Maroc: des innovations mais le recyclage des déchets reste embryonnaire

Un chargeur frontal transporte des déchets organiques dans l'usine Elephant Vert de la zone industrielle "Agropolis" de la ville de Meknès (nord du Maroc), le 9 décembre 2021. (Photo, AFP)
Un chargeur frontal transporte des déchets organiques dans l'usine Elephant Vert de la zone industrielle "Agropolis" de la ville de Meknès (nord du Maroc), le 9 décembre 2021. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 19 décembre 2021

Maroc: des innovations mais le recyclage des déchets reste embryonnaire

  • Le royaume ne compte que 26 centres d'enfouissement et de valorisation, même si 66 décharges sauvages ont été réhabilitées jusqu'à présent, selon des données officielles
  • Pour lui, la gestion des déchets dans le pays est «une bombe à retardement»: «On va créer davantage de décharges, à savoir des espaces de stockage, sans régler le problème à la source»

MEKNES, Maroc : "Ici rien ne se perd, tout se transforme", dit fièrement Mohamed en effritant une poignée de compost produit au Maroc par une société suisse spécialisée dans la valorisation des déchets organiques. Une innovation dans le royaume où le recyclage reste cependant lacunaire.

C'est dans "l'Agropolis" de Meknès (centre), une zone industrielle dédiée à l'agro-industrie, que le groupe Eléphant Vert (EV) a installé en 2012 sa plus grande usine en Afrique avec une cinquantaine d'employés et une capacité de production annuelle de 40 000 tonnes de compost mais aussi d'engrais organiques. 

A l'entrée, des bureaux modernes aux murs couleur vert gazon et décorés de graffitis, comme dans une start up de Casablanca.

Mais une fois sur le site de production, changement de décor: des montagnes de sciure de bois, des cagettes et des branches d'arbres fruitiers recouvrent la plateforme de stockage. 

Le vrombissement des camions, qui acheminent le fumier et des pelleteuses qui aèrent le compost, emplit l'espace. 

«Agriculture saine»

"Après le mélange des matières organiques riches en carbone et du fumier issu de l'élevage non industriel, riche en azote, c'est la nature qui opère!", explique à l'AFP Mohamed El Kabous, responsable de production chez EV.

Ici, on n'utilise pas de déchets organiques ménagers: "C'est très coûteux car la culture du tri (sélectif) est quasi-inexistante au Maroc", précise-t-il. 

Les déchets proviennent des exploitations environnantes: usines travaillant avec du bois, coopératives qui fabriquent des huiles essentielles.

Le site de fermentation à l'air libre, dont le processus dure quatre mois pour obtenir du compost, ne dégage aucune odeur nauséabonde car le bois est une matière absorbante. 

Au contraire, on hume une odeur de terre fraîche. "Je dirai même que ça sent la +zammita" (célèbre gâteau marocain), plaisante M. El Kabous. 

En plus du compost, Eléphant Vert produit des engrais en y ajoutant du phosphore ou de la potasse.

Ses produits s'écoulent principalement sur le marché marocain au profit des grandes exploitations agricoles -- dont les sols se sont appauvris à cause de l'utilisation massive d'engrais chimiques -- et de petites fermes bio.

"La demande augmente pour les agriculteurs qui, soucieux de pérenniser leurs terres, ont pris conscience de la nécessité d'opter pour une agriculture saine et durable", souligne le responsable. 

Si le recyclage de produits organiques semble décoller, avec d'autres initiatives comme un important centre de traitement et de valorisation du géant français Suez à Meknès, le Maroc est loin d'assurer une valorisation efficiente de ses déchets.

«Stratégies de technocrates»

A l'image du taux de recyclage des ordures ménagères qui s'établissait à 6% seulement en 2015 (dernière année de référence), soit 420 000 tonnes sur un total de 7 millions de tonnes annuelles, a indiqué à l'AFP le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable. 

Si les déchets industriels sont en partie recyclés (à 12%, surtout du plastique, papier/carton et des métaux), comme ailleurs au Maghreb, l'essentiel des déchets ménagers est enfoui.

