En Guadeloupe, la désinformation en ligne alimente la défiance vaccinale

Très récemment, une avocate installée en Guadeloupe a affirmé sur internet que le CHU de Pointe-à-Pitre avait reçu l'ordre de cacher le fait que des patients hospitalisés pour un Covid étaient vaccinés, et de les répertorier systématiquement comme non-vaccinés. (Photo/AFP)
Très récemment, une avocate installée en Guadeloupe a affirmé sur internet que le CHU de Pointe-à-Pitre avait reçu l'ordre de cacher le fait que des patients hospitalisés pour un Covid étaient vaccinés, et de les répertorier systématiquement comme non-vaccinés. (Photo/AFP)
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Publié le Jeudi 25 novembre 2021

En Guadeloupe, la désinformation en ligne alimente la défiance vaccinale

  • Depuis le début de l'épidémie, les « fake news » sont loin d'avoir seulement essaimé en Guadeloupe mais la défiance envers la politique sanitaire y est très répandue pour un ensemble complexe de facteurs
  • Le décès de Jacob Desvarieux, le guitariste star de Kassav mort fin juillet des suites du Covid, a lui aussi alimenté une vague de suspicion au motif qu'il était totalement vacciné contre la maladie

PARIS : Quelles sont les “manipulations” qui, selon Emmanuel Macron, contribueraient à embraser la crise en Guadeloupe ? Le chef de l’Etat n'en a pas dit beaucoup plus mais une chose est sûre: la désinformation en ligne nourrit la défiance vaccinale sur l'île.

Très récemment, une avocate installée en Guadeloupe a affirmé sur internet que le CHU de Pointe-à-Pitre avait reçu l'ordre de cacher le fait que des patients hospitalisés pour un Covid étaient vaccinés, et de les répertorier systématiquement comme non-vaccinés.

Elle a beau préciser qu'elle tenait cette "information" de pompiers croisés dans des réunions du réseau "covido-sceptique" ReinfoCovid et qu'elle n'avait procédé à aucune vérification, cette affirmation a été massivement relayée sur Facebook et Twitter sous un titre laissant peu place au doute: "Selon les pompiers, le CHU de Guadeloupe a ordre de cacher les vaccinés hospitalisés”. Contactée par l'AFP, l'Agence régionale de santé (ARS) dément l'existence d'une telle consigne.

Sur la chaîne de télé locale Canal 10, qui ouvre ses plateaux à tous et sans filtre, un parent d'élève a, lui, affirmé que des "enfants" étaient morts du fait de la vaccination. La vidéo s'est propagée sur Facebook avant que n'apparaissent sur Twitter plusieurs publications affirmant, sans citer de source, que "cinq enfants" étaient décédés sur l'île du syndrome de Guillain Barré. Là encore, l'ARS dément.

 

Manifestation en musique sur le rond-point Perrin

La "liberté" en porte-étendard, quelque 300 manifestants guadeloupéens sont venus faire entendre leur voix mercredi au son de la musique de leur île, secouée par une crise aux racines multiples.

Soignants, personnel médical, pompiers, employés de l'Education nationale mais aussi simples citoyens ont répondu à l'appel du collectif LKP (Lyannaj Kont Pwofitasyion) pour contester le vaccin anti-Covid obligatoire pour les soignants et les pompiers, mais aussi faire valoir des revendications sociales, liées au coût de la vie et à la hausse du prix des carburants.

"Je ne suis pas +antivax+ mais contre cette obligation. C'est un viol car on force mon consentement", estime Colette, qui préfère garder l'anonymat.

Technicienne administrative dans un centre dépendant du CHU, elle dit avoir reçu une mise en demeure après avoir refusé de se vacciner contre le Covid-19, principalement par "manque de recul".

"Il faut laisser le libre choix à tout un chacun", estime-t-elle. "Je ne joue pas au loto avec mon corps car je sais que je ne vais pas gagner".

Bloqué depuis une semaine, ses accès cernés par quelques carcasses de voitures calcinées et des barricades, amas de tôle, pneus et débris en tous genres, le "rond-point Perrin", axe de passage important de la commune des Abymes, a repris des couleurs.

En contre-bas du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS), dont une partie du personnel est en grève et sur lequel flotte le drapeau indépendantiste (non officiel) de la Guadeloupe, des barnums ont été installés.

