En Guadeloupe, la désinformation en ligne alimente la défiance vaccinale

Très récemment, une avocate installée en Guadeloupe a affirmé sur internet que le CHU de Pointe-à-Pitre avait reçu l'ordre de cacher le fait que des patients hospitalisés pour un Covid étaient vaccinés, et de les répertorier systématiquement comme non-vaccinés. (Photo/AFP)
Très récemment, une avocate installée en Guadeloupe a affirmé sur internet que le CHU de Pointe-à-Pitre avait reçu l'ordre de cacher le fait que des patients hospitalisés pour un Covid étaient vaccinés, et de les répertorier systématiquement comme non-vaccinés. (Photo/AFP)
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Publié le Jeudi 25 novembre 2021

En Guadeloupe, la désinformation en ligne alimente la défiance vaccinale

  • Depuis le début de l'épidémie, les « fake news » sont loin d'avoir seulement essaimé en Guadeloupe mais la défiance envers la politique sanitaire y est très répandue pour un ensemble complexe de facteurs
  • Le décès de Jacob Desvarieux, le guitariste star de Kassav mort fin juillet des suites du Covid, a lui aussi alimenté une vague de suspicion au motif qu'il était totalement vacciné contre la maladie

PARIS : Quelles sont les “manipulations” qui, selon Emmanuel Macron, contribueraient à embraser la crise en Guadeloupe ? Le chef de l’Etat n'en a pas dit beaucoup plus mais une chose est sûre: la désinformation en ligne nourrit la défiance vaccinale sur l'île.

Très récemment, une avocate installée en Guadeloupe a affirmé sur internet que le CHU de Pointe-à-Pitre avait reçu l'ordre de cacher le fait que des patients hospitalisés pour un Covid étaient vaccinés, et de les répertorier systématiquement comme non-vaccinés.

Elle a beau préciser qu'elle tenait cette "information" de pompiers croisés dans des réunions du réseau "covido-sceptique" ReinfoCovid et qu'elle n'avait procédé à aucune vérification, cette affirmation a été massivement relayée sur Facebook et Twitter sous un titre laissant peu place au doute: "Selon les pompiers, le CHU de Guadeloupe a ordre de cacher les vaccinés hospitalisés”. Contactée par l'AFP, l'Agence régionale de santé (ARS) dément l'existence d'une telle consigne.

Sur la chaîne de télé locale Canal 10, qui ouvre ses plateaux à tous et sans filtre, un parent d'élève a, lui, affirmé que des "enfants" étaient morts du fait de la vaccination. La vidéo s'est propagée sur Facebook avant que n'apparaissent sur Twitter plusieurs publications affirmant, sans citer de source, que "cinq enfants" étaient décédés sur l'île du syndrome de Guillain Barré. Là encore, l'ARS dément.

 

Manifestation en musique sur le rond-point Perrin

La "liberté" en porte-étendard, quelque 300 manifestants guadeloupéens sont venus faire entendre leur voix mercredi au son de la musique de leur île, secouée par une crise aux racines multiples.

Soignants, personnel médical, pompiers, employés de l'Education nationale mais aussi simples citoyens ont répondu à l'appel du collectif LKP (Lyannaj Kont Pwofitasyion) pour contester le vaccin anti-Covid obligatoire pour les soignants et les pompiers, mais aussi faire valoir des revendications sociales, liées au coût de la vie et à la hausse du prix des carburants.

"Je ne suis pas +antivax+ mais contre cette obligation. C'est un viol car on force mon consentement", estime Colette, qui préfère garder l'anonymat.

Technicienne administrative dans un centre dépendant du CHU, elle dit avoir reçu une mise en demeure après avoir refusé de se vacciner contre le Covid-19, principalement par "manque de recul".

"Il faut laisser le libre choix à tout un chacun", estime-t-elle. "Je ne joue pas au loto avec mon corps car je sais que je ne vais pas gagner".

Bloqué depuis une semaine, ses accès cernés par quelques carcasses de voitures calcinées et des barricades, amas de tôle, pneus et débris en tous genres, le "rond-point Perrin", axe de passage important de la commune des Abymes, a repris des couleurs.

En contre-bas du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS), dont une partie du personnel est en grève et sur lequel flotte le drapeau indépendantiste (non officiel) de la Guadeloupe, des barnums ont été installés.

Elie Domota, porte-parole du LKP, est également venu sur le rond-point.

