La santé mentale des Libanais se détériore de jour en jour, les médicaments hors de prix

Le Liban et les Libanais sont en proie à des crises successives qui ont poussé un grand nombre d’expatriés à mettre leur énergie au service de particuliers, d’entreprises ou d’organisations non gouvernementales dans le but de fournir une aide directe à leur pays. (Photo, AFP)
Le Liban et les Libanais sont en proie à des crises successives qui ont poussé un grand nombre d’expatriés à mettre leur énergie au service de particuliers, d’entreprises ou d’organisations non gouvernementales dans le but de fournir une aide directe à leur pays. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 13 janvier 2022

La santé mentale des Libanais se détériore de jour en jour, les médicaments hors de prix

  • Ce qui inquiète les médecins en général et les psychiatres en particulier, c’est la pénurie de médicaments dans les pharmacies
  • «Certains médicaments génériques ne sont pas adaptés et, lorsque le médicament est disponible, le patient n’est parfois pas en mesure de le payer»

BEYROUTH: Le Liban et les Libanais sont en proie à des crises successives qui ont poussé un grand nombre d’expatriés à mettre leur énergie au service de particuliers, d’entreprises ou d’organisations non gouvernementales dans le but de fournir une aide directe à leur pays.

Amal Moukarzel en fait partie. Elle a fondé avec son mari et des amis français l'association Les Amis du Liban de Colombes pour faire parvenir les médicaments au pays. Selon elle, l’association enverra de temps à autre, en collaboration avec la Middle East Airlines, 120 kilogrammes de médicaments. Ces derniers seront par la suite distribués gratuitement aux patients dans quelques villes et villages, sous la supervision d’une association locale.

Les médicaments se font de plus en plus rares au Liban et les citoyens ne peuvent parfois plus s’en procurer compte tenu de la flambée des prix. Cela nécessite, affirme la fondatrice, «un flux toujours plus grand de médicaments, notamment pour soigner le diabète, l’hypertension et les troubles mentaux».

Il n’existe pas de statistiques précises sur le nombre de Libanais qui consomment des antidépresseurs.

Les pharmaciens estiment que le taux de clients qui achètent des médicaments psychotropes atteint, sur une base quotidienne, 30 à 35% du nombre total de clients.

Au Liban, «depuis la fin de l’année 2019, et à la lumière de la détérioration économique et sociale, les troubles psychologiques ont augmenté au sein de la population. La pandémie de Covid-19 n’a fait qu’exacerber la pression qui existait déjà, avec des hôpitaux à court d’oxygène, de matériel et de lits. Les troubles mentaux ont donc connu un essor notable; ils ont atteint leur paroxysme avec l’explosion du 4-Août», explique Hiba Dandachli, responsable de la communication et des relations publiques au sein d’Embrace, une ONG qui se consacre à la santé mentale.

Au Liban, les psychiatres s’accordent pour dire que le nombre de personnes souffrant de troubles mentaux qui se sont rendues dans leurs cliniques cette dernière année dépasse douze patients par jour. Les pharmaciens estiment quant à eux que le taux de clients qui achètent des médicaments psychotropes atteint, sur une base quotidienne, 30 à 35% du nombre total de clients.

L'effet 4 août 2020

Au cours des dernières décennies, le Liban a souvent mis en avant son système de santé, au point que certains l’ont qualifié d’«hôpital et pharmacie du Moyen-Orient». Hélas, aujourd’hui, il n’y a ni médicaments ni couverture médicale. La livre libanaise n’en finit plus de chuter et le taux de change du dollar a atteint un niveau record, ce qui a conduit à une inflation sans précédent dans un pays dont l’économie repose principalement sur le commerce, les services et l’importation. En plus de la paralysie politique qui règne depuis des années au Liban, le pouvoir d’achat des Libanais s’est effondré. L’explosion du 4 août 2020 est venue balayer le peu d’espoir qui restait. La situation sécuritaire s’est aggravée depuis et les affrontements dans la région de Tayouneh au mois d’octobre dernier ont ravivé le spectre de la guerre civile.

