L'Europe et l’Afrique du Nord face à une pollution plastique catastrophique en Méditerranée

Les pays où le tourisme occupe une place importante, comme la France, l’Italie, la Grèce et Chypre, unissent leurs efforts pour lutter contre le problème. (AFP)
Les pays où le tourisme occupe une place importante, comme la France, l’Italie, la Grèce et Chypre, unissent leurs efforts pour lutter contre le problème. (AFP)
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Publié le Lundi 22 novembre 2021

L'Europe et l’Afrique du Nord face à une pollution plastique catastrophique en Méditerranée

  • Pour les 21 pays qui se partagent les 28 000 kilomètres de littoral méditerranéen, le problème des déchets plastiques est de plus en plus grave
  • L’Égypte se dirige rapidement vers ce que l’ONU définit comme une pénurie d’eau absolue, quand l’approvisionnement annuel en eau pour chaque personne devient inférieur à 500 m3

LONDRES: Aux yeux de millions de personnes à travers le monde, la Méditerranée représente une destination de vacances idéale: de jolis villages au bord de l’eau, une cuisine des plus exquises, de belles plages et, surtout, des eaux d’un bleu limpide. Si ces paysages sont dignes d’une carte postale, la mer Méditerranée, elle, est en proie à une crise environnementale causée par l’homme.

En septembre, lors du Congrès mondial de la nature, organisé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à Marseille, la crise du plastique en Méditerranée était inscrite noir sur blanc à l’ordre du jour. Des représentants de pays où le tourisme occupe une place importante, comme la France, l’Italie, la Grèce et Chypre, ont uni leurs voix pour dénoncer le niveau de pollution plastique et mettre en lumière leurs propres efforts en vue de lutter contre le problème.

Selon un rapport publié l’année dernière par l’UICN, le volume total de déchets plastiques – trouvés principalement sous les vagues – en Méditerranée s’élèverait à 3,5 millions de tonnes, avec 150 000 à 610 000 tonnes supplémentaires se frayant un chemin jusqu’à la mer chaque année.

Pour les 21 pays qui se partagent les 28 000 kilomètres de littoral méditerranéen, le demi-milliard de personnes qui vivent le long des 1 693 bassins versants qui l’alimentent et les 340 millions de touristes qui visitent ces pays chaque année, ce problème est de plus en plus grave.

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La mer Méditerranée est en proie à une crise environnementale causée par l’homme. (AFP)

Cependant, parmi tous ces pays, un seul a été désigné comme la principale source du problème. Les doigts accusateurs sont pointés vers l’Égypte qui, selon l’UICN, rejette plus de plastique dans la mer que tout autre pays. Ce taux est d’ailleurs deux fois plus élevé que celui du deuxième pays le plus polluant.

Selon le rapport, baptisé «La Méditerranée: Mare Plasticum» – «la mer de plastique» en latin – cette région est «largement considérée comme l’un des environnements les plus menacés au monde» et elle «est soumise à une catastrophe d’origine humaine désormais omniprésente: la pollution plastique».

Le pays le plus polluant, rapporte l’UICN, est l’Égypte, responsable chaque année de la «fuite» de plus de 74 000 tonnes de macroplastiques – des morceaux d’un diamètre supérieur à 5 mm – puis l’Italie (34 000 tonnes) et la Turquie (24 000 tonnes).

Ensemble, ces trois pays les plus polluants sont responsables de plus de 50 % des 216 269 tonnes de macroplastiques qui finissent dans la mer Méditerranée chaque année, en grande partie à cause de «déchets mal gérés».

En ce qui concerne les microplastiques – dont plus de 13 000 tonnes se retrouvent dans la mer – l’Égypte s’en tire légèrement mieux et se classe deuxième derrière l’Italie (3 000 tonnes par an) avec 1 200 tonnes. La poussière des pneumatiques représente plus de la moitié du total des microplastiques, suivie par les textiles (33 %) et les microbilles de plastique utilisées dans les cosmétiques (12 %).

Bien que les bouteilles et autres déchets plastiques soient omniprésents sur les plages méditerranéennes, la plupart des plastiques polluants se trouvent sous la surface, encrassant les sédiments et perturbant les cycles de vie de plusieurs espèces de poissons et de plantes aquatiques.

