Maroc : la fermeture des frontières porte «un coup fatal» au tourisme

La place Jemaa el-Fna dans la ville historique marocaine de Marrakech, le 6 mai 2021. (Photo, AFP)
La place Jemaa el-Fna dans la ville historique marocaine de Marrakech, le 6 mai 2021. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 02 décembre 2021

Maroc : la fermeture des frontières porte «un coup fatal» au tourisme

La place Jemaa el-Fna dans la ville historique marocaine de Marrakech, le 6 mai 2021. (Photo, AFP)
  • Avalanche d'annulations, hôtels et agences de voyage fermés... La suspension des vols réguliers, en particulier avec la France – dont les ressortissants sont les premiers touristes étrangers – «porte un coup fatal au secteur»
  • Si en 2019 les recettes du secteur touristique avoisinaient 80 milliards de dirhams (7,5 milliards d'euros) pour 13 millions de touristes, elles avaient chuté de 65% début 2021

RABAT: Le tourisme au Maroc risque de recevoir le coup de grâce après l'annonce brutale de la fermeture des frontières en raison du variant Omicron, s'alarment les professionnels de ce secteur vital pour l'économie du royaume, déjà miné par une crise sans précédent depuis près de deux ans. 

Avalanche d'annulations, hôtels et agences de voyage fermés... La suspension des vols réguliers, en particulier avec la France – dont les ressortissants sont les premiers touristes étrangers – « porte un coup fatal au secteur », assène Mohamed Semlali, président de la Fédération nationale des agences de voyage du Maroc (FNAVM). 

Le 25 novembre, le Maroc a décidé de suspendre « jusqu'à nouvel ordre » les vols directs à destination et en provenance de France, du fait de la recrudescence de l'épidémie dans l'Hexagone. Avant de refermer toutes les frontières aériennes pour deux semaines. 

Dans un communiqué, la compagnie à bas prix irlandaise Ryanair a fait savoir jeudi qu'elle est « contrainte » d'annuler tous ses vols vers le Maroc jusqu'au 1er février 2022, « en raison d'un manque de clarté de la part du gouvernement marocain concernant son interdiction de vol », laissant « 230 000 passagers confrontés à des perturbations dans leurs projets de voyage ». 

Les opérateurs du tourisme, qui misaient sur les fêtes de fin d'année pour se redresser, voient rouge : « Toutes les réservations ont été annulées et la plupart des hôtels devront fermer, sachant que la moitié d'entre eux le sont depuis le début de la pandémie » en mars 2020, déplore Lahcen Zelmat, président de la Fédération nationale de l'industrie hôtelière (FNIH). 

Chute des recettes  

Le sort des voyagistes n'est pas meilleur. « Quelque 80% des agences de voyages sont déjà à l'arrêt », déplore M. Semlali, « et les récentes décisions vont empirer notre situation ». 

Sous l'effet des nouvelles restrictions de déplacement, le secteur touristique devrait essuyer des pertes évaluées à « au moins un milliard de dirhams » (88 M EUR) entre Noël et le jour de l'An, selon un opérateur cité par le site d'information économique Medias24. 

Sollicité par l'AFP, le ministère marocain du Tourisme n'a pas donné suite. 

Si en 2019 les recettes du secteur touristique avoisinaient 80 milliards de dirhams (7,5 milliards d'euros) pour 13 millions de touristes, elles avaient chuté de 65% début 2021, à 28 milliards de dirhams, selon les chiffres officiels. 

Les nuitées d'hôtel ont suivi la même tendance en s'effondrant de 25,2 millions en 2019 à 7 millions en 2020, soit une diminution de 72%. 

Mais après de longs mois d'isolement, le royaume chérifien a rouvert progressivement ses frontières à partir de juin, permettant un rebond des activités liées au tourisme, qui pèse près de 7% du PIB.  

Durant la période estivale, il a accueilli près de 2 millions de touristes – contre 165 000 pendant l'été 2020 –, selon le ministère de l'Économie.   

Les professionnels escomptaient voir le bout du tunnel avec l'assouplissement des mesures de restriction grâce à l'amélioration de la situation épidémiologique. 

