Tir de barrage des républicains contre Biden et son projet de réforme électorale

«Indigne de sa fonction», «démagogue», «incohérent et erroné»: en réagissant au plaidoyer de Joe Biden, Mitch McConnell n'a pas retenu la moindre attaque. (Photo, AFP)
«Indigne de sa fonction», «démagogue», «incohérent et erroné»: en réagissant au plaidoyer de Joe Biden, Mitch McConnell n'a pas retenu la moindre attaque. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 13 janvier 2022

Tir de barrage des républicains contre Biden et son projet de réforme électorale

  • La tension politique est montée d'un cran à Washington cette semaine et Joe Biden a décidé de s'impliquer personnellement dans la bataille
  • La porte-parole de la Maison Blanche a qualifié d'«hilarantes» les critiques selon lesquelles le discours de Joe Biden mardi aurait pu être perçu comme offensant

WASHINGTON : Le président Joe Biden a essuyé un tir de barrage d'une violence rare de la part du chef des républicains au Sénat mercredi, qui a rejeté avec force son idée de changer les règles parlementaires pour faire adopter deux lois qui doivent protéger l'accès au vote des Afro-Américains.

La tension politique est montée d'un cran à Washington cette semaine et Joe Biden a décidé de s'impliquer personnellement dans la bataille.

Violence

"Indigne de sa fonction", "démagogue", "incohérent et erroné": en réagissant au plaidoyer de Joe Biden, qui a promis mardi de tout faire pour protéger le droit de vote des minorités, Mitch McConnell n'a pas retenu la moindre attaque.

"Je n'ai pas reconnu l'homme à la tribune hier", a tancé le chef des républicains au Sénat, en référence au déplacement du président américain sur les terres de Martin Luther King.

Le ténor conservateur s'est insurgé contre les réformes électorales du président qui reviendraient selon lui à confier aux démocrates "le contrôle des élections".

Le discours de Mitch McConnell dans l'hémicycle du Sénat est le signe criant que, à moins de dix mois des élections cruciales de mi-mandat, tous les coups sont permis.

Joe Biden, présent au Congrès mercredi pour rendre hommage à un sénateur défunt, s'est empressé de répondre à celui qu'il a côtoyé de longues années dans les couloirs du Capitole: "J'aime bien Mitch McConnell, c'est un ami", a-t-il lancé, un brin taquin.

Quelques minutes plus tard, la porte-parole de la Maison Blanche a qualifié d'"hilarantes" les critiques selon lesquelles le discours de Joe Biden mardi aurait pu être perçu comme offensant. 

"Ce qui est bien plus offensant, c'est cette tentative de supprimer le droit fondamental des gens d'exercer leur droit de vote", a-t-elle rétorqué.

Le président américain, qui a choisi de mouiller sa chemise dans ce dossier, reviendra au Sénat jeudi pour échanger avec les démocrates sur la marche à suivre pour faire passer ses réformes.

Déjà adoptées à la Chambre des représentants, ses deux lois censées protéger l'accès au vote des minorités sont pour l'instant "mort-nées" au Sénat, où la majorité démocrate est bien trop étroite pour qu'elles y soient adoptées sans les républicains. À moins d'une réforme explosive des règles de la chambre haute, la menace que Joe Biden agite.

Mais pour la mettre à exécution, il lui manque encore le soutien de deux démocrates modérés, Joe Manchin et Kyrsten Sinema. Les deux y sont pour l'instant opposés, Joe Biden tente par tous moyens de les convaincre.

 

Une majorité d'Américains craignent un «effondrement» de leur démocratie

Une large majorité d'Américains considèrent que l'instabilité politique est la plus grande menace contre les Etats-Unis où la démocratie pourrait s'"effondrer", selon un sondage paru mercredi qui confirme la profonde division du pays un an après l'assaut du Capitole.

Selon une enquête de l'université Quinnipiac, 76% des sondés estiment que l'instabilité politique est la menace la plus grave contre le pays, contre seulement 19% qui citent les pays étrangers adversaires des Etats-Unis.

Les plus inquiets sont les militants ou sympathisants démocrates (83%, contre 66% des républicains) et les 18-34 ans (80%). 

Par ailleurs, 58% des personnes interrogées craignent un "effondrement" de leur démocratie, contre 37% qui la considère comme assez solide pour surmonter les profondes divisions dans la société américaine.

Le démocrate Joe Biden, qui avait promis le 20 janvier 2021 de "réconcilier" le pays après le mandat de Donald Trump, semble avoir raté son pari, 53% des Américains estimant que ces divisions vont empirer dans les années à venir, contre seulement 15% qui prédisent une amélioration. 

