Or vénézuélien: Guaido gagne une manche à la Cour suprême britannique

Nicolas Maduro s'exprimant à côté de lingots d'or à Caracas le 22 mars 2018. (Photo, AFP)
Nicolas Maduro s'exprimant à côté de lingots d'or à Caracas le 22 mars 2018. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 21 décembre 2021

Or vénézuélien: Guaido gagne une manche à la Cour suprême britannique

  • L'autorité britannique éloigne donc le président Nicolas Maduro des quelque 31 tonnes d'or, représentant environ 1 milliard de dollars, auquel il demande à avoir accès
  • Le gouvernement vénézuélien a quant à lui rejeté ce qu'il considère comme une déclaration «déconcertante» et une «action abusive»

LONDRES: La Cour suprême britannique a donné une victoire partielle à l'opposant vénézuélien Juan Guaido lundi face au président Nicolas Maduro, renvoyant devant le Tribunal de commerce le litige sur l'or vénézuélien stocké à la Banque d'Angleterre, dont les deux camps se disputent le contrôle.

En donnant raison à l'appel de M. Guaido, l'autorité britannique éloigne donc le président Nicolas Maduro des quelque 31 tonnes d'or, représentant environ 1 milliard de dollars, auquel il demande à avoir accès.

"La dictature ne pourra pas piller" l'or "comme elle l'a fait avec les fonds publics (...) L'or des réserves vénézuéliennes continuera à être protégé à la Banque d'Angleterre", a réagi M. Guaido sur Twitter.

Le gouvernement vénézuélien a quant à lui rejeté ce qu'il considère comme une déclaration "déconcertante" et une "action abusive". 

Cette "décision viole les normes du droit international public, l'ordre constitutionnel vénézuélien et la législation britannique, et représente aussi de graves risques pour les investissements que la communauté internationale a confiés au système financier britannique, étant donné que le Royaume-Uni recourt à la fraude pour s'emparer illégalement des ressources qui lui ont été confiées", a réagi le ministère vénézuélien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Autoproclamé chef de l'Etat en 2019 avec le soutien de Washington, M. Guaido est considéré comme président par intérim par une cinquantaine de pays, dont le Royaume-Uni, qui ne reconnaissent pas la réélection de Nicolas Maduro en 2018.

Après avoir jugé que les tribunaux britanniques ne pouvaient pas contredire l'exécutif, "il reste à savoir si les jugements émis par la Cour suprême du Venezuela peuvent être reconnus ici. L'affaire est renvoyée vers le Tribunal de commerce", a affirmé la plus haute instance juridique britannique dans un communiqué présentant sa décision.

Mais la Cour suprême insiste: "Les tribunaux britanniques refuseront de reconnaître tout jugement d'une juridiction étrangère, comme ceux de la Cour suprême du Venezuela, s'ils sont en conflit avec notre politique nationale", qui inclut donc de reconnaître M. Guaido comme président.

Les deux camps ont notamment créé des comités de direction de la Banque centrale du Venezuela (BCV) différents, et qui réclament tous deux accès à l'or entreposé au coeur de Londres, dans les coffres de la Banque d'Angleterre (BoE).

Le camp de M. Maduro s'était tourné vers la justice britannique en 2020. Dans un premier temps, la Banque centrale du Venezuela de M. Guaido avait été reconnue comme légitime, avant que la Cour d'appel n'annule ce jugement.

Elle estimait alors que, puisque Londres garde les canaux ouverts avec Caracas, notamment en y maintenant son ambassade, M. Maduro était "de facto" reconnu président du Venezuela. Une position annulée lundi par la Cour suprême après un appel de M. Guaido

Selon la défense de M. Maduro, la vente de l'or au gouvernement vénézuélien permettrait notamment d'aider à financer la lutte contre le Covid-19.

Selon les chiffres officiels, le Venezuela, pays de 30 millions d'habitants, a enregistré 440.000 cas pour plus de 5.000 décès. Des ONG et l'opposition accusent le pouvoir de minorer les statistiques. 

Le camp de M. Guaido affirme pour sa part que l'argent récolté servirait à réprimer le peuple ou atterrirait dans les poches d'un régime "kleptocrate".

Opposition en difficulté

"Nous attendons avec impatience l'opportunité de démontrer que les décisions de justice vénézuéliennes sur lesquelles s'appuient le camp de M. Maduro ne méritent pas d'être retenues par un tribunal britannique, car elles ne sont pas émises par un système judiciaire indépendant", a affirmé Jane Wessel, avocate du cabinet Arnold & Porter, qui défend les intérêts de M. Guaido.

