Malgré les allégations du Hezbollah, la justice libanaise reste ferme

Des manifestants portent des banderoles et des drapeaux lors d'une manifestation devant le palais de justice après le gel d'une enquête sur l'explosion de Beyrouth, au Liban. (Photo, Reuters)
Des manifestants portent des banderoles et des drapeaux lors d'une manifestation devant le palais de justice après le gel d'une enquête sur l'explosion de Beyrouth, au Liban. (Photo, Reuters)
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Publié le Dimanche 28 novembre 2021

Malgré les allégations du Hezbollah, la justice libanaise reste ferme

  • Les juges démissionnent pour protester contre les mauvaises conditions
  • Le parti perturbe la tenue des sessions du Cabinet

BEYROUTH : L'ordre des avocats de Beyrouth a exhorté tous les fonctionnaires à s'abstenir d'interférer avec la justice et à respecter la loi et le travail des institutions.

Nader Kaspar, président de l'association, a déclaré que «Les avocats sont solidaires avec les juges et le Conseil de la magistrature».

Sa déclaration est intervenue alors que la confrontation entre le Hezbollah et la justice libanaise prenait une tournure dangereuse. Le parti a accusé le juge Tarek Bitar, qui dirige l'enquête sur l'explosion du port de Beyrouth, de «politiser l'enquête».

Ces derniers jours, le Palais de justice de Beyrouth a été en effervescence avec l'annonce de la démission de plusieurs juges pour protester contre les mauvaises conditions que connaît la justice, à cause d'ingérences politiques d'une part et de la situation économique d'autre part.

L'ancien procureur général, le juge Hatem Madi, a déclaré à Arab News que «Ce qui se passe maintenant ne fait qu’augmenter l'état de dégoût au sein de l'organe judiciaire. Ces pressions ne devraient pas affecter le cours du travail de la justice, mais combien de temps la justice peut-elle tenir bon face à une crise financière et économique pressante ?»

«Des pressions ont toujours été exercées sur la justice. Si la justice a abandonné sa mission, les juges auraient démissionné depuis longtemps. Le Hezbollah veut destituer Bitar à tout prix. Il a paralysé le gouvernement et il veut faire de même avec la justice, mais cette dernière a jusqu'à présent été inébranlable».

La présidente de la cinquième chambre de la Cour de cassation, la juge Jeannette Hanna, l’avocate de l'aide juridictionnelle la juge Carla Kassis, et la présidente de la cour d'appel, la juge Rola Al-Houssaini, ont présenté leur démission.

Cependant, le président du Conseil supérieur de la magistrature, le juge Souhail Abboud, les a rejetées, demandant aux juges de «se retenir».

La Coalition pour une justice libanaise indépendante a averti que le système judiciaire faisait face à un danger imminent.

Elle a déclaré: «Ces démissions servent d'avertissement sur ce que l'effondrement financier et économique peut provoquer dans l'une des institutions publiques les plus importantes, et sur les campagnes systématiques en cours contre chaque juge qui ose remettre en question les immunités, ce qui était évident dans l'enquête sur l'explosion du port de Beyrouth».

La Coalition a ajouté que les démissions «reflètent les sentiments d'impuissance et de rancœur de nombreux juges concernant les facteurs financiers et moraux qui les empêchent d'exercer correctement leur fonction judiciaire, et les mettent dans une situation embarrassante aux yeux de l'opinion publique».

Vendredi, en plus d'exiger le retrait de Bitar, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, s'est attaqué à l'ensemble de l'organe judiciaire parce qu'il avait repoussé les tentatives des accusés de retirer Bitar de l’enquête.

«Le Hezbollah a eu recours à la justice pour affronter le pouvoir discrétionnaire de Bitar, mais les décisions montrent que l'ensemble de l’appareil judiciaire est politisé », a indiqué Nasrallah. «Cela était apparent au cours des deux derniers jours lorsque la justice a rejeté toutes les demandes de licenciement de Bitar».

Nasrallah a de nouveau affirmé que les États-Unis, représentés par leur ambassade au Liban, soutenaient Bitar.

