Turquie: la livre en chute libre après une baisse des taux

Pour les Turcs, l'effondrement de la monnaie se traduit par une envolée des prix devenue difficilement soutenable. (Photo, AFP)
Pour les Turcs, l'effondrement de la monnaie se traduit par une envolée des prix devenue difficilement soutenable. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 17 décembre 2021

Turquie: la livre en chute libre après une baisse des taux

  • La Banque centrale a décidé d'abaisser son principal taux directeur - de 15% à 14% - pour le quatrième mois consécutif
  • À rebours des théories économiques classiques, Erdogan estime que les taux d'intérêts élevés favorisent l'inflation

ISTANBUL : Le quotidien des Turcs risque de se compliquer encore en cette fin d'année: leur monnaie a touché un nouveau plus bas historique jeudi, après une nouvelle baisse du taux directeur conforme aux souhaits du président Recep Tayyip Erdogan.

La monnaie nationale, qui a déjà vu sa valeur fondre de plus moitié depuis le début de l’année face au dollar, s'échangeait à près de 15,5 livres pour un dollar - un taux jamais atteint - en début d'après-midi.

La Banque centrale turque a décidé d'abaisser son principal taux directeur - de 15% à 14% - pour le quatrième mois consécutif provoquant une chute immédiate de la livre dans les minutes suivant l'annonce.

À rebours des théories économiques classiques, le chef de l’Etat estime que les taux d'intérêts élevés favorisent l'inflation. 

Mais sa politique monétaire et le manque d’indépendance de la Banque centrale - dont il a limogé trois gouverneurs depuis 2019 - n’ont fait qu’entraîner la livre turque vers le fond.

Le président Erdogan, dont la popularité est au plus bas après 19 ans au pouvoir, semble faire le pari de la croissance à tout prix en vue de l'élection présidentielle prévue en 2023. Celle-ci a atteint 7,4% sur un an au troisième trimestre, portée notamment par les exportations, rendues moins coûteuses.

Mais pour les Turcs, l'effondrement de la monnaie se traduit par une envolée des prix devenue difficilement soutenable, le pays étant très dépendant des importations, notamment pour les matières premières et l'énergie.

Dans ce contexte politiquement explosif, le président Erdogan a annoncé jeudi, dans une déclaration retransmise en direct à la télévision, le relèvement du salaire minimum au 1er janvier 2022 de 2 825,90 (soit environ 160 euros) à 4 250 livres (environ 240 euros), soit une hausse de 50%.

"Avec cette augmentation, je crois que nous avons démontré notre détermination à ne pas écraser nos travailleurs face aux hausses de prix", a déclaré le chef de l'Etat.

«Erdogan en roue libre»

L'inflation officielle a atteint 21,3% sur un an en novembre, mais ce chiffre fait l’objet d’une âpre bataille politique: l'opposition accuse l’Office national des statistiques (Tüik) de sous-estimer sciemment – et largement - la hausse des prix.

Des images, abondamment relayées et commentées ces derniers jours en Turquie, montrent d’interminables files d’attente devant des dépôts de pain gérés par les municipalités d'opposition d'Ankara et d'Istanbul: le pain de 250 grammes y est vendu 1,25 livre (environ 7 centimes), deux fois moins que dans la plupart des boulangeries. 

Cette différence de quelques centimes d’euros par pain est devenue cruciale pour de nombreux Turcs, alors que des produits de base comme l’huile de tournesol ont vu leur prix grimper de 50% sur un an.

La Banque centrale turque est intervenue à quatre reprises depuis le 1er décembre pour tenter de soutenir la livre, en vain. Car de plus en plus de Turcs se tournent vers le dollar ou l’or pour tenter de préserver leurs économies. 

Le président turc n’entend pas pour autant infléchir sa politique économique et avait prévenu fin novembre qu'il continuerait de "résister aux pressions", dénonçant un "complot" visant l'économie turque.

"Le président Erdogan continue de dicter sa politique non orthodoxe à une Banque centrale lourdement purgée" de toutes voix dissonantes, a réagi Jason Tuvey, analyste de Capital Economics, selon qui "une évolution vers un contrôle des capitaux semble de plus en plus probable".