Elie Domota, porte-parole du LKP, est également venu sur le rond-point.

« Mas » et encens

Les manifestants, dont certains sont venus avec leurs enfants, dénoncent également les coupures d'eau fréquentes, problème chronique depuis des années, la cherté de la vie et la difficulté pour les jeunes à trouver un emploi.

En Guadeloupe, 35% des 15-29 ans sont au chômage, contre 20% pour la moyenne nationale.

"Ca fait un moment qu'ils demandent du boulot, qu'on les écoute. Eh bien maintenant c'est tout le monde dans la rue, car il y en a ras-le-bol!", lance Colette.

Dans la rue, et sur les barricades pour certains, la contestation s'est teintée par endroits de dégradations et violences.

"Les barrages, oui, ça bloque, mais si on ne fait rien, on n'aura rien", estime Micheline, la cinquantaine. "C'est dommage que les jeunes abîment car ce sont quand même les Guadeloupéens qui sont pénalisés mais, d'un autre côté, s'il n'y a pas ça, l'Etat ne se lève pas".

"Là dans la joie, dans le plaisir", elle danse avec d'autres manifestants au son d'un "mas", groupe de musiciens maniant le tambour ka, la conque et le chacha, des instruments antillais.

Arborant un t-shirt "Rezistans Pou Libète" ("résistants pour la liberté", en créole), une dame tourne autour du "mas", munie d'une boîte métallique contenant de "l'encens purificateur" "pour chasser les mauvais esprits", explique-t-elle.

Les manifestants quittent ensuite le rond-point pour un "déboulé", marche (soutenue) dans les rues au rythme de la musique.

"Liberté, liberté" proclament certains, avant de tomber sur un cordon de gendarmes mobiles. "Yo armé nou pas armé" ("Ils sont armés, pas nous") scande la foule.

Après rapide négociation, les forces de l'ordre laissent passer les manifestants, qui bifurquent vers un autre itinéraire, au son du "mas" et dans le calme.

"C'est la musique du peuple. Malgré toutes les souffrances, tout ce qu'on endure, ça apaise", dit Micheline.

Depuis le début de l'épidémie, les "fake news" sont loin d'avoir seulement essaimé en Guadeloupe mais la défiance envers la politique sanitaire y est très répandue pour un ensemble complexe de facteurs mêlant notamment "inégalités sociales" et "confusion médiatique", expliquait la sociologue spécialiste de l'Outre-mer Stéphanie Mulot début septembre à l'AFP, évoquant également le "sujet majeur" du chlordécone.

Le chlordécone, un pesticide interdit en France en 1990, a continué à être autorisé dans les champs de bananes des Antilles françaises par dérogation ministérielle jusqu'en 1993, provoquant une pollution importante et durable.

Plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone, selon les autorités françaises, et les populations antillaises présentent un taux d'incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde.

"Le sujet du chlordécone (...) a alimenté la défiance vis-à-vis du vaccin et du traitement de la crise sanitaire par l'État métropolitain", a estimé lundi le secrétaire général du syndicat Force ouvrière, Yves Veyrier.

 

Cinq choses à savoir sur l'île de la Guadeloupe

La Guadeloupe, île des Antilles françaises secouée depuis plusieurs jours par une crise déclenchée par l'obligation vaccinale contre le Covid-19 des personnels soignants, est un des départements les plus pauvres de France, frappé par un fort taux de chômage.

Île papillon

La Guadeloupe est un archipel de 1.700 km2, situé à 6.700 km de la métropole et à 120 km de la Martinique -également secouée par la crise-, au cœur de l'arc des Antilles.

L'île principale, à la forme de papillon, est composée de Basse-Terre et Grande-Terre, et est dominée par le volcan de la Soufrière. Les autres îles sont la Désirade, l'archipel des Saintes et Marie-Galante.

Cette ancienne colonie française (à partir de 1635) a été marquée par deux siècles d'esclavage, jusqu'à son abolition définitive en 1848.

Département français d'outre-mer depuis 1946, l'archipel accueille le plus grand centre au monde de mémoire sur la traite et l'esclavage, inauguré en 2015.