Selon une étude publiée par la Lebanese American University «16,17% des jeunes âgés de 18 à 24 ans souffrent de dépression sévère depuis la double explosion du port de Beyrouth, alors que 40,95% des femmes sont en état de stress post-traumatique».

Tous ces événements ont eu d’inévitables répercussions sur la santé mentale des Libanais, explique Hiba Dandachli. Cette dernière affirme que «le pourcentage de gens qui ont contacté Embrace via la hotline en 2021 est plus élevé que celui de toutes les années précédentes. Vingt mille personnes ont appelé pour demander un soutien psychologique; la plupart d’entre elles sont des adolescents et de jeunes adultes au chômage dont la situation socio-économique est déplorable ou qui souffrent d’anxiété, de dépression et d’insomnie». Une étude publiée par la Lebanese American University (Université libano-américaine ou LAU) au mois de janvier dernier confirme ces propos. «16,17% des jeunes âgés de 18 à 24 ans souffrent de dépression sévère depuis la double explosion du port de Beyrouth, alors que 40,95% des femmes sont en état de stress post-traumatique», peut-on y lire.

Ce qui inquiète les médecins en général et les psychiatres en particulier, c’est la pénurie de médicaments dans les pharmacies après la suppression totale du remboursement de la plupart d’entre eux

La Dr Hana Azar, psychiatre et pédopsychiatre, précise qu’il existe plusieurs types de troubles mentaux, mais que «la plupart des cas sont des troubles de l’humeur» et que «70 à 80% des habitants consomment des médicaments psychotropes pour lutter contre l’insomnie, les maux d’estomac, la tachycardie, l’eczéma, les phobies, les courbatures et d’autres symptômes physiques en lien avec les troubles psychologiques».

Ce qui inquiète les médecins en général et les psychiatres en particulier, c’est la pénurie de médicaments dans les pharmacies après la suppression totale du remboursement de la plupart d’entre eux.

Si certains médicaments demeurent partiellement pris en charge, seuls les médicaments pour le traitement des cancers sont entièrement remboursés. Les médicaments contre les maladies neurologiques font partie de ceux dont la prise en charge varie en fonction du prix.

Dépression et addiction

Les pharmaciens affirment eux aussi que la situation est particulièrement alarmante. Ferial Zahreddine est propriétaire d’une pharmacie dans la région de Choueïfat, dans la périphérie de Beyrouth. Elle donne l’exemple d’un médicament «utilisé par un très grand nombre de Libanais et considéré comme un anxiolytique», dont le prix «est passé de 25 000 à 420 000 livres libanaises en deux mois».

Elle ajoute qu’il existe «des types de médicaments considérés comme des drogues», expliquant: «Certaines personnes – et plus particulièrement des jeunes – se rendent dans les pharmacies pour s’en procurer. Nous refusons de leur en vendre.» Il convient de noter que, au Liban, les médicaments psychotropes nécessitent généralement une prescription. Beaucoup peinent à en obtenir en raison de leurs faibles revenus, qui ne leur permettent même pas de se payer une consultation médicale.

Cette réalité a poussé de nombreux Libanais à se procurer des médicaments – notamment psychotropes – auprès de leurs proches et amis qui vivent à l’étranger, en recourant aux services de personnes qui les apportent de Turquie, de Chypre, de Grèce et de Jordanie, ou encore en bénéficiant de dons de gens qui résident en France.

La psychiatre Yara Chamoun évoque, pour sa part, sa perplexité et celle de ses collègues, «lorsque les médicaments prescrits ne sont pas disponibles». Elle dit: «Je ne sais quel médicament prescrire. J’essaye d’abord de me renseigner auprès des pharmaciens pour savoir ce qui est disponible. Certains médicaments génériques ne sont pas adaptés et, lorsque le médicament est disponible, le patient n’est parfois pas en mesure de le payer.»

