Exclusif: Le président arménien se félicite d’ouvrir une «nouvelle page» avec l’Arabie saoudite

Le président arménien Armen Sarkissian remercie le monde arabe d’avoir accueilli son peuple après le génocide (Photo, Arab News)
Le président arménien Armen Sarkissian remercie le monde arabe d’avoir accueilli son peuple après le génocide (Photo, Arab News)
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Publié le Jeudi 23 décembre 2021

Exclusif: Le président arménien se félicite d’ouvrir une «nouvelle page» avec l’Arabie saoudite

  • L’Iran ne joue aucun rôle sécuritaire ou militaire en Arménie
  • Le prince héritier saoudien «mène l’Arabie saoudite dans la bonne direction»

EREVAN: Lorsqu’il décrit sa vision pour l’Arménie, Armen Sarkissian aime répéter la phrase «petit pays, État mondial». En tant que président de la République, il ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit des forces, des faiblesses et des opportunités de son pays ainsi que des menaces auxquelles il est confronté.

Avec une superficie de 29 743 km2, l’Arménie est comparable en taille à la Belgique ou à l’État américain du Maryland. Cependant, si le pays compte moins de trois millions de citoyens, la diaspora arménienne dans le monde est estimée entre cinq et sept millions, les États-Unis en comptant à eux seuls jusqu’à 1,5 million d’Arméniens.

Réputés pour leurs contributions au niveau mondial, notamment dans le monde arabe, les Arméniens ont laissé leur empreinte dans les domaines de la science, de la politique, du sport, de la culture et du divertissement. C’est probablement la raison pour laquelle Sarkissian ne considère pas seulement la diaspora de son pays comme un atout majeur, mais va jusqu’à dire que les Arméniens de l’étranger sont une ressource nationale aussi importante que le pétrole pour les pays du Golfe. En fait, il croit tellement à cette idée qu’il souhaite que la constitution de son pays soit modifiée, afin de permettre à davantage d’Arméniens vivant à l’étranger de participer au gouvernement.

«Selon la constitution, un Arménien de l’étranger ne peut pas devenir ministre à moins de vivre les quatre dernières années en Arménie, et de ne posséder qu’un passeport arménien, ce que je considère comme une absurdité totale dans ce nouveau monde», a-t-il déclaré à Arab News dans sa première interview avec un média saoudien. «Cela devrait être l’inverse. Il faut faire venir des gens qui ont beaucoup de succès dans le monde entier. Il y a des centaines de milliers de personnes expérimentées mais nous ne les utilisons pas. Imaginez un État du Golfe qui déciderait de ne pas utiliser le pétrole.»

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Armen Sarkissian (à droite) assis près du prince héritier, Mohammed ben Salmane (à gauche), lors de la conférence de la Future Investment Initiative. (Photo, SPA)

En outre, Sarkissian pense qu’il faut investir massivement dans le capital humain au niveau national et il est fier de ce que l’Arménie a réalisé dans les domaines de la technologie et de la science, chose que, selon lui, toutes les nations intelligentes, comme l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, font déjà.

Mais malgré cette vision prometteuse, l’ambiance n’est pas si positive à Erevan, car les citoyens sont parfaitement conscients des faiblesses de leur pays et des menaces auxquelles il est confronté. Les ombres géopolitiques du passé semblent hanter le présent, tout comme la flamme éternelle au cœur de Tsitsernakaberd, le mémorial du génocide dédié à la vie des 1,5 million d’Arméniens qui ont péri aux mains de l’Empire ottoman en 1915-1916.

La Turquie actuelle — l’un des quatre voisins de l’Arménie, avec l’Iran, la Géorgie et l’Azerbaïdjan — ne reconnaît toujours pas le génocide et reste en désaccord avec Erevan. L’année dernière, une deuxième guerre a éclaté entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Une fois encore, le conflit portait sur la région contestée du Haut-Karabakh, internationalement reconnue comme azérie. La Turquie a publiquement soutenu Bakou, tandis que l’Iran aurait discrètement soutenu l’Arménie, bien que cela soit contesté par certains universitaires et analystes à Erevan.

La guerre s’est achevée par une victoire azérie et un cessez-le-feu négocié par la Russie, laissant l’Arménie confrontée à une lutte pour empêcher les dures réalités géopolitiques du présent d’interférer avec sa vision ambitieuse de l’avenir.