Cette nouvelle baisse des taux d’intérêt est "une décision suicidaire pour la livre", a réagi pour sa part Timothy Ash, analyste à BlueBay Asset Management, spécialiste de la Turquie.

M. Erdogan, qui a remplacé à trois reprises son ministre des Finances depuis 2018, dont le dernier le 2 décembre, a limogé par décret dans la nuit de mercredi à jeudi deux vice-ministres des Finances.

Pour un responsable occidental de haut rang, Recep Tayyip Erdogan est convaincu du bien-fondé de sa politique monétaire et n'entend pas y renoncer.

"Erdogan est en roue libre (...) Il n'y a plus personne autour de lui pour contrer sa conviction fondamentale, qu'elle soit liée à ses principes religieux ou à sa mentalité de boutiquier - ou à une combinaison des deux: il pense sincèrement que cela va fonctionner", déclarait cette semaine ce responsable sous couvert de l'anonymat.


Le verrier Arc demande son placement en redressement judiciaire

 Arc France, grand fabricant historique de produits en verre pour les arts de la table, annonce mercredi avoir demandé son placement en redressement judiciaire en raison d'une "dégradation sévère et continue" de son environnement de marché. (AFP)
Arc France, grand fabricant historique de produits en verre pour les arts de la table, annonce mercredi avoir demandé son placement en redressement judiciaire en raison d'une "dégradation sévère et continue" de son environnement de marché. (AFP)
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  • Ce groupe bicentenaire, qui emploie encore 3.500 salariés à Arques (Pas-de-Calais), où sont basés sa principale usine et son siège social, a bénéficié par le passé de nombreux plans de refinancement soutenus par l'État, le dernier il y a un an
  • Le tribunal de commerce de Lille Métropole doit statuer mercredi sur sa demande de placement en redressement judiciaire, précise le groupe dans un communiqué

LILLE: Arc France, grand fabricant historique de produits en verre pour les arts de la table, annonce mercredi avoir demandé son placement en redressement judiciaire en raison d'une "dégradation sévère et continue" de son environnement de marché.

Ce groupe bicentenaire, qui emploie encore 3.500 salariés à Arques (Pas-de-Calais), où sont basés sa principale usine et son siège social, a bénéficié par le passé de nombreux plans de refinancement soutenus par l'État, le dernier il y a un an.

Le tribunal de commerce de Lille Métropole doit statuer mercredi sur sa demande de placement en redressement judiciaire, précise le groupe dans un communiqué.

Cette procédure est "le seul cadre légal et possible pour permettre à Arc de s'adapter durablement à un environnement de marché profondément dégradé", estime le directeur général d'Arc France Nick Hodler, cité dans le communiqué.

Malgré un énième plan de refinancement et de relance validé en avril dernier par la justice, "notre modèle doit encore se transformer en profondeur (...), en revoyant notre schéma industriel et donc en réduisant nos effectifs", prévient M. Hodler.

"Il y a plusieurs centaines d'emplois qui sont clairement en jeu, ça pourrait être de l'ordre de 500 personnes", craint Frédéric Specque, délégué syndical central CGT chez Arc France interrogé par l'AFP.

Une offre de reprise 

L'environnement de marché pour Arc est très difficile, confirme ce syndicaliste, entre "la baisse de la consommation et la baisse du pouvoir d'achat" et la concurrence, déloyale selon lui, des produits importés d'Asie.

"Les contraintes économiques, elles sont là: on est envahis de produits chinois qui copient les nôtres sans la qualité, mais qui sont quatre à cinq fois moins chers. Donc tant qu'on aura ça, on peut faire tous les plans qu'on veut, on sera toujours trop chers", regrette M. Specque.

"On ferait mieux de faire pression sur le gouvernement et l'Europe pour qu'ils mettent enfin des protections aux frontières et qu'on arrête de faire entrer de la camelote qui vient de Chine ou d'ailleurs", ajoute-t-il.