Tourisme, bananes et canne à sucre

La Guadeloupe a subi pendant plusieurs années les conséquences de la crise sociale de 2009, lorsqu'une grève générale contre la vie chère avait paralysé pendant 44 jours son économie, reposant notamment sur le tourisme, la culture de canne à sucre et de bananes.

Le secteur du tourisme a depuis 2020 été frappé de plein fouet par la pandémie de Covid-19, qui a encore aggravé la précarité économique des habitants.

L'appel à la grève générale, lancé le 15 novembre par un collectif d'organisations syndicales et citoyennes, pour contester la vaccination obligatoire des soignants vise aussi à obtenir une hausse des salaires et minima sociaux, ainsi que la baisse des prix des carburants et du gaz.

Deux fois plus de chômage qu'en métropole

Le taux de chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT) s'établit à 17% de la population active âgée de 15 ans ou plus en moyenne pour l'année 2020, plus de deux fois supérieur à celui de la France métropolitaine (8%), selon l'Institut national des statistiques (Insee).

Un jeune actif sur trois est au chômage: le taux de chômage des 15-29 ans est de 35%.

En 2017, 34% de la population vivait en-dessous du seuil de pauvreté national de 1.010 euros par mois, comparé à 14% en métropole. Le revenu disponible des ménages les plus modestes était composé à près de 60% de prestations sociales (31% en métropole).

Autre indicateur des difficultés rencontrées par les habitants: les coupures d'eau, dues à la vétusté de réseau, sont fréquentes depuis des années.

Nombreux départs de jeunes 

La population de la Guadeloupe était estimée à moins de 380.000 habitants par l'Insee début 2020, l'archipel ayant perdu plus de 20.000 habitants depuis 2010.

Les installations de nouveaux arrivants sur le territoire ne compensent pas les vagues de départs vers la métropole de jeunes adultes en quête d'emploi ou poursuivant leurs études. Les moins de 25 ans représentaient 29% de la population en 2020 comparé à 35%, dix ans plus tôt.

 

Défiance envers les autorités

Publié sur un compte antivax, un tweet très partagé et accompagné du hashtag "dictature sanitaire" jouait sur ce parallèle. "Après avoir contaminé au chlordécone la Guadeloupe avec des cancers aux 4 coins de l'île, l'Etat leur demande de se faire injecter un vaccin en phase de test sous peine de perdre leur emploi... les Guadeloupéens refusent... Macron envoie le GIGN !".

Chef de file du mouvement contre la vie chère en 2009, le leader syndicaliste Elie Domota a creusé le même sillon dans des tribunes qui ont beaucoup voyagé sur les réseaux, dans lesquelles il refusait aujourd'hui de faire confiance à des autorités qui, s'agissant du chlordécone, avaient assuré que ce "ce produit ne présentait aucun risque pour la santé ni pour l'environnement".

"Nous serons totalement rassurés (sur les vaccins anti-Covid, ndlr) quand vous aurez confirmé (...) et que la République a assuré aux peuples +d’outre-mer+ la meilleure protection de sa santé", ironisait-il.

Le décès de Jacob Desvarieux, le guitariste star de Kassav mort fin juillet des suites du Covid, a lui aussi alimenté une vague de suspicion au motif qu'il était totalement vacciné contre la maladie.

Ce décès "nous enseigne une fois de plus que le vaccin que vous souhaitez nous imposer par tous les moyens ne protège pas (...) et pourrait même dans certains cas aggraver la santé", affirmait une pétition diffusée sur Facebook, qui ne mentionnait pas le fait que M. Desvarieux présentait des comorbidités depuis une greffe rénale.

Pour contrer cette défiance, l'ARS a, fait singulier, publié sur Facebook plusieurs vidéos pour "démêler le vrai du faux" sur les vaccins et contrer les "fausses informations". Lundi, le gouvernement s'est, lui, engagé à fournir aux soignants qui le souhaitent des injections sans ARN messager, répondant à l'une des revendications des opposants à l'obligation vaccinale.

Pas sûr que cela suffise face à l'ampleur du fossé vaccinal: au 16 novembre, 46,4% des Guadeloupéens, avaient reçu une première injection contre 76,7% de la population totale française.