«L'enquête tente d'accuser le Hezbollah d'être impliqué dans l'explosion. Le processus judiciaire actuel est sur une voie discrétionnaire qui ne mène à aucune justice ni vérité».

Évoquant l'incident de Tayouneh, qui s'est produit lorsque des partisans du Hezbollah sont descendus dans la rue et se sont affrontés avec des habitants d'Ain Al-Rummaneh, Nasrallah a déclaré que le Hezbollah ne voulait pas de vengeance personnelle, mais que de nombreuses personnes impliquées n'avaient pas été remises à la justice et qu'elles étaient toujours dans le village de Maarab, une référence au chef du parti des Forces libanaises Samir Geagea.

«L'ampleur de l'imprudence, dans ce cas, est une invitation aux familles des victimes à prendre les choses en main», a ajouté Nasrallah.

Le Hezbollah a perturbé la tenue des sessions du Cabinet et empêché la démission du ministre de l'Information George Kordahi dans l’intention de régler les relations du Liban avec l'Arabie saoudite et d'autres États du Golfe.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Législatives en Algérie: abstention record, le FLN en tête

  • L'abstention était l'un des enjeux majeurs de ce scrutin. Le vote avait été prolongé d'une heure jeudi dans tout le pays afin de "permettre aux électeurs d'exercer leur droit de vote", selon l'Anie
  • Cette faible participation illustre la difficulté des autorités et des partis en lice à mobiliser l'électorat

ALGER: L'abstention a atteint un niveau record lors des législatives du 2 juillet en Algérie, où le taux de participation s'est établi à 21,24%, le plus bas de l'histoire du pays, selon des résultats officiels annoncés lundi.

Le Front de libération nationale (FLN), parti historique de l'indépendance et formation proche du pouvoir, a remporté 90 sièges et arrive en tête du scrutin, a précisé Karim Khelfane, président par intérim de l'Autorité nationale indépendante des élections (Anie), lors d'une conférence de presse.

L'abstention était l'un des enjeux majeurs de ce scrutin. Le vote avait été prolongé d'une heure jeudi dans tout le pays afin de "permettre aux électeurs d'exercer leur droit de vote", selon l'Anie.

Cette faible participation illustre la difficulté des autorités et des partis en lice à mobiliser l'électorat.

"L'abstention n'est pas une spécificité algérienne", a commenté M. Khelfane, en comparant la situation à celle des "vieilles démocraties" d'Europe, d'Amérique et d'Asie et en se félicitant d'élections "transparentes".

Le scrutin avait été précédé par une campagne terne, qui s'est tenue en pleine Coupe du monde de football et par de grandes chaleurs.

Les dernières législatives, en 2021, déjà remportées par le FLN, avaient été marquées par un taux de participation de 23%.

Elles s'étaient tenues dans le sillage du Hirak, mouvement de contestation populaire inédit né en février 2019. Il avait conduit deux mois plus tard à la démission du président Abdelaziz Bouteflika et porté des revendications de changement politique, de lutte contre la corruption et de réforme des institutions.

Mais progressivement, une interdiction des rassemblements, que les autorités ont justifiée par l'épidémie de Covid-19, et l'incarcération des figures de proue du Hirak ont étouffé la contestation à partir de mars 2020.

L'actuel président Abdelmadjid Tebboune avait été élu en décembre 2019, puis reconduit en 2024.

Des ONG de défense des droits humains dénoncent la reprise par les autorités du contrôle de l'espace public depuis l'élan du Hirak. Le pays reste confronté à de fortes attentes sociales et économiques, particulièrement chez les jeunes.