Timothée Durand, membre d'une famille de propriétaires historiques d'Arc où il a passé la majeure partie de sa carrière jusqu'en 2024, va présenter un projet de reprise de la société, précise l'entreprise dans son communiqué, qualifiant cette offre de "sérieuse" et "réaliste".

"L'État sera attentif aux conséquences humaines et sociales" de cette nouvelle procédure pour Arc, "dans la continuité du soutien apporté par l'État à ce groupe depuis plusieurs années", a réagi le ministre délégué à l'Industrie Sébastien Martin dans une déclaration transmise à l'AFP.

M. Martin compte rencontrer jeudi Timothée Durand, a-t-il précisé, tout en soulignant que "l'Etat examinera avec sérieux" toutes les autres offres de reprise susceptibles de venir par la suite.

Fondé en 1825, Arc produit notamment des ustensiles pour la table (verres et assiettes) sous ses marques Arcoroc, Luminarc, Cristal d'Arques Paris et Chef&Sommelier, mais aussi des produits d'entrée de gamme pour le géant suédois de l'ameublement Ikea.

Mais le groupe fait face à des difficultés chroniques depuis les années 2000: en 20 ans, ses effectifs à Arques ont été presque divisés par trois.

Ces dernières années, Arc a été durement touché par la pandémie de Covid-19, la flambée des coûts de l'énergie et l'inflation, qui ont érodé ses ventes, et a aussi souffert des inondations historiques dans le Pas-de-Calais en 2023-24.

Dans un énième sauvetage en avril, un plan de refinancement de 42 millions d'euros avait été validé par la justice, avec l'arrivée notamment de deux nouveaux actionnaires minoritaires.

En parallèle, l'État avait accordé à Arc un nouveau prêt de 30 millions d'euros et renoncé à une partie de ses anciennes créances, alors qu'il avait déjà prêté plus de 138 millions d'euros au groupe entre 2020 et 2023.


France : la confiance des ménages «légèrement à la hausse» en décembre, selon l'Insee

La confiance des ménages est repartie "légèrement à la hausse" en décembre, tout en restant bien en dessous de sa moyenne de longue période et enregistre un nouveau maximum historique sur l'opportunité d'épargner, indique mercredi l'Insee. (AFP)
La confiance des ménages est repartie "légèrement à la hausse" en décembre, tout en restant bien en dessous de sa moyenne de longue période et enregistre un nouveau maximum historique sur l'opportunité d'épargner, indique mercredi l'Insee. (AFP)
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  • L'indicateur mesurant la confiance des ménages s'est établi à 90, soit un point de plus qu'en novembre, alors que la moyenne est de 100 entre 1987 et 2025
  • Plus la valeur de l'indicateur est élevée, plus l'opinion des ménages sur la situation économique est bonne

PARIS: La confiance des ménages est repartie "légèrement à la hausse" en décembre, tout en restant bien en dessous de sa moyenne de longue période et enregistre un nouveau maximum historique sur l'opportunité d'épargner, indique mercredi l'Insee.

L'indicateur mesurant la confiance des ménages s'est établi à 90, soit un point de plus qu'en novembre, alors que la moyenne est de 100 entre 1987 et 2025.

Plus la valeur de l'indicateur est élevée, plus l'opinion des ménages sur la situation économique est bonne.

L'Insee établit cet indicateur à partir de questions divisées en deux grandes catégories: l'une portant sur la situation personnelle des ménages, l'autre sur leur perception de l'évolution économique en général.

En décembre, la part de ménages considérant qu'il est opportun d'épargner atteint un nouveau maximum historique.

Ainsi, le solde d'opinion sur ce thème atteint 46, une hausse d'un point par rapport à novembre, alors que la moyenne est à 19. Or la France connaît déjà un taux d'épargne très élevé, à plus de 18% du revenu disponible, autant d'argent qui n'alimente pas la consommation, premier poste de la croissance.

En revanche, les ménages ne sont pas très optimistes sur leur capacité à épargner, actuellement et à l'avenir : ces deux thèmes perdent deux points, à 19 et 14.

