Malgré leurs déboires au Bélarus, des migrants irakiens rêvent de repartir

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Publié le Mardi 23 novembre 2021

Malgré leurs déboires au Bélarus, des migrants irakiens rêvent de repartir

  • Au Bélarus, entre les visas et les dépenses quotidiennes, Hussein Khodr a déboursé plus de 10 000 dollars. Sans jamais réussir à rallier l'Europe occidentale
  • A la frontière, la famille a campé une vingtaine de jours dans la forêt humide. «On avait faim, on avait soif, on avait froid», résume Hussein, 36 ans

DOHOUK: Après trois semaines dans les forêts glaciales à la frontière entre le Bélarus et la Pologne, Hussein, son épouse et sa mère sont rentrés en Irak dans leur camp de déplacés Yazidis. Malgré les déconvenues, "le froid" et la "faim", Hussein rêve de repartir.


Installée dans le nord irakien, la famille faisait partie du vol qui a rapatrié plus de 400 personnes jeudi dernier, des Kurdes d'Irak dans leur immense majorité.

 

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Des migrants irakiens arrivent de Minsk à l'aéroport d'Erbil. (AFP). 


Au Bélarus, entre les visas et les dépenses quotidiennes, Hussein Khodr a déboursé plus de 10.000 dollars. Sans jamais réussir à rallier l'Europe occidentale.


A la frontière avec la Pologne, "on essayait de franchir les barbelés. Il y avait des détecteurs qui envoyaient un signal à la police polonaise. Elle débarquait et nous empêchait de passer", raconte le trentenaire, qui s'est réinstallé au camp de Sharya, près de Dohouk, au Kurdistan irakien.


A la frontière, la famille a campé une vingtaine de jours dans la forêt humide. "On avait faim, on avait soif, on avait froid", résume Hussein, 36 ans.


Les sept camarades Yazidis qui voyageaient avec Hussein sont arrivés en Allemagne.


Mais les rhumatismes de sa mère Inaam, 57 ans, l'empêchaient de marcher de longues heures.


"Nous ne sommes pas partis à la recherche du luxe, mais pour échapper à des conditions misérables", plaide la matriarche, foulard mauve lâchement jeté sur ses cheveux noirs.

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Les disparités sociales poussent les irakiens du Kurdistan à chercher une meilleure vie ailleurs. (AFP). 


Assise sur un matelas de mousse dans sa tente spartiate, elle égrène une vie de tragédies, avec en filigrane l'histoire contemporaine de l'Irak et des Yazidis. La minorité adepte d'un monothéisme ésotérique est persécutée depuis des siècles par les extrémistes musulmans qui les considèrent comme "satanistes".

«On repartira»

Veuve à 20 ans, Inaam a dû élever seule son nouveau-né, à la mort de son mari en 1986 durant la guerre Iran-Irak. En 2005 et 2007, son fils a miraculeusement survécu à deux attentats.


Elle raconte aussi sa fuite à l'été 2014 face à l'arrivée à Sinjar des jihadistes du groupe Etat islamique (EI). Et le retour impossible après les combats, la maison détruite...


Pour quitter l'Irak, Hussein s'est endetté. Il a vendu l'or de sa femme et de sa mère. Depuis sept ans, ils vivent dans une tente, écrasée par la chaleur en été, inondée par les pluies torrentielles en hiver.


"On a toujours peur d'un court-circuit qui brûlerait la tente et ses occupants", lâche Hussein.


Ici, il enchaînait les petits boulots, se lançant un temps dans la réparation de portables.


"Nous n'avons plus d'argent, mais dès qu'on en aura, on repartira", persiste-t-il. Je n'abandonne pas l'idée d'émigrer".


Il sait que ça ne se fera pas par le Bélarus. "Nous y sommes interdits de séjour pour les cinq prochaines années", ajoute-t-il doctement.

Disparités sociales

L'Occident accuse le Bélarus de créer artificiellement la crise en délivrant des visas pour se venger des sanctions occidentales. Minsk a démenti cette accusation, reprochant à l'Union européenne de ne pas accueillir les migrants.