Et ce malgré une pléthore de projets dont un programme de traitement national des déchets qui prévoyait un taux de recyclage de 20% en 2022. Un objectif repoussé à l'horizon 2030. 

"Ces stratégies confectionnées par des technocrates à Rabat ne mènent nulle part car elles sont calquées sur des modèles européens, aux antipodes des habitudes marocaines", explique à l'AFP Mustapha Brakez, un expert en gestion des déchets urbains. 

Il souligne par exemple qu'au Maroc, près de 80% des déchets ménagers sont organiques contre moins de 30% en Europe.

Le royaume ne compte que 26 centres d'enfouissement et de valorisation, même si 66 décharges sauvages ont été réhabilitées jusqu'à présent, selon des données officielles.  

"Tous les efforts ont été focalisés sur le traitement (en majorité via de l'enfouissement, ndlr) sans apporter de solutions à la collecte", déplore M. Brakez.

Pour lui, la gestion des déchets dans le pays est "une bombe à retardement": "On va créer davantage de décharges, à savoir des espaces de stockage, sans régler le problème à la source".

"Il est primordial de réfléchir à un système global qui va du tri au niveau des ménages jusqu'aux centres de valorisation", plaide le spécialiste. 


Liban: le Hezbollah dit mener des combats directs avec des forces israéliennes dans le sud

Des soldats israéliens se mettent à l'abri près de la frontière israélo-libanaise, à la suite d'une attaque par drone du Hezbollah qui a frappé la frontière nord. (AFP)
Des soldats israéliens se mettent à l'abri près de la frontière israélo-libanaise, à la suite d'une attaque par drone du Hezbollah qui a frappé la frontière nord. (AFP)
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  • Des combattants "se sont livrés à des affrontements directs avec les forces ennemies" à Zawtar el-Charqiyé, au nord du fleuve Litani, a écrit mercredi le groupe pro-iranien dans un communiqué
  • Le Hezbollah avait revendiqué depuis la veille à l'aube des tirs et attaques au drone contre des forces israéliennes qui tentaient de s'infiltrer dans la localité

BEYROUTH: Le Hezbollah a indiqué mercredi mener des combats avec des forces israéliennes dans une localité située à la lisière de la "ligne jaune" établie dans le sud du Liban par Israël, qui étend ses opérations terrestres dans le pays.

L'armée israélienne avait élargi et intensifié ses frappes mardi sur des villes et villages dans le sud du Liban et dans des zones de l'est du pays limitrophes du sud, faisant au moins 31 morts selon les autorités.

Des combattants "se sont livrés à des affrontements directs avec les forces ennemies" à Zawtar el-Charqiyé, au nord du fleuve Litani, a écrit mercredi le groupe pro-iranien dans un communiqué.

Le Hezbollah avait revendiqué depuis la veille à l'aube des tirs et attaques au drone contre des forces israéliennes qui tentaient de s'infiltrer dans la localité.

Ce village, situé au nord du fleuve Litani, revêt une importance stratégique pour sa proximité avec la ville de Nabatiyé, grande ville du sud visée par un nouvel appel à évacuation israélien avant des frappes, le deuxième depuis mardi.

Israël dit cibler le Hezbollah, qu'il accuse de violer le cessez-le-feu.

Zawtar el-Charqiyé se situe à la lisière de la "ligne jaune" que l'armée israélienne a établie dans le sud du Liban à une dizaine de kilomètres de la frontière, zone qu'elle interdit d'accès aux habitants et où elle mène de larges opérations de démolition.

Parallèlement à cette avancée, Israël a annoncé mardi étendre ses opérations terrestres contre le Hezbollah au-delà de la "ligne jaune", malgré la trêve en vigueur depuis le 17 avril.

"Nous intensifions notre action au Liban" et "nous renforçons la zone de sécurité afin de protéger les localités du nord" d'Israël, a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu.


L'Iran juge peu probable la reprise de la guerre avec les Etats-Unis

L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, malgré les récentes frappes américaines, et sur fond de laborieuses tractations diplomatiques pour mettre fin durablement à la guerre. (AFP)
L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, malgré les récentes frappes américaines, et sur fond de laborieuses tractations diplomatiques pour mettre fin durablement à la guerre. (AFP)
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  • Si les armes se sont quasiment tues depuis le 8 avril après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts, les négociations piétinent depuis
  • Et le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran continue, faisant flamber les prix du pétrole, tout comme les échanges de menaces

TEHERAN: L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, malgré les récentes frappes américaines, et sur fond de laborieuses tractations diplomatiques pour mettre fin durablement à la guerre.