C’était un défi pour Sarkissian, mais cela signifiait aussi la découverte de nouveaux horizons et de nouvelles opportunités nécessaires pour l’Arménie. Une opportunité évidente était l’Arabie saoudite qui, depuis l’année dernière, plaide pour une solution pacifique entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

Une visite historique

Sarkissian a marqué l'histoire en octobre lorsqu'il est devenu le premier président arménien à se rendre en Arabie saoudite depuis l'indépendance de son pays en 1991. Bien que les deux pays n'aient jamais été hostiles l'un à l'autre, ils n'ont pas non plus de relations diplomatiques depuis que Riyad a soutenu la position de l'Azerbaïdjan dans la première guerre du Karabakh de 1988 à 1994.

Sarkissian affirme que cette situation est «regrettable» et que l'un de ses «premiers objectifs» en devenant président en 2018 était d'établir des liens diplomatiques avec le Royaume, qu'il décrit comme un «État très important, très influent et très éminent, ainsi que le gardien de la foi de l'Islam».

Lors de sa visite, Sarkissian s'est assis à côté du prince héritier, Mohammed ben Salmane, à la conférence de la Future Investment Initiative, souvent appelée «Davos du désert.» Il a révélé à Arab News la teneur de ses discussions avec le prince héritier, qui, selon lui, n’ont pas été longues, mais «très spécifiques».

«Tout d'abord, il s'agissait d'une discussion sur le respect des deux parties l'une pour l'autre en tant que nations, en tant qu'États, et en tant qu’individus. Le deuxième sujet que nous avons évoqué était celui de nos relations diplomatiques, et nous sommes convenus qu'en réalité nos liens diplomatiques ont commencé avec cette visite. J'ai ainsi invité le ministre d'État et le ministre des Affaires étrangères d'Arabie saoudite, et bien sûr Son Altesse Royale, à visiter l'Arménie.

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Sarkissian (à gauche) a confié à Abbas (à droite) que l’échange d’ambassadeurs et l’ouverture d’ambassades n’est qu’une question de temps qui relève des départements concernés de son gouvernement et du ministère saoudien des Affaires étrangères. (Photo, Ziad al-Arfaj)

«La troisième partie la plus importante de notre discussion était axée sur l'avenir, et j'ai été très heureux de constater lors de mes entretiens avec Son Altesse Royale qu'il était très concentré sur l'avenir de son pays, sur l'avenir de la région, sur l'avenir du Golfe et l'avenir du monde.»

Sarkissian a déclaré que l’échange d'ambassadeurs et l'ouverture d'ambassades n’est qu’une question de temps qui relève des départements concernés de son gouvernement et du ministère saoudien des Affaires étrangères. «Pour être honnête, pour moi c'est secondaire, car ce dont nous sommes convenus, c'est de considérer que nous avons ouvert une nouvelle page dans nos relations», a-t-il précisé.

Sarkissian regrette que sa visite ait été limitée à une seule journée. Il a toutefois rencontré de nombreuses personnes – et le principal facteur d'influence pour lui a été sa conversation avec le prince héritier. «Je crois en sa sincérité en tant que dirigeant, et en la direction dans laquelle il mène son pays, et c'est tout à fait la bonne direction», a-t-il déclaré.

Cependant, l'Arménie entretient également des relations amicales avec l'Iran, un régime tristement célèbre pour s'ingérer dans les affaires de ses voisins et influencer les décisions pour servir ses intérêts. Cela découragerait-il toute perspective de normalisation des relations avec l'Arabie saoudite et les États arabes modérés? «Non, pas du tout», répond Sarkissian. L’Arménie n’est pas un État religieux et entretient déjà «d’excellentes relations» avec les pays arabes ainsi qu’avec l’Iran, qui «n’a pas emprunté la voie de la destruction du patrimoine ou des églises arméniennes – le gouvernement a en fait financé la restauration des églises arméniennes en Iran».

Il explique qu'il est dans l'intérêt de son pays d'entretenir de bonnes relations avec Téhéran. «Nous sommes un État enclavé», et Erevan a déjà des relations problématiques avec deux voisins (la Turquie et l'Azerbaïdjan). Il ne peut donc pas se permettre de perturber les relations qu'il entretient avec les deux autres, l'Iran et la Géorgie, qu'il décrit comme la porte de son pays vers la Russie et la mer Noire.