Depuis le début de la crise cet été, au moins 11 migrants sont morts, selon les médias polonais. Des milliers d'entre eux, pour la plupart des Kurdes irakiens, sont toujours bloqués dans le secteur.


Et au pied de la citadelle d'Erbil, capitale du Kurdistan autonome, on ne comprend que trop bien leurs motivations.

 

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"Si j'en avais l'opportunité, je partirais aujourd'hui, avant demain", confirme Ramadan Hamad, un cordonnier kurde de 25 ans. (AFP).


"Si j'en avais l'opportunité, je partirais aujourd'hui, avant demain", confirme Ramadan Hamad, un cordonnier kurde de 25 ans.


Sans atelier, c'est assis sur un trottoir qu'il travaille une semelle, illustrant ainsi son propos: "le manque d'avenir et une situation économique devenue très difficile".


"Je sais qu'avec l'émigration clandestine, j'ai 90% de chance de mourir. Mais au moins en arrivant je vivrais dans une société qui respecte l'individu".


La crise migratoire "entache" l'image cultivée par la région autonome qui se veut "l'endroit le plus sécurisé d'Irak", estime Adel Bakawan, directeur du Centre français de recherche sur l'Irak (CFRI).


Selon lui, le flux est alimenté par les difficultés économiques, mais aussi un avenir semé d'incertitudes géopolitiques: désengagement américain, résurgence jihadiste, conflit entre la Turquie voisine et les insurgés du PKK.


Dans un Irak instable, le Kurdistan a toujours promu une façade de prospérité et de stabilité, cherchant à attirer les investisseurs étrangers. Ici on construit à tour de bras, se targuant d'être un peu comme Dubaï: des hôtels cinq étoiles, des projets immobiliers de luxe, des universités et écoles privées.


Mais, "il n'y a qu'une seule classe sociale qui a accès à tout cela", résume M. Bakawan. "Un jeune Kurde ne peut pas partir en vacances, ni acheter une maison, ni aller dans une école privée pour faire ses études en anglais, ni avoir un emploi lui donnant un statut social".


Paris s’inquiète des évolutions au Liban et tente un déblocage

Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
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  • La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants
  • Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention international

PARIS: Soucieuse des évolutions alarmantes de la situation au Liban, Paris a appelé à une réunion urgente du Conseil de sécurité, alors que l’envoyé spécial du président français, Jean-Yves Le Drian, doit se rendre à Beyrouth demain mercredi.

La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants, notamment les centaines de milliers de déplacés disséminés à travers le territoire au gré des ordres d’évacuation israéliens.

Derrière cette initiative, une question centrale se pose : à quoi peut encore servir une réunion d’urgence à l’ONU dans un contexte où les rapports de force semblent verrouillés ?

Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention internationale, alors que les regards sont largement tournés vers l’Iran.

Il est clair, pour la diplomatie française, que la situation a franchi un seuil critique ces derniers jours. D’autant que, déjà fragile, le cessez-le-feu apparaît désormais vidé de sa substance.

Les frappes se poursuivent, les menaces israéliennes s’intensifient, y compris contre Beyrouth, et les conditions minimales d’un dialogue crédible semblent s’effondrer.

Canal de discussion entre le Liban et Israël

On ne peut même plus parler de cessez-le-feu, reconnaît-on en substance du côté français, et cette dégradation inquiète d’autant plus qu’elle intervient au moment où un canal de discussion s’est ouvert entre le Liban et Israël sous médiation américaine.

Un choix jugé courageux par la diplomatie française, mais qui place Beyrouth dans une position extrêmement délicate car, faute de réciprocité sur le terrain, ces négociations risquent de perdre toute crédibilité.

Paris insiste sur ce point : si l’on veut que les autorités libanaises puissent avancer dans ces discussions, encore faut-il leur en laisser la possibilité. Or, l’intensification des opérations militaires israéliennes réduit cet espace politique à néant.

Pire encore, elle pourrait renforcer les acteurs que ces négociations cherchent précisément à contenir, au premier rang desquels figure le Hezbollah.

