France et Italie signent un traité après un long hiver diplomatique

Emmanuel Macron est attendu jeudi à Rome pour parapher un «traité de coopération renforcée franco-italien» avec le chef du gouvernement Mario Draghi. (Photo, AFP)
Emmanuel Macron est attendu jeudi à Rome pour parapher un «traité de coopération renforcée franco-italien» avec le chef du gouvernement Mario Draghi. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Mardi 23 novembre 2021

France et Italie signent un traité après un long hiver diplomatique

  • Paris et Rome souhaitaient conclure avant le départ en janvier du président italien Sergio Mattarella, qui arrive au bout de son septennat, et avant la déclaration de candidature du chef de l'Etat français à sa réélection
  • Baptisé du nom du palais de la Présidence de la République italienne à Rome, ancienne résidence des papes et des rois d'Italie, ce «traité du Quirinal» avait été annoncé en 2017

ROME : Près de 60 ans après la signature historique du traité franco-allemand, la France s'apprête à sceller un pacte d'amitié et de coopération avec l'Italie, autre pays fondateur de l'Europe, à la faveur du réchauffement intervenu après un long hiver diplomatique.

Emmanuel Macron est attendu jeudi à Rome pour parapher ce "traité de coopération renforcée franco-italien" avec le chef du gouvernement Mario Draghi.

Paris et Rome souhaitaient conclure avant le départ en janvier du président italien Sergio Mattarella, qui arrive au bout de son septennat, et avant la déclaration de candidature du chef de l'Etat français à sa réélection.

Selon l'Elysée, ce traité "favorisera la convergence des positions françaises et italiennes, ainsi que la coordination des deux pays en matière de politique européenne et étrangère, de sécurité et de défense, de politique migratoire, d’économie, d'enseignement, de recherche, de culture et de coopération transfrontalière".

Par ailleurs, le geste aura "une valeur symbolique importante" dans un contexte instable en Europe, après le Brexit et la transition politique en Allemagne, note une source gouvernementale italienne.

"Il y a une véritable entente entre Mario Draghi et Emmanuel Macron. Il faut profiter de cette fenêtre d'opportunité pour structurer la relation", analyse pour l’AFP Sandro Gozi, un des promoteurs de ce traité, secrétaire d'Etat italien aux Affaires européennes entre 2014 et 2018. 

Baptisé du nom du palais de la Présidence de la République italienne à Rome, ancienne résidence des papes et des rois d'Italie, ce "traité du Quirinal" avait été annoncé en 2017 pour donner "un cadre plus stable et ambitieux" à la coopération franco-italienne.

Sa signature intervient sur fond de turbulences en Europe, avec le Brexit consommé, la passation de pouvoir entre Angela Merkel et Olaf Scholtz et les tensions entre Bruxelles et certaines capitales d'Europe de l'Est sur le respect des valeurs fondamentales de l’UE.

Dissiper les malentendus

Concrètement, le traité, dont on ne connaît pas encore le contenu précis, instaure ou intensifie entre les deux puissances latines et méditerranéennes des coopérations renforcées dans des domaines aussi divers que la recherche, la production, l'enseignement des langues, la défense et le numérique. Il prévoit surtout de se parler pour éviter les malentendus.

"Il faut qu'Italiens et Français fassent l'effort de mieux se connaître et se comprendre. On reste souvent à des images superficielles, pas des préjugés mais des perceptions parfois positives et parfois négatives. On a besoin d'un mécanisme de dialogue régulier", analyse Sandro Gozi.

Car en Italie, 3ème économie de la zone euro derrière l'Allemagne et la France, certains craignent ce voisin parfois perçu comme trop gourmand dans les projets de fusion ou de rapprochement industriels.

La fusion du groupe PSA et de Fiat Chrysler – devenus Stellantis – est un modèle de réussite, mais l'échec de la prise de contrôle des chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire par le groupe italien Fincantieri fait dire aux Italiens que si les Français ont de l'appétit pour les entreprises italiennes, ils ont parfois du mal à accepter la réciprocité.

