Les banques françaises en Arabie saoudite: un exemple d’export réussi

 Si 80 entreprises françaises de toutes tailles sont aujourd’hui implantées dans le Royaume, les banques françaises constituent un exemple particulièrement réussi d’export, comme Société Générale. (Photo, AFP)
Si 80 entreprises françaises de toutes tailles sont aujourd’hui implantées dans le Royaume, les banques françaises constituent un exemple particulièrement réussi d’export, comme Société Générale. (Photo, AFP)
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Les banques françaises en Arabie saoudite: un exemple d’export réussi

  • «Le pays connaît une transformation économique majeure avec la Vision 2030. C’est une opportunité pour nous de prendre part à cette transformation historique», explique le directeur général de la Société générale
  • «Comme banque internationale et française, nous avons une expérience qui peut faire la différence dans les produits dérivés, le financement de projets, ou encore le crédit export», assure Amine Jaoui

DUBAI: Sur le plan économique et dans le monde des affaires, la France et l’Arabie saoudite tissent des liens solides dans de nombreux domaines, et le secteur bancaire n’y fait pas exception. Si 80 entreprises françaises de toutes tailles sont aujourd’hui implantées dans le Royaume, les banques françaises constituent un exemple particulièrement réussi d’export, comme Société Générale. Présente en Arabie saoudite depuis 2010, elle y opère avec une licence de l'Autorité des marchés de capitaux (CMA). Les relations de la banque française avec le Royaume sont cependant bien plus anciennes, comme l’explique à Arab News en français Amine Jaoui, directeur général de la banque en Arabie saoudite. 

«Nous avons toujours entretenu des relations avec des clients historiques dans le Royaume», indique M. Jaoui, qui travaille sur des sujets saoudiens depuis 2015, et qui vit dans le pays depuis 2019. «Il était important et naturel d’être présent sur place. L’Arabie saoudite est une économie de taille, la première de la région, et nous y apportons une grande expertise», explique-t-il. M. Jaoui note une forte intensification des relations de la Société Générale (SG) avec des partenaires saoudiens dans le secteur privé ou public. 

Dressant le bilan de ces dix dernières années, M. Jaoui estime que SG a atteint ses objectifs de croissance mais aussi son «objectif qualitatif», celui «d’être de plus en plus présent sur des projets saoudiens stratégiques pour la politique du Royaume, pour les entreprises publiques ou pour les champions du secteur privé», ajoute-t-il. «Nous constatons que la qualité du dialogue avec nos partenaires s’améliore, et les projets sur lesquels nous sommes présents sont d’une plus grande importance. Si nous soutenons quand il est possible des entreprises françaises, le cœur de notre stratégie en Arabie saoudite reste notre développement en servant des entreprises et des banques locales», assure-t-il.

Depuis 2018, Société Générale a en effet connu une accélération de son activité dans le Royaume. «Nous avons fait un choix stratégique dans notre approche sur le Golfe et plus spécifiquement sur l’Arabie saoudite, en décidant être davantage présents et de manière plus pertinente auprès de nos clients et de nos partenaires saoudiens. Nous sommes passés à un niveau supérieur en termes d’investissement, d’expertise et de ressources», indique Amine Jaoui. Sans oublier que le pays connaît une transformation économique majeure avec  la Vision 2030, qui modifie la composition de l’économie saoudienne et renforce le dynamisme d’un certain nombre de champions saoudiens, notamment à l’international. C’est donc une opportunité pour nous de prendre part à cette transformation historique.»

Amine Jaoui tient d’ailleurs à rappeler que le secteur financier saoudien est un élément clé de la Vision 2030. «Pour atteindre les objectifs de ce programme, il faut assurer un financement nécessaire et posséder un secteur financier et un marché des capitaux sophistiqués», ajoute-t-il. «Les autorités saoudiennes en sont conscientes, ce qui explique l’effort entrepris pour accélérer le développement de ce secteur. Cela se traduit par un dynamisme des banques internationales dans le Royaume, mais aussi par une consolidation bancaire au niveau des banques nationales saoudiennes.» 

