Grand Prix: le directeur d’Aston Martin parle de F1 avec des athlètes saoudiens

Otmar Szafnauer, directeur de l’équipe Aston Martin F1, offre une combinaison de course Aston Martin à Ali Alireza, PDG de Haji Husein Alireza & Co. (Photo AN/Huda Bashatah)
Otmar Szafnauer, directeur de l’équipe Aston Martin F1, offre une combinaison de course Aston Martin à Ali Alireza, PDG de Haji Husein Alireza & Co. (Photo AN/Huda Bashatah)
Ali Alireza, PDG de Haji Husein Alireza & Co, s’entretient avec Otmar Szafnauer, directeur de l’équipe Aston Martin F1, à Djeddah, en Arabie saoudite. (Photo AN/Huda Bashatah)
Ali Alireza, PDG de Haji Husein Alireza & Co, s’entretient avec Otmar Szafnauer, directeur de l’équipe Aston Martin F1, à Djeddah, en Arabie saoudite. (Photo AN/Huda Bashatah)
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Publié le Dimanche 05 décembre 2021

Grand Prix: le directeur d’Aston Martin parle de F1 avec des athlètes saoudiens

  • La course qui se déroulera dimanche prochain à Djeddah est le premier Grand Prix de Formule 1 d’Arabie saoudite
  • Dania Akeel raconte à Arab News que malgré les trois fractures du bassin qu’elle a subies en participant à la Bahrain Rally Season, elle prévoit toujours de participer au Rallye Dakar 2022, qui aura lieu en Arabie saoudite en janvier prochain

DJEDDAH : Les amateurs de Formule 1 du monde entier attendent avec impatience le lancement du premier Grand Prix en Arabie saoudite, qui se déroulera ce dimanche et auquel participeront de célèbres athlètes saoudiens professionnels.

« C’est un événement marquant pour le pays », affirme le rameur professionnel saoudien, Husein Alireza. « Tout le monde est arrivé par avion, et il y a une véritable énergie dans l’air, vous savez ? Nous n’avons pas connu une telle énergie depuis très longtemps ».

« Je pense que nous avons l’habitude d’accueillir des touristes venant des quatre coins du monde. Djeddah est la capitale sociale depuis longtemps. C’est une destination touristique incontournable. Nous avons la mer Rouge, et les habitants de Djeddah sont très décontractés et accueillants ».

« Je pense que pour tout touriste, l’une des meilleures façons de découvrir un nouvel endroit pour la première fois est à travers le monde du sport », estime Dania Akeel, pilote de course saoudienne professionnelle. « Vous avez de l’action, vous avez l’aspect social, vous avez du divertissement et vous êtes témoin de l’excellence au plus haut niveau ».

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L’Aston Martin Vantage F1 Edition lancée pour la première fois à Djeddah, en Arabie Saoudite. (Photo AN/Huda Bashatah)

Lors du lancement de l’Aston Martin Vantage F1 Edition à Djeddah, Arab News a eu l’occasion de s’entretenir avec quelques athlètes professionnels saoudiens, ainsi qu’avec Otmar Szafnauer, directeur de l’équipe Aston Martin F1, au sujet de certaines de leurs prédictions avant la course tant attendue de Djeddah.

« Je pense que nous ferons un très bon travail à Djeddah. La piste a l’air incroyablement rapide et ne ressemble à rien d’autre. Cela devrait donc être très amusant », dit M. Szafnauer. « Lance (Stroll) progresse d’année en année. Il est dans la partie raide de la courbe d’apprentissage, et il a fait une excellente course à Doha ».

Otmar Szafnauer, ingénieur roumano-américain, a été reçu, lors du lancement de l’Aston Martin, par Ali Alireza qui lui a offert une épée spéciale. Le directeur de l’équipe l’a remercié en plaisantant : « Elle sera utile pour les futures négociations avec les pilotes ».

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Ali Alireza, PDG de Haji Husein Alireza & Co, offre une épée à Otmar Szafnauer, directeur de l’équipe Aston Martin F1. (Photo AN/Huda Bashatah)

« Sebastian (Vettel) a apporté de nombreuses expériences gagnantes à l’équipe et un savoir-faire de ce qu’il faut pour gagner non seulement des courses, mais aussi des championnats du monde. Il a considérablement amélioré notre jeu, mais à cause du changement des règles, nous avons vraiment fait un pas en arrière ».

