Apple, remontée contre le logiciel espion Pegasus, poursuit la firme israélienne NSO

L'étau se resserre aux Etats-Unis autour de NSO Group, le fabricant israélien d'un logiciel d'espionnage ultra controversé. (Photo, AFP)
L'étau se resserre aux Etats-Unis autour de NSO Group, le fabricant israélien d'un logiciel d'espionnage ultra controversé. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 24 novembre 2021

Apple, remontée contre le logiciel espion Pegasus, poursuit la firme israélienne NSO

  • La marque à la pomme est excédée que ses iPhones aient été piratés, alors qu’elle a bâti son succès sur son excellente réputation en matière de sécurité et de respect de la vie privée
  • «Ce sont des mercenaires amoraux du 21è siècle qui ont créé des machines de cyber-surveillance ultra sophistiquées, incitant à des abus flagrants et routiniers»

SAN FRANCISCO : L'étau se resserre aux Etats-Unis autour de NSO Group, le fabricant israélien d'un logiciel d'espionnage ultra controversé, avec les poursuites intentées mardi par Apple, excédé que ses iPhones aient été piratés.

La société NSO est constituée de "pirates notoires", assènent les avocats du groupe californien dans la plainte, qui tient la firme pour responsable des "activités malveillantes" de certains de ses clients, dont des gouvernements.

 "Ce sont des mercenaires amoraux du 21è siècle qui ont créé des machines de cyber-surveillance ultra sophistiquées, incitant à des abus flagrants et routiniers", continuent-ils.

La marque à la pomme, qui a dû réparer une faille exploitée par le logiciel Pegasus, demande au tribunal d'interdire définitivement les programmes de NSO sur ses appareils et services.

Un collectif de médias internationaux a révélé cet été que Pegasus avait permis d'espionner les numéros de journalistes, hommes politiques, militants ou chefs d'entreprises de différents pays, y compris le président français Emmanuel Macron.

"Des milliers de vies ont été sauvées dans le monde grâce aux technologies de NSO Group", a réagi un porte-parole de la firme, contactée par l'AFP.

"Les pédophiles et les terroristes peuvent s'épanouir librement à l'abri des équipements technologiques à leur disposition, et nous fournissons des outils légaux aux gouvernements pour les combattre. NSO Group va continuer à se battre pour la vérité", a-t-il ajouté.

En septembre, Apple a réparé en urgence une vulnérabilité informatique que Pegasus était capable d'exploiter pour infecter les iPhone, sans même que les utilisateurs n'aient à cliquer sur des liens ou boutons piégés, selon un procédé baptisé "zero-click".

Or le groupe californien a notamment bâti son succès sur son excellente réputation en matière de sécurité et de respect de la vie privée.

"Sur le marché de l'électronique grand public, les appareils d'Apple sont les plus sûrs, mais les entreprises qui développent des logiciels espions pour le compte d'Etats sont devenus encore plus dangereux", a déclaré Craig Federighi, le vice-président d'Apple chargé des logiciels, cité dans un communiqué.

"Même si ces menaces pour la cybersécurité n'affectent qu'un petit nombre de nos clients, nous prenons au sérieux toutes les attaques contre nos utilisateurs", a-t-il continué.

Cette plainte intervient au moment où d'autres entreprises américaines et les autorités ont pris des mesures contre l'éditeur israélien.

Début novembre, Washington a ajouté NSO Group à sa liste des entreprises interdites.

"Les Etats-Unis sont déterminés à utiliser de manière incisive le contrôle des exportations pour responsabiliser les entreprises qui développent, commercialisent ou utilisent des technologies à des fins malveillantes, qui menacent la cybersécurité des membres de la société civile ou du gouvernement, des dissidents, et d'organisations basées ici et à l'étranger", a déclaré la secrétaire américaine au Commerce Gina Raimondo.

Le groupe israélien s'était dit "consterné" par cette décision, assurant que NSO dispose d'une charte éthique "rigoureuse, basée sur les valeurs américaines".

En 2019, Whatsapp avait admis avoir été infectée par Pegasus, et sa maison mère Facebook avait intenté un procès à NSO Group, l'accusant d'utiliser sa messagerie pour espionner des journalistes et défenseurs des droits humains. Environ 1.400 smartphones avaient été compromis, d'après la plainte.

Début novembre, une cour d'appel américaine a rejeté la demande d'immunité de NSO.