Le traité "est une auto-annexion à la France, industrielle et stratégique", dénonce ainsi l'économiste Carlo Pelanda dans les colonnes du magazine Starmag.

D'autres sujets avaient crispé les relations transalpines ces dernières années, notamment après la formation en 2018 d'un gouvernement populiste conduit par le Mouvement 5 étoiles avec la Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini.

La crise avait culminé début 2019 quand le vice-président du Conseil italien, Luigi Di Maio, avait rencontré en France un meneur des "gilets jaunes". Peu avant, Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur, avait appelé à la démission du président français.

Pour protester, Paris avait rappelé temporairement son ambassadeur en Italie, Christian Masset, la plus grave crise diplomatique entre les deux voisins depuis 1945.

L'Italie était également irritée de devoir gérer seule le débarquement de migrants venus des côtes africaines, et reprochait à Paris de protéger les anciens "Brigadistes rouges" réfugiés en France. Sur ce dernier point, M. Macron a mis fin à la doctrine Mitterrand en ordonnant leur arrestation en avril dernier.

Désormais "nous sommes en pleine lune de miel entre Paris et Rome", analyse l'historien Marc Lazar, professeur à Sciences Po. "Il y a beaucoup de points de convergence à un moment où l’Allemagne est entre deux eaux", relève-t-il.


L'ancien ministre François Baroin nommé président de Barclays France

Le maire de Troyes et président de l'Organisation des maires de France François Baroin s'exprime sur scène lors du 103e Congrès des maires et présidents d'intercommunalité de France à Paris, le 16 novembre 2021. (Photo, AFP)
Le maire de Troyes et président de l'Organisation des maires de France François Baroin s'exprime sur scène lors du 103e Congrès des maires et présidents d'intercommunalité de France à Paris, le 16 novembre 2021. (Photo, AFP)
Short Url
  • La banque britannique Barclays a annoncé jeudi la nomination de l'ancien ministre de l'Economie et figure de la droite François Baroin en tant que président de sa filiale française
  • Le maire de Troyes (Aube), 56 ans, exerçait depuis 2018 un rôle de conseiller au sein de la banque sur les métiers de banque d'affaires

WASHINGTON : La banque britannique Barclays a annoncé jeudi la nomination de l'ancien ministre de l'Economie et figure de la droite François Baroin en tant que président de sa filiale française.

"L'expérience et la stature de François Baroin font de lui un choix idéal pour devenir Chairman (président, ndlr) pour la France", explique Francesco Ceccato, PDG de Barclays Europe, cité dans un communiqué.

"En élargissant son rôle, il sera en mesure de contribuer encore plus fortement à l'expansion de nos activités en France", reprend-il.

M. Baroin aura notamment pour mission de participer au développement des relations avec les grands clients de la banque et à la promotion de toutes les activités et solutions proposées par Barclays en France, est-il précisé.

Le maire de Troyes (Aube), 56 ans, exerçait depuis 2018 un rôle de conseiller au sein de la banque sur les métiers de banque d'affaires.

Ancien parlementaire, François Baroin a été plusieurs fois ministre de gouvernements de droite entre 2005 et 2012, notamment de l'Intérieur, du Budget et de l'Economie et des finances. Il dirigeait jusqu'en 2021 la puissante Association des maires de France (AMF).

La banque britannique emploie environ 300 personnes en France, avec une activité de banque d'affaires mais aussi d'investissement, de financement et de banque privée.

Barclays a par le passé exercé le métier de banque de détail en France, avant d'annoncer son retrait en 2014. Un plan social et la cession des agences en 2017 au fonds d'investissements AnaCap Financial Partners avait entraîné la création de Milleis Banque, lancée en 2018.

