Mali: les Russes présentés comme des instructeurs de plus en plus nombreux

Des militaires russes étaient déjà présents dans le pays par exemple pour assurer la maintenance d'équipements, mais ils étaient peu visibles en tant que tels. (Photo, AFP)
Des militaires russes étaient déjà présents dans le pays par exemple pour assurer la maintenance d'équipements, mais ils étaient peu visibles en tant que tels. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 08 janvier 2022

Mali: les Russes présentés comme des instructeurs de plus en plus nombreux

  • Un responsable malien a répondu par l'affirmative à la possibilité que ces instructeurs soient désormais au nombre d'environ 400 à travers le pays
  • La junte, «illégitime», fait appel à Wagner «pour se sauver elle-même», a pour sa part estimé un haut diplomate français

BAMAKO : De nombreux instructeurs russes ont été déployés au Mali ces dernières semaines, notamment sur la base de Tombouctou (nord) récemment quittée par les forces françaises, ont indiqué des responsables militaires maliens, en pleine querelle avec les partenaires internationaux sur le déploiement d'un groupe de mercenaires russe.

Un de ces responsables a répondu par l'affirmative à la possibilité que ces instructeurs soient désormais au nombre d'environ 400 à travers le pays.

Des militaires russes étaient déjà présents dans le pays par exemple pour assurer la maintenance d'équipements, mais ils étaient peu visibles en tant que tels.

L'arrivée assumée d'un certain nombre d'instructeurs russes conforte le soupçon largement partagé du recours par les autorités maliennes, malgré leurs dénégations, aux services du sulfureux groupe paramilitaire Wagner. Cette suspicion est nourrie par les lignes réputées floues entre Wagner et Moscou.

Un responsable sécuritaire occidental, un diplomate africain en poste à Bamako et un élu local ont fait état de la présence de mercenaires russes, sous le couvert de l'anonymat compte tenu de la sensibilité du sujet.

Une quinzaine de partenaires occidentaux du Mali, pays plongé dans une profonde crise sécuritaire et politique depuis le déclenchement d'insurrections indépendantiste et djihadiste en 2012, ont déjà rapporté fin décembre que Wagner avait commencé à se déployer, avec le soutien de Moscou selon eux.

Les autorités maliennes issues du double putsch d'août 2020 et mai 2021 ont jusqu'alors démenti non seulement un tel déploiement, mais la conclusion d'un accord, et invoquent la présence de formateurs russes au même titre que de formateurs européens.

Le renforcement apparent de la coopération avec la Russie coïncide avec la reconfiguration du dispositif français et la réduction programmée de la force antidjihadiste Barkhane, appelée à passer d'environ 5 000 militaires au Sahel à l'été 2021 à environ 3 000 à l'été 2022.

Barkhane a récemment rétrocédé aux Maliens trois bases dans le nord, la dernière en date à Tombouctou mi-décembre.

Des instructeurs russes sont récemment arrivés à Tombouctou pour accompagner la livraison d'hélicoptères russes, a indiqué un responsable malien.

Russes et non-Russes

Un autre responsable malien, également sous le couvert de l'anonymat, a confirmé la présence "d'instructeurs militaires russes dans plusieurs parties du Mali".

"Vous parlez de mercenaires, C’est votre affaire. Pour nous, se sont des instructeurs russes", a dit le premier responsable.

Un responsable sécuritaire occidental a parlé de "quelques centaines de mercenaires russes de la société Wagner déployés sur le territoire malien entre le centre et le nord".

Il a fait état de deux incidents récents suscités par cette présence: les blessures d'un membre de Wagner, selon lui, touché par l'explosion d'une mine dans le centre du pays en début de semaine; et la protestation, quasiment inédite de la part des autorités maliennes, contre le survol du camp militaire de Sofara (centre) par un appareil de la force de l'ONU au Mali (Minusma).

Aucune réaction officielle n'a été obtenue côté russe. Le Kremlin assure que Wagner est une société privée avec laquelle il n'a rien à voir.

Un des responsables maliens a confirmé que la Minusma avait été saisie "pour demander avec fermeté que ses avions ne survolent plus notre camp militaire de Sofara. "Si cela ça se répète, nous prendrons nos responsabilités", a-t-il dit.

Interrogé sur l'incident dans lequel un Russe aurait été blessé, le porte-parole de l'état-major français, le colonel Pascal Ianni, a indiqué ne pas pouvoir le commenter. "Nous sommes dans des compartiments de terrain complètement distincts, donc la force Barkhane n'a pas été impliquée dans cet incident, si tant est qu'il ait bien eu lieu", a-t-il déclaré devant la presse.