Liban: quatre morts dans une frappe israélienne dans le sud

 Quatre personnes, dont trois femmes, sont mortes lundi dans une frappe israélienne dans le sud du Liban, a rapporté l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), malgré le cessez-le-feu en vigueur entre le Hezbollah pro-iranien et Israël. (AFP)
Quatre personnes, dont trois femmes, sont mortes lundi dans une frappe israélienne dans le sud du Liban, a rapporté l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), malgré le cessez-le-feu en vigueur entre le Hezbollah pro-iranien et Israël. (AFP)
  • La directrice d'une école, sa mère, une employée de maison étrangère et un ouvrier syrien ont été tués par "un drone israélien ayant visé leur véhicule"
  • Le président libanais Joseph Aoun a estimé que le maintien des troupes israéliennes dans le sud du pays empêchait l'armée libanaise de s'y déployer

BEYROUTH: Quatre personnes, dont trois femmes, sont mortes lundi dans une frappe israélienne dans le sud du Liban, a rapporté l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), malgré le cessez-le-feu en vigueur entre le Hezbollah pro-iranien et Israël.

La directrice d'une école, sa mère, une employée de maison étrangère et un ouvrier syrien ont été tués par "un drone israélien ayant visé leur véhicule" au retour d'une visite d'inspection du domicile familial à Nabatiyé al-Fawqa, selon l'Ani.

Le protocole d'accord signé le 17 juin entre Téhéran et Washington a permis l'entrée en vigueur d'un précaire cessez-le-feu au Liban à partir du 21 juin, avant la signature le 26 juin à Washington d'un accord-cadre entre le Liban et Israël en vue d'une "paix durable".

Cet accord-cadre prévoit que l'armée libanaise rétablisse son autorité dans le sud du pays, sous réserve du désarmement du Hezbollah, à commencer par des "zones pilotes" dont se retirerait l'armée israélienne.

Contesté par le Hezbollah, l'accord ne fixe pas de calendrier pour le retrait israélien, sans quoi un retour des déplacés dans les localités frontalières reste en suspens.

Et le désarmement du Hezbollah que l'accord pose comme préalable au retrait israélien est une exigence de longue date, que le gouvernement libanais peine à mettre en oeuvre malgré la pression des Etats-Unis, laissant des analystes sceptiques.

Israël a annoncé vouloir maintenir ses troupes dans la zone, pouvant s'étendre jusqu'à dix kilomètres de sa frontière, et poursuit ponctuellement ses frappes, notamment dans les environs de Nabatiyé, disant viser le Hezbollah. Les deux parties s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu.

Le président libanais Joseph Aoun a estimé que le maintien des troupes israéliennes dans le sud du pays empêchait l'armée libanaise de s'y déployer.

M. Aoun a souligné "l'importance de faire pression sur Israël pour qu'il se retire des zones qu'il occupe dans le sud", puisque "le maintien de (cette) occupation sape la légitimité de l'Etat, empêche le déploiement de l'armée et (...) une paix juste et durable", selon un communiqué de la présidence.

Depuis le 22 juin, plus de 600.000 déplacés libanais sont rentrés chez eux, sur plus d'un million, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Mais le retour dans des dizaines de localités méridionales, notamment celles proches de la frontière, largement détruites par les forces israéliennes, reste en attente.


Le Hamas dissout ses instances dirigeantes à Gaza

"Le Hamas franchit une nouvelle étape en renonçant à administrer la bande de Gaza afin de priver l'occupation de tout prétexte pour poursuivre son agression et sa guerre d'extermination", a déclaré à l'AFP son porte-parole, Hazem Qassem.  Un responsable du Hamas avait indiqué plus tôt à l'AFP que le mouvement avait déjà informé les autres factions palestiniennes de sa décision lors d'une récente réunion au Caire. (AFP)
"Le Hamas franchit une nouvelle étape en renonçant à administrer la bande de Gaza afin de priver l'occupation de tout prétexte pour poursuivre son agression et sa guerre d'extermination", a déclaré à l'AFP son porte-parole, Hazem Qassem. Un responsable du Hamas avait indiqué plus tôt à l'AFP que le mouvement avait déjà informé les autres factions palestiniennes de sa décision lors d'une récente réunion au Caire. (AFP)
  • "Le président du comité d'urgence du gouvernement, Mohammed al-Farra, a officiellement présenté sa démission", a déclaré à l'AFP Ismaïl al-Thawabta, directeur du bureau des médias du gouvernement du Hamas
  • L'initiative du Hamas marque un tournant politique pour le mouvement islamiste, qui a pris le pouvoir dans la bande de Gaza en 2007 à l'issue d'affrontements avec le Fatah

GAZA: Le mouvement islamiste palestinien Hamas a annoncé lundi avoir dissous ses instances dirigeantes dans la bande de Gaza, après presque 20 ans de pouvoir, ouvrant la voie à un comité technocratique chargé d'administrer le territoire.

