A Chypre, le pape dénonce l'«esclavage et la torture» lors d'une prière avec des migrants

Il a accusé une nouvelle fois la Turquie d'«instrumentaliser la migration à Chypre». (Photo, AFP)
Il a accusé une nouvelle fois la Turquie d'«instrumentaliser la migration à Chypre». (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 04 décembre 2021

A Chypre, le pape dénonce l'«esclavage et la torture» lors d'une prière avec des migrants

  • Le pape François s'exprimait lors d'une prière œcuménique avec des migrants dans une église de Nicosie au deuxième jour de sa visite sur l'île divisée de Chypre
  • Le pape, qui a mis la question migratoire au coeur de sa visite, doit emmener 50 migrants, dont 10 migrants en situation irrégulière détenus, avec lui en Italie

NICOSIE : Le pape a dénoncé avec force vendredi à Nicosie le traitement réservé à certains migrants en proie à l'"esclavage" et la "torture", estimant que leur sort rappelle des épisodes sombres de l'Histoire comme ceux des nazis ou de la dictature de Staline.

Le pape François s'exprimait lors d'une prière œcuménique avec des migrants dans une église de Nicosie au deuxième jour de sa visite sur l'île divisée de Chypre, porte vers l'Union européenne pour beaucoup de migrants. 

Le pape, qui a mis la question migratoire au coeur de sa visite, doit emmener 50 migrants, dont 10 migrants en situation irrégulière détenus, avec lui en Italie, selon Nicosie.  

Des dizaines de personnes, dont une majorité d'étrangers, se sont pressées devant l'église de la Sainte-Croix à Nicosie, située à quelques mètres de la zone tampon administrée par l'ONU, dans l'espoir peut-être de pouvoir être du voyage.

Bassel Ismail, un réfugié syrien d'une vingtaine d'années, à Chypre depuis environ sept mois attendait avec sa femme et son bébé. 

"Nous sommes venus voir le pape et peut-être il nous amènera avec lui au Vatican (...) On veut rejoindre mon frère" de 12 ans en Italie, a-t-il dit.

"Votre présence, frères et sœurs migrants, est très significative pour cette célébration", a dit le pape de 84 ans dans l'église.

Dieu nous appelle "à ne pas nous résigner à un monde divisé (...) mais à cheminer dans l’histoire attirés par le rêve de Dieu : une humanité sans murs de séparation, libérée de l’inimitié", a-t-il ajouté.

Le ministère de l'Intérieur a indiqué que deux Camerounais "bloqués dans la zone tampon" séparant les deux parties de l'île divisée figuraient parmi les migrants qui devaient partir avec le pape.

«Bénédiction»

Il a accusé une nouvelle fois la Turquie d'"instrumentaliser la migration à Chypre", appelant les "partenaires européens" à faire preuve de "solidarité" avec Nicosie face "aux difficultés liées au flux croissant de migrants".

Dans l'église, Marina Nouwo une Camerounaise de 33 ans, a exprimé son émotion de rencontrer le pape: "C'est une bénédiction que Dieu nous accorde".

Cette mère de quatre enfants a quitté son pays il y a un mois avec son mari et espère, elle aussi, pouvoir être accueillie en Italie.

"J'ai fui les violences, les bombes, la faim et la douleur", explique pour sa part un Sud-asiatique s'exprimant sous le couvert de l'anonymat. "J'ai dû me cacher dans des coffres de voitures et j'ai été jeté dans des embarcations qui prenaient l'eau. Déçu, exploité, oublié, ignoré… J'ai été forcé de migrer."

Le pape François a appelé à "ouvrir les yeux" devant l'"esclavage" et la "torture", que subissent les migrants dans les camps, dressant un parallèle avec la Seconde Guerre mondiale.

"Cela nous rappelle l'histoire du siècle dernier, des nazis, de Staline, et on se demande comment cela a pu se passer. Mais ce qui s'est passé autrefois est en train d'arriver aujourd'hui sur les côtes voisines (…) Il y a des lieux de torture, des gens qui sont vendus. Je le dis car c'est ma responsabilité d'ouvrir les yeux", a déclaré le pape dans une longue improvisation au cours de la prière œcuménique avec des migrants.

Dans la matinée, le pape a célébré une grande messe dans le grand stade de la capitale chypriote devant des milliers de personnes.

«Rester unis»

"Si nous ne nous rassemblons pas, nous ne dialoguons pas (...) nous ne pourrons pas guérir pleinement de nos aveuglements", a-t-il lancé, en présence du président chypriote Nicos Anastasiades et d'un important dispositif de sécurité et face aux fidèles agitant des drapeaux libanais, argentins ou encore philippins.

Parmi eux, des membres de la communauté catholique latine de Chypre, composée d'environ 25.000 membres, aujourd'hui majoritairement des travailleurs immigrés asiatiques et des réfugiés africains.