"La peur d'un ennemi intérieur plutôt que d'une menace étrangère, souligne un amer constat des Américains sur une démocratie en péril et des divisions politiques de plus en plus profondes", a commenté Tim Malloy, de l'Université Quinnipiac.

Jour férié, encas

Baptisée "Freedom to Vote Act", la première des deux réformes que les démocrates cherchent par tous moyens à adopter prévoit de rendre férié le jour de l'élection et d'élargir le vote par correspondance.

Elle annule en même temps une série de restrictions adoptées dans plusieurs Etats conservateurs depuis la présidentielle de 2020, comme l'interdiction en Géorgie de distribuer des boissons ou des encas dans la file d'attente pour voter.

Les ONG assurent que ces mesures adoptées par des républicains visent et discriminent particulièrement les Afro-Américains, qui ont très largement voté pour Joe Biden à la dernière élection.

La deuxième loi des démocrates interdit l'adoption de toute règle ayant pour conséquence de limiter l'accès au vote d'un groupe minoritaire, même si la discrimination n'est pas intentionnelle.

Espérant pouvoir peser sur le débat, une quinzaine d'élus afro-américains ont aussi exhorté mercredi, avec beaucoup d'émotion, le Sénat à adopter la réforme électorale "de toute urgence" pour protéger les droits des minorités, lors d'une conférence de presse.

"C'est la chose la plus sacrée à laquelle je peux penser", a martelé mercredi l'élue noire Joyce Beatty, présidente de ce groupe parlementaire. "La plus fondamentale."


Iran : l'UE désigne les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste

Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
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  • Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont classé les Gardiens de la Révolution iraniens comme organisation terroriste suite à la répression sanglante des manifestations en Iran
  • L’UE a également sanctionné 21 responsables iraniens, avec interdiction d’entrée sur le territoire et gel de leurs avoirs

BRUXELLES: Les ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'Union européenne sont tombés d'accord jeudi pour désigner les Gardiens de la révolution comme une "organisation terroriste", après la répression sanglante des manifestations en Iran, a annoncé la cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas.

"+Terroriste+, c'est bien ainsi que l'on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang", a aussitôt réagi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte", a assuré de son côté Mme Kallas, en marge d'une réunion ministérielle à Bruxelles.

Ces derniers ont donné leur feu vert à l'inscription des Gardiens iraniens dans la liste de l'UE recensant les organisations terroristes. Les Européens rejoignent ainsi d'autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie.

La France avait annoncé dès mercredi être prête à soutenir cette décision, en réponse à la répression "la plus violente" de l'histoire récente iranienne.

Les Européens ont aussi décidé jeudi de sanctionner plusieurs responsables iraniens, dont le ministre de l'Intérieur, le chef de la police et plusieurs dirigeants des Gardiens de la révolution. La liste de ces responsables iraniens a été publiée jeudi au Journal officiel de l'UE.

Au total, quelque 21 entités et individus sont ciblés par ces sanctions, qui prévoient une interdiction d'entrer dans l'UE et le gel de leurs avoirs sur le territoire des Vingt-Sept.


Trump dit qu'il "semble" que le Hamas va se désarmer

Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
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  • Donald Trump affirme que le Hamas « semble » prêt à se désarmer, une étape clé de son plan pour mettre fin à la guerre à Gaza
  • La deuxième phase de la trêve prévoit le désarmement du Hamas, un retrait progressif israélien et le déploiement d’une force internationale

WASHINGTON : Donald Trump a dit jeudi qu'il "semblait" que le mouvement palestinien Hamas allait "se désarmer", ce qui est l'une des étapes cruciales prévues dans son plan de règlement du conflit à Gaza.

"Beaucoup de gens disent qu'ils ne se désarmeront jamais. Il semble qu'ils vont se désarmer", a déclaré le président américain pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Il a également relevé que le Hamas "nous a aidé avec les corps, leur rapatriement et sa famille est très reconnaissante", faisant référence au rapatriement des restes du dernier otage israélien du 7-Octobre, Ran Gvili, à qui Israël a rendu hommage mercredi lors de funérailles nationales.

Pour sa part, l'émissaire spécial Steve Witkoff s'est félicité que "nous ayons chassé les terroristes de là-bas et ils vont se démilitariser".

"Ils le feront parce qu'ils n'ont pas le choix. Ils vont abandonner. Ils vont abandonner les AK-47", a-t-il ajouté.

La veille, le Hamas s'était dit prêt à un "transfert complet de la gouvernance" de la bande de Gaza aussi vite que possible.