D'autres anciens ministres ont fait le choix du privé: l'ancienne collègue de M. Baroin Nathalie Kosciusko-Morizet est passée par Capgemini tandis que l'ancien Premier ministre François Fillon avait rejoint la société de gestion d'actifs et d'investissement Tikehau Capital.

Fleur Pellerin, ancienne ministre de la Culture de François Hollande, a de son côté fondé en 2016 un fonds d'investissement, Korelya Capital.


Braquages chez Chanel et Chopard: 8 à 20 ans de prison requis contre une «équipe chevronnée»

Photo prise le 30 mai 2009 à Paris, montrant l'une des vitrines du magasin d'élite Chopard de la place Vendôme, où quelque six millions d'euros de bijoux ont été volés. (Photo, AFP)
Photo prise le 30 mai 2009 à Paris, montrant l'une des vitrines du magasin d'élite Chopard de la place Vendôme, où quelque six millions d'euros de bijoux ont été volés. (Photo, AFP)
Short Url
  • Aux "piteux mensonges" des accusés, l'avocat général a opposé une "enquête extrêmement fouillée"
  • Deux d'entre eux, qui ne se sont pas présentés à l'audience, sont jugés par défaut

PARIS: Des peines de huit à vingt ans de réclusion ont été réclamées mercredi à Paris contre sept hommes accusés de braquages en 2015 chez le joailler Chopard et en 2016 chez Chanel, des réquisitions "particulièrement excessives" selon la défense.

La justice doit faire preuve de "fermeté" face à cette équipe au "caractère chevronné", a estimé l'avocat général Philippe Courroye devant la cour d'assises de Paris.

Sept hommes y sont jugés depuis le 4 janvier, soupçonnés d'être impliqués, à des degrés divers, dans le braquage d'une boutique Chopard à Paris en décembre 2015 et celui d'une bijouterie Chanel de la capitale en mai 2016, pour un préjudice de plus de 3 millions d'euros.

Ils répondent également du vol d'une mallette contenant 20 000 euros dans un véhicule de transport de fonds, du vol de cinq Range Rover et de la constitution d'une cache d'armes où des explosifs et deux kalachnikov avaient été retrouvés.

Deux d'entre eux, qui ne se sont pas présentés à l'audience, sont jugés par défaut. Trois autres mis en examen, qui ont contracté le Covid-19 au début du procès, seront jugés ultérieurement.

Aux "piteux mensonges" des accusés, l'avocat général a opposé une "enquête extrêmement fouillée" qui, à partir d'un heureux hasard (une plaque d'immatriculation filmée par la vidéosurveillance du ministère de l'Intérieur lors du braquage chez Chopard), a su "remonter le fil d'Ariane" pour "confondre les accusés".

«Réquisition extravagante»

Dans son réquisitoire, il a relevé le casier judiciaire très chargé de la plupart des accusés, qui selon lui "ont fait le choix délibéré de la délinquance et de la criminalité pour avoir de l'argent facile".

La peine la plus lourde, 20 ans de réclusion, a été requise contre Philippe Enriquez, le "chef d'orchestre" de la bande.

Détenu depuis juillet 2016, il a notamment été filmé passant devant la boutique Chopard juste avant le vol, a été reconnu par une témoin comme le conducteur de la voiture qui attendait les braqueurs devant chez Chanel et son ADN a été retrouvé dans un box utilisé par les malfaiteurs, ainsi que sur des mèches dans la cache d'armes.

Dix-sept ans de prison ont été réclamés contre deux "lieutenants" de l'équipe, pour "association de malfaiteurs" et "vol en bande organisée avec arme". Chez l'un, Frédéric Cruz, les enquêteurs ont saisi plusieurs outils qui se trouvaient dans un utilitaire volé, ayant servi au braquage Chanel.

L'autre, Joseph Toffa, aurait conduit la moto utilisée lors du même braquage (les clés du véhicule et ceux du box ont été retrouvés chez lui). Considéré comme "en fuite", il refuserait en fait de sortir de chez lui en raison d'un délire de persécution, a indiqué son avocat, qui estime que "sa place, c'est à l'hôpital".