En raison de la Covid-19, les voitures de course de F1 de 2020 ont été conservées pour cette saison avec très peu d’ajustements techniques. Cependant, les modifications des règles aérodynamiques fixées par la FIA ont réduit les performances de la voiture à faible freinage d’Aston Martin, ce qui a nui à ses performances cette année.

« Il était trop tard, et ce n’est pas une question de pilotage, c’est plutôt un problème de développement de la voiture », explique M. Szafnauer. « Une fois que ces changements de règles ont été imposés, nous ne pouvions pas vraiment faire grand-chose ».

En conséquence, Aston Martin a dû utiliser certaines de ses ressources pour 2022 sur la voiture de cette année pour essayer de remédier à ce qui reste de la saison, en vain.

« Mais l’année prochaine est une toute nouvelle année. Toutes les règles rendront le jeu équitable pour tout le monde », ajoute-t-il.

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Dania Akeel, pilote de course saoudienne professionnelle, parle avec Arab News de la grande course de dimanche à Djeddah, en Arabie Saoudite. (Photo AN/Huda Bashatah)

Selon Mme Akeel, de nombreux facteurs actuellement en jeu détermineront le champion de cette saison, et peu importe les changements apportés au moteur pour le rendre plus performant, l’élément humain du pilote est toujours un facteur clé.

« Vous savez, pour vous dire la vérité, je n’ai pas de pilote préféré, mais je préfère les compétences de conduite incroyables. Chaque pilote fait preuve d’une certaine finesse, d’une certaine technique, d’un certain processus de prise de décision que vous ne pouvez pas comparer les uns aux autres », dit-elle.

« Un pilote vous impressionnera sous la pluie, un autre passera de la dernière position à la première, et un autre vous montrera sa résilience en défendant sa position. Chaque pilote se comporte différemment dans les virages, dans les dépassements, dans les lignes droites. Bien sûr, il va sans dire que l’équipe a également une influence énorme ».

Dania Akeel a marqué l’histoire en devenant la première femme arabe à avoir remporté le prix T3 lors de la Coupe du monde des bajas tout-terrain cette année. Elle a effectué un retour remarquable après une grave blessure subie au début de l’année.

Mme Akeel raconte à Arab News que malgré les trois fractures du bassin qu’elle a subies en participant à la Bahrain Rally Season, elle prévoit toujours de participer au Rallye Dakar 2022, qui aura lieu en Arabie saoudite en janvier prochain.

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Husin Alireza, rameur professionnel saoudien, parle avec Arab News de la course de Formule 1 qui aura lieu dimanche à Djeddah, en Arabie Saoudite. (Photo AN/Huda Bashatah)

M. Alireza, qui a participé à l’épreuve d’aviron masculin aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020, a concouru avec un poumon endommagé. Au milieu de la compétition, son équipe a mis au point une nouvelle stratégie ad hoc qui lui a permis de gérer les courses en cas de blessure, le jeune homme de 28 ans étant incapable de réaliser des performances optimales.

En ce qui concerne la F1, M. Alireza a son propre avis sur l’identité du vainqueur de cette saison.

Je préfère toujours soutenir les personnes sous-estimées et vous savez, après sept ans d’Hamilton — j’adore ce gars, je l’ai soutenu au départ — j’aimerais bien voir Verstappen gagner la course. C’est un pilote tellement enthousiaste et dynamique. J’adore sa façon de conduire, extrêmement agressive. Ce serait bien de le voir gagner ici à Djeddah, ce serait cool.

« Nous verrons ce qui se passera mais je pense que je vais soutenir Verstappen cette fois-ci », conclut-il.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Un nouveau chapitre culturel franco-saoudien : le cinéma s’invite à Villa Hegra

Une photo montre le musée Maraya (« miroirs » en arabe), situé près du site archéologique d’Al-Hijr (Hégra), à proximité de la ville saoudienne d’AlUla, dans le nord-ouest du pays, le 4 décembre 2024. (AFP)
Une photo montre le musée Maraya (« miroirs » en arabe), situé près du site archéologique d’Al-Hijr (Hégra), à proximité de la ville saoudienne d’AlUla, dans le nord-ouest du pays, le 4 décembre 2024. (AFP)
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  • Villa Hegra lance un programme international d’écriture de scénarios à AlUla, renforçant la coopération culturelle franco-saoudienne autour du cinéma
  • Cette initiative s’inscrit dans la Vision 2030 de l’Arabie saoudite, qui ambitionne de faire d’AlUla un nouveau pôle régional de création cinématographique

