L'Europe et l’Afrique du Nord face à une pollution plastique catastrophique en Méditerranée

Les pays où le tourisme occupe une place importante, comme la France, l’Italie, la Grèce et Chypre, unissent leurs efforts pour lutter contre le problème. (AFP)
Les pays où le tourisme occupe une place importante, comme la France, l’Italie, la Grèce et Chypre, unissent leurs efforts pour lutter contre le problème. (AFP)
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Publié le Lundi 22 novembre 2021

L'Europe et l’Afrique du Nord face à une pollution plastique catastrophique en Méditerranée

  • Pour les 21 pays qui se partagent les 28 000 kilomètres de littoral méditerranéen, le problème des déchets plastiques est de plus en plus grave
  • L’Égypte se dirige rapidement vers ce que l’ONU définit comme une pénurie d’eau absolue, quand l’approvisionnement annuel en eau pour chaque personne devient inférieur à 500 m3

LONDRES: Aux yeux de millions de personnes à travers le monde, la Méditerranée représente une destination de vacances idéale: de jolis villages au bord de l’eau, une cuisine des plus exquises, de belles plages et, surtout, des eaux d’un bleu limpide. Si ces paysages sont dignes d’une carte postale, la mer Méditerranée, elle, est en proie à une crise environnementale causée par l’homme.

En septembre, lors du Congrès mondial de la nature, organisé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à Marseille, la crise du plastique en Méditerranée était inscrite noir sur blanc à l’ordre du jour. Des représentants de pays où le tourisme occupe une place importante, comme la France, l’Italie, la Grèce et Chypre, ont uni leurs voix pour dénoncer le niveau de pollution plastique et mettre en lumière leurs propres efforts en vue de lutter contre le problème.

Selon un rapport publié l’année dernière par l’UICN, le volume total de déchets plastiques – trouvés principalement sous les vagues – en Méditerranée s’élèverait à 3,5 millions de tonnes, avec 150 000 à 610 000 tonnes supplémentaires se frayant un chemin jusqu’à la mer chaque année.

Pour les 21 pays qui se partagent les 28 000 kilomètres de littoral méditerranéen, le demi-milliard de personnes qui vivent le long des 1 693 bassins versants qui l’alimentent et les 340 millions de touristes qui visitent ces pays chaque année, ce problème est de plus en plus grave.

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La mer Méditerranée est en proie à une crise environnementale causée par l’homme. (AFP)

Cependant, parmi tous ces pays, un seul a été désigné comme la principale source du problème. Les doigts accusateurs sont pointés vers l’Égypte qui, selon l’UICN, rejette plus de plastique dans la mer que tout autre pays. Ce taux est d’ailleurs deux fois plus élevé que celui du deuxième pays le plus polluant.

Selon le rapport, baptisé «La Méditerranée: Mare Plasticum» – «la mer de plastique» en latin – cette région est «largement considérée comme l’un des environnements les plus menacés au monde» et elle «est soumise à une catastrophe d’origine humaine désormais omniprésente: la pollution plastique».

Le pays le plus polluant, rapporte l’UICN, est l’Égypte, responsable chaque année de la «fuite» de plus de 74 000 tonnes de macroplastiques – des morceaux d’un diamètre supérieur à 5 mm – puis l’Italie (34 000 tonnes) et la Turquie (24 000 tonnes).

Ensemble, ces trois pays les plus polluants sont responsables de plus de 50 % des 216 269 tonnes de macroplastiques qui finissent dans la mer Méditerranée chaque année, en grande partie à cause de «déchets mal gérés».

En ce qui concerne les microplastiques – dont plus de 13 000 tonnes se retrouvent dans la mer – l’Égypte s’en tire légèrement mieux et se classe deuxième derrière l’Italie (3 000 tonnes par an) avec 1 200 tonnes. La poussière des pneumatiques représente plus de la moitié du total des microplastiques, suivie par les textiles (33 %) et les microbilles de plastique utilisées dans les cosmétiques (12 %).

Bien que les bouteilles et autres déchets plastiques soient omniprésents sur les plages méditerranéennes, la plupart des plastiques polluants se trouvent sous la surface, encrassant les sédiments et perturbant les cycles de vie de plusieurs espèces de poissons et de plantes aquatiques.

Les chiffres sont choquants: parmi les 100 principaux sites du bassin méditerranéen qui contribuent à la fuite annuelle de macroplastiques, pas moins de 75 se trouvent en Égypte. Cependant, on ne sait toujours pas à quel point l’Égypte est réellement responsable des torts qui lui sont imputés.

