En Guadeloupe, la désinformation en ligne alimente la défiance vaccinale

Très récemment, une avocate installée en Guadeloupe a affirmé sur internet que le CHU de Pointe-à-Pitre avait reçu l'ordre de cacher le fait que des patients hospitalisés pour un Covid étaient vaccinés, et de les répertorier systématiquement comme non-vaccinés. (Photo/AFP)
Très récemment, une avocate installée en Guadeloupe a affirmé sur internet que le CHU de Pointe-à-Pitre avait reçu l'ordre de cacher le fait que des patients hospitalisés pour un Covid étaient vaccinés, et de les répertorier systématiquement comme non-vaccinés. (Photo/AFP)
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Publié le Jeudi 25 novembre 2021

En Guadeloupe, la désinformation en ligne alimente la défiance vaccinale

  • Depuis le début de l'épidémie, les « fake news » sont loin d'avoir seulement essaimé en Guadeloupe mais la défiance envers la politique sanitaire y est très répandue pour un ensemble complexe de facteurs
  • Le décès de Jacob Desvarieux, le guitariste star de Kassav mort fin juillet des suites du Covid, a lui aussi alimenté une vague de suspicion au motif qu'il était totalement vacciné contre la maladie

PARIS : Quelles sont les “manipulations” qui, selon Emmanuel Macron, contribueraient à embraser la crise en Guadeloupe ? Le chef de l’Etat n'en a pas dit beaucoup plus mais une chose est sûre: la désinformation en ligne nourrit la défiance vaccinale sur l'île.

Très récemment, une avocate installée en Guadeloupe a affirmé sur internet que le CHU de Pointe-à-Pitre avait reçu l'ordre de cacher le fait que des patients hospitalisés pour un Covid étaient vaccinés, et de les répertorier systématiquement comme non-vaccinés.

Elle a beau préciser qu'elle tenait cette "information" de pompiers croisés dans des réunions du réseau "covido-sceptique" ReinfoCovid et qu'elle n'avait procédé à aucune vérification, cette affirmation a été massivement relayée sur Facebook et Twitter sous un titre laissant peu place au doute: "Selon les pompiers, le CHU de Guadeloupe a ordre de cacher les vaccinés hospitalisés”. Contactée par l'AFP, l'Agence régionale de santé (ARS) dément l'existence d'une telle consigne.

Sur la chaîne de télé locale Canal 10, qui ouvre ses plateaux à tous et sans filtre, un parent d'élève a, lui, affirmé que des "enfants" étaient morts du fait de la vaccination. La vidéo s'est propagée sur Facebook avant que n'apparaissent sur Twitter plusieurs publications affirmant, sans citer de source, que "cinq enfants" étaient décédés sur l'île du syndrome de Guillain Barré. Là encore, l'ARS dément.

 

Manifestation en musique sur le rond-point Perrin

La "liberté" en porte-étendard, quelque 300 manifestants guadeloupéens sont venus faire entendre leur voix mercredi au son de la musique de leur île, secouée par une crise aux racines multiples.

Soignants, personnel médical, pompiers, employés de l'Education nationale mais aussi simples citoyens ont répondu à l'appel du collectif LKP (Lyannaj Kont Pwofitasyion) pour contester le vaccin anti-Covid obligatoire pour les soignants et les pompiers, mais aussi faire valoir des revendications sociales, liées au coût de la vie et à la hausse du prix des carburants.

"Je ne suis pas +antivax+ mais contre cette obligation. C'est un viol car on force mon consentement", estime Colette, qui préfère garder l'anonymat.

Technicienne administrative dans un centre dépendant du CHU, elle dit avoir reçu une mise en demeure après avoir refusé de se vacciner contre le Covid-19, principalement par "manque de recul".

"Il faut laisser le libre choix à tout un chacun", estime-t-elle. "Je ne joue pas au loto avec mon corps car je sais que je ne vais pas gagner".

Bloqué depuis une semaine, ses accès cernés par quelques carcasses de voitures calcinées et des barricades, amas de tôle, pneus et débris en tous genres, le "rond-point Perrin", axe de passage important de la commune des Abymes, a repris des couleurs.