Paris : À AlUla, oasis minérale nichée dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, le temps semble suspendu entre vestiges antiques et ambitions futuristes, et c’est ici que Villa Hegra, résidence d’artistes inaugurée en 2025, ouvre aujourd’hui un nouveau chapitre de son histoire en accueillant une nouvelle activité : le cinéma.

À l’occasion du Festival de Cannes 2026, la résidence annonce le lancement d’un programme international d’écriture de scénarios, en partenariat avec Film AlUla et l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA), une initiative qui marque l’entrée officielle du septième art dans l’ADN d’AlUla et, plus largement, dans la stratégie d’influence du royaume.

Depuis sa création, Villa Hegra s’est imposée comme un symbole du dialogue culturel entre la France et l’Arabie saoudite, dans des domaines tels que les arts visuels, la recherche et le spectacle vivant.

L’arrivée du cinéma constitue donc une extension presque naturelle, car, plus que tout autre art, le cinéma est un carrefour entre l’écriture, l’image, la musique, la mémoire et le regard sur le monde.

En lançant la résidence “The Art of Shaping Film Ideas”, Villa Hegra ne se contente pas d’ajouter une corde à son arc, mais se positionne comme un lieu où se fabriquent les récits de demain.

Le choix de s’appuyer sur des partenaires comme le Groupe Ouest et le programme (LIM) Less is More fait écho à l’expertise de ce groupe dans l’accompagnement des auteurs et traduit une ambition claire : privilégier la qualité des histoires avant même leur mise en production.

Ce qui frappe dans cette résidence, c’est aussi sa géographie, puisque le programme se déploie entre la Bretagne, au nord de la France, et AlUla, deux territoires que le cinéma tente de rapprocher.

Ce dialogue entre deux lieux marqués par des paysages rocheux puissants définit l’ambition du projet, qui est de faire se rencontrer des imaginaires, croiser des sensibilités et créer des ponts là où il n’y en avait pas.

Pour comprendre pleinement la portée de cette initiative, il faut la replacer dans le cadre plus large de la transformation que vit l’Arabie saoudite depuis quelques années, dans laquelle le cinéma s’impose comme l’un des piliers de la Vision 2030 portée par le prince héritier Mohammed ben Salmane.

Dans le cadre de cette stratégie, la réouverture des salles de cinéma en 2018, après plus de trois décennies d’interdiction, a constitué un tournant qui a enclenché des investissements dans des studios de tournage, des festivals internationaux et la formation des talents.

Longtemps perçue comme un décor spectaculaire capable d’accueillir des tournages internationaux grâce à ses paysages uniques, AlUla se dote donc d’une nouvelle ambition : transformer ce décor en laboratoire.

Avec Villa Hegra, les studios de production et désormais cette résidence d’écriture, AlUla cherche à devenir un lieu où l’on pense le cinéma. En accompagnant les cinéastes dès la genèse de leurs projets, la résidence entend faire émerger des histoires capables de circuler, de toucher et de faire rêver.

Depuis l’accord intergouvernemental de 2018 ayant conduit à la création d’AFALULA, les collaborations se sont multipliées dans les domaines de la culture, du patrimoine et du tourisme. Le cinéma apparaît aujourd’hui comme un prolongement naturel de cette coopération.

Il offre un terrain d’échange où l’expertise française, notamment en matière d’écriture et de formation, rencontre les ambitions saoudiennes, qui ne pourront s’accomplir que sur le long terme, car la construction d’une identité cinématographique nécessite un temps de maturité.