Les chiffres sont choquants: parmi les 100 principaux sites du bassin méditerranéen qui contribuent à la fuite annuelle de macroplastiques, pas moins de 75 se trouvent en Égypte. Cependant, on ne sait toujours pas à quel point l’Égypte est réellement responsable des torts qui lui sont imputés.

Après tout, le bassin versant du Nil, qui contribue à lui seul à 25 % des fuites totales de plastique dans la Méditerranée, est partagé par l’Égypte avec 10 autres pays en amont, tous ayant leur part de responsabilité dans la pollution du puissant système fluvial déversé dans la mer.

Marine Moulin, porte-parole de l’Union pour la Méditerranée – dont l’Égypte est membre et dont le secrétaire général, Nasser Kamel, est un ancien diplomate égyptien – déclare: «De nombreux littoraux ont été identifiés comme les endroits de la Méditerranée les plus pollués par le plastique, mais nous le savons tous, le plastique, une fois en mer, ne connaît plus de frontières.»

Un porte-parole de l’organisation non gouvernementale WWF insiste sur la «nécessité pour tous les pays de mettre en place des politiques solides pour réduire la consommation de plastique, assurer une collecte des déchets à 100 % et augmenter les systèmes de recyclage et de réutilisation, car la Méditerranée est un bassin à moitié fermé».

En outre, «les pays de l’Union européenne (UE) devraient aider les pays du sud de la Méditerranée à augmenter les investissements visant à renforcer les installations de collecte et de recyclage. Dans le même temps, les pays de l’UE devraient veiller à ce que les pays qui importent leurs déchets disposent des installations nécessaires pour gérer efficacement tous leurs déchets, tant internes qu’importés.»

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Greenish a organisé un certain nombre d’opérations de nettoyage de plages pour éliminer les déchets plastiques. (Photo fournie).

«Il n’est guère réaliste», ajoute l’Union pour la Méditerranée, «de s’attendre à ce que l’Égypte règle seule le problème. Il existe de solides arguments pour que les États méditerranéens européens plus riches aident leurs pays voisins plus pauvres, compte tenu de l’importance des pertes en matière de tourisme.»

«Les gouvernements, le secteur privé, les institutions de recherche et les institutions financières doivent tous collaborer pour repenser les processus et les chaînes d’approvisionnement, investir dans l’innovation et adopter des modes de consommation durables, ainsi que des pratiques améliorées de gestion des déchets pour fermer le robinet de plastique.»

 

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Pour les 21 pays qui se partagent les 28 000 kilomètres de littoral méditerranéen, le problème des déchets plastiques est de plus en plus grave. (AFP).

L’Égypte est très consciente du problème de la pollution plastique. L’année dernière, l’agence pour l’environnement du pays a déclaré que les Égyptiens utilisaient près de 12 milliards de sacs en plastique par an, causant de «graves problèmes» dans le Nil, la Méditerranée et la mer Rouge.

Greenish, une entreprise sociale qui organise des activités éducatives pour atteindre les objectifs de développement durable, a organisé un certain nombre d’opérations de nettoyage de plages pour éliminer les déchets plastiques. Le cofondateur, Shady Khalil, affirme que «les Égyptiens sont de plus en plus conscients du plastique que nous utilisons, ainsi que des déchets sur les plages et dans les stations balnéaires autour de l’Égypte».

Il précise toutefois que «la gestion des déchets en Égypte est un travail en cours». Lui aussi pense que «les pays du nord de la Méditerranée devraient aider financièrement l’Égypte et, surtout, faire pression sur les entreprises européennes, comme Nestlé et L’Oréal, pour les inciter à réduire l’utilisation de plastiques dans leurs produits».

«En nettoyant les plages, nous trouvons beaucoup de produits de ces entreprises, dans le Nil mais aussi en Méditerranée», indique M. Khalil. «Une grande partie des déchets plastiques en Égypte appartiennent à des entreprises d’un pays du nord», précise-t-il.