Dans cette équation, la France tente de défendre une approche pragmatique. Elle continue de rappeler la responsabilité du Hezbollah dans l’engrenage du conflit, tout en soulignant que la stratégie actuelle d’Israël est contre-productive, estimant que, s’il fallait saboter les discussions, on ne s’y prendrait pas autrement.

Dès lors, la priorité affichée est le rétablissement d’un cessez-le-feu « robuste », condition indispensable à toute avancée politique, ainsi que la réactivation et l’amélioration du mécanisme mis en place fin 2024, aujourd’hui largement inopérant.

Paris insiste sur le fait que, sans cadre crédible de vérification et de désescalade, les initiatives diplomatiques risquent de rester lettre morte.

Mais au-delà de l’urgence immédiate, la France travaille sur une stratégie de plus long terme qui repose notamment sur un renforcement de l’État libanais, à commencer par son armée. L’objectif est d’aider le Liban à retrouver progressivement sa souveraineté en limitant l’influence des acteurs armés non étatiques.

Cela passe par un soutien accru — financier, logistique mais aussi politique — aux forces armées libanaises, sans pour autant leur demander une confrontation directe avec le Hezbollah, jugée irréaliste dans le contexte actuel. Il s’agit plutôt de renforcer leur présence sur le terrain, de contrôler les flux logistiques et financiers et de sécuriser des zones clés, notamment la frontière avec la Syrie.

Sur ce dernier point, Paris voit un levier important car, contrairement aux années précédentes, un certain niveau de coopération avec les autorités syriennes semble possible, ouvrant la voie à un meilleur contrôle des flux qui alimentent le Hezbollah.

Autre chantier majeur du point de vue français : l’avenir de la présence internationale au Liban. Le retrait annoncé de la FINUL d’ici à la fin de l’année suscite de vives inquiétudes.

Les leviers de la France demeurent limités

La France estime qu’un tel vide sécuritaire serait dangereux et plaide donc pour une réflexion rapide sur un nouveau dispositif, potentiellement plus adapté aux réalités actuelles.

Cette approche s’inscrit dans une volonté plus large consistant à remobiliser les partenaires internationaux. À ce propos, Paris travaille étroitement avec plusieurs pays de la région, notamment l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar, ainsi qu’avec certains partenaires européens, afin de tenter de recréer une dynamique collective autour du Liban.

Reste toutefois une réalité difficile à contourner : les leviers de la France demeurent limités face au rôle central des États-Unis dans la médiation. La diplomatie française s’efforce néanmoins de peser indirectement en multipliant les échanges avec Washington et en délivrant un message constant : sans cessez-le-feu, aucune avancée durable n’est possible.

Par ailleurs, Paris explore d’autres pistes de pression, notamment au niveau européen. Le débat sur l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël pourrait ainsi évoluer sous l’effet conjugué des situations à Gaza, en Cisjordanie et désormais au Liban.

Enfin, la mission de l’envoyé spécial Jean-Yves Le Drian à Beyrouth revêt une dimension politique essentielle puisque, au-delà du soutien affiché, il s’agira pour lui de dialoguer avec l’ensemble des forces politiques libanaises afin de favoriser un minimum de cohésion interne.

Un enjeu jugé crucial par la diplomatie française dans un pays profondément fragmenté, où les divisions communautaires affaiblissent toute stratégie nationale.


Israël: la procureure générale alerte sur un «démantèlement» des institutions démocratiques

Mme Baharav-Miara, qui est également conseillère juridique du gouvernement, a pointé du doigt deux projets de loi. (AFP)
Mme Baharav-Miara, qui est également conseillère juridique du gouvernement, a pointé du doigt deux projets de loi. (AFP)
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  • "A l'approche de la fin du mandat de la Knesset actuelle, une course a commencé pour démanteler les institutions démocratiques", s'est-elle alarmée lors d'une conférence de l'Association du barreau israélien à Eilat (sud)
  • Elle a également déploré le fait que le gouvernement "appelle à ne pas respecter des décisions de justice" de la Cour suprême

JERUSALEM: La procureure générale d'Israël a mis en garde lundi contre un recul démocratique en Israël, où le Parlement examine un projet de dissolution qui pourrait mener à des élections anticipées.