« Mas » et encens

Les manifestants, dont certains sont venus avec leurs enfants, dénoncent également les coupures d'eau fréquentes, problème chronique depuis des années, la cherté de la vie et la difficulté pour les jeunes à trouver un emploi.

En Guadeloupe, 35% des 15-29 ans sont au chômage, contre 20% pour la moyenne nationale.

"Ca fait un moment qu'ils demandent du boulot, qu'on les écoute. Eh bien maintenant c'est tout le monde dans la rue, car il y en a ras-le-bol!", lance Colette.

Dans la rue, et sur les barricades pour certains, la contestation s'est teintée par endroits de dégradations et violences.

"Les barrages, oui, ça bloque, mais si on ne fait rien, on n'aura rien", estime Micheline, la cinquantaine. "C'est dommage que les jeunes abîment car ce sont quand même les Guadeloupéens qui sont pénalisés mais, d'un autre côté, s'il n'y a pas ça, l'Etat ne se lève pas".

"Là dans la joie, dans le plaisir", elle danse avec d'autres manifestants au son d'un "mas", groupe de musiciens maniant le tambour ka, la conque et le chacha, des instruments antillais.

Arborant un t-shirt "Rezistans Pou Libète" ("résistants pour la liberté", en créole), une dame tourne autour du "mas", munie d'une boîte métallique contenant de "l'encens purificateur" "pour chasser les mauvais esprits", explique-t-elle.

Les manifestants quittent ensuite le rond-point pour un "déboulé", marche (soutenue) dans les rues au rythme de la musique.

"Liberté, liberté" proclament certains, avant de tomber sur un cordon de gendarmes mobiles. "Yo armé nou pas armé" ("Ils sont armés, pas nous") scande la foule.

Après rapide négociation, les forces de l'ordre laissent passer les manifestants, qui bifurquent vers un autre itinéraire, au son du "mas" et dans le calme.

"C'est la musique du peuple. Malgré toutes les souffrances, tout ce qu'on endure, ça apaise", dit Micheline.

Depuis le début de l'épidémie, les "fake news" sont loin d'avoir seulement essaimé en Guadeloupe mais la défiance envers la politique sanitaire y est très répandue pour un ensemble complexe de facteurs mêlant notamment "inégalités sociales" et "confusion médiatique", expliquait la sociologue spécialiste de l'Outre-mer Stéphanie Mulot début septembre à l'AFP, évoquant également le "sujet majeur" du chlordécone.

Le chlordécone, un pesticide interdit en France en 1990, a continué à être autorisé dans les champs de bananes des Antilles françaises par dérogation ministérielle jusqu'en 1993, provoquant une pollution importante et durable.

Plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone, selon les autorités françaises, et les populations antillaises présentent un taux d'incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde.

"Le sujet du chlordécone (...) a alimenté la défiance vis-à-vis du vaccin et du traitement de la crise sanitaire par l'État métropolitain", a estimé lundi le secrétaire général du syndicat Force ouvrière, Yves Veyrier.

 

Cinq choses à savoir sur l'île de la Guadeloupe

La Guadeloupe, île des Antilles françaises secouée depuis plusieurs jours par une crise déclenchée par l'obligation vaccinale contre le Covid-19 des personnels soignants, est un des départements les plus pauvres de France, frappé par un fort taux de chômage.

Île papillon

La Guadeloupe est un archipel de 1.700 km2, situé à 6.700 km de la métropole et à 120 km de la Martinique -également secouée par la crise-, au cœur de l'arc des Antilles.

L'île principale, à la forme de papillon, est composée de Basse-Terre et Grande-Terre, et est dominée par le volcan de la Soufrière. Les autres îles sont la Désirade, l'archipel des Saintes et Marie-Galante.

Cette ancienne colonie française (à partir de 1635) a été marquée par deux siècles d'esclavage, jusqu'à son abolition définitive en 1848.

Département français d'outre-mer depuis 1946, l'archipel accueille le plus grand centre au monde de mémoire sur la traite et l'esclavage, inauguré en 2015.

Tourisme, bananes et canne à sucre

La Guadeloupe a subi pendant plusieurs années les conséquences de la crise sociale de 2009, lorsqu'une grève générale contre la vie chère avait paralysé pendant 44 jours son économie, reposant notamment sur le tourisme, la culture de canne à sucre et de bananes.

Le secteur du tourisme a depuis 2020 été frappé de plein fouet par la pandémie de Covid-19, qui a encore aggravé la précarité économique des habitants.