Martinique: multiplication des barrages au 3e jour de grève générale

La situation s'envenimait mercredi soir en Martinique, au soir du troisième jour de grève générale, avec la multiplication des barrages sur les principaux axes routiers de l'île secouée comme sa voisine la Guadeloupe par une contestation du vaccin anti-Covid obligatoire, qui tourne à la violence dans certains quartiers.

Au Robert, un supermarché a été incendié, ont indiqué à l'AFP les pompiers, qui précisent n'intervenir qu'en présence des forces de l'ordre, après avoir essuyé plusieurs tirs de projectiles lors de leur mission.

Les autorités de Martinique ont ouvert mercredi la porte au dialogue avec l'intersyndicale qui a lancé les blocages lundi sur l'île et envisage de durcir le ton.

"Nous avons reçu une invitation à une rencontre jeudi matin à 10H00 (15H00 à Paris, NDLR) avec le préfet et le président du conseil exécutif (de la Collectivité territoriale de Martinique Serge Letchimy) à la préfecture", a annoncé à la presse Eric Bellemare, secrétaire général de Force ouvrière Martinique mercredi après-midi lors d'un point presse.

Une invitation arrivée alors que les membres de l'intersyndicale menaçaient "de prendre d'autres dispositions" face au "mépris affiché par la préfecture" avait lancé le représentant syndical.

Les leaders des 17 organisations syndicales, qui ont lancé un appel à la mobilisation en Martinique depuis lundi, devaient se tourner vers leurs bases respectives pour décider des actions à venir.

Les syndicats ont tout de même prévenu qu'ils ne comptaient pas baisser la garde. "Si jusqu'à présent l'Etat a fait de petits pas, c'est grâce au rapport de force", a observé Gabriel Jean-Marie, secrétaire général de la CGTM. Les barrages pourraient donc persister.

La préfecture de Martinique avait déjà signalé "des évènements très violents (...) dans l'agglomération de Fort-de-France" dans la nuit de mardi à mercredi. "Sept policiers et cinq gendarmes ont été légèrement blessés mais ils n'ont pas été hospitalisés", selon la même source.


La Cour de cassation n'a pas à se prononcer «plus rapidement», estime l'avocat de Le Pen

L'avocat de Marine Le Pen a estimé mercredi que la Cour de cassation n'avait pas à se prononcer "plus rapidement que d'habitude" sur le pourvoi de sa cliente, qui suspend sa peine de bracelet électronique à neuf mois de l'élection présidentielle. (AFP)
L'avocat de Marine Le Pen a estimé mercredi que la Cour de cassation n'avait pas à se prononcer "plus rapidement que d'habitude" sur le pourvoi de sa cliente, qui suspend sa peine de bracelet électronique à neuf mois de l'élection présidentielle. (AFP)
  • En janvier, le premier président de la Cour de cassation avait évoqué la possibilité que la plus haute instance judiciaire se prononce autour de la fin de l'année 2026 en cas de pourvoi, vu l'imminence de la présidentielle 2027 au printemps
  • Les délais de la Cour de cassation pour se prononcer sur un pourvoi contre une condamnation pénale sont normalement de huit mois à un an

PARIS: L'avocat de Marine Le Pen a estimé mercredi que la Cour de cassation n'avait pas à se prononcer "plus rapidement que d'habitude" sur le pourvoi de sa cliente, qui suspend sa peine de bracelet électronique à neuf mois de l'élection présidentielle.

La cour d'appel de Paris a condamné mardi Marine Le Pen à trois ans de prison, dont un an ferme sous surveillance électronique, dans l'affaire des assistants parlementaires d'eurodéputés du Front national.

Son inéligibilité ayant été réduite à 15 mois ferme, déjà purgés, la patronne du Rassemblement national a annoncé mardi sa candidature à l'élection présidentielle mais également déposé un pourvoi en cassation, qui suspend l'exécution de sa peine.

"Il avait été évoqué une accélération du calendrier de la Cour de cassation, pourquoi ? Parce qu'au moment où le président de la Cour de cassation l'avait évoqué, il y avait l'exécution provisoire (application immédiate de la peine d'inéligibilité prononcée en première instance, ndlr). L'exécution provisoire n'est plus du tout d'actualité", a déclaré mercredi sur France Inter son avocat Rodolphe Bosselut.