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La Méditerranée est «largement considérée comme l’un des environnements les plus menacés au monde». (AFP).
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En avril 2019, le gouvernorat égyptien de la mer Rouge, qui abrite certaines des destinations touristiques les plus célèbres du pays, comme le centre de plongée de Hurghada, a annoncé qu’il interdisait l’utilisation d’objets en plastique à usage unique, comme les pailles, les sacs en plastique et les couverts.

Au cours d’un événement parallèle peu médiatisé lors du Congrès mondial de la nature le mois dernier, l’Égypte faisait partie des sept pays (avec la France, la Grèce, l’Algérie, le Maroc, l’Italie et Monaco) qui ont lancé une nouvelle initiative, baptisée «La Méditerranée: une mer exemplaire d’ici à 2030», pour «mettre fin à la surpêche, limiter la pollution plastique et développer un transport maritime durable d’ici à 2030».

Cependant, la crise du plastique n’est ni le seul problème environnemental de l’Égypte ni d’ailleurs le plus urgent. Les défis environnementaux auxquels le pays est confronté sont innombrables. Nombre d’entre eux exigent une action urgente et au moins un problème représente une véritable menace existentielle.

Pour les 21 pays qui se partagent les 28 000 kilomètres de littoral méditerranéen, le problème des déchets plastiques est de plus en plus grave. (AFP)

La pénurie d’eau chronique en Égypte figure en tête de liste. C’est un problème qui s’aggrave à mesure que les populations des dix pays qui se développent rapidement le long du Nil se multiplient et sollicitent de plus en plus le débit limité du fleuve.

L’Égypte se dirige rapidement vers ce que l’Organisation des nations unies (ONU) définit comme une pénurie d’eau absolue, quand l’approvisionnement annuel en eau pour chaque personne devient inférieur à 500 m3. Avec seulement 20 m3 d’eau provenant de ressources internes, la population égyptienne et l’importante industrie agricole dépendent totalement de l’eau douce du Nil. L’ONU affirme que le pays pourrait connaître une pénurie d’eau absolue d’ici à 2024.

L’érosion côtière et l’affaissement progressif du delta du Nil constituent d’autres problèmes étroitement liés aux demandes de plus en plus impossibles imposées au fleuve.

Le problème réside en partie dans la hausse du niveau de la Méditerranée, qui devrait s’accélérer avec les changements climatiques. Mais les scientifiques ont également découvert que le delta du Nil, qui n’est en moyenne qu’à un mètre au-dessus du niveau de la mer, s’affaisse lentement, en grande partie en raison de la réduction de la quantité de sédiments déposés dans le delta à cause du débit réduit du Nil.

D’autres défis environnementaux nécessitent l’attention du gouvernement. En août, le pays a été frappé par une vague de chaleur inhabituellement violente, que l’Autorité météorologique a attribuée au changement climatique. De plus, le pays continue de lutter contre la malédiction saisonnière des «nuages noirs», le smog annuel qui s’accumule au-dessus des villes égyptiennes entre septembre et novembre.

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La plupart des plastiques polluants se trouvent sous la surface, encrassant les sédiments et perturbant les cycles de vie de plusieurs espèces de poissons et de plantes aquatiques. (AFP).

Une étude menée par le ministère de l’Environnement sur les causes de ce phénomène donne une idée des multiples enjeux auxquels le gouvernement doit faire face pour tenter d’atteindre ses objectifs climatiques. L’incinération des déchets agricoles représente 42 % du problème; les émissions des usines, 23 %; les gaz d’échappement des véhicules, 23 % et la combustion des déchets urbains, 12 %.

Le réchauffement climatique figure, bien entendu, en tête de liste pour tout le monde, mais les fonds demeurent largement insuffisants.

Lorsque les 42 pays membres de l’Union pour la Méditerranée se sont réunis pour discuter des questions environnementales et de l’action climatique au Caire le 5 octobre, l’accent a été mis sur l’échec des pays développés à tenir l’engagement qu’ils avaient pris en 2009 pour allouer 100 milliards de dollars (1 dollar = 0,89 euro) par an, jusqu’en 2020, en vue d’aider les pays en développement à faire face à la crise climatique.

Quoi qu’il en soit, lors de cette même réunion, la ministre égyptienne de l’Environnement s’est engagée, au nom de son gouvernement, à «écologiser» la moitié de ses programmes d’ici à 2024. C’est une tâche considérable, compte tenu du volume actuel des émissions de CO2 de l’Égypte et du niveau général de pollution.