Néanmoins, Sarkissian comprend ce qu'il appelle les «préoccupations» de l'Arabie saoudite. «Je comprends et je vois les tensions, je comprends et je vois l'Iran et le Golfe, l'Iran et le Liban, d'accord, et je vois ce que l'Arabie saoudite fait dans la région et le Golfe.»

Mais quelle est exactement l’étendue des relations arméno-iraniennes? Téhéran joue-t-il un rôle militaire ou s’ingère-t-il dans les affaires de sécurité ou de politique, comme il le fait avec presque tous ses voisins?

«Je comprends les préoccupations de l’Arabie saoudite. Je comprends et je vois les tensions, je comprends et je vois l’Iran et le Golfe, l’Iran et le Liban»

«Ils n'interfèrent pas dans les domaines militaire ou sécuritaire», insiste Sarkissian. «Ils ont leurs intérêts dans ce qui se passe actuellement dans le sud de l'Arménie, ce qui intéresse bien sûr l'Iran.» Erevan et Téhéran entretiennent des relations historiques et culturelles et ont des intérêts mutuels tels que l'énergie et le commerce, affirme-t-il.

Mais qu'en est-il de la perception du soutien secret de Téhéran à l'Arménie pendant la récente guerre du Karabakh? Et comment le président Sarkissian interprète-t-il les exercices militaires iraniens près de la frontière azérie?

«C'est leur propre politique, ils n'interfèrent pas en Arménie», répond-il. «Je pense […] que s'ils sentent qu'un danger se produit à leurs frontières, c'est leur problème interne.»

Sarkissian rejette également fermement l’idée selon laquelle le conflit du Karabakh n'était pas seulement un litige territorial, mais aussi une guerre de religion entre l'Arménie à majorité chrétienne et l'Azerbaïdjan à majorité musulmane. «Le conflit n'a jamais été une guerre de religion», soutient-il. «L'Arménie entretient d’excellentes relations avec de nombreux pays où l'Islam est une religion majeure, des pays où l'Islam est la seule religion, ou des pays qui ont l'Islam comme religion d'État.»

«L'autre partie (se référant à l'Azerbaïdjan et à la Turquie) aime parfois utiliser cela (la description de la «guerre de religion») afin d'obtenir le soutien du monde islamique, mais l'Arménie n'a jamais essayé d'obtenir le soutien des pays chrétiens.»

Par ailleurs, plusieurs analystes arméniens ont critiqué ce qu'ils décrivent comme le soutien ouvert et idéologique du Pakistan à l'axe azerbaïdjano-turc, et affirment que les exercices militaires conjoints avec la partie azérie compliquent encore la situation. Sarkissian précise qu'Erevan n'a pas de relations diplomatiques avec le Pakistan: «J'essaie de les établir, parce que je ne suis pas d’avis que si quelqu'un soutient mon concurrent ou l'ennemi, je ne dois pas lui parler.

«Le Pakistan n'est pas un pays que nous pouvons ignorer. Nous ne sommes pas en mesure d'entrer en guerre avec le Pakistan, c'est complètement absurde. Nous devrions essayer de dialoguer et de voir où cela nous mène, et encore une fois, je ne vois aucune contradiction entre le fait d’avoir un dialogue avec le Pakistan et nos profondes et étroites relations avec l'Inde.»

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La paix dans le Caucase du Sud

Le vice-président turc, Fuat Oktay, a déclaré la semaine dernière qu'Ankara s’efforçait de faire progresser le dialogue avec l'Arménie, en coordination avec l'Azerbaïdjan. «La Turquie défend non seulement la normalisation des relations avec l'Arménie, mais aussi la paix et la stabilité dans l’ensemble du Caucase», a-t-il révélé. La Turquie s'est engagée dans une série de conflits régionaux ces dernières années, et son économie s'est maintenant détériorée à des niveaux sans précédent. Bien qu’il ne s’agisse pas de la première tentative de combler le fossé entre les deux voisins, de nombreux observateurs estiment que les difficultés politiques et économiques d'Ankara représentent une véritable opportunité pour l'Arménie.

Alors, Erevan accueille-t-elle ces développements? Cette bonne volonté arménienne exprimée par son président s'étend-elle à la Turquie, son grand rival?

«L'Arménie est politiquement divisée, surtout après la guerre, comme vous pouvez l'imaginer», explique Sarkissian. «Quand vous avez une guerre, que vous la perdez et qu’autant de tension se fait sentir, l’État n'est pas homogène dans son comportement. Je ne dirais jamais que je parle au nom de tous les Arméniens.