Depuis que le gouvernement de Benjamin Netanyahu a été mis sur pied fin 2022, Gali Baharav-Miara conteste la légalité de certaines de ses décisions, et fait en conséquence l'objet d'une procédure de destitution intentée par l'exécutif.

"A l'approche de la fin du mandat de la Knesset actuelle, une course a commencé pour démanteler les institutions démocratiques", s'est-elle alarmée lors d'une conférence de l'Association du barreau israélien à Eilat (sud).

Mme Baharav-Miara, qui est également conseillère juridique du gouvernement, a pointé du doigt deux projets de loi.

Le premier vise à réduire les pouvoirs de la procureure générale, en créant un poste similaire mais qui serait nommé exclusivement par le ministre de la Justice.

Le second accorderait davantage de pouvoirs au ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir (extrême droite).

Si ces deux textes sont adoptés, "le système d'application de la loi dans l'Etat d'Israël changera complètement de nature", a-t-elle prévenu, d'après un communiqué de son bureau.

Elle a également déploré le fait que le gouvernement "appelle à ne pas respecter des décisions de justice" de la Cour suprême.

La procureure générale faisait référence notamment à l'inaction du gouvernement après une décision de la Cour suprême de 2024, obligeant l'Etat à imposer des sanctions aux juifs ultra-orthodoxes qui s'opposent à la conscription.

"Le chef d'état-major réclame des soldats et il n'est plus possible de l'ignorer", a déclaré la procureure générale. "L'Etat ne peut pas ignorer la loi qui impose la conscription pour tous, ni le tort causé au principe d'égalité".

Israël mène depuis mars de vastes opérations militaires au Liban contre le Hezbollah pro-iranien, et depuis plus de deux ans dans la bande de Gaza, où il combat le Hamas palestinien.


«Pas de calme à Beyrouth» tant que durent les attaques du Hezbollah, avertit Israël

L'armée israélienne a reçu l'ordre de frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement Hezbollah. (AFP)
L'armée israélienne a reçu l'ordre de frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement Hezbollah. (AFP)
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  • "La banlieue sud de Beyrouth n'est pas différente des localités du nord d'Israël: s'il n'y a pas de calme dans le nord, il n'y aura pas de calme à Beyrouth", a assuré M. Katz dans une vidéo diffusée par son bureau
  • "Nous ne permettrons pas une situation dans laquelle nos localités et nos citoyens sont attaqués tandis que le calme est maintenu à Beyrouth", a-t-il ajouté

JERUSALEM: Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a affirmé lundi qu'il n'y aurait "pas de calme" à Beyrouth sans l'arrêt des attaques du Hezbollah pro-iranien, disant en outre vouloir établir une zone sous contrôle militaire dans une vaste partie du sud du Liban.

"La banlieue sud de Beyrouth n'est pas différente des localités du nord d'Israël: s'il n'y a pas de calme dans le nord, il n'y aura pas de calme à Beyrouth", a assuré M. Katz dans une vidéo diffusée par son bureau.

"Nous ne permettrons pas une situation dans laquelle nos localités et nos citoyens sont attaqués tandis que le calme est maintenu à Beyrouth", a-t-il ajouté.

Ces propos surviennent après que l'armée israélienne a reçu l'ordre de frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement Hezbollah.

L'armée a aussi intensifié ses opérations terrestres dans le sud.

M. Katz a indiqué qu'elle opérait "afin d'éloigner les menaces (...) et de faire de la zone du fleuve Litani une zone placée sous contrôle sécuritaire de Tsahal (l'armée, NDLR), débarrassée des armes et des terroristes".

Le fleuve Litani est situé à une trentaine de km de la frontière avec Israël.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait annoncé vendredi que l'armée l'avait traversé, après avoir déclaré qu'une grande partie du sud du Liban était désormais considérée une "zone de combat", en dépit d'un cessez-le-feu en vigueur le 17 avril.