En contre-bas du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS), dont une partie du personnel est en grève et sur lequel flotte le drapeau indépendantiste (non officiel) de la Guadeloupe, des barnums ont été installés.

Elie Domota, porte-parole du LKP, est également venu sur le rond-point.

« Mas » et encens

Les manifestants, dont certains sont venus avec leurs enfants, dénoncent également les coupures d'eau fréquentes, problème chronique depuis des années, la cherté de la vie et la difficulté pour les jeunes à trouver un emploi.

En Guadeloupe, 35% des 15-29 ans sont au chômage, contre 20% pour la moyenne nationale.

"Ca fait un moment qu'ils demandent du boulot, qu'on les écoute. Eh bien maintenant c'est tout le monde dans la rue, car il y en a ras-le-bol!", lance Colette.

Dans la rue, et sur les barricades pour certains, la contestation s'est teintée par endroits de dégradations et violences.

"Les barrages, oui, ça bloque, mais si on ne fait rien, on n'aura rien", estime Micheline, la cinquantaine. "C'est dommage que les jeunes abîment car ce sont quand même les Guadeloupéens qui sont pénalisés mais, d'un autre côté, s'il n'y a pas ça, l'Etat ne se lève pas".

"Là dans la joie, dans le plaisir", elle danse avec d'autres manifestants au son d'un "mas", groupe de musiciens maniant le tambour ka, la conque et le chacha, des instruments antillais.

Arborant un t-shirt "Rezistans Pou Libète" ("résistants pour la liberté", en créole), une dame tourne autour du "mas", munie d'une boîte métallique contenant de "l'encens purificateur" "pour chasser les mauvais esprits", explique-t-elle.

Les manifestants quittent ensuite le rond-point pour un "déboulé", marche (soutenue) dans les rues au rythme de la musique.

"Liberté, liberté" proclament certains, avant de tomber sur un cordon de gendarmes mobiles. "Yo armé nou pas armé" ("Ils sont armés, pas nous") scande la foule.

Après rapide négociation, les forces de l'ordre laissent passer les manifestants, qui bifurquent vers un autre itinéraire, au son du "mas" et dans le calme.

"C'est la musique du peuple. Malgré toutes les souffrances, tout ce qu'on endure, ça apaise", dit Micheline.

Depuis le début de l'épidémie, les "fake news" sont loin d'avoir seulement essaimé en Guadeloupe mais la défiance envers la politique sanitaire y est très répandue pour un ensemble complexe de facteurs mêlant notamment "inégalités sociales" et "confusion médiatique", expliquait la sociologue spécialiste de l'Outre-mer Stéphanie Mulot début septembre à l'AFP, évoquant également le "sujet majeur" du chlordécone.

Le chlordécone, un pesticide interdit en France en 1990, a continué à être autorisé dans les champs de bananes des Antilles françaises par dérogation ministérielle jusqu'en 1993, provoquant une pollution importante et durable.

Plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone, selon les autorités françaises, et les populations antillaises présentent un taux d'incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde.

"Le sujet du chlordécone (...) a alimenté la défiance vis-à-vis du vaccin et du traitement de la crise sanitaire par l'État métropolitain", a estimé lundi le secrétaire général du syndicat Force ouvrière, Yves Veyrier.

 

Cinq choses à savoir sur l'île de la Guadeloupe

La Guadeloupe, île des Antilles françaises secouée depuis plusieurs jours par une crise déclenchée par l'obligation vaccinale contre le Covid-19 des personnels soignants, est un des départements les plus pauvres de France, frappé par un fort taux de chômage.

Île papillon

La Guadeloupe est un archipel de 1.700 km2, situé à 6.700 km de la métropole et à 120 km de la Martinique -également secouée par la crise-, au cœur de l'arc des Antilles.

L'île principale, à la forme de papillon, est composée de Basse-Terre et Grande-Terre, et est dominée par le volcan de la Soufrière. Les autres îles sont la Désirade, l'archipel des Saintes et Marie-Galante.

Cette ancienne colonie française (à partir de 1635) a été marquée par deux siècles d'esclavage, jusqu'à son abolition définitive en 1848.