"Reconnaître M. Guaido comme président est une insulte à la réalité sur le terrain", dénonce pour sa part Sarosh Zaiwalla, avocat du cabinet Zaiwalla, qui défend le camp du président Maduro.

"Cela fait 19 mois que ce dossier continue", ajoute-t-il, affirmant que "les actifs au Royaume-Uni restent inaccessibles et inutilisables pour lutter contre la pandémie de Covid-19 au Venezuela".

Au Venezuela, le camp Guaido est en difficulté: un poids lourd de l'opposition a appelé début décembre à la fin du gouvernement d'opposition, critiquant notamment le contrôle par M. Guaido des actifs vénézuéliens aux Etats-Unis.

Et le parti du président Maduro a remporté 19 des 23 Etats en jeu lors d'élections régionales fin novembre, un scrutin critiqué par la mission d'observation de l'Union européenne. 


Décès du cardinal Sodano, ex-bras droit de Jean Paul II et Benoît XVI

Le pape François (à droite) s'entretient avec le cardinal italien Angelo Sodano, alors qu'il arrive pour participer avec des cardinaux et des évêques au consistoire papal avant les nominations de nouveaux cardinaux, au Vatican le 13 février 2015. (Andréas Solaro/AFP)
Le pape François (à droite) s'entretient avec le cardinal italien Angelo Sodano, alors qu'il arrive pour participer avec des cardinaux et des évêques au consistoire papal avant les nominations de nouveaux cardinaux, au Vatican le 13 février 2015. (Andréas Solaro/AFP)
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  • Né le 23 novembre 1927 dans une famille rurale du Piémont, le cardinal Sodano s'était d'abord lancé dans la carrière diplomatique, occupant plusieurs postes notamment en Amérique du Sud
  • Jean Paul II en avait fait son numéro deux en le nommant secrétaire d'État en 1991 après l'avoir fait cardinal, et Benoît XVI l'avait confirmé à son poste, où il était resté jusqu'en septembre 2006

ROME : Le cardinal italien Angelo Sodano, numéro deux du Vatican sous les pontificats de Jean Paul II et Benoît XVI, est décédé vendredi à 94 ans dans sa région natale du Piémont (nord-ouest), a annoncé samedi le Vatican.

Le pape François a rendu hommage à «cet homme d'Église estimé, qui vécut avec générosité son sacerdoce (...) au service du Saint-Siège», dans un télégramme adressé à sa famille et publié par le Vatican. Ses obsèques auront lieu mardi à la basilique Saint-Pierre en présence du pape.

Jean Paul II en avait fait son numéro deux en le nommant secrétaire d'État en 1991 après l'avoir fait cardinal. A ce titre, il a accompagné le pape lors d'une cinquantaines de voyages à l'étranger. 

Benoît XVI, aussitôt après son élection en 2005, l'avait confirmé à son poste, où il était resté jusqu'en septembre 2006. Le cardinal Sodano a donc été numéro deux du vatican pendant presque 15 ans.

En 2005, il était aussi devenu doyen du collège des cardinaux, qu'il dirigeait donc au moment de la démission de Benoît XVI en février 2013. Mais âgé de plus de 80 ans et ayant donc perdu sa qualité de cardinal électeur, il n'avait pu participer au conclave chargé d'élire le nouveau pape.

Né le 23 novembre 1927, il est le deuxième de six enfants dans une famille du Piémont (nord-ouest). Son père fut député de 1948 à 1963. Diplômé à Rome en théologie et en droit canonique, il s'était d'abord lancé dans la carrière diplomatique, occupant plusieurs postes notamment en Amérique du Sud. 

En 1977, il est nommé par Paul VI nonce apostolique au Chili, où il prône une attitude accommodante avec le régime militaire du dictateur Augusto Pinochet.

Rentré à Rome en 1988, il devient le bras droit du cardinal secrétaire d'État Agostino Casaroli et est nommé en 1989 secrétaire pour les relations avec les États, un poste équivalent à celui de ministre des Affaires étrangères.

Le cardinal Sodano a été au centre de plusieurs polémiques. Il est notamment l'un des personnages centraux du livre »Sodoma: Enquête au cœur du Vatican» de Frédéric Martel, dans lequel le journaliste français dénonce son train de vie à Rome et ses liens avec Pinochet quand il était nonce au Chili.