En janvier, le premier président de la Cour de cassation avait évoqué la possibilité que la plus haute instance judiciaire se prononce autour de la fin de l'année 2026 en cas de pourvoi, vu l'imminence de la présidentielle 2027 au printemps.

Les délais de la Cour de cassation pour se prononcer sur un pourvoi contre une condamnation pénale sont normalement de huit mois à un an.

"Quelle est en l'occurrence la situation qui justifierait que la Cour de cassation tranche plus rapidement que d'habitude ?", a interrogé Me Bosselut.

"Ce n'est pas moi qui ai accéléré la cour d'appel (...) Ce n'est pas moi qui ralentirai la Cour de cassation", a-t-il assuré, en référence au traitement de faveur judiciaire pour la tenue rapide d'un procès en appel dont a bénéficié Marine Le Pen.

"Je voudrais que le cours de la justice soit un cours identique à tous les justiciables", a-t-il conclu.

"A partir du moment où Marine Le Pen peut se présenter grâce à cet arrêt de la cour d'appel, il n'y a plus d'urgence à ce que la Cour de cassation se prononce", a abondé sur RMC-BFMTV le maire de Perpignan Louis Aliot, très proche de Marine Le Pen et également condamné dans ce dossier.

"Faites comme pour tout Français", a enjoint le directeur de campagne du RN Julien Sanchez sur RTL, rappelant que "le délai classique pour aller en cassation, en général, c'est douze, quinze mois".

La cour d'appel a déclaré mardi Marine Le Pen, le Rassemblement national et dix autres personnes coupables de la mise en place d'une "organisation" pour salarier au titre d'assistants parlementaires d'eurodéputés des personnes qui travaillaient en réalité pour le parti, "une rupture d'égalité" avec les autres formations politiques.

Sur les contrats litigieux d'assistants parlementaires dont elle était saisie, la cour d'appel a chiffré le préjudice total du Parlement européen à 2,8 millions d'euros entre 2004 et 2016.


France: Marine Le Pen candidate à la présidentielle malgré sa condamnation

La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN, extrême droite), Marine Le Pen, pose avant une interview au journal télévisé de la chaîne française TF1, à la suite du verdict rendu dans son procès en appel concernant le détournement de fonds de l'Union européenne, à Boulogne-Billancourt, près de Paris, le 7 juillet 2026. (AFP)
La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN, extrême droite), Marine Le Pen, pose avant une interview au journal télévisé de la chaîne française TF1, à la suite du verdict rendu dans son procès en appel concernant le détournement de fonds de l'Union européenne, à Boulogne-Billancourt, près de Paris, le 7 juillet 2026. (AFP)
  • Marine Le Pen annonce sa candidature à la présidentielle de 2027 et va se pourvoir en cassation après la décision de la cour d'appel
  • La décision relance la bataille politique : elle maintient son innocence, tandis que ses adversaires contestent sa candidature

PARIS: Marine Le Pen a annoncé mardi soir sa candidature à l'élection présidentielle de mai 2027, malgré sa condamnation pour détournement de fonds européens, qu'elle entend contester devant la plus haute juridiction française.

"Ce soir, je suis candidate à l'élection présidentielle", a déclaré Mme Le Pen, quelques heures après l'arrêt de la Cour d'appel de Paris.

"Comme j'ai la possibilité de faire un pourvoi en cassation, ce qui n'était pas obligatoirement le cas des autres hypothèses, et que le pourvoi en cassation suspend les effets de l'arrêt (de la Cour d'appel), je ferai donc campagne sans bracelet électronique", a expliqué sur la chaîne TF1 la dirigeante du Rassemblement national (RN), candidate pour la quatrième fois à la présidentielle.

Donnée favorite par les sondages, Marine Le Pen, 57 ans, s'est dit convaincue d'avoir gain de cause auprès de cette dernière instance.

- "Mains propres" -

"J'ai les mains propres et (...) je ferai un pourvoi en cassation pour le démontrer", a-t-elle insisté. "Il n'y a plus de scénario qui ferait que je ne pourrai pas me présenter", a-t-elle ajouté.

La cour d'appel a déjà réduit sa peine d'inéligibilité de cinq ans, prononcée le 31 mars 2025, à 15 mois, lui permettant dès à présent de concourir à toute élection. Mais elle a aussi été condamnée à trois ans de prison, dont un ferme sous bracelet électronique.