Après tout, le bassin versant du Nil, qui contribue à lui seul à 25 % des fuites totales de plastique dans la Méditerranée, est partagé par l’Égypte avec 10 autres pays en amont, tous ayant leur part de responsabilité dans la pollution du puissant système fluvial déversé dans la mer.

Marine Moulin, porte-parole de l’Union pour la Méditerranée – dont l’Égypte est membre et dont le secrétaire général, Nasser Kamel, est un ancien diplomate égyptien – déclare: «De nombreux littoraux ont été identifiés comme les endroits de la Méditerranée les plus pollués par le plastique, mais nous le savons tous, le plastique, une fois en mer, ne connaît plus de frontières.»

Un porte-parole de l’organisation non gouvernementale WWF insiste sur la «nécessité pour tous les pays de mettre en place des politiques solides pour réduire la consommation de plastique, assurer une collecte des déchets à 100 % et augmenter les systèmes de recyclage et de réutilisation, car la Méditerranée est un bassin à moitié fermé».

En outre, «les pays de l’Union européenne (UE) devraient aider les pays du sud de la Méditerranée à augmenter les investissements visant à renforcer les installations de collecte et de recyclage. Dans le même temps, les pays de l’UE devraient veiller à ce que les pays qui importent leurs déchets disposent des installations nécessaires pour gérer efficacement tous leurs déchets, tant internes qu’importés.»

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Greenish a organisé un certain nombre d’opérations de nettoyage de plages pour éliminer les déchets plastiques. (Photo fournie).

«Il n’est guère réaliste», ajoute l’Union pour la Méditerranée, «de s’attendre à ce que l’Égypte règle seule le problème. Il existe de solides arguments pour que les États méditerranéens européens plus riches aident leurs pays voisins plus pauvres, compte tenu de l’importance des pertes en matière de tourisme.»

«Les gouvernements, le secteur privé, les institutions de recherche et les institutions financières doivent tous collaborer pour repenser les processus et les chaînes d’approvisionnement, investir dans l’innovation et adopter des modes de consommation durables, ainsi que des pratiques améliorées de gestion des déchets pour fermer le robinet de plastique.»

 

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Pour les 21 pays qui se partagent les 28 000 kilomètres de littoral méditerranéen, le problème des déchets plastiques est de plus en plus grave. (AFP).

L’Égypte est très consciente du problème de la pollution plastique. L’année dernière, l’agence pour l’environnement du pays a déclaré que les Égyptiens utilisaient près de 12 milliards de sacs en plastique par an, causant de «graves problèmes» dans le Nil, la Méditerranée et la mer Rouge.

Greenish, une entreprise sociale qui organise des activités éducatives pour atteindre les objectifs de développement durable, a organisé un certain nombre d’opérations de nettoyage de plages pour éliminer les déchets plastiques. Le cofondateur, Shady Khalil, affirme que «les Égyptiens sont de plus en plus conscients du plastique que nous utilisons, ainsi que des déchets sur les plages et dans les stations balnéaires autour de l’Égypte».

Il précise toutefois que «la gestion des déchets en Égypte est un travail en cours». Lui aussi pense que «les pays du nord de la Méditerranée devraient aider financièrement l’Égypte et, surtout, faire pression sur les entreprises européennes, comme Nestlé et L’Oréal, pour les inciter à réduire l’utilisation de plastiques dans leurs produits».

«En nettoyant les plages, nous trouvons beaucoup de produits de ces entreprises, dans le Nil mais aussi en Méditerranée», indique M. Khalil. «Une grande partie des déchets plastiques en Égypte appartiennent à des entreprises d’un pays du nord», précise-t-il.

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La Méditerranée est «largement considérée comme l’un des environnements les plus menacés au monde». (AFP).
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En avril 2019, le gouvernorat égyptien de la mer Rouge, qui abrite certaines des destinations touristiques les plus célèbres du pays, comme le centre de plongée de Hurghada, a annoncé qu’il interdisait l’utilisation d’objets en plastique à usage unique, comme les pailles, les sacs en plastique et les couverts.

Au cours d’un événement parallèle peu médiatisé lors du Congrès mondial de la nature le mois dernier, l’Égypte faisait partie des sept pays (avec la France, la Grèce, l’Algérie, le Maroc, l’Italie et Monaco) qui ont lancé une nouvelle initiative, baptisée «La Méditerranée: une mer exemplaire d’ici à 2030», pour «mettre fin à la surpêche, limiter la pollution plastique et développer un transport maritime durable d’ici à 2030».