Département français d'outre-mer depuis 1946, l'archipel accueille le plus grand centre au monde de mémoire sur la traite et l'esclavage, inauguré en 2015.

Tourisme, bananes et canne à sucre

La Guadeloupe a subi pendant plusieurs années les conséquences de la crise sociale de 2009, lorsqu'une grève générale contre la vie chère avait paralysé pendant 44 jours son économie, reposant notamment sur le tourisme, la culture de canne à sucre et de bananes.

Le secteur du tourisme a depuis 2020 été frappé de plein fouet par la pandémie de Covid-19, qui a encore aggravé la précarité économique des habitants.

L'appel à la grève générale, lancé le 15 novembre par un collectif d'organisations syndicales et citoyennes, pour contester la vaccination obligatoire des soignants vise aussi à obtenir une hausse des salaires et minima sociaux, ainsi que la baisse des prix des carburants et du gaz.

Deux fois plus de chômage qu'en métropole

Le taux de chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT) s'établit à 17% de la population active âgée de 15 ans ou plus en moyenne pour l'année 2020, plus de deux fois supérieur à celui de la France métropolitaine (8%), selon l'Institut national des statistiques (Insee).

Un jeune actif sur trois est au chômage: le taux de chômage des 15-29 ans est de 35%.

En 2017, 34% de la population vivait en-dessous du seuil de pauvreté national de 1.010 euros par mois, comparé à 14% en métropole. Le revenu disponible des ménages les plus modestes était composé à près de 60% de prestations sociales (31% en métropole).

Autre indicateur des difficultés rencontrées par les habitants: les coupures d'eau, dues à la vétusté de réseau, sont fréquentes depuis des années.

Nombreux départs de jeunes 

La population de la Guadeloupe était estimée à moins de 380.000 habitants par l'Insee début 2020, l'archipel ayant perdu plus de 20.000 habitants depuis 2010.

Les installations de nouveaux arrivants sur le territoire ne compensent pas les vagues de départs vers la métropole de jeunes adultes en quête d'emploi ou poursuivant leurs études. Les moins de 25 ans représentaient 29% de la population en 2020 comparé à 35%, dix ans plus tôt.

 

Défiance envers les autorités

Publié sur un compte antivax, un tweet très partagé et accompagné du hashtag "dictature sanitaire" jouait sur ce parallèle. "Après avoir contaminé au chlordécone la Guadeloupe avec des cancers aux 4 coins de l'île, l'Etat leur demande de se faire injecter un vaccin en phase de test sous peine de perdre leur emploi... les Guadeloupéens refusent... Macron envoie le GIGN !".

Chef de file du mouvement contre la vie chère en 2009, le leader syndicaliste Elie Domota a creusé le même sillon dans des tribunes qui ont beaucoup voyagé sur les réseaux, dans lesquelles il refusait aujourd'hui de faire confiance à des autorités qui, s'agissant du chlordécone, avaient assuré que ce "ce produit ne présentait aucun risque pour la santé ni pour l'environnement".

"Nous serons totalement rassurés (sur les vaccins anti-Covid, ndlr) quand vous aurez confirmé (...) et que la République a assuré aux peuples +d’outre-mer+ la meilleure protection de sa santé", ironisait-il.

Le décès de Jacob Desvarieux, le guitariste star de Kassav mort fin juillet des suites du Covid, a lui aussi alimenté une vague de suspicion au motif qu'il était totalement vacciné contre la maladie.

Ce décès "nous enseigne une fois de plus que le vaccin que vous souhaitez nous imposer par tous les moyens ne protège pas (...) et pourrait même dans certains cas aggraver la santé", affirmait une pétition diffusée sur Facebook, qui ne mentionnait pas le fait que M. Desvarieux présentait des comorbidités depuis une greffe rénale.

Pour contrer cette défiance, l'ARS a, fait singulier, publié sur Facebook plusieurs vidéos pour "démêler le vrai du faux" sur les vaccins et contrer les "fausses informations". Lundi, le gouvernement s'est, lui, engagé à fournir aux soignants qui le souhaitent des injections sans ARN messager, répondant à l'une des revendications des opposants à l'obligation vaccinale.