«Je suis le président d'une république parlementaire, je suis le chef de l'État, mais je ne suis pas le pouvoir exécutif qui gère les affaires courantes du gouvernement. C'est le gouvernement qui doit répondre à la partie turque et à l'offre.» Il aurait tort de commenter ou de juger à ce stade, dit-il.

«Tout accord… doit passer par un processus formel de présentation au Parlement», explique-t-il. «Je m’exprimerai à son arrivée sur ma table. En tant que président de la République, je peux soit signer tout ce qui a été convenu – si je considère que c'est en harmonie avec l'intérêt national de l'État et du peuple arménien – soit j'ai la possibilité de ne pas le signer, et de l'envoyer, par exemple, à la cour constitutionnelle afin que les meilleurs juristes puissent discuter de cette question et me donner des conseils.»

Quant à l'Azerbaïdjan, étant donné que la communauté internationale a reconnu le Karabakh comme azéri et que les tentatives de résolution du problème se poursuivent, Sarkissian voit-il un rôle pour des organismes régionaux ou religieux influents tels que le Conseil de coopération du Golfe ou l'Organisation de coopération islamique dans le soutien des efforts de paix dans le Caucase?

«Mon conseil serait le suivant: essayons de trouver une solution logique qui serait acceptable pour les deux parties. Toute solution forcée ne durera pas», signale-il. Sarkissian soutient que ce sont les Azéris qui devraient proposer des compromis pour assurer une paix durable. «Il n'y a pas grand-chose sur lequel la partie arménienne peut faire des compromis aujourd'hui», dévoile-il. «Nous aurions pu faire des compromis à partir de 1994, lorsque nous étions victorieux… C'était le moment de faire des compromis et de parvenir à une solution diplomatique plutôt qu'à une solution de guerre. C'est un grand regret, car des milliers de jeunes vies ont été perdues pour quelque chose qui aurait pu être obtenu par des voies diplomatiques.»

«Essayons de trouver une solution logique qui serait acceptable pour les deux parties. Toute solution forcée ne durera pas»

Néanmoins, la guerre n’a pas été une perte totale pour l'Arménie. Sarkissian établit une analogie intéressante avec la Turquie, et explique pourquoi il y a encore beaucoup d'opportunités pour son pays.

«Pendant la guerre, nous avons perdu. Mais la devise arménienne, le dram, était stable. Elle a perdu un peu, mais après la guerre, elle est devenue plus forte qu'avant. Par rapport au dollar américain, la livre turque a baissé de façon spectaculaire.»

La principale différence, selon Sarkissian, est que l'Arménie a sauvegardé l'indépendance de sa banque centrale, contrairement à la Turquie. «Il y a quelque chose que nous avons fait au début des années 1990; nous avons reconstruit notre secteur bancaire. Nous avions plus de 150 banques et, comme dans toutes les républiques soviétiques, la plupart étaient des systèmes pyramidaux, mais nous avons réussi à faire venir des banques internationales.

«La première banque était la HSBC, je suis fier de dire que je les ai fait venir ici, et ils nous ont aidés à mettre en place nos lois dans le secteur bancaire. Et en Arménie, nous avons une banque centrale qui est vraiment indépendante du gouvernement.»

Le secteur banquier n'est pas le seul secteur dont Sarkissian est fier. Il fait l'éloge des secteurs technologique et agricole de l'Arménie, et même de l'eau naturelle de son pays. Sirotant une bouteille d'eau plate d'origine locale, il explique à quel point son pays est riche en eau naturelle et insiste sur le fait qu'il peut en distinguer les différents goûts, comme un connaisseur en vin.

L'Arménie a rejoint l'Union économique eurasienne en 2015, mais entretient également de solides relations économiques avec l'UE. Selon Sarkissian, les alignements fiscaux et douaniers qui en découlent constituent une opportunité pour les entreprises du Golfe et d'autres pays de s'enregistrer en Arménie et d’y gérer leurs affaires. «Plusieurs pays, dont Singapour, souhaitent approfondir leurs relations avec l'Union économique eurasienne, et l'Arménie peut être une porte d'entrée», ajoute-il.

Un message au monde arabe

Sarkissian rappelle le rôle crucial joué par les États du Golfe et le monde arabe dans l'accueil des Arméniens qui ont échappé au génocide de 1915-1916.