Or elle avait conditionné sa participation à la présidentielle à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. "Quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements, et ça n'est pas le cas si vous êtes porteur d'un bracelet électronique", avait-elle estimé mercredi sur la chaîne LCI.

Débarrassée au moins provisoirement de l'encombrant bracelet, elle a indiqué qu'avec Jordan Bardella, président du RN, elle allait dans la foulée démarrer cette campagne présidentielle avec un "ticket gagnant". Le trentenaire sera son Premier ministre en cas de victoire le 2 mai.

"Nous avons offert aux Français un binôme, un binôme que je crois complémentaire, équilibré, cohérent, solide", a-t-elle commenté.

Marine Le Pen, qui a oeuvré à "dédiaboliser" le parti d'extrême droite ces dernières décennies, s'est dit "heureuse qu'on rende aux Français leur liberté de choisir". Interrogée sur l'éventualité de voir sa peine confirmée en pleine campagne, elle a répondu: "Nous verrons".

- "Délinquante" -

Cette décision de justice était attendue par toute la classe politique française.

Marine Le Pen s'est déjà hissée deux fois au deuxième tour des trois dernières élections présidentielles (2017 et 2022). Les scores du RN progressent depuis des années, et le parti est devenu en 2024 le groupe politique le plus nombreux à l'Assemblée nationale (122 députés).

Les sondages la créditent de plus de 30% d'intentions de vote au premier tour prévu le 18 avril.

La classe politique a immédiatement réagi, l'ancien Premier ministre Edouard Philippe, candidat déclaré à la présidentielle, estimant que Marine Le Pen devra "expliquer" son choix de se porter candidate.

Le secrétaire général du parti Les Républicains (droite traditionnelle) Othman Nasrou l'a lui accusée de "prendre la démocratie en otage" et de "fragiliser les institutions" en décidant d'être candidate malgré sa condamnation.

A l'énoncé de la décision de la cour d'appel, le leader de gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, également candidat déclaré, a estimé qu'il fallait "débarrasser le pays du RN", "quelle que soit la candidature", Le Pen ou Bardella.

Interrogé depuis la Syrie, le président Emmanuel Macron a refusé pour sa part de s'exprimer.

- "Faits graves" -

En première instance, le 31 mars 2025, Marine Le Pen avait été reconnue coupable d'avoir mis en place, entre 2004 et 2016, un "système" pour payer avec de l'argent du Parlement européen des salariés du Front national (l'ancien nom du parti), qui traversait alors des difficultés financières.

Elle avait été condamnée à quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme, 100.000 euros d'amende et surtout une peine d'inéligibilité de cinq ans avec exécution immédiate, brisant son élan vers la présidentielle.

Les faits reprochés sont "graves", car ils se sont déroulés "sur 11 années" et "en regard du montant des sommes détournées, plus de 2,8 millions d'euros", a souligné mercredi la présidente de la cour d'appel.

Mais les peines d'inéligibilité ont été pondérées par "la liberté des candidatures" et "le libre choix des électeurs", "condition de l'expression démocratique", a-t-elle ajouté.


Marine Le Pen, condamnée à 15 mois ferme d'inéligibilité, peut a priori être candidate à la présidentielle

Marine Le Pen, condamnée mardi à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, peut a priori être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de bracelet électronique. (AFP)
Marine Le Pen, condamnée mardi à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, peut a priori être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de bracelet électronique. (AFP)
  • La cheffe de file de l'extrême droite avait conditionné sa candidature à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. Elle doit s'exprimer au journal de 20h de TF1
  • "Quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements, et ça n'est pas le cas si vous êtes porteur d'un bracelet électronique", avait-elle déclaré sur la chaîne LCI

PARIS:  Marine Le Pen, condamnée mardi à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, peut a priori être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de bracelet électronique.

La cheffe de file de l'extrême droite avait conditionné sa candidature à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. Elle doit s'exprimer au journal de 20h de TF1.

Mme Le Pen avait conditionné mercredi sa candidature à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. "Quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements, et ça n'est pas le cas si vous êtes porteur d'un bracelet électronique", avait-elle déclaré sur la chaîne LCI.