Enfin, selon l'hebdomadaire National Catholic Reporter, Angelo Sodano aurait protégé le fondateur des Légionnaires du Christ, Marcial Maciel Degollado, qui a vécu pendant de nombreuses années avec une femme avec laquelle il avait eu un enfant. Marcial Maciel est aussi soupçonné d'agressions sexuelles sur des enfants et des séminaristes.


Responsabilité dans la fonte des glaciers péruviens? La justice allemande sur place

Vue du lac Palcacocha, situé à 4 650 mètres d'altitude dans le parc national de Huascaran, à Huaraz, au nord-est du Pérou, le 23 mai 2022. (Luka Gonzales/AFP)
Vue du lac Palcacocha, situé à 4 650 mètres d'altitude dans le parc national de Huascaran, à Huaraz, au nord-est du Pérou, le 23 mai 2022. (Luka Gonzales/AFP)
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  • Saul Luciano Lliuya, un paysan péruvien de 41 ans, accuse le géant allemand de l’électricité, RWE, d'avoir favorisé la fonte des glaciers par ses émissions de gaz à effet de serre
  • Il explique que sa plus grande crainte est que la fonte provoque un débordement du lac, au pied des glaciers Palcaraju et Pucaranra

HUARAZ, Pérou : Des experts et des magistrats sur les rives d'un lac glaciaire dans le nord-est du Pérou : la justice allemande s'est déplacée jusqu'aux Andes pour étudier la plainte d'un paysan de ce pays contre le géant allemand de l'électricité RWE, accusé d'avoir favorisé le réchauffement climatique.

Le déplacement de cette délégation, composée de neuf personnes, est un nouvel épisode dans ce dossier dont les plaignants cherchent à faire un précédent au niveau mondial.

En première ligne de cette demande de «justice climatique», Saul Luciano Lliuya, un paysan péruvien de 41 ans, qui accuse RWE d'avoir favorisé la fonte des glaciers par ses émissions de gaz à effet de serre.

Le déplacement des experts et des juges au Pérou a été décidée par la Haute-Cour régionale de Hamm (nord de l'Allemagne) devant laquelle M. Lliuya a fait appel après avoir été débouté en première instance.

L'expertise doit déterminer le risque que représente la fonte des glaciers pour la ville de Huaraz (120.000 habitants) située en contrebas du lac glaciaire de Palcacocha.

«Nous voulons que l'entreprise RWE soit reconnue responsable des dommages environnementaux», explique l'agriculteur, soutenu dans sa démarche par l'ONG allemande de défense de l'environnement, Germanwatch.

La plainte a été «déboutée en première instance car elle n'avait pas de base légale et elle ne respectait pas les lois civiles allemandes. Nous sommes convaincus que cela va être la même chose en appel», a déclaré Guido Steffen, un porte-parole de RWE.

Pour le groupe, «selon la loi, les émetteurs individuels ne sont pas responsables de processus (...) universels, et effectivement mondiaux, comme le changement climatique».

Saul Luciano Lliuya et Germanwatch se sont rencontrés à l'occasion de la Conférence sur le climat (COP20) organisé en 2014 à Lima. Des membres de l'ONG se sont rendus ensuite à Huaraz pour examiner avec l'agriculteur les possibilités d'une action légale.

 

- Glissement de terrain -

Saul Luciano Lliuya explique que sa plus grande crainte est que la fonte des glaciers provoque un débordement du lac, situé à 4.650 mètres d'altitude, au pied des glaciers Palcaraju et Pucaranra, dans le Parc national Huascaran. Une fonte excessive pourrait inonder Huaraz.

« Comme agriculteur et comme citoyen, je ne veux pas que ces glaciers disparaissent, ils sont importants», souligne M. Lliuya qui dit se sentir «impuissant» car «tu sais que tu te trouves dans une zone à risque et qu'il y a de grandes entreprises industrielles qui provoquent tout cela».

Il possède une modeste ferme de 0,5 hectare, à flanc de montagne, où il vit chichement avec son épouse et leurs deux enfants. Il cultive du maïs et d'autres plantes traditionnelles comme le quinoa.

Le recul des glaciers lui fait craindre également un assèchement des aquifères souterrains qui mettrait en danger l'agriculture et l'approvisionnement en eau de Huaraz.

La procédure a débuté en 2015. L'année suivante RWE a gagné en première instance, mais l'agriculteur a fait appel en 2017. La visite des experts était prévue en 2019, mais elle a été retardée en raison de la pandémie.

L'avocate de Germanwatch, Roda Verheyen, veut que RWE «paie les coûts pour réellement protéger la ville et la ferme de Lliuya» d'une éventuelle inondation en provenance du lac.