Le plus inquiétant, selon elle, est que «les troubles psychologiques dont souffrent les Libanais, et particulièrement les jeunes, sont tout à fait nouveaux, et ne se sont manifestés lorsque ces personnes ont perdu le confort dont elles jouissaient avant la crise économique». Ces dernières, affirme la psychiatre, «ne peuvent plus rêver d’une vie meilleure ou essayer de mener la vie dont elles rêvaient auparavant. En plus des cas de dépression et d’anxiété, les cas d’addiction à l’alcool et aux drogues augmentent considérablement. Les consommateurs avouent y être dépendants parce que cela leur permet de dormir ou d’échapper à la réalité».


Pourquoi Israël bombarde-t-il des ponts strategiques dans le sud du Liban ?

Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
Short Url
  • Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage visent à créer une division géographique qui isolerait une grande partie du sud du pays
  • Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales

BEYROUTH : Le ciblage systématique par Israël des ponts sur le Litani marque une escalade significative dans sa campagne militaire au Liban, qui passe des frappes aériennes et des avertissements d'évacuation à la coupure délibérée du Sud-Liban du reste du pays.

Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage reliant les zones situées au nord et au sud du Litani visaient à créer une division géographique qui isolerait de grandes parties du sud, perturberait les opérations d'aide et de secours et restreindrait les déplacements dans la région.

Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales.

Le ministre israélien de la défense, Israël Katz, a déclaré qu'il avait ordonné à l'armée de détruire tous les ponts qui enjambent le fleuve reliant le sud à Beyrouth et à la région de la Bekaa, car ils étaient utilisés pour transporter des armes vers le Hezbollah.

Pourquoi les ponts sont-ils si importants ?

Le Litani, le plus long fleuve du Liban (environ 170 km), prend sa source à l'ouest de Baalbek et traverse la vallée de la Bekaa. Il se situe entre 6 et 30 km de la frontière israélo-libanaise, ses points les plus proches se trouvant dans le secteur oriental et le district de Nabatieh.

Les zones situées au sud de la rivière sont connues sous le nom de "frontière sud". Elles comprennent des parties des gouvernorats du Sud et de Nabatieh, notamment les districts de Tyr, de Bint Jbeil et de Marjayoun.

L'armée israélienne a identifié au moins 15 ponts et ponceaux, s'étendant de la région côtière à la Bekaa occidentale, comme cibles à détruire.

Parmi les plus importants figurent les ponts de Qasmiyeh, Tayr Falsay et Khardali, dont la perte couperait des voies de transport essentielles reliant le Sud-Liban au reste du pays et isolerait effectivement les régions situées au sud du fleuve.

Les frappes sur les ponts interviennent dans un contexte d'intensification des combats entre Israël et le Hezbollah dans des villes frontalières comme Khiam et Naqoura et d'une augmentation des démolitions, par les forces israéliennes, de maisons dans les villages de la ligne de front - des mesures qui, selon les observateurs, pourraient préparer le terrain pour une incursion terrestre plus large.

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre contre l'Iran le 2 mars en lançant six roquettes sur un site militaire dans le nord d'Israël. Cette action répondait à ce que le groupe militant décrit comme la poursuite des attaques israéliennes contre le Liban, malgré l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024 et l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le même jour, Israël a lancé une nouvelle offensive contre le Liban, menant des frappes aériennes sur la banlieue sud de Beyrouth ainsi que sur des zones situées au sud et à l'est du Liban. Le lendemain, il entame une incursion terrestre limitée dans le sud.

Quel est l'impact des bombardements sur les ponts ?

Le pont d'Al-Qasmiyeh, qui a été visé dimanche par des frappes aériennes israéliennes intensives, est l'un des points de passage les plus importants. Situé près de l'endroit où le fleuve rencontre la mer Méditerranée, il fait partie de la principale route côtière reliant Sidon et Tyr et est utilisé par les piétons, les voitures et les camions.

