Arabie saoudite: un programme culturel chargé à partir de décembre

Œuvres d’art en tissu de Piyarat Piyapongwiwat. (Photo fournie)
Œuvres d’art en tissu de Piyarat Piyapongwiwat. (Photo fournie)
Ayman Yossri Daydban, Tree House, 2019.
Ayman Yossri Daydban, Tree House, 2019.
Installation Streams and Mountains Without End, débris naturels
Installation Streams and Mountains Without End, débris naturels
Dana Awartani, Standing on the Ruins of Aleppo, 2021
Dana Awartani, Standing on the Ruins of Aleppo, 2021
Filwa Nazer, The Other Is Another Body 2, 2019
Filwa Nazer, The Other Is Another Body 2, 2019
Filwa Nazer, The Other Is Another Body 2, 2019.
Filwa Nazer, The Other Is Another Body 2, 2019.
Maha Malluh.
Maha Malluh.
Manal AlDowayan, I am Here, 2016.
Manal AlDowayan, I am Here, 2016.
Sacha Craddock, conservatrice de Here, Now.
Sacha Craddock, conservatrice de Here, Now.
Sami Ali al-Hossein, Waiting, 2001.
Sami Ali al-Hossein, Waiting, 2001.
Sami Ali al-Hossien, Crossing, 2018.
Sami Ali al-Hossien, Crossing, 2018.
Sheila Hicks, Palm, 1984-1985.
Sheila Hicks, Palm, 1984-1985.
Sheila Hicks, Struggle to Surface, 2016.
Sheila Hicks, Struggle to Surface, 2016.
Vasudevan Akkitham, Land Mine, 2012.
Vasudevan Akkitham, Land Mine, 2012.
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Publié le Mercredi 01 décembre 2021

Arabie saoudite: un programme culturel chargé à partir de décembre

  • La culture fait partie intégrante du plan de réforme de l’initiative Vision 2030, lancée il y a cinq ans
  • L’effervescence culturelle a été notamment initiée par la décision du Royaume de s’ouvrir aux touristes étrangers au mois de septembre 2019

DUBAÏ: L’art, la culture et le divertissement ont été relégués à l’arrière-plan, en Arabie saoudite comme dans les autres régions du monde, lorsque la pandémie de Covid-19 était à son paroxysme.

Désormais, les taux d’infection sont sous contrôle dans le Royaume et, grâce à une campagne de vaccination réussie, les deux ans de fermetures et d’annulation d’événements semblent appartenir au passé.

Le mois de décembre s’annonce particulièrement chargé sur le plan culturel, avec des expositions, des concerts et des inaugurations. De nombreuses activités culturelles avaient été reportées depuis le début de la pandémie.

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Vue extérieure de Hayy Jameel, le nouveau centre d'Art Jameel à Djeddah. (Fournie)

La Misk Art Week s’ouvre au Fine Arts Hall du prince Faisal ben Fahd, à Riyad, le 1er décembre. Ce programme annuel d’expositions, qui dure une semaine, est organisé par le Misk Art Institute sous les auspices du prince héritier, Mohammed ben Salmane.

On assistera ensuite à la 1re édition du Riyadh Art, considéré comme la plus grande initiative publique d’art civique au monde. Du 5 au 8 décembre, pas moins de douze programmes seront lancés par la Commission royale de la ville de Riyad afin de transformer la capitale saoudienne en une «galerie sans murs».

Dans le même temps, le Jameel Art Center inaugurera son complexe artistique multidisciplinaire tant attendu, Hayy Jameel, le 6 décembre à Djeddah, ville saoudienne située sur les bords de la mer Rouge.

Le Festival annuel du film de la mer Rouge se tiendra également à Djeddah au mois de décembre. Lancé pour la première fois en 2019, il aura lieu cette année du 6 au 15 décembre. Il met en lumière des talents émergents venus d’Arabie saoudite, de la région arabe et des pays en développement.

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Aya Albakree, PDG de la Fondation Thunaiyat Ad-Diriyah. (Fournie)

En outre, la Biennale d’art contemporain de Diriyah s’ouvrira le 11 décembre dans le nouveau quartier Jax, qui abrite At-Turaif, site classé sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Il s’agit de la première capitale de la dynastie des Saoud, fondée au XVe siècle. Cet événement – le premier du genre en Arabie saoudite – se poursuivra jusqu’au 11 mars.