Pas sûr que cela suffise face à l'ampleur du fossé vaccinal: au 16 novembre, 46,4% des Guadeloupéens, avaient reçu une première injection contre 76,7% de la population totale française.

Martinique: multiplication des barrages au 3e jour de grève générale

La situation s'envenimait mercredi soir en Martinique, au soir du troisième jour de grève générale, avec la multiplication des barrages sur les principaux axes routiers de l'île secouée comme sa voisine la Guadeloupe par une contestation du vaccin anti-Covid obligatoire, qui tourne à la violence dans certains quartiers.

Au Robert, un supermarché a été incendié, ont indiqué à l'AFP les pompiers, qui précisent n'intervenir qu'en présence des forces de l'ordre, après avoir essuyé plusieurs tirs de projectiles lors de leur mission.

Les autorités de Martinique ont ouvert mercredi la porte au dialogue avec l'intersyndicale qui a lancé les blocages lundi sur l'île et envisage de durcir le ton.

"Nous avons reçu une invitation à une rencontre jeudi matin à 10H00 (15H00 à Paris, NDLR) avec le préfet et le président du conseil exécutif (de la Collectivité territoriale de Martinique Serge Letchimy) à la préfecture", a annoncé à la presse Eric Bellemare, secrétaire général de Force ouvrière Martinique mercredi après-midi lors d'un point presse.

Une invitation arrivée alors que les membres de l'intersyndicale menaçaient "de prendre d'autres dispositions" face au "mépris affiché par la préfecture" avait lancé le représentant syndical.

Les leaders des 17 organisations syndicales, qui ont lancé un appel à la mobilisation en Martinique depuis lundi, devaient se tourner vers leurs bases respectives pour décider des actions à venir.

Les syndicats ont tout de même prévenu qu'ils ne comptaient pas baisser la garde. "Si jusqu'à présent l'Etat a fait de petits pas, c'est grâce au rapport de force", a observé Gabriel Jean-Marie, secrétaire général de la CGTM. Les barrages pourraient donc persister.

La préfecture de Martinique avait déjà signalé "des évènements très violents (...) dans l'agglomération de Fort-de-France" dans la nuit de mardi à mercredi. "Sept policiers et cinq gendarmes ont été légèrement blessés mais ils n'ont pas été hospitalisés", selon la même source.


France: journée cruciale pour la présidentielle, avec le dénouement du procès de Marine Le Pen

La présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement National (RN), Marine Le Pen, arrive au Palais de justice de Paris pour une audience de son procès en appel pour détournement de fonds publics européens dans l'affaire des emplois fictifs présumés au Parlement européen, à Paris, le 21 janvier 2026. (AFP)
La présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement National (RN), Marine Le Pen, arrive au Palais de justice de Paris pour une audience de son procès en appel pour détournement de fonds publics européens dans l'affaire des emplois fictifs présumés au Parlement européen, à Paris, le 21 janvier 2026. (AFP)
  • La cour d'appel rend sa décision sur Marine Le Pen, avec un verdict pouvant compromettre sa candidature à la présidentielle de 2027
  • Une inéligibilité de plus de deux ans ouvrirait la voie à Jordan Bardella pour représenter le RN

PARIS: La course à la présidentielle française 2027 connaît mardi une étape cruciale avec la décision en appel visant Marine le Pen dans une affaire de détournement de fonds du Parlement européen, qui pourrait priver de candidature la cheffe de file de l'extrême droite, favorite des sondages.

Autant qu'une éventuelle condamnation, c'est la durée de sa peine d'inéligibilité qui sera scrutée quand la juge de la cour d'appel de Paris lira la décision à partir de 13H30 locales (11H30 GMT): plus de deux ans et il lui sera impossible de se présenter une quatrième fois à la présidence.

Marine Le Pen laisserait alors la place à Jordan Bardella, 30 ans, qui a pris en 2021 sa succession à la tête du parti du Rassemblement national (RN). Elle devrait officialiser sa décision sur une candidature au journal télévisé de 20H00 de la chaîne TF1.