Mais un influent élu d’une localité du centre du Mali a assuré que "des engins explosifs ont blessé, et même peut-être tué des mercenaires russes".

"Je suis sur le terrain. Il y a des instructeurs russes et des mercenaires", russes ou non-russes travaillant pour eux, a-t-il dit.

Un haut diplomate français a indiqué vendredi que les dimensions et l'impact des activités de Wagner étaient en cours d'évaluation. Ce déploiement reste "inacceptable" parce que "cela crée un nouveau risque sécuritaire", a-t-il dit, sans pour autant entraîner automatiquement un retrait français.

La junte, "illégitime", fait appel à Wagner "pour se sauver elle-même", dit-il.


L'Iran a présenté une nouvelle proposition aux Etats-Unis via le Pakistan (média d'Etat)

A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
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  • L’Iran a soumis une nouvelle proposition de négociation visant à relancer le dialogue avec les États-Unis pour mettre fin au conflit
  • Le Pakistan joue un rôle de médiateur dans ces discussions, qui restent bloquées malgré les efforts diplomatiques

TEHERAN: L'Iran a présenté une nouvelle offre en vue de la reprise des négociations avec les Etats-Unis, actuellement au point mort, pour mettre fin durablement à la guerre, a annoncé l'agence officielle iranienne Irna.

"La République islamique a transmis jeudi soir le texte de sa dernière proposition au Pakistan, médiateur dans les discussions avec les Etats-Unis", selon l'agence, qui n'a pas donné plus de détails.


Téhéran active ses défenses aériennes, Trump prêt à ignorer le Congrès

Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Téhéran a activé sa défense antiaérienne malgré un cessez-le-feu fragile, tandis que Washington affirme que la limite légale des 60 jours pour autoriser la guerre ne s’applique plus, ce qui suscite des tensions politiques
  • Le conflit et le blocage du détroit d’Ormuz provoquent une flambée des prix du pétrole et une crise énergétique mondiale, avec des risques économiques majeurs

TEHERAN: Téhéran a activé jeudi soir ses systèmes de défense antiaérienne contre des drones et des petits avions, à l'approche des 60 jours du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, date limite après laquelle Donald Trump doit théoriquement demander l'autorisation du Congrès pour poursuivre la guerre.

Mais son gouvernement a laissé entendre qu'il ignorera cette obligation qui incombe au président américain en principe vendredi, et que les démocrates se retrouvent impuissants à faire respecter.

Les Etats-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l'Iran le 28 février, et instauré un cessez-le-feu depuis le 8 avril, en dépit duquel le bras de fer entre entre Téhéran et Washington se poursuit, propulsant les cours des hydrocarbures à des sommets inédits depuis quatre ans.

Selon la Constitution américaine, seul le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre. Une loi adoptée en 1973 permet cependant au président de déclencher une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d'urgence, à condition, s'il engage des troupes américaines plus de 60 jours, qu'il obtienne une autorisation du pouvoir législatif.

Vendredi représente donc la date limite, mais le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a argué jeudi qu'en raison du cessez-le-feu "l'horloge des 60 jours est suspendue".

"Les hostilités qui ont commencé le samedi 28 février sont terminées", a ajouté à l'AFP un haut responsable de l'administration américaine. "Il n'y a pas eu d'échanges de tirs entre les forces armées américaines et l'Iran depuis le mardi 7 avril".

Washington impose un blocus des ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, faisant s'envoler les prix du pétrole.

Un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure "pendant des mois".

Face à la perspective d'un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022 lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Vendredi, il gagnait 0,59% à 111,05 dollars vers 05H00 GMT.

- "Défaite honteuse" -

Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient subi une "défaite honteuse" face à l'Iran.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a lui dénoncé le blocus américain comme un "prolongement des opérations militaires".

A Téhéran, des systèmes de défense antiaérienne ont été activés jeudi soir, contre des drones et des aéronefs dont la provenance n'a pas été communiquée.

"Le bruit de la défense antiaérienne a cessé après environ 20 minutes d'activité et de riposte contre de petits aéronefs", ont indiqué les agences Tasnim et Fars précisant que Téhéran se trouvait de nouveau dans une "situation normale".

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie semble dans l'impasse.

Pendant que les négociations piétinent, les répercussions du blocage d'Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d'inflation et révisions à la baisse de la croissance.

"Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire", a jugé le patron de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol.

- "Au bord du gouffre" -

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est aussi alarmé de l'"étranglement" de l'économie planétaire en raison de la paralysie du détroit.