La culture fait partie intégrante du plan de réforme de l’initiative Vision 2030, lancée il y a cinq ans. Son objectif est de faire sortir le pays de sa rente pétrolière en diversifiant son économie afin d’intégrer des secteurs comme le tourisme, la technologie et les industries créatives.

Philip Tinari, PDG du Centre d’art contemporain de l’Ucca, à Pékin et conservateur principal de la Biennale de Diriyah, déclare à Arab News: «La scène artistique est sur le point de connaître un essor remarquable, en grande partie grâce aux initiatives gouvernementales à tous les niveaux.»

«Il y a aussi cette génération d’artistes qui vivaient peut-être à l’étranger avant ces changements et qui ont maintenant décidé de s’installer chez eux, où ils trouvent de nouveaux vecteurs de soutien.»

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Une installation de Lowrence Lek, qui sera présentée à la biennale d'art de Diriyah. (Fournie)

Avant que la Covid-19 ne se transforme en véritable pandémie, au début de l’année 2020, l’Arabie saoudite se préparait à devenir une destination mondiale pour les arts.

Des festivals saisonniers fleurissaient alors aux quatre coins du pays et l’ancienne ville du nord-ouest du pays, AlUla, organisait déjà toute une série de concerts, de conférences et d’expositions en plein air.

L’effervescence culturelle a été notamment initiée par la décision du Royaume de s’ouvrir aux touristes étrangers au mois de septembre 2019 grâce à un nouveau système de visas électroniques. Cependant, lorsque la crise sanitaire s’est transformée en pandémie, quelques mois plus tard, le pays a été contraint de fermer à nouveau ses frontières.

Maintenant que les voyages internationaux ont repris et que les protocoles sanitaires pour lutter contre la Covid-19 ont été mis en place, les événements culturels ont de nouveau ouvert leurs portes et les visiteurs du Royaume n’ont que l’embarras du choix.

 

EN BREF

  • La Biennale de Diriyah constitue sans aucun doute la plus grande attraction de cette saison culturelle si riche.
  • Conçu par le studio d’architecture waiwai, Hayy Jameel est la nouvelle maison dédiée aux arts d’Art Jameel à Djeddah.

Hayy Jameel fait partie des événements les plus attendus de l’année. Conçue par waiwai, le fameux studio d’architecture plusieurs fois primé, la nouvelle maison dédiée aux arts d’Art Jameel, située à Djeddah, s’apparente à un centre dynamique et créatif destiné à la communauté.

Antonia Carver, directrice d’Art Jameel, précise à Arab News: «En phase de planification depuis plus de vingt ans, Hayy Jameel n’aurait pu se concrétiser à un moment plus opportun.»

«Le lancement de notre quartier créatif s’accompagne d’une série d’événements sensationnels. La saison ouvrira ses portes au public à partir du 6 décembre et pendant tout le printemps. Les partenaires culturels inaugurent leurs espaces, et nous lançons le cinéma indépendant Hayy, qui transformera le complexe de Djeddah un véritable foyer consacré aux arts.»

Quoi qu’il en soit, le milieu des arts créatifs se développe à une grande vitesse en Arabie saoudite, et la demande d’espaces dédiés aux expositions, aux projections et aux spectacles ne cesse d’augmenter.

«Nous avons besoin d’efforts indépendants centrés sur la communauté, parallèlement aux initiatives à plus grande échelle dirigées par le gouvernement», précise la directrice d’Art Jameel.

«Le ministère de la Culture et les autres entités gouvernementales encouragent activement la création d’organisations à but non lucratif comme Art Jameel, étant donné notre volonté de redonner à l’Arabie saoudite son effervescence culturelle, de soutenir les artistes et d’alimenter les communautés créatives.»

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At-Turaif à Diriyah accueillera une partie de la biennale d'art de Diriyah. (Fournie)

«Pour équilibrer le rythme actuel du développement, effréné, et la demande des artistes saoudiens, nous avons également pour objectif de mettre en avant la possibilité de développer des études, des idées et des compétences à long terme, d’explorer et de documenter les histoires locales. Nous avons en outre pour ambition d’élaborer des ressources d’apprentissage contextuel en arabe et de croiser les différentes formes d’art créatif en réunissant les arts visuels, le cinéma, le spectacle, l’architecture, le design, etc.»

Alors que Djeddah se positionne comme l’une des premières destinations culturelles de la région, la ville de Riyad refuse d’être surpassée. Le premier événement culturel qui se tiendra dans la capitale saoudienne sera la Misk Art Week.