«Ils ont trouvé refuge en Syrie, au Liban, en Égypte, dans les États du Golfe, dont l'Arabie saoudite», explique-il. «Je profite de cette occasion pour remercier ces nations, et les chefs d'État de tous ces États du Moyen-Orient, en particulier les États arabes, qui ont été si fraternels avec nous.

«Ce sont des États où la religion principale est l'islam, ou la seule religion est l'islam, et ils ont accueilli des Arméniens sans abri qui étaient chrétiens comme leurs frères et sœurs. C'est donc l'occasion de les remercier.»

De manière significative, plus de cent ans plus tard, cette migration se produit en sens inverse, les Arméniens fuyant leur situation désespérée dans des pays comme la Syrie et le Liban. Sarkissian estime que, certainement dans le cas du Liban, il serait préférable d’aider la communauté arménienne à rester dans son pays d'adoption.

«Il y a cinq ou dix ans, c'était un pays qui vivait en harmonie», déclare-il. «Bien sûr, il y avait des ingérences, mais ce qu'ils ont mal fait, c’était l’aspect financier, à cause de la structure de la constitution et de la façon dont ils géraient leurs affaires.

«Mais j'aimerais bien aider notre communauté arménienne là-bas à rester, car il y a beaucoup de culture, beaucoup de présence, et ils sont importants, tout comme nos communautés arméniennes dans de nombreux autres endroits.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince héritier saoudien et le président ukrainien tiennent des pourparlers à Djeddah

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  • Zelensky s’est rendu à Djeddah et a rencontré le prince héritier saoudien pour renforcer les relations bilatérales
  • Les discussions portent sur la coopération en sécurité, énergie et infrastructures, après un soutien financier européen

DJEDDAH : Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est arrivé à Djeddah vendredi pour sa deuxième visite en Arabie saoudite en un mois.

Au cours de cette visite, Zelensky a rencontré le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, où les deux dirigeants ont discuté des moyens de renforcer les liens entre Kyiv et Riyad et d’élargir la coopération dans des secteurs clés, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

« Hier, lors d’une réunion avec des dirigeants européens, nous avons obtenu des garanties financières pour notre résilience. Aujourd’hui, nous faisons avancer nos accords avec l’Arabie saoudite dans les domaines de la sécurité, de l’énergie et des infrastructures », a déclaré Zelensky dans un message publié sur X à son arrivée dans le Royaume. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Washington sanctionne Bagdad pour l'obliger à démanteler les milices pro-Iran

 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
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  • Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire"
  • Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter"

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias.

Le Wall Street Journal, citant des sources officielles irakiennes et américaines, a affirmé mardi soir que Washington avait, pour la deuxième fois depuis le début de la guerre, suspendu la livraison par avion-cargo de près de 500 millions de dollars en cash, provenant des ventes de pétrole irakien.

Un responsable du gouvernement irakien a affirmé à l'AFP que seul un envoi n'était pas arrivé, invoquant "des raisons logistiques liées à la guerre" et la fermeture de l'espace aérien.

Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire".

Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter".

Les revenus des exportations de pétrole irakiennes sont en grande partie déposés à la Réserve fédérale de New York, en vertu d'un arrangement conclu après l'invasion américaine de 2003, qui avait renversé Saddam Hussein.

Un accord qui donne à Washington un levier majeur sur les autorités de Bagdad.

En parallèle, les Etats-Unis ont suspendu le financement de formations des forces armées irakiennes et de programmes de lutte contre les jihadistes, au premier rang desquels le groupe Etat islamique.

Un responsable de la sécurité irakien a confirmé à l'AFP l'arrêt de cette coopération bilatérale, en raison "des milices et des (...) bombardements".

Il n'a fourni aucun détail mais les deux pays coopèrent depuis plusieurs années, en particulier dans la lutte antijihadiste.

L'Irak, voisin de l'Iran, a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient par des frappes imputées aux Etats-Unis ou à Israël visant des groupes pro-iraniens. Ces derniers ont revendiqué des attaques contre les intérêts américains dans le pays.

L'équilibre précaire de l'Irak 

Au début de la guerre régionale déclenchée par les frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février, Washington et Bagdad avaient déclaré vouloir "intensifier la coopération" pour prévenir les attaques contre les intérêts américains et garantir que le territoire irakien ne serait pas utilisé pour ces opérations.