Sa destruction a gravement perturbé la principale artère reliant le sud du pays à la capitale.

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié le bombardement des ponts d'"escalade dangereuse et de violation flagrante de la souveraineté libanaise", de "prélude à une invasion terrestre" et de "tentative de rompre le lien géographique entre la région méridionale du Litani et le reste du territoire libanais".

Une source militaire a déclaré à Arab News qu'Israël avait jusqu'à présent visé 70 % des ponts.

"D'un point de vue militaire, l'objectif est de couper les lignes d'approvisionnement du Hezbollah.

Pourquoi Israël veut-il isoler le Sud-Liban ?

La source a déclaré que l'incursion dans le Sud-Liban et l'isolement de cette région avaient pour but d'accroître les gains d'Israël sur le terrain afin de renforcer sa position dans les négociations.

"L'impact que la supériorité israélienne imposera au Liban dans les étapes à venir reste incertain", a déclaré la source.

"Nous savons seulement qu'elle possède des capacités militaires supérieures et redoutables, inégalées par toute autre force au Moyen-Orient, ainsi qu'une importante supériorité aérienne et technologique.

"En revanche, le Hezbollah ne dispose d'aucune ligne de ravitaillement, ni depuis la Syrie ni depuis l'Irak, et l'armée libanaise est confrontée à d'importantes limitations en termes de capacités et de ressources, s'efforçant de maintenir sa présence militaire par tous les moyens possibles."

La source a indiqué que, sur la base d'informations fournies par des unités de l'armée libanaise stationnées au sud du Litani, à environ 10 km de la frontière, les forces israéliennes étaient entrées dans la ville de Khiam, sans que l'on connaisse l'ampleur de l'incursion.

L'analyste politique Ali Al-Amin a déclaré à Arab News que les opérations menées par le Hezbollah dans le sud du Liban n'empêcheraient pas les Israéliens d'avancer, mais qu'elles en augmenteraient le coût.

"L'objectif d'Israël était d'établir une zone tampon, ce dont il avait déjà discuté lors de la dernière guerre, sur une région vidée de sa population, de ses installations résidentielles et agricoles et de ses infrastructures.

La zone tampon s'étendrait probablement sur une profondeur de 3 à 5 km.

"L'armée israélienne pourrait pénétrer plus loin, mais je pense que l'opération se limitera à des incursions et à des retraits sans maintenir une présence permanente.

Sur la base de ses précédentes guerres au Sud-Liban, Israël a compris qu'une occupation terrestre serait coûteuse, a déclaré M. Al-Amin.

"Grâce à sa supériorité technologique, il n'a pas besoin d'occuper un territoire. Il a déjà forcé des gens à quitter leurs maisons par des menaces et des barrages routiers aériens, sans avoir besoin de troupes au sol."

Il a ajouté qu'il pensait que les Israéliens poursuivraient leurs destructions et chercheraient à relier les zones méridionales à Hasbaya, Arqoub et aux villages chrétiens - des zones qui n'ont pas été détruites, contrairement aux villages chiites.

Les habitants de ces zones pourraient être contraints d'évacuer après avoir perdu l'accès aux routes d'approvisionnement en nourriture ou de recourir aux provisions israéliennes, a-t-il ajouté.

"Toutefois, cela ne signifie pas un retour à la bande frontalière que le Liban a connue dans les années 1970. Elle pourrait au contraire devenir une bande frontalière sans chiites, car ceux-ci seraient empêchés de reconstruire leurs villages ou d'y retourner.

"Si des négociations devaient s'ouvrir entre le Liban et Israël, la situation changerait alors, car Israël, disposant d'un levier important, serait en mesure d'imposer ses conditions", a-t-il ajouté.

Quel est le coût de cette nouvelle escalade ?