Dans le même temps, comme une étape de plus vers un retour à la normale, l'accès à internet a été partiellement rétabli en Iran, selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks. Et dans le ciel, le trafic a désormais pleinement repris dans 10 aéroports du pays.

Si les armes se sont quasiment tues depuis le 8 avril après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts, les négociations piétinent depuis. Et le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran continue, faisant flamber les prix du pétrole, tout comme les échanges de menaces.

"La probabilité d'une guerre est faible en raison de la faiblesse de l'ennemi", a lancé mercredi Mohammad Akbarzadeh, un haut responsable des forces navales des Gardiens, cité par l'agence de presse Tasnim. Mais "les forces armées se tiennent en alerte, leurs chargeurs pleins", a-t-il ajouté, jurant de "transformer la zone" allant de l'est à l'ouest du Golfe en "un cimetière pour les agresseurs".

La veille, la République islamique avait déjà menacé de riposter à tout "acte malveillant", accusant Washington d'avoir violé le cessez-le-feu dans le sud du pays.

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) avait annoncé plus tôt avoir frappé dans la nuit de lundi à mardi des sites de lancement de missiles.

L'Iran n'a pas officiellement confirmé l'information, mais les médias d'Etat ont rapporté des explosions dans la ville portuaire de Bandar Abbas.

Alors que les pays musulmans célèbrent l'Aïd al-Adha, fête majeure de l'islam, le président iranien Massoud Pezeshkian a délivré à cette occasion un message contre "les tyrans de notre époque".

 "Globalement positives"

Mercredi, les cours du pétrole fléchissaient de nouveau et les Bourses européennes ont ouvert en petite hausse.

Si l'enthousiasme des marchés est retombé après les signaux positifs du weekend, "il subsiste un air d'optimisme prudent quant à la signature et aux détails d'un protocole d'accord (MoU) entre les Etats-Unis et l'Iran", commente Chris Weston, responsable de la recherche chez le courtier Pepperstone.

Car le dialogue n'est pas rompu: l'agence iranienne Isna a fait état de "négociations globalement positives" après la visite de hauts responsables au Qatar, une première depuis le début des hostilités.

Ce déplacement avait pour but de discuter des "modalités d'accès" aux fonds gelés à l'étranger, dont une partie au Qatar, en raison des sanctions américaines. Téhéran exige le déblocage de 24 milliards d'avoirs, "avec mise à disposition de la moitié dès l'annonce du protocole d'accord", selon Isna.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps. Washington, qui soupçonne Téhéran de vouloir se doter de la bombe atomique, réclame la destruction du stock d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain depuis de précédentes frappes, en juin 2025.

Au-delà de la "ligne jaune" 

Donald Trump, qui doit réunir mercredi son gouvernement, cherche de son côté une issue à cette guerre impopulaire qui a gravement perturbé l'économie mondiale en raison du quasi blocage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

"Si le mémorandum est signé (...), Trump revendiquera un succès diplomatique, les prix du carburant devraient baisser et l'Iran aura obtenu ce qu'il recherchait depuis le début: la fin des hostilités actives et un répit économique, avant d'être contraint de faire des concessions sur la question nucléaire", écrit sur son site le groupe de réflexion International Crisis Group.

A condition que son allié israélien, désireux de renverser la République islamique, ne fasse pas dérailler les discussions.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé une intensification de l'offensive de l'armée israélienne au Liban contre le Hezbollah pro-iranien, malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril.

De nouvelles frappes mardi ont fait 31 morts, selon le gouvernement libanais. Et Israël a dit étendre ses opérations terrestres au-delà de la "ligne jaune" qu'elle a établie dans le sud du pays.