"Il est probable qu'Apple préparait ce dossier depuis un certain temps, mais attendait que l'affaire avec WhatsApp progresse", a commenté Jake Williams, le directeur technologique de l'entreprise de cybersécurité BreachQuest.

"Ce n'est pas une bonne nouvelle pour NSO, qui serait en danger de faire faillite avec plus de 500 millions de dollars de dette, des problèmes de gouvernance et la France qui se rétracte sur ses commandes à cause des sanctions américaines", a-t-il ajouté.

Selon les chercheurs de Citizen Lab, l'organisation de cybersécurité de l'université de Toronto, Pegasus exploitait une faille dans iMessage, la messagerie d'Apple, depuis au moins février 2021. Ils avaient découvert que l'iPhone d'un militant saoudien avait été infecté.

"Les groupes financés par des Etats comme NSO Group dépensent des millions de dollars pour concevoir des technologies sophistiquées de surveillance, sans avoir à répondre des conséquences. Cela doit changer", a souligné Craig Federighi.

Début novembre, une nouvelle enquête a révélé que Pegasus a servi à pirater les téléphones de membres d'ONG palestiniennes récemment placés sur la liste des "groupes terroristes" d'Israël. L'investigation menée par le groupe européen Frontline Defenders a conclu, après contre-vérification avec le Citizen Lab et Amnesty International, que six portables avaient été infectés par le logiciel.


Iran : l'UE désigne les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste

Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
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  • Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont classé les Gardiens de la Révolution iraniens comme organisation terroriste suite à la répression sanglante des manifestations en Iran
  • L’UE a également sanctionné 21 responsables iraniens, avec interdiction d’entrée sur le territoire et gel de leurs avoirs

BRUXELLES: Les ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'Union européenne sont tombés d'accord jeudi pour désigner les Gardiens de la révolution comme une "organisation terroriste", après la répression sanglante des manifestations en Iran, a annoncé la cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas.

"+Terroriste+, c'est bien ainsi que l'on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang", a aussitôt réagi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte", a assuré de son côté Mme Kallas, en marge d'une réunion ministérielle à Bruxelles.

Ces derniers ont donné leur feu vert à l'inscription des Gardiens iraniens dans la liste de l'UE recensant les organisations terroristes. Les Européens rejoignent ainsi d'autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie.

La France avait annoncé dès mercredi être prête à soutenir cette décision, en réponse à la répression "la plus violente" de l'histoire récente iranienne.

Les Européens ont aussi décidé jeudi de sanctionner plusieurs responsables iraniens, dont le ministre de l'Intérieur, le chef de la police et plusieurs dirigeants des Gardiens de la révolution. La liste de ces responsables iraniens a été publiée jeudi au Journal officiel de l'UE.

Au total, quelque 21 entités et individus sont ciblés par ces sanctions, qui prévoient une interdiction d'entrer dans l'UE et le gel de leurs avoirs sur le territoire des Vingt-Sept.


Trump dit qu'il "semble" que le Hamas va se désarmer

Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
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  • Donald Trump affirme que le Hamas « semble » prêt à se désarmer, une étape clé de son plan pour mettre fin à la guerre à Gaza
  • La deuxième phase de la trêve prévoit le désarmement du Hamas, un retrait progressif israélien et le déploiement d’une force internationale

WASHINGTON : Donald Trump a dit jeudi qu'il "semblait" que le mouvement palestinien Hamas allait "se désarmer", ce qui est l'une des étapes cruciales prévues dans son plan de règlement du conflit à Gaza.

"Beaucoup de gens disent qu'ils ne se désarmeront jamais. Il semble qu'ils vont se désarmer", a déclaré le président américain pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Il a également relevé que le Hamas "nous a aidé avec les corps, leur rapatriement et sa famille est très reconnaissante", faisant référence au rapatriement des restes du dernier otage israélien du 7-Octobre, Ran Gvili, à qui Israël a rendu hommage mercredi lors de funérailles nationales.

Pour sa part, l'émissaire spécial Steve Witkoff s'est félicité que "nous ayons chassé les terroristes de là-bas et ils vont se démilitariser".

"Ils le feront parce qu'ils n'ont pas le choix. Ils vont abandonner. Ils vont abandonner les AK-47", a-t-il ajouté.

La veille, le Hamas s'était dit prêt à un "transfert complet de la gouvernance" de la bande de Gaza aussi vite que possible.