L'appel à la grève générale, lancé le 15 novembre par un collectif d'organisations syndicales et citoyennes, pour contester la vaccination obligatoire des soignants vise aussi à obtenir une hausse des salaires et minima sociaux, ainsi que la baisse des prix des carburants et du gaz.

Deux fois plus de chômage qu'en métropole

Le taux de chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT) s'établit à 17% de la population active âgée de 15 ans ou plus en moyenne pour l'année 2020, plus de deux fois supérieur à celui de la France métropolitaine (8%), selon l'Institut national des statistiques (Insee).

Un jeune actif sur trois est au chômage: le taux de chômage des 15-29 ans est de 35%.

En 2017, 34% de la population vivait en-dessous du seuil de pauvreté national de 1.010 euros par mois, comparé à 14% en métropole. Le revenu disponible des ménages les plus modestes était composé à près de 60% de prestations sociales (31% en métropole).

Autre indicateur des difficultés rencontrées par les habitants: les coupures d'eau, dues à la vétusté de réseau, sont fréquentes depuis des années.

Nombreux départs de jeunes 

La population de la Guadeloupe était estimée à moins de 380.000 habitants par l'Insee début 2020, l'archipel ayant perdu plus de 20.000 habitants depuis 2010.

Les installations de nouveaux arrivants sur le territoire ne compensent pas les vagues de départs vers la métropole de jeunes adultes en quête d'emploi ou poursuivant leurs études. Les moins de 25 ans représentaient 29% de la population en 2020 comparé à 35%, dix ans plus tôt.

 

Défiance envers les autorités

Publié sur un compte antivax, un tweet très partagé et accompagné du hashtag "dictature sanitaire" jouait sur ce parallèle. "Après avoir contaminé au chlordécone la Guadeloupe avec des cancers aux 4 coins de l'île, l'Etat leur demande de se faire injecter un vaccin en phase de test sous peine de perdre leur emploi... les Guadeloupéens refusent... Macron envoie le GIGN !".

Chef de file du mouvement contre la vie chère en 2009, le leader syndicaliste Elie Domota a creusé le même sillon dans des tribunes qui ont beaucoup voyagé sur les réseaux, dans lesquelles il refusait aujourd'hui de faire confiance à des autorités qui, s'agissant du chlordécone, avaient assuré que ce "ce produit ne présentait aucun risque pour la santé ni pour l'environnement".

"Nous serons totalement rassurés (sur les vaccins anti-Covid, ndlr) quand vous aurez confirmé (...) et que la République a assuré aux peuples +d’outre-mer+ la meilleure protection de sa santé", ironisait-il.

Le décès de Jacob Desvarieux, le guitariste star de Kassav mort fin juillet des suites du Covid, a lui aussi alimenté une vague de suspicion au motif qu'il était totalement vacciné contre la maladie.

Ce décès "nous enseigne une fois de plus que le vaccin que vous souhaitez nous imposer par tous les moyens ne protège pas (...) et pourrait même dans certains cas aggraver la santé", affirmait une pétition diffusée sur Facebook, qui ne mentionnait pas le fait que M. Desvarieux présentait des comorbidités depuis une greffe rénale.

Pour contrer cette défiance, l'ARS a, fait singulier, publié sur Facebook plusieurs vidéos pour "démêler le vrai du faux" sur les vaccins et contrer les "fausses informations". Lundi, le gouvernement s'est, lui, engagé à fournir aux soignants qui le souhaitent des injections sans ARN messager, répondant à l'une des revendications des opposants à l'obligation vaccinale.

Pas sûr que cela suffise face à l'ampleur du fossé vaccinal: au 16 novembre, 46,4% des Guadeloupéens, avaient reçu une première injection contre 76,7% de la population totale française.

Martinique: multiplication des barrages au 3e jour de grève générale

La situation s'envenimait mercredi soir en Martinique, au soir du troisième jour de grève générale, avec la multiplication des barrages sur les principaux axes routiers de l'île secouée comme sa voisine la Guadeloupe par une contestation du vaccin anti-Covid obligatoire, qui tourne à la violence dans certains quartiers.

Au Robert, un supermarché a été incendié, ont indiqué à l'AFP les pompiers, qui précisent n'intervenir qu'en présence des forces de l'ordre, après avoir essuyé plusieurs tirs de projectiles lors de leur mission.