Reem al-Sultan, PDG du Misk Art Institute, confie à Arab News: «La 5e édition de la Misk Art Week réunit des artistes émergents, qu’ils soient établis en Arabie saoudite ou à travers le monde, et des experts du discours critique et culturel.»

«Le Misk Art Institute propose une multitude de pratiques multidisciplinaires et de perspectives internationales judicieuses qui offrent une expérience éducative unique aux créateurs participants et au public engagé dans ces conversations passionnantes», poursuit-elle.

L’événement Riyadh Art sera inauguré quelques jours plus tard. Il est organisé par la Commission royale de la ville de Riyad, dont fait partie le Tuwaiq International Sculpture Symposium. Ce programme, qui comprend une cérémonie de remise de prix, réunira vingt sculpteurs originaires d’Arabie saoudite, de la région arabe et du monde entier.

Khalid al-Hazzani, architecte et directeur des projets de la Commission royale de la ville de Riyad, déclare à Arab News: «Le Riyadh Art continue de transformer la ville en une galerie sans murs avec le lancement du Tuwaiq International Sculpture Symposium, sa deuxième initiative.»

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Philip Tinari, directeur du Centre d'art contemporain UCCA basé à Pékin et conservateur en chef de la biennale d'art de Diriyah. (Fournie)

«Dans la mesure où l’art et la culture reflètent l’esprit d'une ville, nous sommes impatients de contribuer à la saison artistique vibrante de Riyad au mois de décembre et d’offrir une plate-forme de dialogue et d’échange interculturels», ajoute-t-il.

Le projet Riyadh Art est l’un des quatre mégaprojets de la ville lancés par le roi Salmane le 19 mars 2019. Considérée comme une étape importante de la mission ambitieuse de Riyad – devenir l’une des villes les plus agréables à vivre du monde –, cette initiative comprend la mise en place de plus de mille œuvres d’art à travers la métropole.

La Biennale de Diriyah constitue sans aucun doute la plus grande attraction de cette saison culturelle si riche. Mise en place par une équipe de conservateurs internationaux dirigée par M. Tinari, elle présentera les œuvres d’environ soixante-dix artistes sur le thème suivant: «Ressentir les pierres».

La Biennale alternera chaque année une exposition d’art contemporain et une exposition d’art islamique sous les auspices de la Fondation de Diriyah, présidée par le prince Badr al-Saoud.

«Je pense que la Biennale de Diriyah consolidera une grande partie des progrès qui ont été réalisés», se félicite M. Tinari, qui évoque l’éveil culturel de l’Arabie saoudite.

«L’ampleur de cet événement est sa caractéristique principale. En effet, une aire d’entreposage de 12 000 mètres carrés nouvellement convertie lui sera dédiée à l’avenir.»

«J’espère que la Biennale de Diriyah deviendra une référence de la scène culturelle en général et qu’elle donnera naissance à d’autres types d’événements artistiques.»

 

Twitter: @rebeccaaproctor

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Nadia Zouari, une artiste plasticienne atypique

Artiste plasticienne, journaliste, critique d'art et commissaire d'exposition: Nadia Zouari est une touche-à-tout. Photo fournie.
Artiste plasticienne, journaliste, critique d'art et commissaire d'exposition: Nadia Zouari est une touche-à-tout. Photo fournie.
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  • Artiste plasticienne, journaliste, critique d'art et commissaire d'exposition: Nadia Zouari est une touche-à-tout
  • Dans son grand atelier de La Soukra, elle passe d'innombrables heures à peindre à l'horizontale sur de grands formats

PARIS: Artiste plasticienne, journaliste, critique d'art et commissaire d'exposition: Nadia Zouari est une touche-à-tout. Son art aussi est pluriel: de la peinture abstraite à la sculpture, avec, à chaque fois, la vocation d'être «vecteur d'émotions». Diplômée du prestigieux Institut supérieur de gestion de Paris, elle a écouté sa fibre créatrice en prenant d'abord des cours du soir en arts plastiques. Puis, dès 1993, elle est entrée dans le cœur de la sphère artistique en exposant ses œuvres. L’une des caractéristiques de Nadia Zouari est sa volonté d'acquérir toujours plus de connaissances et de ne jamais se reposer sur ses lauriers en dépit d’une carrière jalonnée de succès et reconnue tant au niveau local qu'international.

Ces deux dernières années, elle a suivi les cours d'une autre grande école, l'université Paris Dauphine-PSL à Tunis, pour poursuivre un master en management et politiques de la culture. Elle estime que sa carrière a été marquée par son rôle de commissaire de l’exposition Med'In Peace, qui, du 2 avril au 22 mai 2016, a réuni trente-deux artistes, principalement originaires de Tunisie, au musée d'art contemporain Saint-Martin de Montélimar.