En octobre, l’Égypte a fait part de son souhait d’accueillir la Conférence des nations unies sur les changements climatiques l’année prochaine à Charm el-Cheikh – une excellente nouvelle pour les hôtels et restaurants de la station balnéaire de la mer Rouge, durement touchés par la pandémie mondiale.

Toutefois, accueillir le principal événement mondial sur le changement climatique mettra en lumière les multiples défis environnementaux auxquels l’Égypte est confrontée. Alors que Le Caire intensifie ses efforts en la matière avant la COP27, l’espoir est que la crise de la pollution plastique qui se cache sous la surface de la Méditerranée se retrouve en tête du programme écologique du gouvernement.

 

Twitter: @JonathanGornall

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Iran : l'UE désigne les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste

Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
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  • Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont classé les Gardiens de la Révolution iraniens comme organisation terroriste suite à la répression sanglante des manifestations en Iran
  • L’UE a également sanctionné 21 responsables iraniens, avec interdiction d’entrée sur le territoire et gel de leurs avoirs

BRUXELLES: Les ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'Union européenne sont tombés d'accord jeudi pour désigner les Gardiens de la révolution comme une "organisation terroriste", après la répression sanglante des manifestations en Iran, a annoncé la cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas.

"+Terroriste+, c'est bien ainsi que l'on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang", a aussitôt réagi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte", a assuré de son côté Mme Kallas, en marge d'une réunion ministérielle à Bruxelles.

Ces derniers ont donné leur feu vert à l'inscription des Gardiens iraniens dans la liste de l'UE recensant les organisations terroristes. Les Européens rejoignent ainsi d'autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie.

La France avait annoncé dès mercredi être prête à soutenir cette décision, en réponse à la répression "la plus violente" de l'histoire récente iranienne.

Les Européens ont aussi décidé jeudi de sanctionner plusieurs responsables iraniens, dont le ministre de l'Intérieur, le chef de la police et plusieurs dirigeants des Gardiens de la révolution. La liste de ces responsables iraniens a été publiée jeudi au Journal officiel de l'UE.

Au total, quelque 21 entités et individus sont ciblés par ces sanctions, qui prévoient une interdiction d'entrer dans l'UE et le gel de leurs avoirs sur le territoire des Vingt-Sept.


Trump dit qu'il "semble" que le Hamas va se désarmer

Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
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  • Donald Trump affirme que le Hamas « semble » prêt à se désarmer, une étape clé de son plan pour mettre fin à la guerre à Gaza
  • La deuxième phase de la trêve prévoit le désarmement du Hamas, un retrait progressif israélien et le déploiement d’une force internationale

WASHINGTON : Donald Trump a dit jeudi qu'il "semblait" que le mouvement palestinien Hamas allait "se désarmer", ce qui est l'une des étapes cruciales prévues dans son plan de règlement du conflit à Gaza.

"Beaucoup de gens disent qu'ils ne se désarmeront jamais. Il semble qu'ils vont se désarmer", a déclaré le président américain pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Il a également relevé que le Hamas "nous a aidé avec les corps, leur rapatriement et sa famille est très reconnaissante", faisant référence au rapatriement des restes du dernier otage israélien du 7-Octobre, Ran Gvili, à qui Israël a rendu hommage mercredi lors de funérailles nationales.

Pour sa part, l'émissaire spécial Steve Witkoff s'est félicité que "nous ayons chassé les terroristes de là-bas et ils vont se démilitariser".

"Ils le feront parce qu'ils n'ont pas le choix. Ils vont abandonner. Ils vont abandonner les AK-47", a-t-il ajouté.

La veille, le Hamas s'était dit prêt à un "transfert complet de la gouvernance" de la bande de Gaza aussi vite que possible.

Aux termes du plan du président américain pour mettre fin à la guerre de Gaza, un Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG) doit administrer provisoirement le territoire palestinien sous la houlette du "Conseil de paix" présidé par M. Trump lui-même.