"Nous avons anticipé tous les scénarios", a assuré lundi ce dernier depuis le Parlement européen à Strasbourg, se disant "serein et prêt à assumer les conséquences" de la décision de la justice.

Le 31 mars 2025, Marine le Pen a été reconnue coupable d'avoir mis en place, entre 2004 et 2016, un "système" pour payer avec de l'argent du Parlement européen des salariés du Front national, qui traversait alors des difficultés financières.

Elle a été condamnée à quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme, 100.000 euros d'amende et surtout une peine d'inéligibilité de cinq ans avec exécution immédiate, brisant son élan vers la présidentielle.

Elle avait dénoncé une décision "politique" des juges et une "chasse aux sorcières".

- "Libre de ses mouvements" -

Après ses échecs au second tour en 2017 et 2022 contre Emmanuel Macron (et au premier tour en 2012), la fille de Jean-Marie Le Pen - figure historique de l'extrême droite française et fondateur du Front national (devenu Rassemblement national en 2018) - a le vent en poupe pour le scrutin de l'année prochaine, couronnement d'années de "dédiabolisation" du parti.

Les sondages la donnent en tête du premier tour, prévu le 18 avril. Fin mai, un institut l'annonçait même gagnante au second tour, le 2 mai, quel que soit l'adversaire.

Quelle que soit la décision, "nous ne nous découragerons jamais, nous lutterons toujours, nous irons jusqu'au bout, jusqu'à la victoire", a-t-elle lancé samedi, aux côtés de Jordan Bardella, dans son fief électoral du nord de la France.

Si la cour la déclare à nouveau coupable, les minutes paraîtront interminables jusqu'au prononcé de sa peine, qui devrait être dévoilée à la fin des plusieurs heures de lecture du délibéré. Dix autres cadres du parti sont également jugés.

Théoriquement, une inéligibilité réduite à deux ans ou moins lui permettrait de se présenter, car elle serait éligible au jour du premier tour - le décompte de la peine débute au 31 mars 2025.

Mais Marine Le Pen, 57 ans, a également évoqué l'hypothèse d'un bracelet électronique, estimant qu'il ne lui serait "pas possible" de faire campagne si elle était condamnée à en porter un. "Quand on est candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements", a-t-elle affirmé mercredi sur la chaîne LCI.

En première instance, elle avait écopé de quatre ans de prison, dont deux ans ferme sous surveillance électronique.

A l'issue du procès en appel, les trois magistrats de la cour d'appel ont eu près de cinq mois pour répondre à une première question: Marine Le Pen est-elle coupable d'avoir détourné des fonds publics en faisant embaucher par les eurodéputés de son parti des assistants, payés par le Parlement européen, dont les activités n'étaient en fait qu'au seul bénéfice du parti ?

Lors des nouveaux débats, elle a fait valoir sa "bonne foi" et rejeté toute idée de "système" de détournement de fonds.

Le parquet a, lui, fustigé une "organisation", d'abord "artisanale" lors de sa mise en œuvre par Jean-Marie Le Pen en 2004, puis "professionnalisée" à partir de 2012 par sa fille, qui lui avait succédé un an plus tôt à la tête du parti.


Macron ouvre à Damas une nouvelle page, mais campe sur ses exigences pour le peuple syrien et le Liban

Quinze années après le début de la révolution syrienne et un peu plus de deux ans après la chute du régime de Bachar al-Assad, la visite qu’effectue le président français Emmanuel Macron à Damas, les 6 et 7 juillet, marque un tournant diplomatique majeur. (AFP)
Quinze années après le début de la révolution syrienne et un peu plus de deux ans après la chute du régime de Bachar al-Assad, la visite qu’effectue le président français Emmanuel Macron à Damas, les 6 et 7 juillet, marque un tournant diplomatique majeur. (AFP)
  • Jamais, depuis l’effondrement de l’ancien pouvoir, un chef d’État européen ne s’était rendu en Syrie
  • Aux yeux des autorités françaises, cette visite ouvre une nouvelle page dans les relations franco-syriennes, bâtie sur un principe simple : accompagner la reconstruction d’une Syrie nouvelle sans renoncer aux valeurs qui ont guidé la diplomatie française

PARIS: Quinze années après le début de la révolution syrienne et un peu plus de deux ans après la chute du régime de Bachar al-Assad, la visite qu’effectue le président français Emmanuel Macron à Damas, les 6 et 7 juillet, marque un tournant diplomatique majeur.