Elle se considère néanmoins comme une artiste plasticienne avant tout. Dans son grand atelier de La Soukra, elle passe d'innombrables heures à peindre à l'horizontale sur de grands formats, faisant notamment naître des effets d'eau splendides. En 2013, lors de la Biennale d’art contemporain de Besançon, une visiteuse française a été émue aux larmes par les œuvres abstraites de Nadia Zouari. «L'artiste est comme une éponge: il absorbe tout ce qui se passe et cela transparaît dans ses œuvres. Même sans le vouloir, nous mettons dans nos œuvres des choses qui nous bouleversent. Ce qui m'intéresse n'est pas vraiment ce que je mets dans mon œuvre, mais le fait que chacun puisse se raconter sa propre histoire à travers ma peinture. Ma peinture rejoint celui qui la regarde.» Elle aime laisser libre cours à l'imagination. Elle expose également ses installations; récemment, des panneaux en format PVC ont été présentés à la 3e édition du Tunisia Design Week, qui s’est déroulé du 13 au 15 mai 2022.

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Dans son grand atelier de La Soukra, elle passe d'innombrables heures à peindre à l'horizontale sur de grands formats. Photo fournie.

Pour Nadia Zouari, l'art est universel et il constitue une voie de prédilection pour créer des liens, mieux communiquer et, surtout, mieux se comprendre. Elle a ainsi participé à des résidences d'artistes en France et au Maroc. Le grand quotidien marocain Al Massae a distingué son œuvre lors du Symposium d’art contemporain de Meknès, qui faisait suite à une résidence artistique, au mois d’avril 2018.

Au service du collectif
La carrière de Nadia Zouari se distingue aussi par ses activités au service de la culture et de l'art en Tunisie. En 2011 et 2012, elle a été membre de la Commission d’achat d’œuvres d’art pour la collection de l’État tunisien. Elle participe aussi à des initiatives caritatives. En juin 2021, en partenariat avec Lions Club Tunis Le Lac et Musk and Amber Gallery, elle a soutenu les hôpitaux en vendant des t-shirts illustrés par deux de ses œuvres. Cette année, une démarche similaire aidera financièrement le réfectoire délabré d'une université.

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Pour Nadia Zouari, l'art est universel et il constitue une voie de prédilection pour créer des liens, mieux communiquer et, surtout, mieux se comprendre. Photo fournie

Par ailleurs, elle a à cœur de travailler avec les enfants et a proposé des ateliers dans les écoles durant plusieurs années. Elle a aussi fait découvrir son atelier aux enfants. À cette occasion, ces derniers ont même eu le loisir de peindre avec leurs pieds. «J’aime faire intervenir les enfants sur ma peinture. Ils perçoivent des choses que les adultes ne voient pas.»

En tant que commissaire d'exposition aguerrie, elle continue à soutenir des associations comme la Ferme thérapeutique de Sidi Thabet, qui prend en charge des personnes, et notamment des enfants, en situation de handicap. Grâce à l'exposition Solid'Art, en 2020, elle a pu les aider dans des moments de grande difficulté financière. Elle a aussi été la commissaire d'exposition de la 1re édition de la Biennale d'Art, organisée au mois de mars 2021 par la Société française d'entraide et de bienfaisance de Tunisie, avec la participation de plus de cinquante artistes.

En l'honneur de sa carrière et de son altruisme, Nadia Zouari a été faite chevalière de l'Ordre des arts et des lettres le 19 mai dernier à l'ambassade de France en Tunisie.

 


Cannes: Elvis dans un manège infernal

Le réalisateur australien Baz Luhrmann et l'acteur américain Austin Butler à Cannes, dans le sud de la France, le 25 mai 2022 (Photo, AFP).
Le réalisateur australien Baz Luhrmann et l'acteur américain Austin Butler à Cannes, dans le sud de la France, le 25 mai 2022 (Photo, AFP).
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  • L'Américain Austin Butler, 30 ans, relève avec brio le défi d'incarner le King pendant deux décennies
  • La trajectoire fulgurante du musicien du Mississippi n'a rien eu de linéaire, ce que retrace bien le biopic

CANNES: Son manager vient de la fête foraine et la carrière du chanteur fut un grand huit, avec sommets et abysses: "Elvis", biopic porté par la révélation Austin Butler, dans le rôle-titre, et Tom Hanks, a été présenté mercredi au Festival de Cannes.