Les autorités de Martinique ont ouvert mercredi la porte au dialogue avec l'intersyndicale qui a lancé les blocages lundi sur l'île et envisage de durcir le ton.

"Nous avons reçu une invitation à une rencontre jeudi matin à 10H00 (15H00 à Paris, NDLR) avec le préfet et le président du conseil exécutif (de la Collectivité territoriale de Martinique Serge Letchimy) à la préfecture", a annoncé à la presse Eric Bellemare, secrétaire général de Force ouvrière Martinique mercredi après-midi lors d'un point presse.

Une invitation arrivée alors que les membres de l'intersyndicale menaçaient "de prendre d'autres dispositions" face au "mépris affiché par la préfecture" avait lancé le représentant syndical.

Les leaders des 17 organisations syndicales, qui ont lancé un appel à la mobilisation en Martinique depuis lundi, devaient se tourner vers leurs bases respectives pour décider des actions à venir.

Les syndicats ont tout de même prévenu qu'ils ne comptaient pas baisser la garde. "Si jusqu'à présent l'Etat a fait de petits pas, c'est grâce au rapport de force", a observé Gabriel Jean-Marie, secrétaire général de la CGTM. Les barrages pourraient donc persister.

La préfecture de Martinique avait déjà signalé "des évènements très violents (...) dans l'agglomération de Fort-de-France" dans la nuit de mardi à mercredi. "Sept policiers et cinq gendarmes ont été légèrement blessés mais ils n'ont pas été hospitalisés", selon la même source.


Grégoire propose la citoyenneté d'honneur aux civils et journalistes palestiniens

Samia, âgée de quinze ans, se tient aux côtés de Palestiniens rassemblés, brandissant des photos de son père, Mohammed Wishah, journaliste pour la chaîne Al-Jazeera Mubasher, basée au Qatar, qui a été tué lors d'une attaque israélienne dans le camp de réfugiés de Bureij le 8 avril, lors d'un rassemblement de solidarité à Deir al-Balah, dans la bande de Gaza, le 11 avril 2026. (AFP)
Samia, âgée de quinze ans, se tient aux côtés de Palestiniens rassemblés, brandissant des photos de son père, Mohammed Wishah, journaliste pour la chaîne Al-Jazeera Mubasher, basée au Qatar, qui a été tué lors d'une attaque israélienne dans le camp de réfugiés de Bureij le 8 avril, lors d'un rassemblement de solidarité à Deir al-Balah, dans la bande de Gaza, le 11 avril 2026. (AFP)
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  • "Cette citoyenneté d'honneur est un acte de paix. Paris a toujours lié son nom à la liberté des peuples et à la dignité humaine", explique-t-on dans son entourage
  • Le successeur d'Anne Hidalgo, qui avait reçu en avril, peu après son arrivée à l'Hôtel de ville, l'ambassadrice de la Palestine en France Hala Abou-Hassira, rappelle que les drapeaux palestinien et israélien avaient été projetés sur la tour Eiffel

PARIS: Le nouveau maire PS de Paris, Emmanuel Grégoire, va proposer jeudi d'attribuer la citoyenneté d'honneur aux populations civiles et journalistes palestiniens, lors d'un vote au Conseil de Paris qui devrait être soutenu par sa majorité de gauche.

Face à la "pire guerre de l'histoire pour la population civile de Gaza", et alors que "la situation humanitaire de la population gazaouie demeure dramatique" malgré le cessez-le-feu en vigueur, Emmanuel Grégoire "propose d'élever au rang de citoyens d'honneur les populations civiles palestiniennes de Gaza et de Cisjordanie, ainsi que les journalistes palestiniens déployés dans les zones de conflit du Proche-Orient", selon le projet de délibération soumis au vote.

"Cette citoyenneté d'honneur est un acte de paix. Paris a toujours lié son nom à la liberté des peuples et à la dignité humaine", explique-t-on dans son entourage.

Le successeur d'Anne Hidalgo, qui avait reçu en avril, peu après son arrivée à l'Hôtel de ville, l'ambassadrice de la Palestine en France Hala Abou-Hassira, rappelle que les drapeaux palestinien et israélien avaient été projetés sur la tour Eiffel en septembre 2025.

Mais la précédente majorité n'avait jamais accédé aux multiples demandes d'une partie de sa majorité, notamment les communistes, d'attribuer aux populations palestiniennes la citoyenneté d'honneur, après avoir accordé la distinction aux otages du Hamas, en 2024.