Mais Washington s'est plaint d'efforts insuffisants de la part de l'Irak, qui tente depuis des années de conserver un équilibre précaire entre ses liens avec les Etats-Unis et sa proximité avec Téhéran.

Le 9 avril, le département d'Etat américain avait déclaré avoir "convoqué" l'ambassadeur irakien à Washington, pour condamner ces attaques.

Sollicitée mercredi par l'AFP, la diplomatie américaine n'a pas confirmé la suspension des livraisons de dollars mais affirmé que "l'incapacité du gouvernement irakien à prévenir ces attaques (...) nuit aux relations entre les Etats-Unis et l'Irak".

"Les Etats-Unis ne toléreront pas les attaques contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu'il prenne immédiatement toutes les mesures nécessaires pour démanteler les milices alignées sur l'Iran en Irak", a déclaré le porte-parole par intérim du département d'Etat, Tommy Pigott.

Plusieurs de ces factions ont cessé leurs attaques contre les "bases ennemies" dans le pays et la région après le cessez-le-feu irano-américain.

Avant la fin des combats, l'ambassade des Etats-Unis en Irak avait rapporté "de nombreuses attaques de drones" lancées selon elle par des milices pro-iraniennes contre des installations diplomatiques et l'aéroport international de Bagdad.

En janvier, Donald Trump avait menacé de retirer tout soutien à Bagdad si l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, 75 ans, perçu comme proche de l'Iran, revenait au pouvoir.

L'Iran, pour autant, n'entend pas lâcher ses leviers sur son voisin.

Le général Esmaïl Qaani, un haut responsable militaire iranien, s'est rendu samedi à Bagdad pour rencontrer des responsables politiques et des groupes armés pro-iraniens, a indiqué à l'AFP un haut responsable irakien.


Journaliste tuée: les dirigeants libanais dénoncent un «crime de guerre»

Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
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  • "Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre"
  • Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales

BEYROUTH: Les dirigeants libanais ont accusé jeudi Israël d'avoir perpétré un "crime de guerre" après la mort d'une journaliste dans une frappe aérienne israélienne dans le sud du pays.

Amal Khalil, 42 ans, journaliste du quotidien Al-Akhbar, a été tuée mercredi et sa collègue indépendante Zeinab Faraj blessée dans cette frappe dans le sud, où les forces israéliennes occupent plusieurs régions.

"Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre".

Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales.

Les deux journalistes s'étaient réfugiées dans une maison du village d'al-Tiri, après qu'une frappe israélienne a visé une voiture qui les précédait, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Les deux occupants du véhicule, le maire de la ville voisine de Bint Jbeil, occupée par Israël, et un homme qui l'accompagnait, ont été tués, a précisé la même source.

Une frappe israélienne a ensuite visé la maison où s'étaient réfugiées les deux journalistes. Les secours ont évacué dans un premier temps la journaliste blessée, avant que "des tirs israéliens visent l'ambulance", selon le ministère de la Santé.

Les autorités libanaises ont dû mener des contacts avec les Casques bleus déployés dans le sud du Liban et il a fallu plusieurs heures avant que les secouristes puissent à nouveau accéder au secteur pour retirer des décombres le corps de l'autre journaliste.

Le ministère de la Santé a accusé jeudi Israël d'avoir "entravé les opérations de sauvetage" et "visé une ambulance portant clairement le signe de la Croix-Rouge".

L'armée israélienne a de son côté affirmé avoir frappé dans le secteur d' al-Tiri deux véhicules à bord desquels se trouvaient des "terroristes", qui avaient "franchi la ligne de défense avancée" de ses troupes dans le sud du Liban.

Israël dit avoir tracé une "ligne jaune" ou ligne de défense avancée en profondeur dans le sud du Liban où ses troupes sont entrées, et interdit aux habitants d'y retourner.

Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 17 avril, après une guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien qui a fait plus de 2.400 morts au Liban.

L'armée israélienne a démenti avoir "empêché les équipes de secours d'accéder à la zone". Elle a indiqué que "des informations font état de deux journalistes blessés lors des frappes" et affirmé que l'incident était "en cours d'examen".

Correspondante dans le sud du Liban pour le journal al-Akhbar, proche du Hezbollah, Amal Khalil a couvert les différentes guerres dans cette région. Elle était connue pour son courage et était respectée par ses collègues.

Le 28 mars, trois journalistes avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud et des experts de l'ONU avaient réclamé une enquête internationale.