L'accusation a ensuite demandé 14 à 15 ans contre "le plus diplômé de la bande", accusé d'avoir participé à la préparation des braquages et d'avoir servi d'intermédiaire pour écouler les bijoux Chanel, qui n'ont jamais été retrouvés.

Dix ans ont été requis contre le frère cadet de Frédéric Cruz, également absent. Mis en garde à vue quelques jours avant le braquage chez Chopard dans une affaire de vols de véhicules, il n'a pas pu y participer.

Cependant, les policiers ont saisi chez lui un téléphone faisant partie d'une "flotte" de sept appareils prépayés n'ayant servi que trois jours avant les faits et le jour même du vol à main armée.

Si c'est un "voleur à la petite semaine", qui a reconnu les vols de Range Rover, il n'a "pas l'étoffe d'un braqueur", a plaidé son avocat, demandant son acquittement sur les faits d'"association de malfaiteurs".

La même peine de dix ans a été demandée contre celui décrit par les enquêteurs comme l'"armurier" (un pistolet automatique a été trouvé à son domicile, et son ADN sur un sac dans la cache d'armes), également poursuivi pour le recel de la mallette de la Brink's.

Selon ses avocats, une durée "disproportionnée" qui réduirait "quasiment à néant ses chances de réinsertion" et "ne correspond pas à son implication dans le dossier", ceux-ci estimant que l'accusation de recel ne repose que sur des "raccourcis et des insinuations".

Enfin huit ans de détention ont été réclamés à l'encontre d'un garagiste, ami de Philippe Enriquez, accusé d'avoir fourni une plaque d'immatriculation utilisée pour le braquage Chopard.

Là encore, son avocat a jugé cette demande "absolument extravagante", affirmant qu'il ne connaissait pas les projets criminels de la bande

Le verdict est attendu en fin de semaine.


Pass vaccinal: le Sénat met sur les rails une commission d'enquête

Le ministre français de la Santé, Olivier Véran prononce un discours au Sénat, le 11 janvier 2022. (Photo, AFP)
Le ministre français de la Santé, Olivier Véran prononce un discours au Sénat, le 11 janvier 2022. (Photo, AFP)
Short Url
  • La commission des Affaires sociales du Sénat a demandé de se voir conférer les pouvoirs d'une commission d'enquête
  • Actée mercredi en conférence des présidents, cette demande sera soumise jeudi au vote des sénateurs dans l'hémicycle

PARIS : Le Sénat dominé par l'opposition de droite a mis sur les rails mercredi une commission d'enquête pour suivre "l'adéquation" du pass vaccinal, qui doit entrer en vigueur dans les prochains jours, avec l'évolution de l'épidémie de Covid-19.

La commission des Affaires sociales du Sénat a demandé de se voir conférer les pouvoirs d'une commission d'enquête, importants, pour six mois.

Actée mercredi en conférence des présidents, cette demande sera soumise jeudi au vote des sénateurs dans l'hémicycle. 

"Nous allons contrôler l'adéquation du pass vaccinal avec la situation pandémique", a indiqué mercredi matin le président du Sénat Gérard Larcher (LR).

Le Sénat avait prévu la semaine dernière, lors de l'examen en première lecture du projet de loi transformant le pass sanitaire en pass vaccinal, un mécanisme d'extinction, fonction du nombre de patients hospitalisés en lien avec la Covid-19. Cette disposition n'a pas été retenue par les députés.

Le projet de loi controversé instaurant le pass vaccinal à partir de 16 ans, que le gouvernement veut voir entrer en vigueur au plus vite, a été définitivement adopté dimanche par un dernier vote de l'Assemblée nationale.

Le Conseil constitutionnel, saisi par des députés et sénateurs de l'opposition, doit rendre vendredi sa décision sur ce texte.