"Nous avons déposé 13 vœux en soutien au peuple palestinien au cours du mandat précédent. Nous sommes heureux qu'enfin Emmanuel Grégoire y accède", s'est réjoui le sénateur Ian Brossat, co-président du groupe communiste au Conseil de Paris.

La citoyenneté d'honneur, qui depuis sa création en 2001 a été attribuée à de nombreuses personnalités, aux otages du Hamas (2024), au peuple du Haut-Karabakh (2023) et à la ville de Kiev (2022), "n'empêche pas la ville de rester fidèle à son attachement à l'existence d'Israël", précise à l'AFP Audrey Pulvar, adjointe chargée des relations internationales.

L'opposition de droite a fait savoir qu'elle ne voterait pas la délibération en l'état, demandant un hommage à "l'ensemble des victimes civiles du conflit israélo-palestinien", selon un vœu du groupe de Rachida Dati et Grégory Canal (LR) qui sera débattu dans l'hémicycle parisien.

"Attribuer une distinction honorifique dans le cadre d'un conflit aussi douloureux et polarisant en oubliant une partie des victimes sera inévitablement perçu comme une prise de position univoque", estime également le groupe Paris Apaisé présidé par Florence Berthout (Horizons) et Alexandre Lesieur.

"Si on reconnaît la souffrance des civils des deux côtés, si on exclut les +faux civils+ et si la responsabilité du Hamas est bien rappelée, alors je pourrais voter le texte du maire", a confié le maire PS de Paris Centre, Ariel Weil, dans un entretien au Nouvel Obs.

Déclenché par l'attaque du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, le conflit a fait plus de 72.000 morts, selon le ministère de la Santé du territoire, dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU. Un cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2025 est entaché de violences quotidiennes.


Iran, Liban et énergie, le G7 d'Evian tente une stabilisation sous haute tension

Pendant plus d’une heure et demie, les dirigeants du G7 réunis à Évian ont abordé, avec les dirigeants du Qatar, des Émirats arabes unis et de l’Égypte, les grands foyers de tension au Moyen-Orient. (AFP)
Pendant plus d’une heure et demie, les dirigeants du G7 réunis à Évian ont abordé, avec les dirigeants du Qatar, des Émirats arabes unis et de l’Égypte, les grands foyers de tension au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Le Liban s’est imposé comme l’un des dossiers les plus sensibles de la discussion
  • Tous les participants, affirme la source, ont insisté sur la nécessité d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, condition indispensable à toute stabilisation.

PARIS: Pendant plus d’une heure et demie, les dirigeants du G7 réunis à Évian ont abordé, avec les dirigeants du Qatar, des Émirats arabes unis et de l’Égypte, les grands foyers de tension au Moyen-Orient.

En ligne de mire, selon une source diplomatique, trois priorités : la réouverture sécurisée du détroit d’Ormuz, la relance des négociations avec l’Iran et la stabilisation du Liban, dont l’évolution a un impact sur les enjeux énergétiques et géopolitiques mondiaux.

Le premier point est l’accord intervenu entre les États-Unis et l’Iran autour du détroit d’Ormuz, salué par l’ensemble des participants comme une avancée importante.

Cette voie maritime stratégique, par laquelle transite une part essentielle du pétrole mondial, retrouve progressivement son activité, ce qui a entraîné une détente sur les prix du pétrole et du gaz, offrant un répit bienvenu aux économies occidentales sous pression.

Pour les pays du G7, cette évolution est doublement bénéfique : elle permet de reconstituer des stocks énergétiques et de stabiliser les marchés, tout en renforçant leur marge de manœuvre dans le contexte de la guerre en Ukraine, en facilitant une pression accrue sur la Russie.

Mais cette réouverture, souligne la source, reste incomplète. Le détroit doit encore être sécurisé, notamment par des opérations de déminage indispensables pour garantir une navigation normale.

Sans cela, ni les armateurs ni les assureurs ne prendront le risque d’un retour à la normale. C’est précisément dans ce cadre qu’est envisagée une coalition maritime internationale chargée de ces opérations techniques, avec un rôle clé pour les Européens.

Le deuxième axe central des discussions est l’Iran. Les États-Unis se sont donné six semaines pour parvenir à un accord global avec Téhéran.

Pour l’instant, les contours du « memorandum of understanding » que doivent signer dans les prochains jours Washington et Téhéran restent inconnus, mais les objectifs sont clairement établis.