"Le président du comité d'urgence du gouvernement, Mohammed al-Farra, a officiellement présenté sa démission", a déclaré à l'AFP Ismaïl al-Thawabta, directeur du bureau des médias du gouvernement du Hamas, ajoutant qu'il avait "décidé de dissoudre le comité afin de faciliter la transition administrative et gouvernementale vers le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG)".

Le NCAG a été créé par le "Conseil de Paix", mis en place par le président américain Donald Trump, lors des négociations qui ont abouti au cessez-le-feu entre Israël et le Hamas en octobre 2025.

L'initiative du Hamas marque un tournant politique pour le mouvement islamiste, qui a pris le pouvoir dans la bande de Gaza en 2007 à l'issue d'affrontements avec le Fatah, la formation du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, basé à Ramallah, en Cisjordanie occupée.

Quelques mois après le début de la guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée par l'attaque sanglante sur le sol israélien du 7 octobre 2023, le mouvement s'était dit prêt à se retirer du pouvoir à Gaza au profit d'une autre direction palestinienne.

Depuis, de nombreux scénarios ont été évoqués, mais, sur le terrain, la situation patine. L'un des principaux points d'achoppement reste le désarmement du Hamas, ce dernier affirmant qu'il ne le concédera que dans le cadre d'une initiative politique palestinienne, ce qu'Israël rejette.

"Le Hamas franchit une nouvelle étape en renonçant à administrer la bande de Gaza afin de priver l'occupation de tout prétexte pour poursuivre son agression et sa guerre d'extermination", a déclaré à l'AFP son porte-parole, Hazem Qassem.

Un responsable du Hamas avait indiqué plus tôt à l'AFP que le mouvement avait déjà informé les autres factions palestiniennes de sa décision lors d'une récente réunion au Caire.

Le NCAG, dirigé par le Palestinien Ali Shaath, est basé au Caire depuis plusieurs mois, Israël s'étant, selon certaines informations, opposé à son déploiement dans ce territoire dévasté par la guerre.

"Symbolique" 

Pour Mkhaimar Abusada, politologue gazaoui interrogé par l'AFP, la décision du Hamas reste avant tout "Symbolique".

"Le problème n'est pas la dissolution de son comité gouvernemental, mais l'acceptation de son désarmement (...) c'est toujours le principal point de blocage", a-t-il ajouté.

"Du point de vue du Hamas, cette annonce permet de cocher plusieurs cases", a expliqué à l'AFP une source diplomatique ayant participé à certaines des discussions au Caire.

"Elle montre que le mouvement fait avancer le processus tout en mettant l'accent sur ce qu'il présente comme le non-respect par Israël de ses engagements", a-t-elle ajouté.

La première phase du cessez-le-feu a permis la libération des derniers otages israéliens retenus par le Hamas en échange de Palestiniens emprisonnés par Israël.

Le passage à la deuxième phase, qui devait prévoir le désarmement du Hamas et un retrait progressif des forces israéliennes de Gaza, est toutefois au point mort depuis plusieurs mois.

Les forces israéliennes ont, au contraire, renforcé leur présence dans l'enclave, tandis que la gouvernance de Gaza après la guerre reste un point d'achoppement.

Israël exclut tout retour du Hamas au pouvoir, mais rejette également, à ce stade, une reprise directe de l'administration de Gaza par l'Autorité palestinienne.

Le Hamas comme Israël s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu.

Au moins 1.072 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza depuis l'entrée en vigueur de la trêve, selon le ministère de la Santé du territoire, placé sous l'autorité du Hamas, dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU.

L'armée israélienne affirme avoir perdu cinq soldats et un contractuel à Gaza sur la même période.