«Penser sur le long terme» 

Dans ce secteur en pleine transformation, SG se doit d’être fin prête. «Nous nous attendons à ce que les besoins de nos clients gagnent en sophistication», confie Amine Jaoui. «Les solutions que nous devrons leur proposer devront être davantage du sur-mesure. Mais c’est l’opportunité pour nous de développer ces secteurs et ces structures où nous sommes reconnus comme des leaders internationaux». Dans le domaine de la transition énergétique, des marchés des capitaux – notamment des émissions obligataires dites «vertes» –,  de la finance islamique, de l’infrastructure, des équipements maritimes et des privatisations,  Société Générale pourrait faire valoir son expérience française importante. «L’Arabie saoudite est un marché extrêmement concurrentiel et compétitif, tous les acteurs internationaux sont là», rappelle-t-il. «Il faut donc choisir intelligemment les secteurs et les domaines d’expertise dans lesquels nous sommes sûrs de pouvoir apporter la valeur ajoutée la plus forte. C’est un apprentissage.» 

 «En tant que banque internationale et française, nous avons une expérience qui peut faire la différence dans les produits dérivés, le financement de projets, ou encore le crédit export, qui permet actuellement aux entreprises de participer aux grands marchés de développement saoudien», poursuit M. Jaoui, qui souligne qu’«il ne faut pas négliger l’historique des relations franco-saoudiennes». 

Et de noter: «La France est active dans des secteurs stratégiques comme le pétrole depuis très longtemps. Sa présence  grandit sur des projets culturels et patrimoniaux comme AlUla. Et si la francophonie cherche à se développer un peu plus, les entreprises françaises peuvent profiter de cet historique pour réussir en Arabie saoudite». Sur ce plan, Amine Jaoui met l’accent sur le rôle de la culture, nécessaire selon lui pour construire une relation de confiance entre Français et Saoudiens. «Je conseillerais aux Français de penser sur le long terme, de privilégier les relations humaines plutôt que les contrats et de développer une présence sur place. Il existe une appréhension naturelle pour ce qu’on ne connaît pas. Mais le pays a une culture beaucoup plus diversifiée qu’on ne le pense. On constate une accélération de la transformation du mode de vie palpable de jour en jour. Le gouvernement saoudien a également mis en place des politiques pour ouvrir le pays aux visiteurs, ce qui va permettre aux investisseurs, aux entreprises françaises et aux particuliers de mieux connaître le Royaume. Cela ouvrira la voie au développement d’un contact humain et à une meilleure compréhension des opportunités.» 

Un message que SG semble assumer pleinement, les banquiers de l’institution française au Royaume étant saoudiens. «La saoudisation des emplois est tout à fait naturelle et organique», explique Amine Jaoui. «La saoudisation en elle-même est une chance. En effet, les talents nécessaires pour notre développement ont une connaissance fine de ce pays et il est tout à fait normal de recruter dans la population saoudienne des banquiers expérimentés et techniquement excellents. Surtout que le pool de talents locaux est remarquable dans notre secteur et il est antinomique d’espérer y réussir sans attirer des talents locaux. Bien qu’il y ait une forte concurrence pour attirer ces hommes et ces femmes, la qualité des générations montantes du pays, leurs ambitions, et leur niveau d’éducation cosmopolite sont de vraies chances pour les entreprises françaises.»

 


« Marché stratégique » : PepsiCo souligne le rôle de l’Arabie saoudite dans sa croissance mondiale

Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Djeddah. (Fourni)
Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Djeddah. (Fourni)
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  • PepsiCo considère l’Arabie saoudite comme un marché stratégique majeur, avec des investissements continus et un fort alignement sur la Vision 2030
  • L’entreprise accélère l’innovation (IA, R&D, produits sans sucre) pour répondre à l’évolution des consommateurs et renforcer sa croissance régionale

RIYAD : PepsiCo considère l’Arabie saoudite comme un marché « stratégique » offrant des opportunités croissantes d’investissement et d’innovation, alors que le Royaume demeure une cible clé pour l’entreprise.

La société affirme s’être étroitement alignée sur les objectifs à long terme du Royaume, en s’appuyant sur une présence qui s’étend sur près de sept décennies.