Cependant, la crise du plastique n’est ni le seul problème environnemental de l’Égypte ni d’ailleurs le plus urgent. Les défis environnementaux auxquels le pays est confronté sont innombrables. Nombre d’entre eux exigent une action urgente et au moins un problème représente une véritable menace existentielle.

Pour les 21 pays qui se partagent les 28 000 kilomètres de littoral méditerranéen, le problème des déchets plastiques est de plus en plus grave. (AFP)

La pénurie d’eau chronique en Égypte figure en tête de liste. C’est un problème qui s’aggrave à mesure que les populations des dix pays qui se développent rapidement le long du Nil se multiplient et sollicitent de plus en plus le débit limité du fleuve.

L’Égypte se dirige rapidement vers ce que l’Organisation des nations unies (ONU) définit comme une pénurie d’eau absolue, quand l’approvisionnement annuel en eau pour chaque personne devient inférieur à 500 m3. Avec seulement 20 m3 d’eau provenant de ressources internes, la population égyptienne et l’importante industrie agricole dépendent totalement de l’eau douce du Nil. L’ONU affirme que le pays pourrait connaître une pénurie d’eau absolue d’ici à 2024.

L’érosion côtière et l’affaissement progressif du delta du Nil constituent d’autres problèmes étroitement liés aux demandes de plus en plus impossibles imposées au fleuve.

Le problème réside en partie dans la hausse du niveau de la Méditerranée, qui devrait s’accélérer avec les changements climatiques. Mais les scientifiques ont également découvert que le delta du Nil, qui n’est en moyenne qu’à un mètre au-dessus du niveau de la mer, s’affaisse lentement, en grande partie en raison de la réduction de la quantité de sédiments déposés dans le delta à cause du débit réduit du Nil.

D’autres défis environnementaux nécessitent l’attention du gouvernement. En août, le pays a été frappé par une vague de chaleur inhabituellement violente, que l’Autorité météorologique a attribuée au changement climatique. De plus, le pays continue de lutter contre la malédiction saisonnière des «nuages noirs», le smog annuel qui s’accumule au-dessus des villes égyptiennes entre septembre et novembre.

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La plupart des plastiques polluants se trouvent sous la surface, encrassant les sédiments et perturbant les cycles de vie de plusieurs espèces de poissons et de plantes aquatiques. (AFP).

Une étude menée par le ministère de l’Environnement sur les causes de ce phénomène donne une idée des multiples enjeux auxquels le gouvernement doit faire face pour tenter d’atteindre ses objectifs climatiques. L’incinération des déchets agricoles représente 42 % du problème; les émissions des usines, 23 %; les gaz d’échappement des véhicules, 23 % et la combustion des déchets urbains, 12 %.

Le réchauffement climatique figure, bien entendu, en tête de liste pour tout le monde, mais les fonds demeurent largement insuffisants.

Lorsque les 42 pays membres de l’Union pour la Méditerranée se sont réunis pour discuter des questions environnementales et de l’action climatique au Caire le 5 octobre, l’accent a été mis sur l’échec des pays développés à tenir l’engagement qu’ils avaient pris en 2009 pour allouer 100 milliards de dollars (1 dollar = 0,89 euro) par an, jusqu’en 2020, en vue d’aider les pays en développement à faire face à la crise climatique.

Quoi qu’il en soit, lors de cette même réunion, la ministre égyptienne de l’Environnement s’est engagée, au nom de son gouvernement, à «écologiser» la moitié de ses programmes d’ici à 2024. C’est une tâche considérable, compte tenu du volume actuel des émissions de CO2 de l’Égypte et du niveau général de pollution.

En octobre, l’Égypte a fait part de son souhait d’accueillir la Conférence des nations unies sur les changements climatiques l’année prochaine à Charm el-Cheikh – une excellente nouvelle pour les hôtels et restaurants de la station balnéaire de la mer Rouge, durement touchés par la pandémie mondiale.

Toutefois, accueillir le principal événement mondial sur le changement climatique mettra en lumière les multiples défis environnementaux auxquels l’Égypte est confrontée. Alors que Le Caire intensifie ses efforts en la matière avant la COP27, l’espoir est que la crise de la pollution plastique qui se cache sous la surface de la Méditerranée se retrouve en tête du programme écologique du gouvernement.