Il n'existe pas encore d'estimation officielle des pertes résultant de la destruction des ponts dans le sud du Liban.

La Banque mondiale a déjà estimé le coût de la réhabilitation des infrastructures libanaises à plusieurs milliards de dollars. La reconstruction des ponts ne ferait qu'alourdir les dépenses.

Le bilan humanitaire est également lourd : plus de 1 070 personnes ont été tuées et plus d'un million ont été déplacées, soit environ 14 % de la population, selon l'unité de gestion des risques de catastrophes du bureau du Premier ministre et du ministère des Affaires sociales.


Le Hezbollah refuse toute négociation «sous le feu» avec Israël

Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban. (AFP)
Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban. (AFP)
Short Url
  • Dans un communiqué retransmis par la chaîne du Hezbollah, le chef du groupe, Naïm Qassem, a affirmé que toute négociation "sous le feu" avec Israël était une "capitulation"
  • Il a demandé aux autorités libanaises de revenir sur leur décision de "criminaliser" l'action militaire de sa formation, que Beyrouth a décidé d'interdire début mars.

BEYROUTH: Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban.

Les frappes israéliennes ont tué 1.094 personnes, dont 121 enfants, fait plus de 3.000 blessés et plus d'un million de déplacés depuis le 2 mars, selon un nouveau bilan mercredi du ministère de la Santé.

Dans un communiqué retransmis par la chaîne du Hezbollah, le chef du groupe, Naïm Qassem, a affirmé que toute négociation "sous le feu" avec Israël était une "capitulation", alors que le gouvernement libanais appelle à des pourparlers avec le pays ennemi.

Il a demandé aux autorités libanaises de revenir sur leur décision de "criminaliser" l'action militaire de sa formation, que Beyrouth a décidé d'interdire début mars.

Sur le terrain, le Hezbollah a affirmé avoir mené mercredi plus de 80 attaques contre des positions de l'armée israélienne et des localités en Israël, le nombre d'attaques en un jour le plus élevé depuis le début de la guerre avec Israël.

La formation pro-iranienne a aussi affirmé avoir visé des troupes israéliennes dans neuf villages libanais à la frontière.

Le groupe a aussi revendiqué une série d'attaques contre des localités du nord d'Israël, notamment Kiryat Shmona, qui n'ont pas fait de victimes selon les autorités israéliennes.

"Transformer en profondeur" 

Selon une vidéo diffusée par son bureau, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui affirmé en soirée qu'Israël était en train d'élargir la "zone tampon" au Liban pour "éloigner la menace des missiles" du Hezbollah. "Nous sommes résolus à transformer en profondeur la situation", a-t-il dit.

La veille, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, avait affirmé que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

Dans le même temps, l'aviation israélienne avait mené une frappe dans la nuit de mardi à mercredi contre la banlieue sud de la capitale, selon l'agence libanaise ANI.

Israël avait ordonné mardi aux habitants de sept quartiers de cette banlieue qu'il considère comme un fief du Hezbollah d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Un correspondant de l'AFP a vu une rue jonchée de débris, de morceaux de ciment et de métal tordu, et un appartement endommagé, après une frappe tôt mercredi matin.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, Israël pilonne la banlieue sud de Beyrouth, vidée de la majorité de ses habitants qui ont fui.

Huit personnes tuées 

Huit personnes ont par ailleurs été tuées dans les frappes israéliennes dans le sud du Liban, selon le ministère libanais de la Santé.

A Nabatiyeh, dans le sud, deux secouristes, vêtus de leur uniforme et qui circulaient sur un scooter, ont été tués par une frappe israélienne mardi, a indiqué mercredi le ministère, portant à 42 le nombre de soignants libanais tués par Israël.

Celui-ci a dénoncé dans un communiqué "une obstruction délibérée des opérations de sauvetage et une violation flagrante du droit international humanitaire".