« Nous opérons dans le Royaume depuis presque 70 ans », a déclaré Eugene Willemsen, PDG des boissons internationales chez PepsiCo, à Arab News. « Nous avons immédiatement adopté la Vision 2030 dès son lancement et avons clairement indiqué que nous voulions en faire partie, mais aussi y contribuer activement. »

Il a souligné plusieurs domaines dans lesquels PepsiCo a élargi son rôle, notamment en renforçant l’intégration des talents saoudiens et féminins, en faisant évoluer son portefeuille de produits et en soutenant des initiatives favorisant des modes de vie plus actifs.

« Nous nous voyons comme un contributeur à la Vision 2030… et nous nous réjouissons de continuer à le faire avec l’ensemble de nos activités en Arabie saoudite », a-t-il ajouté. 

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Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Riyad. (Fourni)

L’Arabie saoudite est l’un des marchés les plus importants de PepsiCo à l’échelle mondiale, soutenu par de solides capacités locales et des partenariats de longue date.

« C’est un marché très important pour PepsiCo. C’est un marché stratégique pour nous », a déclaré Willemsen. « Nous disposons de capacités très solides et avancées en marketing, dans les domaines commerciaux et dans la chaîne d’approvisionnement, que nous pouvons exploiter à l’échelle de notre réseau international. »

Il a également mis en avant le rôle des partenaires d’embouteillage locaux, évoquant des relations « qui remontent à plusieurs décennies » et offrant des « capacités exceptionnelles » au bénéfice de l’ensemble du système PepsiCo.

L’entreprise emploie environ 9 000 personnes dans ses opérations en Arabie saoudite et a continué d’étendre sa présence locale. Parmi les investissements récents figure un nouveau centre de recherche et développement dans le quartier financier King Abdullah à Riyad, développé en collaboration avec son activité snacks.

« Il s’agit d’un investissement d’environ 30 millions de riyals saoudiens (8 millions de dollars) », a précisé Willemsen, ajoutant que ce centre vise à développer des produits adaptés aux besoins locaux et potentiellement intégrant des cultures locales, avec des applications pouvant s’étendre à l’ensemble du Moyen-Orient.

L’évolution des préférences des consommateurs influence également la stratégie de PepsiCo dans le Royaume, notamment avec une demande croissante pour des options plus saines.

« Nous avons fortement mis l’accent sur les offres sans sucre ici en Arabie saoudite, et nous avons observé un changement significatif vers le zéro sucre », a-t-il expliqué. « Les consommateurs, tous âges et profils confondus, recherchent des options permettant de réduire leur consommation de sucre. »

Parallèlement, l’hydratation est une priorité majeure, notamment en raison du climat du Royaume. Willemsen a évoqué des opportunités d’élargir les produits contenant des électrolytes, destinés aussi bien aux consommateurs actifs qu’à un usage quotidien.

PepsiCo intensifie également l’utilisation de l’intelligence artificielle dans ses opérations, de l’agriculture au développement de produits.

« Nous voulons être parmi les leaders dans l’adoption de l’IA dans le secteur des biens de consommation », a déclaré Willemsen. « L’IA permet de tester et valider des concepts beaucoup plus rapidement, de développer des produits plus vite et de les lancer plus rapidement sur le marché. »

Il a précisé que l’IA est utilisée dans les opérations agricoles mondiales de l’entreprise pour aider les agriculteurs à optimiser l’utilisation de l’eau, l’application d’engrais et les rendements.

Concernant les chaînes d’approvisionnement, Willemsen a indiqué que l’entreprise se concentre sur le renforcement de la résilience locale face à la volatilité mondiale.

« Notre objectif à travers le monde est de créer des chaînes d’approvisionnement aussi locales que possible », a-t-il déclaré. « Nous avons développé une grande résilience et agilité pour faire face à différents scénarios. »

Malgré l’incertitude mondiale, il s’est dit confiant quant aux perspectives à long terme du marché saoudien.