La deuxième phase de la trêve entrée en vigueur le 10 octobre dernier prévoit entre autres le désarmement du Hamas, le retrait progressif de l'armée israélienne, qui contrôle encore plus de la moitié du territoire, et le déploiement d'une force internationale de stabilisation.


Ethiopie: combats entre armée fédérale et forces tigréennes, vols supendus vers le Tigré

Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
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  • De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar
  • Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés

ADDIS ABEBA: Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie.

De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar. Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés.

Ces tensions font planer le risque d'une reprise d'un conflit après la sanglante guerre qui a opposé entre novembre 2020 et novembre 2022 l'armée éthiopienne aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Au moins 600.000 personnes étaient mortes, selon l'Union africaine, des estimations que plusieurs experts pensent sous-estimées.

Ces derniers jours, des combats se sont tenus à Tsemlet (ouest du Tigré), une zone revendiquée par des forces de la région voisine de l'Amhara, ont déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, des sources diplomatique et sécuritaire en poste en Ethiopie.

"Raisons opérationnelles" 

A Tsemlet, face aux forces tigréennes, "ce sont les ENDF (armée éthiopienne, NDLR) avec des milices amharas", a déclaré la source diplomatique, sous couvert d'anonymat. Des affrontements se sont tenus "ces derniers jours", mais "aujourd'hui on ne sait pas encore" s'il se poursuivent, a-t-elle ajouté, sans plus de détails.

Les combats ont été confirmés par une source locale au Tigré, qui a également requis l'anonymat.

"La situation semble dégénérer", a corroboré la source sécuritaire, se montrant "dubitative sur la capacité des TDF (l'armée tigréenne, NDLR), à récupérer par la force Tselemt".

Le porte-parole de l'armée fédérale et des membres du TPLF n'ont pour l'heure pas donné suite aux sollicitations de l'AFP.

Les liaisons aériennes vers le Tigré d'Ethiopian Airlines, compagnie publique et seule à desservir cette région, ont été suspendues, ont également affirmé les sources diplomatique et sécuritaire.

Les vols, tout comme les services de télécommunications et bancaires, avaient été complètement suspendus durant la guerre, avant de reprendre à la suite de l'accord de paix conclu à Pretoria fin 2022. Leur suspension est une première depuis l'accord de paix.

Selon deux responsables d'Ethiopian Airlines, qui ont requis l'anonymat, les vols ont été interrompus pour "raisons opérationnelles", sans donner plus de détails.

L'un d'eux a toutefois déclaré "suspecter" que l'arrêt pour l'instant temporaire du trafic soit lié "aux tensions politiques" entre les autorités fédérales et l'administration au Tigré.

"Escalade militaire" 

Selon un journaliste à Mekele, joint au téléphone par l'AFP et qui a lui aussi requis l'anonymat, une "anxiété croissante" se ressent dans cette ville, capitale du Tigré.

Depuis plusieurs mois, la situation est tendue dans le nord de l'Ethiopie. Des forces amhara et érythréennes sont toujours présentes dans la région, en violation de l'accord de paix de Pretoria - auquel elles n'ont pas participé - qui prévoyait leur retrait.

Début 2025, le chef de l'administration intérimaire au Tigré, institution mise en place par Addis Abeba, avait été contraint de fuir Mekele, la capitale régionale, en raison de divisions croissantes au sein du TPLF.

Ce parti qui a dominé l'Ethiopie pendant presque trois décennies avant de se retrouver marginalisé après l'arrivée au pouvoir en 2018 du Premier ministre Abiy Ahmed et d'être aujourd'hui radié, est accusé par les autorités fédérales de s'être rapproché de l'Erythrée voisine.

Les relations entre les deux voisins de la Corne de l'Afrique, qui s'étaient réchauffées durant la guerre du Tigré, lorsque les troupes érythréennes avaient appuyé les forces fédérales éthiopiennes, sont de nouveau acrimonieuses, nourries de discours belliqueux, faisant planer le risque d'un nouveau conflit.

Pour Kjetil Tronvoll, professeur à Oslo New University College et spécialiste de la zone, cette confrontation entre forces fédérales et tigréennes "n'est pas surprenante". "Le risque d'une escalade militaire est grave, et il est possible que des forces non éthiopiennes viennent appuyer les forces tigréennes", a-t-il confié à l'AFP.