Dans le stade, Janine Daou, 39 ans, a fait le voyage depuis le Liban "malgré les difficultés économiques", afin de "demander de l'aide" au pape pour son pays.

Jeudi, le pontife argentin de 84 ans avait lancé un vibrant appel à l'"unité", déplorant la "terrible lacération" de l'île divisée depuis l'invasion turque de 1974.

"Le chemin de la paix, qui guérit les conflits (...), est balisé par un mot: dialogue", a-t-il déclaré, alors que les pourparlers avec l'autoproclamée République turque de Chypre Nord (RTCN, reconnue uniquement par Ankara) pour la réunification de l'île sont au point mort depuis 2017.

Aux portes d'une région minée par les conflits et la crise migratoire, le pape a de nouveau mis en garde le continent européen contre "les murs de la peur" et les "intérêts nationalistes".


L'Iran et les Etats-Unis jugent un accord proche

Une femme passe devant une fresque antiaméricaine peinte sur le mur de l'ancienne ambassade des États-Unis, aujourd'hui transformée en musée, à Téhéran, le 12 juin 2026. (Photo AP/Vahid Salemi).
Une femme passe devant une fresque antiaméricaine peinte sur le mur de l'ancienne ambassade des États-Unis, aujourd'hui transformée en musée, à Téhéran, le 12 juin 2026. (Photo AP/Vahid Salemi).
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  • L’Iran et les États-Unis se disent proches d’un accord pour mettre fin à plusieurs mois de tensions au Moyen-Orient
  • Des désaccords persistent sur le nucléaire iranien, les sanctions économiques et le dossier libanais

TEHERAN: L'Iran et le médiateur pakistanais ont affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis était proche pour mettre fin à trois mois et demi de conflit au Moyen-Orient, un haut responsable américain affichant également un ton optimiste.

Après des semaines de négociations laborieuses et d'espoirs déçus à plusieurs reprises, est-on dans la dernière ligne droite? Les principaux protagonistes se disent confiants même si la version du texte donnée par les médias iraniens diffère significativement de celle avancée par Washington.

"Dès que les dernières étapes de nos négociations seront achevées, cet accord sera signé et annoncé", a indiqué le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la télévision d'Etat.

"Cela pourrait arriver dans les prochains jours. J'ai bon espoir", a-t-il déclaré.

Le ministre a affirmé que le projet d'accord prévoyait la levée du blocus américain des ports iraniens et une nouvelle gestion du détroit d'Ormuz.

Il a cependant accusé Israël de chercher des "prétextes" pour faire "dérailler" un éventuel accord avec Washington.

Même tonalité positive du côté du Premier ministre du Pakistan, principal négociateur dans le conflit. "La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", selon Shehbaz Sharif.

- Signature "à distance" -

Et à Washington, un haut responsable a estimé à "80 à 85%" la probabilité d'un accord-cadre ouvrant une période de 60 jours de discussions techniques, mais "pas 100%". "La ligne d'arrivée n'est pas encore franchie", a-t-il averti, sous le couvert de l'anonymat.

La Suisse a déjà proposé d'accueillir une éventuelle signature, alors qu'un sommet du G7 en présence de Donald Trump doit commencer lundi dans la ville française d'Evian, près de Genève. Mais Téhéran a affirmé qu'une fois finalisé, le protocole d'accord serait signé "à distance".

Les marchés parient de leur côté sur une telle issue, avec un pétrole passé sous la barre des 90 dollars le baril.

Le président américain, qui a déjà annoncé 39 fois un accord imminent selon un décompte de CNN, peine à trouver une issue à cette guerre impopulaire, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre et en plein Mondial de football co-organisé par les Etats-Unis.

Il s'est fendu vendredi d'un message furieux sur son réseau Truth Social: "Les termes (d'accord) que l'Iran a fait fuiter aux médias menteurs n'ont RIEN à voir avec les termes dont nous sommes convenus par écrit".

"Ce sont des gens qui n'ont pas d'honneur. Avec eux, il est impossible de négocier de bonne foi", a-t-il écrit aussi.

- Dilution de l'uranium -

L'agence de presse iranienne Mehr avait publié plus tôt ce qu'elle a présenté comme une ébauche de protocole en 14 points, avec des conditions telles que le maintien du contrôle sur le détroit d'Ormuz, le droit à l'enrichissement d'uranium, le déblocage rapide de 24 milliards de dollars de fonds iraniens gelés à l'étranger.

Washington a livré de son côté une toute autre version du texte.

Le compromis doit, selon le responsable américain, mener à la réouverture d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures.

Il doit aussi aboutir au "démantèlement" du programme nucléaire iranien et permettre aux Etats-Unis de récupérer l'uranium hautement enrichi, qui serait "détruit sur place" puis "sorti" du pays.

Mais Abbas Araghchi a préconisé vendredi une dilution sur le sol iranien de ses stocks d'uranium enrichi à 60%.

Diluer l'uranium à un taux inférieur à 5%, loin des 90% requis pour fabriquer la bombe nucléaire, permettrait d'éloigner considérablement la menace d'un enrichissement à des fins militaires.