Le premier concerne le programme nucléaire iranien. Les membres du G7, affirme la source, insistent sur la nécessité de garanties solides concernant la non-acquisition par l’Iran de la bombe nucléaire, un contrôle strict des matières sensibles et un rôle renforcé des organismes internationaux.

Le second porte sur les capacités balistiques iraniennes, perçues comme une menace potentielle pour la stabilité régionale.

Enfin, le troisième volet concerne l’influence de l’Iran dans la région, notamment à travers ses alliés et ses relais. Sur ce point, indique la source, les dirigeants du G7 et ceux des trois pays arabes s’accordent sur l’urgence de désamorcer les tensions au Liban.

Le Liban s’est imposé comme l’un des dossiers les plus sensibles de la discussion. Tous les participants, affirme la source, ont insisté sur la nécessité d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, condition indispensable à toute stabilisation.

Mais au-delà de l’urgence sécuritaire, il s’agit également de permettre à l’État libanais de reprendre le contrôle de son territoire grâce à un renforcement significatif de l’armée libanaise, seule institution capable d’assurer une stabilité durable.

Dans cette perspective, une évolution importante est envisagée : à l’expiration du mandat de la FINUL, fin 2026, une nouvelle force multinationale pourrait être mise en place.

Son rôle, précise la source, ne serait pas de combattre, mais de soutenir l’armée libanaise sur les plans de la formation, du renseignement et de l’accompagnement opérationnel.

Cette approche se veut respectueuse des équilibres internes du Liban, pays considéré par les participants à la réunion comme particulièrement fragile. Elle repose sur un objectif clair : éviter toute escalade tout en réaffirmant la souveraineté de l’État.

La France, très engagée sur ce dossier, prévoit d’organiser rapidement une conférence internationale de soutien aux forces armées libanaises, preuve de l’importance stratégique accordée à ce pays.

La troisième grande thématique de la réunion est la sécurisation des infrastructures énergétiques, à partir d’une idée simple : réduire la dépendance à des points de passage vulnérables comme Ormuz.

Plusieurs projets ont été évoqués afin de diversifier les routes d’exportation. Parmi eux figure le renforcement des pipelines reliant les zones de production du Golfe à la mer Rouge ou à l’océan Indien, permettant ainsi de contourner les zones à risque.

Des projets plus ambitieux sont également à l’étude, notamment la création de corridors énergétiques reliant la Méditerranée à la péninsule Arabique via l’Égypte, ou encore la réactivation d’anciennes infrastructures entre l’Irak et la Méditerranée.

Ces initiatives traduisent une transformation profonde, souligne la source, puisque la sécurité énergétique ne dépend plus seulement de l’accès aux ressources, mais aussi de la fiabilité des routes de transport.

Au-delà des dossiers techniques, l’atmosphère des échanges, affirme la source, a été marquée par la gravité et la franchise. Les discussions, parfois tendues, ont cependant permis de dégager des points de convergence.

Par ailleurs, certaines évolutions politiques sont apparues, notamment en Europe, où les positions vis-à-vis d’Israël semblent se durcir. Ces ajustements traduisent une recomposition progressive des équilibres diplomatiques.

Entre espoirs et incertitudes

Ce sommet du G7, présidé par la France, montre que les crises actuelles sont profondément interconnectées. Les incertitudes restent toutefois nombreuses, d’autant que les six semaines de négociation avec l’Iran seront décisives. De leur issue dépendront à la fois la stabilité régionale et l’équilibre mondial.


Une vague de chaleur déferle sur la France, en plein bac

Une vague de chaleur s'abat mercredi et pour plusieurs jours sur la France, en plein examen du bac, avec des températures qui pourraient atteindre jusqu'à 40 °C localement dimanche, premier jour de l'été. (AFP)
Une vague de chaleur s'abat mercredi et pour plusieurs jours sur la France, en plein examen du bac, avec des températures qui pourraient atteindre jusqu'à 40 °C localement dimanche, premier jour de l'été. (AFP)
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  • La plupart des régions françaises vont connaître mercredi des températures comprises entre 30°C et 35°C, avec des pointes à 36°C-37°C possibles dans le Sud-Ouest, Centre-Ouest et le Centre-Est
  • Seules la Bretagne et les zones côtières de la Manche sont pour l'instant épargnées

PARIS: Une vague de chaleur s'abat mercredi et pour plusieurs jours sur la France, en plein examen du bac, avec des températures qui pourraient atteindre jusqu'à 40 °C localement dimanche, premier jour de l'été.