« Très mauvaise nouvelle »  

Mais c'était sans compter avec la nouvelle flambée des cas de Covid-19 en Europe, qui a conduit les autorités marocaines à fermer les frontières aériennes d'abord avec l'Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, puis avec la France, et enfin le reste du monde depuis lundi minuit. 

« Nous étions très optimistes avec l'arrivée du Nouvel an, mais cette décision nous a pris par surprise. Nous étions au bord de la faillite. Maintenant, on a mis le pied dans la faillite », avertit Khalid Moubarak, le secrétaire général de la FNAVM. 

Les autorités justifient ces mesures drastiques « pour préserver les acquis du Maroc dans la lutte contre la pandémie ».   

« C'est une très mauvaise nouvelle pour l'économie du pays parce qu’il y avait une accélération des réservations vers le Maroc, devenu une alternative à un certain nombre de destinations fermées », analyse pour l'AFP Didier Arino, directeur du cabinet spécialisé français Protourisme. 

Rappelant que les Français représentent un tiers des arrivées, il estime que le calendrier tombe mal : « Sur les fêtes de fin d’année, on attendait une centaine de milliers de touristes français au Maroc. Là ils annulent ». 

L'impact social est également dévastateur : entre 20% et 30% des emplois du secteur ont déjà été détruits, estime M. Zelmat, le patron de la FNIH. 

La ministre du Tourisme Fatima Zahar Amor, citée par Medias24, a annoncé le retour de l'aide mensuelle de 2 000 dirhams (environ 190 euros) aux acteurs du secteur à l'arrêt pendant le dernier trimestre, sans préciser le nombre des bénéficiaires. 


Flambée des prix de l'énergie: en France, "baisse des taxes pas envisagée" à ce stade

La cité industrielle de Ras Laffan, principal site de production de gaz naturel liquéfié et de transformation gaz-liquide du Qatar, administré par QatarEnergy, située à environ 80 kilomètres au nord de Doha, le 6 février 2017. (AFP)
La cité industrielle de Ras Laffan, principal site de production de gaz naturel liquéfié et de transformation gaz-liquide du Qatar, administré par QatarEnergy, située à environ 80 kilomètres au nord de Doha, le 6 février 2017. (AFP)
Short Url
  • Le gouvernement français, via sa porte-parole Maud Bregeon, n’envisage pas de baisser les taxes sur les carburants malgré la hausse des prix liée aux tensions au Moyen-Orient
  • Le président Emmanuel Macron appelle à un moratoire sur les frappes contre les infrastructures énergétiques et insiste sur la nécessité de maîtriser le déficit public

PARIS: Le gouvernement français n'envisage pas à ce stade de baisser les taxes sur les prix des carburants, a indiqué jeudi sa porte-parole, alors que les prix du gaz et du pétrole ont grimpé de nouveau après des attaques par l'Iran d'installations énergétiques au Qatar.

"Le scénario d'une baisse des taxes n'est pas envisagé à l'heure où on se parle. En revanche, on entend les difficultés par exemple sur la trésorerie" de différents secteurs comme les transporteurs ou les pêcheurs, a affirmé sur BFMTV la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon qui est également chargée du portefeuille de l'Energie.

Elle a expliqué que le gouvernement n'avait "plus les moyens du quoi qu'il en coûte" comme pendant l'épidémie de Covid et devait tenir le déficit public à 5% du Produit intérieur brut (PIB), en rappelant avoir fait "le choix" dans le budget 2026 de "ne pas augmenter l'impôt des Français".

Maud Bregeon a souligné aussi que la situation n'avait "rien à voir" avec 2022, quand les prix de l'énergie avaient augmenté après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Evoquant une réunion prévue sur l'énergie, jeudi en fin de matinée autour du Premier ministre Sébastien Lecornu, la porte-parole a indiqué que ce rendez-vous visait à faire "le point sur la situation pour envisager les différentes possibilités en fonction de la durée du conflit, en fonction de la difficulté que rencontrent les secteurs économiques".

"Toutes les options sont sur la table", a-t-elle dit.

"J'entends ceux qui voudraient qu'on débourse d'ores et déjà des milliards pour aider des gens dont j'entends les difficultés (...) mais il faut aussi porter ce discours de vérité" sur la "nécessité" de réduire le déficit, a-t-elle insisté.