Em Sherif Monte-Carlo, une escale libanaise incontournable sur la Côte d’Azur

 Sur les hauteurs de Monaco, face à la Méditerranée, Em Sherif Monte-Carlo rouvre ses portes pour une cinquième saison au sein du prestigieux Hôtel de Paris Monte-Carlo. L’établissement, devenu au fil des années une adresse prisée des amateurs de gastronomie levantine. (AFP)
Sur les hauteurs de Monaco, face à la Méditerranée, Em Sherif Monte-Carlo rouvre ses portes pour une cinquième saison au sein du prestigieux Hôtel de Paris Monte-Carlo. L’établissement, devenu au fil des années une adresse prisée des amateurs de gastronomie levantine. (AFP)
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  • Au-delà de la cuisine, Em Sherif Monte-Carlo mise sur une véritable expérience sensorielle
  • Les clients peuvent profiter d’une terrasse offrant une vue imprenable sur la Méditerranée, dans une ambiance animée par des concerts live et des DJ sets organisés du vendredi au dimanche, ainsi que chaque soir durant les mois de juillet et août

MONACO: Sur les hauteurs de Monaco, face à la Méditerranée, Em Sherif Monte-Carlo rouvre ses portes pour une cinquième saison au sein du prestigieux Hôtel de Paris Monte-Carlo. L’établissement, devenu au fil des années une adresse prisée des amateurs de gastronomie levantine, poursuit son hommage à la cuisine libanaise avec une carte enrichie de nouvelles créations et une expérience immersive mêlant saveurs, musique et art de vivre oriental.

Fondé en 2011 par Mireille Hayek, le groupe Em Sherif s’est imposé comme l’un des ambassadeurs de la gastronomie libanaise à travers le monde, avec des établissements à Beyrouth, Londres et Doha. Depuis l’ouverture monégasque en 2022, la table est dirigée par Yasmina Hayek, fille de la fondatrice et diplômée de l’Institut Paul Bocuse.

Sous sa direction, le restaurant continue de faire évoluer sa carte tout en préservant l’ADN culinaire de la maison : une cuisine généreuse, raffinée et profondément ancrée dans les traditions libanaises.

Parmi les nouveautés de cette saison figure « The Lobster », des brochettes de queue de homard bleu mariné accompagnées d’un condiment au fenouil, mais aussi « Le Lahmeh Black Angus », des brochettes de bœuf Black Angus relevées d’un chimichurri au zaatar. Le « Shawarma Lahmeh », un jarret d’agneau confit servi avec des artichauts et de la coriandre, revisite quant à lui un classique du Levant dans une version gastronomique.

La carte fait également la part belle aux mezzés, incontournables de la table libanaise. Houmous, moutabal d’aubergines grillées, Batata Harra épicées ou encore halloumi grillé aux tomates rôties composent une sélection pensée pour le partage et la convivialité.

Les desserts prolongent ce voyage culinaire avec le célèbre « Baklawa Em Sherif », croustillant et généreusement garni de pistaches, mais aussi le Meghli, pudding épicé à base de farine de riz et de fruits secs. Plus contemporain, le « Coconut Riz bi Halib » associe riz au lait à la noix de coco, mangue, fruit de la passion et sorbet à la cardamome.

Au-delà de la cuisine, Em Sherif Monte-Carlo mise sur une véritable expérience sensorielle. Les clients peuvent profiter d’une terrasse offrant une vue imprenable sur la Méditerranée, dans une ambiance animée par des concerts live et des DJ sets organisés du vendredi au dimanche, ainsi que chaque soir durant les mois de juillet et août.

Le Chicha Lounge Bar complète cette immersion orientale avec une sélection de saveurs et de cocktails signatures, proposés avec ou sans alcool. Parmi eux, le « Beirut Mule », mêlant rhum, arak et agrumes, « Oasis on the Rock » à base de gin, thé vert, gingembre et verveine, ou encore le « Rose Royale », associant Champagne, Saint-Germain, citron vert et rose.

Cette saison, le restaurant entend également séduire les amateurs de sport : certains matchs de la FIFA World Cup 2026 seront retransmis dans l’espace lounge.