L'épisode de "fortes chaleurs" s'étend sur "une grande partie du pays" mercredi, indique le bulletin de 06H00 de Météo-France, avec 50 départements concernés par une vigilance jaune à la canicule.

La plupart des régions françaises vont connaître mercredi des températures comprises entre 30°C et 35°C, avec des pointes à 36°C-37°C possibles dans le Sud-Ouest, Centre-Ouest et le Centre-Est. Seules la Bretagne et les zones côtières de la Manche sont pour l'instant épargnées.

Jeudi, le nombre de départements concernés par la vigilance jaune canicule passera à 69. Et "en fonction de l'évolution des prévisions, un passage en vigilance orange est probable à partir de jeudi midi sur les régions allant du bassin parisien au centre du pays", ajoute le bulletin de Météo-France.

Dimanche, pour la fête de la musique à l'occasion du solstice d'été, plusieurs régions pourraient connaître "des pointes à 40°C", prévient Christelle Robert, prévisionniste à Météo-France.

La France va subir sa première vague de chaleur de l'année, la 52e depuis 1947, alors que les occurrences se multiplient sous l'influence du changement climatique alimenté par l'utilisation massive des énergies fossiles.

Fin mai, le pays avait été frappé par des températures inédites pour le mois, mais l'épisode ne rentrait pas dans les critères précis des météorologues pour le qualifier de vague.

"Malheureux ventilateur" 

La canicule va toucher les épreuves du baccalauréat. Mercredi et jeudi sont les jours d'épreuves de spécialités en terminale.

Le ministre de l'Education, Edouard Geffray, a annoncé mardi que les oraux du bac pourraient être reportés localement, de "quelques heures ou de quelques jours". Dimanche, il avait déjà affirmé souhaiter qu'"aucun examen" ne se déroule les après-midi.

"On est dans l'impréparation la plus totale", dénonce François Tessier, professeur d'histoire-géographie dans un lycée de Vierzon (Cher) et président du Snalc Orléans-Tours.

"Les personnels de direction essayent de trouver les salles les plus à l'ombre, dans les bâtiments qui le permettent", mais sinon "on n'a rien ", regrette-t-il, excepté " quelques bouteilles d'eau" et " éventuellement un malheureux ventilateur par salle ".

L'enseignant s'inquiète particulièrement pour les jours à venir: "Qu'est-ce qui va se passer lundi, où l'on nous annonce 40 °C (pour le grand oral)? Je suis bien incapable de vous le dire".

Les fortes chaleurs peuvent aussi ralentir l'activité économique, par exemple la production d'électricité. EDF envisage ainsi des baisses de production dans deux de ses centrales nucléaires de la région Auvergne/Rhône-Alpes, au Bugey (Ain) et à Saint-Alban (Isère), pour limiter le réchauffement du Rhône.

Sur les rails, plusieurs lignes de trains sont également affectées.

En prévisions de pannes potentielles de climatisation, la SNCF a décidé de supprimer jeudi et vendredi plusieurs trains Intercités, essentiellement en mi-journée. Au total, 14 Paris-Limoges-Toulouse et huit Paris-Clermont sont annulés sur ces deux jours, tout comme cinq trajets Bordeaux-Marseille jeudi.

"Phase critique" 

Dans la nature, les oiseaux ou les petits mammifères peinent à réguler leur température quand la chaleur devient étouffante. Et le printemps, "moment de l'élevage des jeunes", représente "une phase critique", souligne Grégoire Loïs, ornithologue au Museum national d'histoire naturelle.

"Un événement d'extrême thermique en septembre n'a pas le même impact qu'au mois de mai ou juin", remarque le scientifique.

Critiqué par l'opposition pour son "impréparation" lors du précédent épisode de chaleur, le gouvernement entend montrer sa mobilisation. Plusieurs ministres se sont déplacés au centre de crise sanitaire du ministère de la Santé mardi après-midi.

La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, doit présenter mercredi un "premier bilan" du Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC), censé préparer la France à un réchauffement pouvant aller jusqu'à +4°C d'ici 2100.

Ce genre d'épisodes est appelé à se multiplier à l'avenir. Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France, rappelle que le pays est confronté à "des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, de plus en plus nombreuses et de plus en plus intenses aussi, signe manifeste du changement climatique".