Téhéran dément vouloir se doter de l'arme atomique, comme l'en accusent les Etats-Unis et Israël.

- Liban -

Enfin, sur la question des avoirs, "les Iraniens ne recevront pas d'argent et les fonds ne seront pas libérés simplement par une signature d'accord ou la participation à une réunion", a insisté sur X le vice-président américain JD Vance.

Ce point est central pour l'Iran, après des décennies de sanctions qui asphyxient son économie.

Le conflit, déclenché par des frappes américano-israéliennes le 28 février avant l'entrée en vigueur d'une trêve le 8 avril, a embrasé le Moyen-Orient, fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

Autre point d'achoppement majeur, le front libanais.

Selon Washington, l'accord en discussion avec l'Iran inclut bien le Liban, comme réclamé par Téhéran, alors que les Etats-Unis avaient toujours dit vouloir traiter ce dossier séparément.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le territoire israélien en soutien à l'Iran. Depuis, Israël pilonne le pays voisin, disant vouloir "éliminer" le mouvement chiite. Des frappes qui ont fait plus de 3.700 morts.


Erdogan et Netanyahu s'écharpent sur le Proche-Orient

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
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  • Recep Tayyip Erdogan a vivement accusé Benjamin Netanyahu de “marcher sur les pas d’Hitler”, dénonçant la politique israélienne à Gaza comme une “usine à souffrance” et un “réseau génocidaire”
  • Les échanges verbaux se sont durcis : Israël a répliqué en qualifiant Erdogan de “dictateur antisémite”, tandis que les tensions s’intensifient autour de Gaza, du Liban et de la sécurité régionale

ISTANBUL: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de "marcher sur les pas d'Hitler", les deux dirigeants se renvoyant le qualificatif de "génocidaire" par discours et communiqués interposés.

Affirmant qu'Israël s'est mué en une "usine à créer de la souffrance" se nourrissant "de sang et de larmes", le chef de l'Etat turc a à nouveau comparé M. Netanyahu à Adolf Hitler, lui prédisant "le même sort que celui des autres tyrans de l'histoire".

Mercredi, le président Erdogan, à couteaux tirés avec Benjamin Netanyahu depuis le déclenchement de la guerre à Gaza fin 2023, avait déjà déclaré que "la sécurité de la Turquie commence (...) à Alep, Damas et Beyrouth", estimant que le Premier ministre israélien et "sa clique criminelle" menacent également la Turquie.

"Nous ne tolérerons aucun fait accompli dans les pays frères et ne resterons pas les bras croisés face aux attaques", a-t-il ajouté face aux députés de son parti. En soulignant que l'armée israélienne "refuse de se retirer du Liban", où ses frappes ont fait quelque 3.700 morts depuis le déclenchement le 2 mars de sa nouvelle guerre contre le Hezbollah, selon les autorités locales.

Le bureau de Benjamin Netanyahu a rétorqué mercredi soir dans un communiqué en accusant "le dictateur antisémite Erdogan, auteur d'un génocide contre les Kurdes", de soutenir le Hamas et d'emprisonner ses opposants, jugeant qu'"il est bien le dernier à pouvoir donner des leçons de morale à Israël".

Revenant à la charge, Recep Tayyip Erdogan a dénoncé jeudi les méfaits à Gaza du "réseau génocidaire sioniste dirigé par Netanyahu".

"Ceux qui s'attaquent à notre région comme des requins assoiffés de sang devront un jour répondre de leurs actes", a-t-il conclu.


Médiation Etats-Unis/Iran : le Premier ministre du Pakistan affirme qu'un accord sur un texte de paix a été "atteint"

Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
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  • Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme qu’un accord sur le texte final d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran aurait été atteint, le Pakistan jouant un rôle de médiation entre les deux parties
  • Malgré des tensions et des accusations de désinformation, l’Iran estime que la conclusion d’un accord avec les États-Unis n’a jamais été aussi proche, tandis que Donald Trump conteste des fuites et nie qu’un texte corresponde à ce qui a été convenu

ISLAMABAD: Le Premier ministre du Pakistan Shehbaz Sharif a déclaré vendredi qu'un accord avait été "atteint" sur le texte d'un accord de paix entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer qu'un accord sur le texte final de l'accord de paix a été atteint et que le Pakistan maintenant travaille avec les deux parties pour finaliser les étapes suivantes", a écrit M. Sharif sur X.

"La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", a-t-il dit.

L'Iran a lui-même affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis n'avait "jamais été aussi proche", semblant vouloir calmer le jeu après un message furieux de Donald Trump accusant Téhéran de faire circuler un faux texte.

"Alors que le Pakistan déploie d'intenses efforts de médiation, nous avons pleinement conscience du fait qu'une campagne de désinformation incessante est menée par ceux qui veulent saboter l'accord de paix", a encore déclaré le ministre pakistanais.