Jamais, depuis l’effondrement de l’ancien pouvoir, un chef d’État européen ne s’était rendu en Syrie. Pour la France, il s’agit du premier déplacement présidentiel depuis celui de Nicolas Sarkozy, en 2009, avant que la répression sanglante du soulèvement populaire ne conduise à la rupture des relations diplomatiques.

Aux yeux des autorités françaises, cette visite ouvre une nouvelle page dans les relations franco-syriennes, bâtie sur un principe simple : accompagner la reconstruction d’une Syrie nouvelle sans renoncer aux valeurs qui ont guidé la diplomatie française depuis le début du conflit.

Alors que de nombreux partenaires avaient progressivement renoncé à soutenir les aspirations nées du printemps syrien, la France a maintenu, malgré les difficultés et les rapports de force internationaux, une ligne constante de soutien au peuple syrien plutôt qu’au régime.

Cette constance demeure aujourd’hui le fondement de la relation de confiance que la France entend désormais construire avec les nouvelles autorités de Damas.

Pour Paris, cette visite vient clore une séquence tragique qui aura profondément marqué la Syrie, mais aussi toute la région et l’Europe.

Le constat est amer : quinze années de guerre ont laissé un pays dévasté, déplacé des millions de personnes, durablement fragilisé le Liban voisin et favorisé l’essor du terrorisme.

Dans cette perspective, soutenir aujourd’hui la stabilisation de la Syrie relève autant du réalisme que de la fidélité à des principes. C’est dans cet esprit qu’Emmanuel Macron avait été le premier dirigeant occidental à recevoir, à Paris, le président de la transition syrienne, Ahmad al-Chareh.

Cependant, la visite de Macron n’a rien d’un blanc-seing accordé aux nouvelles autorités. La France tient à souligner qu’il ne s’agit ni d’un acte de naïveté ni d’une approbation inconditionnelle. Elle entend accompagner la transition syrienne tout en maintenant un dialogue exigeant.

Les nouvelles autorités syriennes sont attendues sur leur capacité à transformer les aspirations de la révolution de 2011 en institutions durables. La France considère que la légitimité de la nouvelle Syrie reposera sur sa capacité à rassembler une société profondément meurtrie par des décennies de dictature, de divisions communautaires et de guerre civile.

C’est pourquoi Emmanuel Macron n’entend pas limiter son déplacement, malgré sa courte durée, à une série d’entretiens officiels. Son programme prévoit également des rencontres avec des représentants de la société syrienne dans toute sa diversité politique, confessionnelle et culturelle.

La France fait du pluralisme politique, du respect des minorités religieuses et ethniques, de l’État de droit et de la justice transitionnelle les conditions indispensables d’un partenariat durable.

Elle estime surtout que la transition ne pourra réussir que si elle parvient à réconcilier les Syriens et à garantir à chacun sa place dans la future architecture institutionnelle.

Au-delà des enjeux intérieurs, Paris accorde également une importance particulière au rééquilibrage des relations entre la Syrie et le Liban, longtemps marquées par des rapports de domination et d’ingérence.

Cette relation devra désormais reposer sur des bases entièrement nouvelles. La France défend une vision fondée sur le respect mutuel de la souveraineté des deux États, leur indépendance réciproque et le principe de non-ingérence.

Reconstruction de la Syrie et redressement du Liban

Vue de Paris, la reconstruction de la Syrie et le redressement du Liban sont étroitement liés. Aucun des deux pays ne pourra retrouver durablement la prospérité sans une relation apaisée avec son voisin.

La visite présidentielle comporte aussi un important volet économique, avec la participation d’une délégation de dirigeants de grandes entreprises françaises, parmi lesquelles CMA CGM, TotalEnergies, mais aussi plusieurs entreprises de taille intermédiaire spécialisées dans les infrastructures, les documents sécurisés ou encore les équipements essentiels à la reconstruction.