France: entre nécessité et impuissance, des auteurs libanais au défi de raconter la guerre

L'écrivain Charif Majdalani cherche à saisir les banalités du quotidien que l'actualité ignore.  "Je raconte des petites choses, des anecdotes du quotidien de la guerre qui peuvent paraître très banales mais qui, dans le contexte, sont incroyables", explique ce dernier. (Photo d'archivesAFP)
L'écrivain Charif Majdalani cherche à saisir les banalités du quotidien que l'actualité ignore. "Je raconte des petites choses, des anecdotes du quotidien de la guerre qui peuvent paraître très banales mais qui, dans le contexte, sont incroyables", explique ce dernier. (Photo d'archivesAFP)
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  • "Dans l'absolu, l'art ne sert à rien". Pour Hala Moughanie, invitée ce week-end au festival littéraire de Saint-Malo (nord-ouest), le constat est sans appel: "il ne permet pas de changer les situations, ni de modifier le tracé politique"
  • En revanche, "il a le devoir de témoigner et de dénoncer en posant les formes, qu'elles soient écrites ou artistiques et qui ne [prendront] sens que dans des dizaines d'années"

RENNES: Entre une vie quotidienne en apparence normale à Beyrouth et le bourdonnement des drones, des auteurs libanais, mis à l'honneur au festival français Etonnants voyageurs, racontent leur difficulté à écrire, tiraillés entre le besoin de témoigner et l'impuissance face à une guerre insaisissable.

"Dans l'absolu, l'art ne sert à rien". Pour Hala Moughanie, invitée ce week-end au festival littéraire de Saint-Malo (nord-ouest), le constat est sans appel: "il ne permet pas de changer les situations, ni de modifier le tracé politique de décisions déjà prises".

En revanche, "il a le devoir de témoigner et de dénoncer en posant les formes, qu'elles soient écrites ou artistiques et qui ne [prendront] sens que dans des dizaines d'années", tempère l'autrice à l'AFP.

Comme elle, d'autres auteurs peinent à mettre en récit l'"imprévisible" conflit qui oppose aujourd'hui Israël au Hezbollah libanais.

Si l'illustratrice Michèle Standjofski revendique une démarche  consistant à " raconter ce que l'on voit et ce que l'on vit " dans sa BD "Et toi, comment ça va ?", qui met en dessin ses correspondances avec le dessinateur Charles Berberian, l'écrivain Charif Majdalani cherche à en saisir les banalités du quotidien  que l'actualité ignore.

"Je raconte des petites choses, des anecdotes du quotidien de la guerre qui peuvent paraître très banales mais qui, dans le contexte, sont incroyables", explique ce dernier.

"Car de cette guerre-là, poursuit-il, personne n'en sait absolument rien, ni ce qui se trame, ni ce qu'il y a dessous, ni ce qu'il y a derrière..., on n'en sait rien, ce n'est donc pas la peine de gloser sans arrêt".

Prendre du recul 

Ecrire ou dessiner devient également une manière de prendre du recul face à une réalité écrasante. Michèle Standjofski voit dans le dessin un processus lent et apaisant, qui permet à la fois d'exprimer la colère et de retrouver une forme de calme.

"C'est ce qui manque malheureusement aujourd'hui quand on parle de ce qui se passe dans cette région du monde", déplore-t-elle.

" Pour l'instant, ce n'est pas possible de poser des mots" sur ce qui se passe , estime Hala Moughanie, qui dit observer et "absorber " la situation - "mais je sais que cela va m'amener à écrire".

Au Liban, cette difficulté à dire s'inscrit aussi dans une histoire plus longue . "On n'est pratiquement jamais sortis de la guerre ", rappelle Michèle Standjofski, évoquant la succession de conflits et de crises qui ont jalonné l'histoire du pays et nourrissent un sentiment permanent d'instabilité.

Face à cette complexité, les auteurs interrogés par l'AFP revendiquent avant tout une posture modeste. "Si vous avez compris quelque chose au Liban, c'est qu'on vous l'a mal expliqué ", résume Mme Standjofski, consciente des limites de toute tentative de synthèse.

Une difficulté d'autant plus grande que la guerre se mêle au quotidien  puisque dans la capitale Beyrouth, raconte Charif Majdalani, si la vie est "actuellement tout à fait normale", l'auteur explique être sous le bourdonnement permanent de drones au-dessus des têtes.

Dans ce contexte, et sans prétendre dire la vérité d'un pays fragmenté, Michèle Standjofski s'attache à témoigner " à [sa] petite hauteur ", avec son regard et sa sensibilité, ce qu'il se passe dans son pays.

Une approche que partage Hala Moughanie, qui cherche à englober " autant que possible toutes les nuances " d'un Liban éclaté, composé d'une multitude de réalités sociales et de communautés, sans le réduire à un récit unique.