Comme dans un parc d'attractions, le spectateur ne voit pas passer les 2h39 du long-métrage de l'Australien Baz Luhrmann ("Moulin Rouge"). 

Le montage échevelé et l'explosion de couleurs, signatures du cinéaste, désarçonnent dans les premières scènes. Avant que le rythme au pas de charge ne fasse sens. Le show-biz est une lessiveuse et l'interprète de "Love Me Tender" a fini essoré, décédé à 42 ans en 1977.

L'Américain Austin Butler, 30 ans, relève avec brio le défi d'incarner le "King" pendant deux décennies. Avec une sacrée performance: c'est sa voix qu'on entend dans les séquences où Presley chante. 

Le Californien, également mannequin, apparu dans des séries Disney ou encore au cinéma dans "Once Upon a Time... In Hollywood" de Quentin Tarantino, est bluffant dans la reproduction des concerts en 1970 dans un palace de Las Vegas. 

Il suffit de comparer avec "Elvis: That's The Way It Is", documentaire réalisé cette année-là par l'Américain Denis Sanders. Presley a alors 35 ans et c'est déjà une énième relance de sa carrière, réussie cette fois. Il n'a plus que sept années à vivre mais tient encore la forme, loin du surpoids final, visage bouffi sous l'effet de l'alcool et des médicaments.

Manager manipulateur

Car la trajectoire fulgurante du musicien du Mississippi n'a rien eu de linéaire, ce que retrace bien le biopic (sortie 24 juin aux USA, deux jours avant en France), seconde superproduction à Cannes hors compétition après "Top Gun: Maverick" avec Tom Cruise. 

Le début a tout du conte de fées quand le Colonel Parker, manager venu du cirque et qui gère des stars de la country, repère ce gamin "blanc qui chante comme un Noir", comme le restitue le film. L'impresario mise sur ce showman né qui met en transe les spectatrices, bien avant les Beatles ou les Rolling Stones. 

Tom Hanks, grimé, vieillissant sa voix, lesté artificiellement de la silhouette pachydermique du Colonel Parker, livre une prestation dont les Américains raffolent. Il excelle en manipulateur pour qui "show must go on" et les caisses doivent se remplir. Qui offrira le meilleur et le pire à son poulain.

Austin Butler brille en jeune Elvis aux premiers succès, hérissant par ses déhanchements l'Amérique puritaine des années 1950. Et qui voit rapidement ses illusions fracassées par une industrie musicale cynique.

Des épisodes méconnus du grand public sont bien exploités dans le biopic. Forcé à chanter avec un chien dans un show télé, mauvaise idée de Parker, Elvis lui rend la monnaie de sa pièce en se produisant tout de cuir noir vêtu pour un show TV de Nöel, loin des pulls à bonhomme de neige. 

Le film n'est pas exempt de défauts -- scènes ampoulées d'Elvis enfant découvrant la musique noire américaine -- mais ne cache rien d'une vie dans le tourbillon sexe, drogue et rock'n'roll. 

Avant cette projection-événement, la guerre en Ukraine s'est brièvement invitée sur le tapis rouge mercredi. L'équipe du film ukrainien "Butterfly Vision" (hors compétition) a déployé sur les marches une banderole sur laquelle était écrit en anglais: "Les Russes tuent des Ukrainiens, est-ce que parler de ce génocide heurte votre sensibilité". Ils ont également fait retentir le son d'une sirène d'alerte.

Du côté de la compétition, Saeed Roustaee ("La loi de Téhéran") a présenté son nouveau film "Les frères de Leïla", sur une famille iranienne au bord de l'implosion. Dans la nuit, ce sera au tour de la Française Claire Denis de défendre "Stars at noon".


Johnny Depp dénonce à la barre les accusations «ahurissantes» d'Amber Heard

«Aucun être humain n'est parfait, certainement pas, aucun de nous, mais jamais de ma vie je n'ai commis de violences sexuelles ou de violences physiques», a affirmé l'acteur de 58 ans (Photo, AFP).
«Aucun être humain n'est parfait, certainement pas, aucun de nous, mais jamais de ma vie je n'ai commis de violences sexuelles ou de violences physiques», a affirmé l'acteur de 58 ans (Photo, AFP).
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  • «C'est horrible, ridicule, humiliant, insensé, douloureux, sauvage, brutal et cruel de façon inimaginable, et entièrement faux», a-t-il lancé
  • Le comédien a assuré que personne «n'aime devoir se révéler pour dire la vérité», mais il avait besoin d'exposer ce qu'il «porte sur le cœur»

WASHINGTON: Johnny Depp a dénoncé mercredi les accusations "ahurissantes" de violences conjugales portées par Amber Heard, en témoignant une seconde fois au procès pour diffamation qu'il intente à son ex-femme devant un tribunal américain.