La représentante du gouvernement a aussi rappelé les initiatives d'Emmanuel Macron en faveur du déblocage du détroit d'Ormuz.

Le président a en outre appelé jeudi à un moratoire sur les frappes contre les infrastructures civiles au Moyen-Orient, notamment énergétiques, et a dit avoir échangé avec le président américain Donald Trump et l'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.


Les marchés boursiers les yeux tournés vers les banques centrales plus que vers le Moyen-Orient

Les Bourses européennes ont de nouveau clôturé en hausse mardi, les yeux davantage tournés vers les prochaines décisions des banques centrales que vers la guerre contre l'Iran et la hausse du pétrole. (AFP)
Les Bourses européennes ont de nouveau clôturé en hausse mardi, les yeux davantage tournés vers les prochaines décisions des banques centrales que vers la guerre contre l'Iran et la hausse du pétrole. (AFP)
  • Paris a progressé de 0,49%, Francfort a pris 0,71% et Londres a gagné 0,83%, dans l'attente d'un probable statu quo sur les taux directeurs après la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi et de la Banque d'Angleterre
  • Aux alentours de 17H00 GMT, New York suivait timidement la tendance haussière (+0,42% pour le Nasdaq, +0,37% pour le S&P 500 et +0,32% pour le Dow Jones)

PARIS: Les Bourses européennes ont de nouveau clôturé en hausse mardi, les yeux davantage tournés vers les prochaines décisions des banques centrales que vers la guerre contre l'Iran et la hausse du pétrole.

Dans ce contexte, Paris a progressé de 0,49%, Francfort a pris 0,71% et Londres a gagné 0,83%, dans l'attente d'un probable statu quo sur les taux directeurs après la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi et de la Banque d'Angleterre.

Symbole de ce rebond, l'action du constructeur automobile Stellantis a progressé de 2,89% à Paris.

A Francfort, les investisseurs ont privilégié les valeurs défensives, moins exposées à la conjoncture, comme l’énergéticien E.ON (+3,20%, 20,30 euros), les réassureurs Hannover Re (+4,03%, 273,80 euros) et Munich Re (+2,48%, 553,40 euros).

Aux alentours de 17H00 GMT, New York suivait timidement la tendance haussière (+0,42% pour le Nasdaq, +0,37% pour le S&P 500 et +0,32% pour le Dow Jones).

"Comme hier (lundi), nous sommes dans une vague de reprise, peut-être technique", résume Frédéric Rozier, gestionnaire de portefeuille pour la banque privée Mirabaud.

Cette légère amélioration "ne constitue pas vraiment une lueur d’espoir", tempère Andreas Lipkow à Francfort.

Ralentissement de la hausse du pétrole 

Aucune amélioration géopolitique au Moyen-Orient n'explique la résilience des marchés boursiers.

Le président français Emmanuel Macron a indiqué que la France n'était pas prête à s'engager dans des "opérations" de sécurisation du détroit d'Ormuz "dans le contexte actuel".

La compagnie aérienne British Airways a annoncé mardi suspendre jusqu'au 31 mai inclus ses vols vers Amman, Bahreïn, Dubaï et Tel-Aviv "en raison de l'incertitude persistante de la situation au Moyen-Orient".

Surtout, les prix du pétrole continuent à augmenter, moins fortement que la veille: vers 17H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord s'échangeait à 102,17 dollars (+1,96%) et son équivalent américain du WTI progressait de 1,82% à 95,20 dollars.

Passée la "stupéfaction" des premiers jours, "il y a une forme de normalisation (...) au bout de deux ou trois semaines de conflit (...) le marché se remet en mode économie de guerre", décrypte Frédéric Rozier.

Détente sur les taux d'emprunt des États 

De fait, les marchés boursiers semblent anticiper les décisions des banques centrales de ne pas relever leurs taux directeurs malgré des risques d'inflation liée à la hausse du pétrole.

"Le marché a envie de croire que les banques centrales vont considérer cette inflation comme temporaire et donc ne vont pas sur-réagir par une hausse des taux", commente Frédéric Rozier.