« Le marché saoudien est en lui-même très résilient », a-t-il affirmé. « Parce qu’il évolue rapidement, il continue d’offrir des opportunités d’innovation et de réponse aux besoins changeants des consommateurs. »

Il a ajouté : « Il existe une forte résilience intrinsèque en Arabie saoudite, ce qui nous donne confiance dans le fait que ce pays continuera à croître et à prospérer. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L’euro numérique, un enjeu stratégique de souveraineté européenne

Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ? (AFP)
Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ? (AFP)
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  • À la suite de l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou par la Cour pénale internationale, plusieurs juges de l’institution ont été visés par des sanctions américaines
  • Résultat : certains se sont retrouvés dans l’incapacité d’utiliser leurs cartes bancaires, y compris sur le territoire européen, révélant la portée extraterritoriale du système financier dominé par les États-Unis

PARIS: Derrière l’écrasante majorité des paiements par carte en Europe se cachent deux acteurs américains incontournables : Visa et Mastercard. Cette dépendance structurelle du système de paiement européen a récemment été mise en lumière par un épisode aux répercussions politiques et juridiques sensibles.

À la suite de l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou par la Cour pénale internationale, plusieurs juges de l’institution ont été visés par des sanctions américaines. Résultat : certains se sont retrouvés dans l’incapacité d’utiliser leurs cartes bancaires, y compris sur le territoire européen, révélant la portée extraterritoriale du système financier dominé par les États-Unis.

Cet incident illustre les vulnérabilités de l’Europe en matière de souveraineté financière. Pour y remédier, l’Union européenne accélère ses travaux sur un projet d’euro numérique. Cette monnaie digitale, émise directement par la Banque centrale européenne, ambitionne de garantir une autonomie accrue face aux infrastructures de paiement étrangères et de se prémunir contre d’éventuelles sanctions extérieures.

Mais le projet suscite des inquiétudes au sein du secteur bancaire. Les établissements privés redoutent une migration des dépôts vers cette monnaie publique, qui pourrait réduire leurs ressources et, par conséquent, leurs revenus liés aux services bancaires.

Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ?


Dispositif pour les carburants: la France «n'a pas les moyens d'amortir les crises», estime Larcher

Le ministre français de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Roland Lescure, s'adresse à la presse à l'issue d'un conseil des ministres consacré à l'énergie, à l'Hôtel de Matignon à Paris, le 21 avril 2026. (Photo : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
Le ministre français de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Roland Lescure, s'adresse à la presse à l'issue d'un conseil des ministres consacré à l'énergie, à l'Hôtel de Matignon à Paris, le 21 avril 2026. (Photo : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
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  • "Nous n'avons pas les moyens d'amortir les crises et de faire face dans un pays qui est déjà surendetté et surfiscalisé", a affirmé sur BFMTV Gérard Larcher
  • "Cette réalité-là, elle ne donne pas au gouvernement d'autres marges de manœuvre que de faire ce qu'il est possible de faire en direction de certaines catégories", a expliqué le président du Sénat, écartant une baisse de la TVA comme le demande le RN

PARIS: Le président LR du Sénat Gérard Larcher a estimé mercredi que la France "n'a pas les moyens d'amortir les crises" au lendemain de la présentation par le Premier ministre Sébastien Lecornu d'un "dispositif d'accompagnement" pour les "grands rouleurs" touchés par la hausse du prix du carburant.

"Nous n'avons pas les moyens d'amortir les crises et de faire face dans un pays qui est déjà surendetté et surfiscalisé", a affirmé sur BFMTV Gérard Larcher.

"Cette réalité-là, elle ne donne pas au gouvernement d'autres marges de manœuvre que de faire ce qu'il est possible de faire en direction de certaines catégories", a expliqué le président du Sénat, écartant une baisse de la TVA comme le demande le RN.

Il a tenu Emmanuel Macron pour responsable de cette situation: "On paye le quoi qu'il en coûte, on paye un ensemble d'engagements où on n'a pas réduit la dépense publique, on n'a pas réformé l'État", a-t-il expliqué. "C'est quelque part le bilan de deux quinquennats d'Emmanuel Macron", a-t-il souligné, estimant que le chef de l'Etat a laissé la France en situation "d'hypoxie".

Sur la situation financière du pays, Gérard Larcher a précisé que le Sénat, contrôlé par une majorité de droite et du centre, présentera pour le budget 2027 "une proposition au gouvernement (...) à la fin du mois de juin".

L'exécutif a annoncé mardi une aide à trois millions de "travailleurs modestes grands rouleurs", et le renforcement du soutien aux pêcheurs et agriculteurs.