 

Twitter: @JonathanGornall

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Après l'arrestation d'Andrew, la monarchie britannique dans une crise sans précédent

Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
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  • L’ex-prince Andrew a été placé en garde à vue pendant près de 12 heures dans le cadre de l’affaire Epstein, soupçonné d’avoir transmis des informations confidentielles
  • Son arrestation provoque une crise majeure pour la monarchie britannique

LONDRES: L'enquête policière continue après la garde à vue spectaculaire de l'ex-prince Andrew pour des soupçons liés à l'affaire Epstein et la famille royale britannique fait face à une crise jugée particulièrement périlleuse par les experts de la monarchie.

Le frère cadet de Charles III a été relâché jeudi en fin de journée "en attendant la suite de l'enquête", selon la police, et les perquisitions devaient se poursuivre vendredi à Royal Lodge, près de Windsor, son ancien domicile dont il a été récemment chassé.

Andrew, dont l'interpellation a coïncidé avec son 66e anniversaire, a été interrogé près de 12 heures sur des accusations de "manquements dans l'exercice de fonctions officielles", accusé d'avoir transmis des informations confidentielles au financier et pédocriminel américain Jeffrey Epstein.

Après sa garde à vue, le prince déchu a été photographié quittant le commissariat situé à une trentaine de kilomètres de sa nouvelle résidence de Sandringham (est de l'Angleterre): le cliché spectaculaire, qui le montre hagard, les yeux écarquillés à l'arrière d'une voiture, faisait vendredi la Une de la totalité des journaux britanniques, Financial Times excepté.

Cette arrestation aura marqué "le jour le plus préjudiciable pour la monarchie", soulignait le Telegraph, tandis que le Daily Mail évoquait une "monarchie moderne face à son plus grave péril".

- Fin de la "déférence" -

Pour l'expert royal Ed Owens, la situation à laquelle la monarchie est confrontée est d'autant plus dangereuse qu'elle compte "beaucoup d'inconnues". A commencer par l'incertitude sur une éventuelle inculpation d'Andrew, ou les soupçons d'agressions sexuelles qui l'entourent, pour l'instant restés hors du champ de toute enquête formelle.

Évoquant les précédentes crises qui l'ont ébranlée au cours des dernières décennies - la mort de la princesse Diana en 1997 ou l'abdication d'Édouard VIII en 1936 - il a rappelé qu'il avait fallu "plus de 10 ans pour stabiliser l'institution et regagner l'affection et la loyauté du public".

L'ex-prince est accusé d'avoir transmis des informations confidentielles à Epstein, notamment des rapports de voyages en Asie et des possibilités d'investissement en Afghanistan, lorsqu'il était envoyé spécial du Royaume-Uni pour le Commerce, de 2001 à 2011.

Dans un rare communiqué après l'arrestation, le roi Charles III a affirmé jeudi que la "justice doit suivre son cours", tout en faisant part de sa "plus profonde inquiétude".

Le monarque, qui avait déjà déchu son cadet de tous ses titres royaux en octobre en raison de nouvelles informations sur les liens d'Andrew avec Epstein, a néanmoins évité de chambouler son agenda, se rendant comme prévu à un défilé de la Fashion Week de Londres.

Selon Roya Nikkhah, experte royale du Sunday Times, la famille royale va essayer de "poursuivre ses activités comme si de rien n'était", mais "la confiance dans l'institution risque vraiment d'être érodée" avec cette arrestation inédite depuis le XVIIe siècle.

"Le temps de la déférence qui prévalait pendant le règne de la reine (Elizabeth II, ndlr) est terminé, et il s'agit d'un immense défi pour Charles, car le public n'a plus l'affection pour l'institution" qu'il avait sous la défunte reine, dit-elle.

- Suspect comme un autre -

Alimentant le sentiment que la famille royale n'est plus au-dessus des lois, les médias britanniques ont souligné que le roi n'avait pas été prévenu à l'avance de l'arrestation de son frère.

Et le tabloid The Sun note que, comme tout suspect, Andrew a dû se soumettre à un prélèvement salivaire pour recueillir son ADN, à la prise d'empreintes digitales et d'une photo d'identité judiciaire.

Donald Trump, qui a souvent manifesté une certaine fascination pour la monarchie britannique, a jugé jeudi soir l'arrestation de l'ex-Duc d'York "très triste" et "très mauvaise pour la famille royale".