RWE réfute toute responsabilité. «Ce dossier fait référence à nos émissions historiques de gaz à effet de serre, et nous avons toujours fait fonctionner nos centrales en respectant les limites gouvernementales, y compris pour nos émissions de dioxyde de carbone».

L'entreprise s'est donnée comme objectif la neutralité carbone en 2040.

Au cours des 50 dernières années, le Pérou a perdu 51% de ses glaciers, selon des données datant de 2020 de l'Autorité nationale de l'eau.

En 1941, à la suite d'une avalanche, le lac Palcacocha avait provoqué des inondations à Huaraz, provoquant la mort de 1.800 personnes, rappelle Noah Walker-Crawford, chercheur sur le changement climatique à l'University College London (UCL) et expert auprès de Germanwatch.

Par la suite, son volume d'eau a perdu près de 96% en trente ans, avant de «grossir très vite en raison du recul accéléré des glaciers dû au réchauffement climatique», selon lui.


Pacifique Sud: les îles Samoa et la Chine signent à leur tour un accord

Cette photo publiée par le Samoa Observer le 27 juillet 2021 montre le nouvelle Première ministre de Samoa, Fiame Naomi Mata'afa, posant pour des photos dans son bureau avant la première réunion de son cabinet au siège du gouvernement à Apia. (AFP).
Cette photo publiée par le Samoa Observer le 27 juillet 2021 montre le nouvelle Première ministre de Samoa, Fiame Naomi Mata'afa, posant pour des photos dans son bureau avant la première réunion de son cabinet au siège du gouvernement à Apia. (AFP).
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  • Le gouvernement des îles Samoa a confirmé, dans un communiqué, que le ministre chinois des Affaires étrangères et la Première ministre samoane s'étaient rencontrés pour évoquer «le changement climatique, la pandémie et la sécurité»
  • Des dirigeants occidentaux ont appelé ces Etats insulaires à repousser les tentatives de la Chine d'étendre son emprise sur le plan sécuritaire dans la région

APIA : Les îles Samoa et la Chine ont signé samedi un accord en vue d'une "plus grande collaboration", au moment où le ministre chinois des Affaires étrangères effectue une tournée dans le Pacifique Sud, suscitant notamment l'inquiétude de l'Australie et des Etats-Unis.

Les détails de ce pacte n'ont pas été révélés  mais un projet d'accord, envoyé à plusieurs nations de cette région, a fuité. Il évoquait notamment une plus grande coopération en matière économique et de sécurité.

Des dirigeants occidentaux ont appelé ces Etats insulaires à repousser les tentatives de la Chine d'étendre son emprise sur le plan sécuritaire dans la région.

Le gouvernement des îles Samoa a confirmé, dans un communiqué, que le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et la Première ministre samoane Fiame Naomi Mata'afa s'étaient rencontrés pour évoquer le "changement climatique, la pandémie et la sécurité".

Selon le communiqué, la Chine continuera à fournir une aide au développement d'infrastructures et un nouveau cadre sera établi pour de futurs projets "à déterminer".

"Les Samoa et la Chine continueront à rechercher une collaboration accrue afin de concrétiser leurs intérêts et engagements communs".

Avant d'arriver vendredi soir aux Samoa, la délégation chinoise s'est rendue cette semaine aux îles Salomon et Kiribati. Elle devait partir samedi après-midi pour les Fidji, avant de se rendre aux Tonga, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Timor oriental.

Dans le cadre de cette bataille d'influence, la ministre australienne des Affaires étrangères, Penny Wong, s'est rendue en fin de semaine aux îles Fidji. 

"Nous avons exprimé publiquement nos préoccupations concernant cet accord de sécurité", a déclaré Mme Wong dans la capitale Suva. 

"Comme d'autres îles du Pacifique, nous pensons qu'il y a des conséquences. Nous pensons qu'il est important que la sécurité de la région soit déterminée par la région", a-t-elle ajouté.

Lors de sa première escale aux îles Salomon, M. Wang avait dénoncé jeudi les "calomnies et les attaques" contre l'accord de sécurité conclu avec l'État insulaire.

Selon le projet d'accord et le plan sur cinq ans, qui serait proposé à plusieurs Etats insulaires de la région et dont l'AFP a obtenu une copie, Pékin entend accroître son emprise sur le plan sécuritaire. 

Dans une lettre véhémente adressée à ses collègues du Pacifique sud, le président des États fédérés de Micronésie David Panuelo a mis en garde contre un accord "attrayant" à première vue, mais susceptible de donner à la Chine les moyens "d'acquérir accès et contrôle sur notre région".