En décembre, l'opinion des ménages concernant leur situation financière personnelle future s'est dégradée légèrement (-14 après -13 en novembre, pour une moyenne de -7).

Cependant, la proportion de ménages jugeant opportun, dans la situation économique actuelle, de faire des achats importants rebondit, le solde d'opinion gagnant trois points à -27 tout en restant bien inférieur à la moyenne (-16).

Leur opinion sur le niveau de vie récent en France a rebondi en décembre (hausse de quatre points à -70), indique l'Institut national de la statistique, mais elle se dégrade d'un point sur le niveau de vie à venir, à -57.

Les ménages pensant que les prix ont fortement augmenté au cours des douze derniers mois sont plus nombreux : le solde d'opinion sur cette question gagne cinq points à -3, pour une moyenne de -12.

La part de ménages pensant que les prix vont accélérer cette année augmente d'un point, là aussi au-dessus de sa moyenne (respectivement -30 et -32).

En revanche, les craintes sur l'évolution du chômage baissent encore : le solde correspondant perd deux points à 45, tout en demeurant supérieur à sa moyenne de 33.


Câbles industriels: Nexans annonce un «réaménagement du calendrier» du mégaprojet à Chypre

Le spécialiste français des câbles électriques Nexans a annoncé mardi un "réaménagement du calendrier" de son mégaprojet de connexion entre Chypre et la Grèce, qui va le retarder, sans toutefois affecter les prévisions financières du groupe. (AFP)
Le spécialiste français des câbles électriques Nexans a annoncé mardi un "réaménagement du calendrier" de son mégaprojet de connexion entre Chypre et la Grèce, qui va le retarder, sans toutefois affecter les prévisions financières du groupe. (AFP)
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  • Nexans avait remporté à l'été 2023 un contrat de 1,43 milliard d'euros pour construire le tronçon Chypre-Grèce de l'interconnecteur électrique EuroAsia, "le plus grand projet d'interconnexion de l'histoire"
  • Chypre est en effet le seul pays européen sans raccordement au gaz ni connexion électrique avec le réseau du continent européen

PARIS: Le spécialiste français des câbles électriques Nexans a annoncé mardi un "réaménagement du calendrier" de son mégaprojet de connexion entre Chypre et la Grèce, qui va le retarder, sans toutefois affecter les prévisions financières du groupe.

"Un réaménagement du calendrier d'activités est actuellement à l'étude avec le client" concernant ce projet, le Great Sea Interconnector (GSI), a déclaré Nexans dans un communiqué, soulignant travailler "en étroite collaboration avec son client afin d'examiner les différentes options en vue de l'élaboration d'un calendrier d'exécution ajusté".

Le groupe assure qu'il "exécute le projet conformément à ses obligations contractuelles et en ligne avec les étapes définies depuis 2023".

Nexans avait remporté à l'été 2023 un contrat de 1,43 milliard d'euros pour construire le tronçon Chypre-Grèce de l'interconnecteur électrique EuroAsia, "le plus grand projet d'interconnexion de l'histoire" qui doit relier Israël, Chypre et l'Union européenne.

Chypre est en effet le seul pays européen sans raccordement au gaz ni connexion électrique avec le réseau du continent européen.

Nexans indique que "ces ajustements affectent la date de livraison du projet" sans apporter plus de précisions, et qu'il reste "pleinement engagé dans l'exécution de ce projet aux côtés de son client".

Ces changements, en revanche, n'ont "pas d'impact sur la guidance 2028 de Nexans, grâce à la solidité du carnet de commandes du groupe et à la mise en œuvre proactive d'actions visant à compenser tout impact potentiel dès 2026".

Nexans communiquera ses prévisions 2026 lors de la publication de ses résultats annuels 2025, le 19 février.

Nexans, 2e mondial de son secteur derrière l'italien Prysmian, compte 28.500 collaborateurs dans 41 pays. Le groupe s'est depuis quelques années recentré sur le transport d'électricité et l'électrification (raccordement des champs éoliens offshore aux réseaux électriques, rénovation et développement des réseaux de transport d'électricité dans de nombreux pays...).