Aux termes du plan du président américain pour mettre fin à la guerre de Gaza, un Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG) doit administrer provisoirement le territoire palestinien sous la houlette du "Conseil de paix" présidé par M. Trump lui-même.

La deuxième phase de la trêve entrée en vigueur le 10 octobre dernier prévoit entre autres le désarmement du Hamas, le retrait progressif de l'armée israélienne, qui contrôle encore plus de la moitié du territoire, et le déploiement d'une force internationale de stabilisation.


Ethiopie: combats entre armée fédérale et forces tigréennes, vols supendus vers le Tigré

Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
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  • De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar
  • Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés

ADDIS ABEBA: Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie.

De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar. Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés.

Ces tensions font planer le risque d'une reprise d'un conflit après la sanglante guerre qui a opposé entre novembre 2020 et novembre 2022 l'armée éthiopienne aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Au moins 600.000 personnes étaient mortes, selon l'Union africaine, des estimations que plusieurs experts pensent sous-estimées.

Ces derniers jours, des combats se sont tenus à Tsemlet (ouest du Tigré), une zone revendiquée par des forces de la région voisine de l'Amhara, ont déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, des sources diplomatique et sécuritaire en poste en Ethiopie.

"Raisons opérationnelles" 

A Tsemlet, face aux forces tigréennes, "ce sont les ENDF (armée éthiopienne, NDLR) avec des milices amharas", a déclaré la source diplomatique, sous couvert d'anonymat. Des affrontements se sont tenus "ces derniers jours", mais "aujourd'hui on ne sait pas encore" s'il se poursuivent, a-t-elle ajouté, sans plus de détails.

Les combats ont été confirmés par une source locale au Tigré, qui a également requis l'anonymat.

"La situation semble dégénérer", a corroboré la source sécuritaire, se montrant "dubitative sur la capacité des TDF (l'armée tigréenne, NDLR), à récupérer par la force Tselemt".

Le porte-parole de l'armée fédérale et des membres du TPLF n'ont pour l'heure pas donné suite aux sollicitations de l'AFP.

Les liaisons aériennes vers le Tigré d'Ethiopian Airlines, compagnie publique et seule à desservir cette région, ont été suspendues, ont également affirmé les sources diplomatique et sécuritaire.

Les vols, tout comme les services de télécommunications et bancaires, avaient été complètement suspendus durant la guerre, avant de reprendre à la suite de l'accord de paix conclu à Pretoria fin 2022. Leur suspension est une première depuis l'accord de paix.

Selon deux responsables d'Ethiopian Airlines, qui ont requis l'anonymat, les vols ont été interrompus pour "raisons opérationnelles", sans donner plus de détails.

L'un d'eux a toutefois déclaré "suspecter" que l'arrêt pour l'instant temporaire du trafic soit lié "aux tensions politiques" entre les autorités fédérales et l'administration au Tigré.

"Escalade militaire" 

Selon un journaliste à Mekele, joint au téléphone par l'AFP et qui a lui aussi requis l'anonymat, une "anxiété croissante" se ressent dans cette ville, capitale du Tigré.

Depuis plusieurs mois, la situation est tendue dans le nord de l'Ethiopie. Des forces amhara et érythréennes sont toujours présentes dans la région, en violation de l'accord de paix de Pretoria - auquel elles n'ont pas participé - qui prévoyait leur retrait.

Début 2025, le chef de l'administration intérimaire au Tigré, institution mise en place par Addis Abeba, avait été contraint de fuir Mekele, la capitale régionale, en raison de divisions croissantes au sein du TPLF.

Ce parti qui a dominé l'Ethiopie pendant presque trois décennies avant de se retrouver marginalisé après l'arrivée au pouvoir en 2018 du Premier ministre Abiy Ahmed et d'être aujourd'hui radié, est accusé par les autorités fédérales de s'être rapproché de l'Erythrée voisine.

Les relations entre les deux voisins de la Corne de l'Afrique, qui s'étaient réchauffées durant la guerre du Tigré, lorsque les troupes érythréennes avaient appuyé les forces fédérales éthiopiennes, sont de nouveau acrimonieuses, nourries de discours belliqueux, faisant planer le risque d'un nouveau conflit.

Pour Kjetil Tronvoll, professeur à Oslo New University College et spécialiste de la zone, cette confrontation entre forces fédérales et tigréennes "n'est pas surprenante". "Le risque d'une escalade militaire est grave, et il est possible que des forces non éthiopiennes viennent appuyer les forces tigréennes", a-t-il confié à l'AFP.