"Aucun être humain n'est parfait, certainement pas, aucun de nous, mais jamais de ma vie je n'ai commis de violences sexuelles ou de violences physiques", a affirmé l'acteur de 58 ans.

Appelé une nouvelle fois à la barre de ce procès qui a débuté il y a six semaines à Fairfax, près de Washington, ses avocats lui ont demandé ce qu'il avait ressenti en entendant les accusations de son ex-épouse.

"C'est fou d'entendre ces accusations odieuses de violences, de violences sexuelles qu'elle m'attribue", a expliqué la vedette de la saga "Pirates des Caraïbes".

"Toutes ces choses ahurissantes, scandaleuses qu'elle dit que j'ai commises", a-t-il ajouté.

"C'est horrible, ridicule, humiliant, insensé, douloureux, sauvage, brutal et cruel de façon inimaginable, et entièrement faux", a-t-il lancé, répétant au jury: "entièrement faux".

Le comédien a assuré que personne "n'aime devoir se révéler pour dire la vérité", mais il avait besoin d'exposer ce qu'il "porte sur le cœur, avec réticence, depuis six ans".

Le couple avait entamé une relation en 2011, avant de se marier en 2015. Mais Amber Heard avait demandé le divorce en mai 2016 en l'accusant de violences conjugales. Le divorce avait été acté début 2017.

En 2020, il avait perdu un procès en diffamation à Londres contre le tabloïd britannique The Sun, qui l'avait qualifié de "mari violent".

Il avait ensuite porté plainte dans l'Etat de Virginie contre son ex-épouse, qui s'était décrite dans une tribune publiée dans le Washington Post en 2018 comme "une personnalité publique représentant les violences conjugales", sans nommer Johnny Depp.

Estimant que cette tribune a ruiné sa réputation et sa carrière, il réclame 50 millions de dollars en dommages-intérêts. 

L'actrice de 36 ans, apparue à l'affiche de "Justice League" et "Aquaman" a contre-attaqué et demande le double, affirmant avoir été mise au ban de l'industrie du cinéma depuis sa tribune.

«Il ne m'a jamais poussée»

A la barre, elle a évoqué les nombreuses disputes qui dégénéraient en violences physiques quand Johnny Depp était sous l'emprise d'un cocktail de drogues et d'alcool, dont un viol avec une bouteille d'alcool en 2015 en Australie.

L'acteur affirme pour sa part que c'est son épouse qui était violente et lui avait notamment coupé l'extrémité d'un doigt en lui lançant une bouteille de vodka lors de cette même dispute.

Auparavant, la top model britannique Kate Moss avait démenti les rumeurs selon lesquelles son ex-compagnon Johnny Depp l'aurait poussée dans un escalier durant leur relation, lors d'un court témoignage apporté au procès.

"Il ne m'a jamais poussée ou lancée dans un quelconque escalier", a déclaré Kate Moss en visioconférence depuis l'Angleterre.

Le 5 mai, Amber Heard avait décrit une dispute violente avec son mari en mars 2015 et avait évoqué une rumeur selon laquelle Johnny Depp aurait un jour poussé Kate Moss dans un escalier.

La top model de 48 ans, en couple avec l'acteur d'"Edward aux mains d'argent" entre 1994 et 1998, a raconté un incident qui s'est produit lors de vacances du couple en Jamaïque.

"On quittait la pièce et Johnny l'a quittée avant moi. Il y avait eu un orage et quand j'ai quitté la pièce, j'ai glissé jusqu'en bas des escaliers et je me suis blessée au dos", a-t-elle déclaré.

"Et j'ai crié parce que je ne savais pas ce qui venait de m'arriver et j'avais mal. Il est revenu en courant pour m'aider et m'a portée jusqu'à ma chambre et m'a obtenu des secours médicaux", a poursuivi la top model lors d'une intervention de trois minutes.

Les avocats d'Amber Heard n'ont eux pas souhaité interroger Kate Moss.

Le procès, qui a débuté le 11 avril, doit voir les débats se terminer vendredi, et son issue reste incertaine.