Son interpellation a aussi mis en évidence le contraste avec les Etats-Unis, où les répercussions de la tentaculaire affaire Jeffrey Epstein sont restées jusqu'ici limitées. Seule son ex-compagne et complice, Ghislaine Maxwell, a été condamnée pour ses liens avec le criminel sexuel.

Ces derniers jours, la police britannique avait indiqué examiner des documents contenus dans la dernière salve des dossiers Epstein, publiés le 30 janvier par le ministère américain de la Justice.

De nouvelles accusations en avaient émergé à l'encontre de l'ex-prince, qui s'est gardé de les commenter.

La police a aussi indiqué "évaluer" des informations selon lesquelles une femme aurait été envoyée par Jeffrey Epstein à Royal Lodge en 2010, potentiellement pour avoir des relations sexuelles avec Andrew.

Mais cette accusation n'a pas été mentionnée jeudi par la police et on ignore si Andrew a été interrogé sur ce sujet.


Internet, IA: l'Europe est un "espace sûr", contrairement à ce que disent des "amis mal informés"

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
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  • Macron défend l’Europe comme un “espace sûr” pour l’innovation et l’investissement dans l’intelligence artificielle, tout en participant à la définition des règles internationales avec des alliés comme l’Inde
  • Protection des enfants et durabilité de l’IA : priorité au G7 pour limiter l’exposition des mineurs aux contenus numériques et promouvoir une IA moins énergivore et au service du bien commun

NEW DELHI: Le président français Emmanuel Macron a affirmé jeudi que l'Europe était un "espace sûr", non "centré aveuglément" sur la régulation contrairement à ce que les Etats-Unis disent, et déterminé à participer à la définition des "règles du jeu" dans l'intelligence artificielle.

"Contrairement à ce que certains amis mal informés disent, l'Europe n'est pas aveuglément centrée sur la régulation (..) L'Europe est un espace sûr (pour l'innovation et l'investissement, ndlr) et les espaces sûrs gagnent sur le long terme", a-t-il dit à l'ouverture du sommet sur l'intelligence artificielle à New Delhi.

"Nous sommes déterminés à continuer à définir les règles du jeu et à le faire avec nos alliés, tels l'Inde, parce que nous croyons dans les valeurs fondamentales partagées, la science, l'Etat de droit, l'équilibre mondial, un multilatéralisme efficace et l'innovation au bénéfice de tous", a-t-il ajouté devant un parterre de chefs d'Etat et des plus grands patrons de la "tech".

L'administration américaine, invoquant la liberté d'expression, dénonce régulièrement la régulation des grandes plateformes américaines imposée par l'Union européenne, des "actes flagrants de censure extraterritoriale", selon elle.

"L'intelligence artificielle va aider l'humanité à investir plus vite (..) dans la santé, l'énergie, la mobilité, l'agriculture, les services publics et le bien commun de tous", a poursuivi Emmanuel Macron.

Le chef de l'Etat a insisté sur la nécessité pour la France comme pour l'Inde de "prendre ensemble le chemin de l'innovation, de l'indépendance et de l'autonomie stratégique" en la matière.

Et sur le besoin d'une IA qui serve à "protéger la planète et pousser la prospérité de tous" et qui soit "durable" et donc moins dévoreuse d'énergie avec ses gigantesques centres de données.

Le président français a aussi insisté sur la nécessité de mieux protéger les enfants des "abus numériques et de l'IA", en soulignant que ce serait une priorité de la présidence française du G7 cette année.

"Il n'y a pas de raison que nos enfants soient exposés en ligne à ce qui est légalement interdit dans le monde réel", a-t-il dit, appelant plateformes, gouvernements et régulateurs "à travailler ensemble pour faire de l'internet et des réseaux sociaux un espace sûr".

La France est elle-même en train de prendre des mesures pour interdire l'accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux, a-t-il rappelé.


Macron retrouve Modi en Inde, entre vente de Rafale et IA

Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
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  • À Bombay, Emmanuel Macron retrouve Narendra Modi pour renforcer le partenariat stratégique franco-indien, marqué par l’intention d’achat de 114 Rafale supplémentaires et l’inauguration d’une chaîne d’assemblage d’hélicoptères H125 d’Airbus avec Tata Group
  • La visite met aussi l’accent sur l’intelligence artificielle et l’innovation, avec le Sommet mondial pour l’Impact de l’IA à New Delhi et des échanges sur le multilatéralisme (G7/Brics)

BOMBAY: Le président français Emmanuel Macron retrouve mardi le Premier ministre Narendra Modi à Bombay, capitale économique de l'Inde, pour renforcer le partenariat stratégique bilatéral, avec à la clef la vente de 114 chasseurs Rafale et un ancrage dans l'intelligence artificielle.

