

Après lui avoir dit samedi qu'il devrait "faire gaffe à ses fesses", Donald Trump a qualifié dimanche Gustavo Petro d'"homme malade" qui "aime prendre de la cocaïne".

"La Colombie est très malade aussi, dirigée par un homme malade, qui aime fabriquer de la cocaïne et la vendre aux États-Unis, et il ne va pas le faire très longtemps", a mis en garde le président américain.

Gustavo Petro "a des moulins à cocaïne et des usines de cocaïne, et il ne va pas le faire très longtemps", a-t-il soutenu.

Le ministère colombien des Affaires étrangères a qualifié les menaces du président américain d'"ingérence inacceptable" et demandé le "respect".

Depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump, les deux dirigeants s'affrontent régulièrement sur des questions comme les droits de douane, ou la politique migratoire.

La Colombie, pays frontalier du Venezuela, et les États-Unis sont des alliés militaires et économiques clés dans la région, mais leurs relations sont aujourd'hui au plus bas.