Aux termes du plan du président américain pour mettre fin à la guerre de Gaza, un Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG) doit administrer provisoirement le territoire palestinien sous la houlette du "Conseil de paix" présidé par M. Trump lui-même.

La deuxième phase de la trêve entrée en vigueur le 10 octobre dernier prévoit entre autres le désarmement du Hamas, le retrait progressif de l'armée israélienne, qui contrôle encore plus de la moitié du territoire, et le déploiement d'une force internationale de stabilisation.


Ethiopie: combats entre armée fédérale et forces tigréennes, vols supendus vers le Tigré

Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
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  • De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar
  • Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés

ADDIS ABEBA: Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie.

De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar. Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés.

Ces tensions font planer le risque d'une reprise d'un conflit après la sanglante guerre qui a opposé entre novembre 2020 et novembre 2022 l'armée éthiopienne aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Au moins 600.000 personnes étaient mortes, selon l'Union africaine, des estimations que plusieurs experts pensent sous-estimées.

Ces derniers jours, des combats se sont tenus à Tsemlet (ouest du Tigré), une zone revendiquée par des forces de la région voisine de l'Amhara, ont déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, des sources diplomatique et sécuritaire en poste en Ethiopie.

"Raisons opérationnelles" 

A Tsemlet, face aux forces tigréennes, "ce sont les ENDF (armée éthiopienne, NDLR) avec des milices amharas", a déclaré la source diplomatique, sous couvert d'anonymat. Des affrontements se sont tenus "ces derniers jours", mais "aujourd'hui on ne sait pas encore" s'il se poursuivent, a-t-elle ajouté, sans plus de détails.

Les combats ont été confirmés par une source locale au Tigré, qui a également requis l'anonymat.

"La situation semble dégénérer", a corroboré la source sécuritaire, se montrant "dubitative sur la capacité des TDF (l'armée tigréenne, NDLR), à récupérer par la force Tselemt".

Le porte-parole de l'armée fédérale et des membres du TPLF n'ont pour l'heure pas donné suite aux sollicitations de l'AFP.

Les liaisons aériennes vers le Tigré d'Ethiopian Airlines, compagnie publique et seule à desservir cette région, ont été suspendues, ont également affirmé les sources diplomatique et sécuritaire.

Les vols, tout comme les services de télécommunications et bancaires, avaient été complètement suspendus durant la guerre, avant de reprendre à la suite de l'accord de paix conclu à Pretoria fin 2022. Leur suspension est une première depuis l'accord de paix.

Selon deux responsables d'Ethiopian Airlines, qui ont requis l'anonymat, les vols ont été interrompus pour "raisons opérationnelles", sans donner plus de détails.

L'un d'eux a toutefois déclaré "suspecter" que l'arrêt pour l'instant temporaire du trafic soit lié "aux tensions politiques" entre les autorités fédérales et l'administration au Tigré.

"Escalade militaire" 

Selon un journaliste à Mekele, joint au téléphone par l'AFP et qui a lui aussi requis l'anonymat, une "anxiété croissante" se ressent dans cette ville, capitale du Tigré.

Depuis plusieurs mois, la situation est tendue dans le nord de l'Ethiopie. Des forces amhara et érythréennes sont toujours présentes dans la région, en violation de l'accord de paix de Pretoria - auquel elles n'ont pas participé - qui prévoyait leur retrait.

Début 2025, le chef de l'administration intérimaire au Tigré, institution mise en place par Addis Abeba, avait été contraint de fuir Mekele, la capitale régionale, en raison de divisions croissantes au sein du TPLF.

Ce parti qui a dominé l'Ethiopie pendant presque trois décennies avant de se retrouver marginalisé après l'arrivée au pouvoir en 2018 du Premier ministre Abiy Ahmed et d'être aujourd'hui radié, est accusé par les autorités fédérales de s'être rapproché de l'Erythrée voisine.

Les relations entre les deux voisins de la Corne de l'Afrique, qui s'étaient réchauffées durant la guerre du Tigré, lorsque les troupes érythréennes avaient appuyé les forces fédérales éthiopiennes, sont de nouveau acrimonieuses, nourries de discours belliqueux, faisant planer le risque d'un nouveau conflit.

Pour Kjetil Tronvoll, professeur à Oslo New University College et spécialiste de la zone, cette confrontation entre forces fédérales et tigréennes "n'est pas surprenante". "Le risque d'une escalade militaire est grave, et il est possible que des forces non éthiopiennes viennent appuyer les forces tigréennes", a-t-il confié à l'AFP.