Le chef de l'Etat français, arrivé dans la nuit, rendra d'abord hommage aux victimes des attentats de Bombay en 2008 au Taj Mahal Palace.

Les attentats, perpétrés devant les caméras de télévision du monde entier, avaient fait 166 morts, dont deux Français. Pendant trois jours, les assaillants avaient mené des attaques au fusil d'assaut AK-47 et à la grenade à travers la métropole, y compris dans cet hôtel mythique de l'époque coloniale.

Emmanuel Macron rencontrera ensuite autour d'un déjeuner six stars du cinéma indien, dont Bombay est la capitale avec les studios de Bollywood, machine à superproductions mondiales.

Il entend évoquer les "coopérations possibles" dans ce domaine et "mettre en valeur l'attractivité de la France pour les tournages", précise l'Elysée.

- "Made in India" -

Le Premier ministre indien, venu spécialement à Bombay, rejoindra son hôte vers 15H00 (09H30 GMT) pour une série d'entretiens, suivis de déclarations à la presse et d'un dîner dans le décor somptueux du Taj Mahal Palace.

Les échanges s'annoncent sous les meilleurs auspices après la confirmation par l'Inde de son intention d'acheter 114 avions de combat Rafale supplémentaires, une commande sans précédent pour le constructeur Dassault, qui s'ajouterait aux 62 déjà acquis.

"Les discussions porteront sur la consolidation du partenariat stratégique et sur sa diversification dans des secteurs nouveaux et émergents", ont indiqué les services de Narendra Modi.

Elles vont permettre de "continuer à ancrer la relation bilatérale en la tournant résolument vers l'avenir", renchérit l'Elysée.

Les deux dirigeants inaugureront ensemble, à distance, une chaîne de montage d'hélicoptères Airbus, les H125, située à 1.000 kilomètres de là, près de Bangalore (sud), la capitale technologique indienne.

Cette ligne, dont la construction avait été annoncée lors de la dernière visite du président français en Inde en janvier 2024, devrait être opérationnelle en avril et le premier vol du H125 "Made in India", cher au gouvernement indien, réalisé à la fin de l'année.

La première ligne d'assemblage d'hélicoptères Airbus gérée par un groupe privé indien, le célèbre conglomérat Tata Group, a été conçue pour produire à terme la variante militaire du H125, appelée H125M.

- Lula, Google et Anthropic -

Les deux dirigeants donneront ensuite le coup d'envoi de l'année franco-indienne de l'innovation en présence d'un parterre de chefs d'entreprises et chercheurs.

Le désordre mondial généré par les coups de butoir permanents de Donald Trump, des droits de douane à la diplomatie, tout comme la montée en puissance de la Chine seront aussi au coeur des entretiens.

Narendra Modi n'a pas condamné l'invasion de l'Ukraine par la Russie, partenaire traditionnel de l'Inde - notamment pour les livraisons d'équipement militaire -, mais il s'est rendu à Kiev en septembre 2024 et est sous pression de Donald Trump pour réduire les importations indiennes de pétrole russe.

Le président français et le Premier ministre indien, qui président respectivement le G7 et le groupe des Brics cette année, vont aussi "explorer les convergences possibles" pour "défendre et promouvoir le multilatéralisme à un moment où il est particulièrement remis en cause", souligne l'Elysée.

La suite de la visite sera placée sous le signe de l'intelligence artificielle, avec un dîner inaugural mercredi soir à New Delhi du Sommet mondial pour l'Impact de l'IA, avant son ouverture effective jeudi, après une série de tables rondes en début de semaine.

Ce rendez-vous, auquel sont attendus une quinzaine de chefs d'Etat, dans la foulée du sommet de Paris sur l'IA en février 2025, se penchera sur l'investissement dans le secteur, la "recherche scientifique en faveur de l'intérêt général" et "l'accès par tous aux outils technologiques", selon l'Elysée.

Emmanuel Macron doit rencontrer en marge du sommet son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva ainsi que les dirigeants de Google et de la start-up américaine Anthropic, rivale d'OpenAI (la société qui développe ChatGPT).

Il inaugurera aussi le Centre franco-indien de l'IA en santé globale mercredi à New Delhi.