"C'est à présent le temps du dialogue, de solutions qui nous éloignent du bord du gouffre et de mesures capables d'ouvrir une voie vers la paix", a-t-il plaidé dans un message sur X.

Sur le front libanais, de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays ont fait au moins dix-sept morts jeudi.

L'ambassade américaine à Beyrouth a appelé à une rencontre entre ce dernier et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, considérant le Liban "à un tournant". "Son peuple a l'occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir", a-t-elle estimé sur X.

Les opérations menées au Liban par Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 2.500 morts et plus d'un million de déplacés depuis début mars, selon les autorités.


L'accord entre l'UE et le Mercosur entre en vigueur, de façon provisoire

Un policier français se tient à côté de tracteurs stationnés alors que des agriculteurs participent à une manifestation contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, le jour d’un vote sur une saisine des tribunaux, à Strasbourg le 21 janvier 2026. (AFP)
Un policier français se tient à côté de tracteurs stationnés alors que des agriculteurs participent à une manifestation contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, le jour d’un vote sur une saisine des tribunaux, à Strasbourg le 21 janvier 2026. (AFP)
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  • L’accord UE–Mercosur entre en vigueur provisoirement, créant une vaste zone de libre-échange de plus de 700 millions de consommateurs avec baisse des droits de douane sur plusieurs produits
  • Soutenu par certains pays pour dynamiser l’économie, il est vivement critiqué notamment en France pour les risques de concurrence déloyale envers les agriculteurs européens

BRUXELLES: Il est vivement dénoncé par la France et le monde agricole mais plébiscité par Bruxelles, l'Espagne et l'Allemagne: l'accord commercial entre l'Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur entre en vigueur vendredi, de façon provisoire.

Ce traité, fruit de plus de 25 ans de tractations ardues, va créer l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions de consommateurs.

Les premières conséquences de son application sont immédiates, d'après Bruxelles.

Dès vendredi, les droits de douanes sur les voitures, produits pharmaceutiques ou le vin, que l'UE exporte vers l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay seront "supprimés ou considérablement réduits".

"C'est une grande journée", a salué le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, qualifiant cet accord d'"historique".

"C'est en réalité une journée bien sombre", rétorque l'eurodéputée française Manon Aubry à l'AFP. Les agriculteurs européens "vont se confronter à une concurrence déloyale de centaines de milliers de tonnes de denrées agricoles qui vont inonder le marché européen, avec des normes sanitaires et environnementales au rabais", alerte l'élue de gauche radicale, très investie sur ce dossier.

- Les tracteurs à Bruxelles -

Cet accord commercial a fait l'objet d'innombrables rebondissements depuis les premières négociations, lancées à la fin des années 1990.

Et pour cause: les deux camps sont fondamentalement divisés quant à ses effets.

Pour ses partisans, Berlin et Madrid en tête, ce texte va permettre de relancer l'économie européenne, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

Pour ses détracteurs, le risque est au contraire de bousculer l'agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants. On retrouve ici la France, la Pologne, et de nombreux agriculteurs.

Dans l'espoir d'amadouer ce camp-ci, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles.

Mais rien n'y a fait.

Equipés de tracteurs, fumigènes et drapeaux, les agriculteurs sont venus crier leur colère jusque dans les rues de Bruxelles et de Strasbourg, devant le Parlement européen.

Et le traité de libre-échange, qui facilite l'entrée en Europe de bœuf, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui inquiètent les filières concernées, a finalement été signé mi-janvier.

- Diversifier les partenariats -

Le Parlement européen a dans la foulée saisi la justice pour vérifier la légalité de l'accord.

En attendant cette décision de la Cour de justice de l'UE, d'ici peut-être plus d'un an, la Commission a décidé d'appliquer cet accord de façon provisoire, ce qu'elle est en droit de faire.

Une décision là encore critiquée par la France - son président Emmanuel Macron a parlé d'une "mauvaise surprise" - et les agriculteurs.

Au sein des cortèges du monde agricole, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a souvent cristallisé les critiques, se faisant vilipender nommément.

Celle-ci rétorque que l'UE n'a d'autre choix que de diversifier ses partenariats commerciaux face au retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Elle a donc aussi scellé un accord commercial avec l'Inde fin janvier et avec l'Australie en mars.

Pour marquer l'entrée en vigueur de celui du Mercosur vendredi, la cheffe de l'exécutif européen échangera, aux côtés du président du Conseil européen, Antonio Costa, par visioconférence, avec les dirigeants des pays du Mercosur.