"Nous anticipons que la Fed laissera ses taux directeurs inchangés lors de sa réunion de cette semaine", estime aussi Bénédicte Kukla, stratégiste en chef chez Indosuez Wealth Management

"Il est probable que l'inflation dépasse temporairement les 3% d'ici la fin 2026 (...) Malgré ces tensions, nous n'anticipons pas de modification des taux directeurs de la BCE cette semaine — trop tôt", ajoute Mme Kukla.

Dans ce contexte, les taux d'intérêt sur les emprunts émis par les États pour financer leurs dettes reculaient, après avoir bondi aux premiers jours du conflit.

Aux alentours de 17H00 GMT, le rendement de l'emprunt allemand à échéance 10 ans (Bund), qui fait référence en Europe, se maintenait à 2,90% contre 2,95% la veille. Il évoluait autour de 2,64% avant la guerre.

Son équivalent français affichait un rendement à 3,55% contre 3,61% lundi en clôture (et contre 3,22% avant le début du conflit).

Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans, l'échéance la plus scrutée, se maintenait à 4,19%.

La Banque centrale australienne (RBA) a de son côté relevé mardi son taux directeur de 0,25 point de pourcentage, invoquant la "forte hausse des prix des carburants".

 


Commerce: la Chine envoie samedi son vice-Premier ministre en France pour des discussions avec Washington

Un cargo transportant du minerai de fer importé est dirigé vers un poste d’amarrage dans un port de Qingdao, dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine, le 11 mars 2026. (AFP)
Un cargo transportant du minerai de fer importé est dirigé vers un poste d’amarrage dans un port de Qingdao, dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine, le 11 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • Le vice-Premier ministre chinois He Lifeng se rendra en France du 14 au 17 mars pour des consultations commerciales avec les États-Unis, avec des discussions prévues à Paris avec le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent
  • Ces négociations interviennent sur fond de tensions commerciales persistantes entre Washington et Pékin, avant une possible visite du président américain Donald Trump en Chine fin mars

PEKIN: La Chine a confirmé vendredi que son vice-Premier ministre He Lifeng, chargé des questions économiques, effectuera à partir de samedi une visite en France, pour mener des discussions avec les Etats-Unis sur le commerce.

Ces négociations de haut niveau se dérouleront quelques semaines avant une possible visite à Pékin du président américain Donald Trump, lors de laquelle il rencontrerait son homologue Xi Jinping.

Le Trésor américain avait déjà indiqué jeudi que ces discussions commerciales bilatérales auraient lieu dimanche et lundi à Paris, entre He Lifeng et le ministre américain des Finances, Scott Bessent.

Le dirigeant chinois "conduira une délégation en France du 14 au 17 mars pour des consultations commerciales avec la partie américaine" sur des questions "d'intérêt mutuel", a indiqué vendredi le ministère chinois du Commerce.

Scott Bessent sera accompagné à Paris par le représentant de la Maison Blanche pour le Commerce (USTR), Jamieson Greer.

Le président américain prévoit de se rendre à Pékin du 31 mars au 2 avril, a indiqué la Maison Blanche. Les autorités chinoises n'ont pas confirmé cette visite ni ce calendrier, ce qui est habituel de leur part.

Les Etats-Unis et la Chine se sont livré l'an passé une âpre bataille aux retombées mondiales, à coups de droits de douane et de restrictions diverses. Une trêve précaire a ensuite été conclue, sous l'égide, déjà, de Scott Bessent et He Lifeng.

Des points de friction subsistent toutefois.

La Maison Blanche a annoncé mercredi lancer une série d'enquêtes destinées à documenter des préjudices économiques subis par les Etats-Unis. Elles visent une quinzaine de pays ou bloc (l'Union européenne), dont la Chine. Elles sont une première étape vers de potentiels nouveaux droits de douanes.

Cette initiative est un "exemple typique d'unilatéralisme" qui "porte gravement atteinte à l'ordre économique et commercial international", a dénoncé vendredi le ministère chinois du Commerce dans un communiqué séparé.

"La Chine exhorte les Etats-Unis à revenir sur leurs pratiques contestables et à privilégier le dialogue et la consultation pour résoudre les différends", a-t-il souligné.