Mais l’engagement économique français reste conditionné aux réformes entreprises par Damas, notamment la modernisation du système bancaire, la sécurisation des investissements et l’amélioration du climat des affaires.

Au fond, cette visite présidentielle apparaît comme un pari sur la capacité de la Syrie à sortir définitivement de quinze années de guerre et à renouer avec son histoire.

C’est aussi un pari sur la possibilité de bâtir une relation nouvelle entre Paris et Damas, fondée non plus sur les rancunes du passé, mais sur une coopération lucide, exigeante et tournée vers l’avenir.

Paris n’ignore ni les fragilités ni les incertitudes qui entourent cette transition et estime que rien n’est encore acquis. Mais, après avoir accompagné le peuple syrien pendant les années les plus sombres, la France considère qu’il faut désormais l’accompagner dans sa reconstruction.


Budget: le gouvernement ne va pas «annoncer de mesures» mardi mais «un cap»

 Le gouvernement ne va pas "annoncer de mesures" mardi lors d'une nouvelle réunion du comité d'alerte des finances publiques, mais "un cap", a fait savoir lundi le ministre des Comptes publics David Amiel. (AFP)
Le gouvernement ne va pas "annoncer de mesures" mardi lors d'une nouvelle réunion du comité d'alerte des finances publiques, mais "un cap", a fait savoir lundi le ministre des Comptes publics David Amiel. (AFP)
  • "On actualisera évidemment nos prévisions", en prenant en compte les effets de l'accord signé entre les Etats-Unis et l'Iran en juin et les négociations actuelles autour du stratégique détroit d'Ormuz
  • Le gouvernement reviendra également sur le niveau des "dépenses de l'Etat", de la "Sécurité sociale" et des "collectivités"

PARIS: Le gouvernement ne va pas "annoncer de mesures" mardi lors d'une nouvelle réunion du comité d'alerte des finances publiques, mais "un cap", a fait savoir lundi le ministre des Comptes publics David Amiel.

"Où en sommes-nous sur la croissance" et sur "l'inflation" du fait de la guerre au Moyen-Orient?, sera la question sur laquelle reviendra le gouvernement, a détaillé David Amiel sur RTL.

"On actualisera évidemment nos prévisions", en prenant en compte les effets de l'accord signé entre les Etats-Unis et l'Iran en juin et les négociations actuelles autour du stratégique détroit d'Ormuz.

Le gouvernement reviendra également sur le niveau des "dépenses de l'Etat", de la "Sécurité sociale" et des "collectivités".

Sur ce sujet, David Amiel a indiqué que "les aides qui ont été apportées aux entreprises et aux ménages" pour faire face aux conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient se sont élevées à 1,4 milliard d'euros.

"C'est 50 fois moins que ce qui avait été fait" par le gouvernement "en 2022-2023" après le début de la guerre en Ukraine et l'envolée des prix de l'énergie, a-t-il rappelé. Il s'est réjoui d'un "changement de doctrine" sur les dépenses publiques.

Le gouvernement avait alors décidé de largement diminuer les taxes sur l'électricité et le gaz pour contenir l'envolée des prix, ce qui avait coûté plusieurs dizaines de milliards d'euros à l'Etat.

"Heureusement, le gouvernement n'a pas (...) écouté ceux qui nous appelaient à déverser des milliards et des milliards d'euros", a-t-il affirmé.

Car "il n'y a pas eu de cagnotte" fiscale, a poursuivi le ministre des Comptes publics, qui a mis en avant le fait que les recettes fiscales liées aux carburants avaient diminué de plus de 80 millions d'euros sur les six premiers mois de 2026 par rapport à la même période en 2025, la baisse des volumes consommés ayant pris le pas sur la hausse des prix.

Dans ses dernières prévisions, le gouvernement tablait toujours sur 0,9% de croissance pour 2026.

La Banque de France a déjà abaissé les siennes à 0,5% du PIB (contre 0,9% escomptés avant), et l'Insee table sur 0,7%. Ces prévisions, publiées en juin, ne prenaient pas en compte l'évolution actuelle autour du conflit au Moyen-Orient.