Les pèlerins lapident Satan près de La Mecque, au premier jour de l'Aïd

Le hajj, qui consiste en une série de rites menés sur plusieurs jours, souvent en extérieur, s'est encore déroulé cette année sous une chaleur écrasante. (AFP)
Le hajj, qui consiste en une série de rites menés sur plusieurs jours, souvent en extérieur, s'est encore déroulé cette année sous une chaleur écrasante. (AFP)
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  • Après avoir jeté les cailloux, les hommes se rasent ou se coupent les cheveux et les femmes se taillent une mèche, marquant la sortie de l'état de pureté
  • Ils peuvent dès lors revêtir leurs habits habituels

MINA: Adnan Hamad "n'arrive pas à y croire": il a accompli mercredi le dernier grand rituel du hajj, comme 1,7 million de pèlerins venus à La Mecque malgré la guerre qui a ébranlé la région du Golfe.

Au premier jour de l'Aïd al-Adha, fête majeure de l'islam, des foules réunies dans l'ouest de l'Arabie saoudite se sont relayées sur un site de la vallée de Mina, à quelques kilomètres de la Grande mosquée, pour jeter des cailloux sur des stèles en béton symbolisant le diable.

Ce rituel reproduit symboliquement la lapidation du diable par Abraham aux trois endroits où Satan aurait tenté de le dissuader d'obéir à l'ordre de Dieu de sacrifier son fils Ismaël.

Après avoir jeté les cailloux, les hommes se rasent ou se coupent les cheveux et les femmes se taillent une mèche, marquant la sortie de l'état de pureté, appelé ihram, qui exige notamment le port d'une tenue blanche formée de deux pièces d'étoffe non cousues. Ils peuvent dès lors revêtir leurs habits habituels.

"Difficultés extrêmes" 

"Je n'arrive pas à croire que j'ai terminé les rites du hajj", témoigne Adnan Hamad, un Irakien de 58 ans accompagné de ses filles. "Chaque étape a été agréable malgré les difficultés extrêmes", dit-il à l'AFP en référence à la chaleur écrasante de cette région désertique parmi les plus arides au monde.

Marwa Dahchouri évoque "un sentiment vraiment unique". "C'est comme si vous étiez au paradis, ou comme si vous en étiez devenu une petite partie", raconte cette Egyptienne.

La guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre l'Iran, n'a pas dissuadé les croyants de faire le déplacement.

Jusqu'à l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril, Téhéran avait riposté en visant des bases militaires et infrastructures énergétiques chez ses voisins du Golfe, notamment en Arabie saoudite.

Malgré les incertitudes quant à une reprise du conflit, le pèlerinage a attiré plus de fidèles que l'an passé, d'après les autorités saoudiennes.

"Menace aérienne" 

Si les pèlerins sur place se réjouissent d'avoir pu observer l'un des cinq piliers de l'islam, le royaume se tient sur le qui-vive.

Le ministère de la Défense s'est déclaré prêt à "faire face à toute menace aérienne", et a diffusé une vidéo, largement reprise sur la télévision d'Etat saoudienne, montrant des batteries anti-aériennes déployées sur des collines en périphérie de La Mecque.

Le hajj, qui consiste en une série de rites menés sur plusieurs jours, souvent en extérieur, s'est encore déroulé cette année sous une chaleur écrasante.

Mardi, les fidèles ont prié sur le mont Arafat, étape phare du hajj, sous des températures culminant à 45 degrés.

Ils ont ensuite passé la nuit à la belle étoile à Muzdalifah, à mi-chemin entre Arafat et Mina, où ils ont ramassé des cailloux afin de procéder à la "lapidation du diable".

Ultime étape de ce grand pèlerinage, le retour à La Mecque, la ville la plus sacrée de l'islam, pour un dernier tour de la Kaaba - structure cubique noire au cœur de la Grande mosquée vers laquelle les musulmans du monde entier se tournent pour prier.

Ce jour coïncide avec l'Aïd al-Adha, une fête célébrée en souvenir du sacrifice qu'avait failli accomplir Abraham en voulant immoler son fils Ismaël, avant que l'ange Gabriel ne lui propose in extremis de tuer un mouton à sa place, selon la tradition musulmane.

A cette occasion, les musulmans égorgent une bête, en général un mouton, et offrent une partie de la viande aux nécessiteux.