L'armée israélienne a déclaré de son côté mercredi matin avoir visé "un centre de commandement" du Hezbollah dans la banlieue sud, ainsi que des stations essence de l'entreprise Al-Amana dont elle dit qu'elles appartiennent au mouvement et le financent.

Israël avait aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants de la formation, sans en préciser le nombre.

"Le Hezbollah doit cesser de lancer des attaques contre Israël. Et Israël doit cesser ses opérations militaires et ses frappes contre le Liban, où les civils sont le plus touchés", a pour sa part plaidé mercredi le secrétaire général de l'ONU. "Le modèle de Gaza ne doit pas être reproduit au Liban", a insisté Antonio Guterres.

Dans la ville millénaire de Tyr, à une vingtaine de km de la frontière israélienne, environ 20.000 personnes dont quelque 15.000 déplacés des villages environnants s'entassent dans le quartier chrétien - le seul encore épargné par les frappes - et dans quelques écoles.

"Nous n'abandonnerons pas notre terre, nos cœurs sont ici", a affirmé Khalil, l'un de ceux qui ont décider de rester dans la ville, désormais très isolée.

 


Israël déterminé à poursuivre la guerre au Liban, même si elle cesse avec l'Iran

De la fumée s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé le village libanais du sud de Dayr Seryan le 25 mars 2026. (AFP)
De la fumée s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé le village libanais du sud de Dayr Seryan le 25 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • Israël affirme sa détermination à intensifier sa campagne militaire au Liban contre le Hezbollah, cherchant à créer une zone tampon et à désarmer le mouvement chiite malgré les discussions diplomatiques de Washington avec l’Iran
  • Depuis le 2 mars, le conflit a déjà fait plus de 1 000 morts au Liban et déplacé des centaines de milliers de civils, tandis qu’Israël mobilise potentiellement jusqu’à 400 000 réservistes pour une offensive majeure

JERUSALEM: A l'heure où Washington semble chercher une porte de sortie diplomatique à la guerre américano-israélienne contre l'Iran, Israël manifeste au contraire sa détermination à poursuivre et intensifier sa campagne militaire au Liban contre le mouvement islamiste Hezbollah, allié de Téhéran.

"La question du démantèlement du Hezbollah reste centrale", et "nous sommes déterminés à changer fondamentalement la situation au Liban", a déclaré mercredi soir le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

"Nous menons des opérations dans l'ensemble du Liban afin de frapper le Hezbollah et d'aboutir, au terme de ce processus, à son désarmement", avait déclaré la veille le général de brigade Effie Defrin, porte-parole de l'armée israélienne.

"C'est une tâche très difficile" et l'armée israélienne "aimerait disposer de davantage de temps pour s'occuper du Liban après le cessez-le-feu avec l'Iran", dit à l'AFP Orna Mizrahi, de l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv, cercle de réflexion proche de l'établissement militaro-sécuritaire israélien.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars lorsque le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué par une frappe israélienne au début de la guerre régionale déclenchée le 28 février par l'attaque israélo-américaine sur l'Iran.

Depuis lors, Israël mène des bombardements massifs au Liban et a déployé des troupes dans le sud de ce pays afin d'établir une "ligne de défense avancée" face à la menace des missiles du Hezbollah.

- Elargir la zone tampon -

"Nous avons créé une véritable zone de sécurité [au Liban que] nous élargissons [pour] créer une zone tampon plus étendue", a déclaré M. Netanyahu mercredi soir peu avant que la Maison Blanche assure que les discussions avec l'Iran continuaient et étaient "productives", comme l'affirme le président Donald Trump en dépit des démentis iraniens.

Si les choses ne dépendaient que de lui, Israël "resterait au Liban, comme il le fait à Gaza, jusqu'à ce qu'il considère que le travail est terminé", affirme à l'AFP Joost Hiltermann, du cercle de réflexion américain International Crisis Group (ICG).

Mais "cela dépend vraiment de ce que fera Trump quand il décidera de mettre fin à l'implication des États-Unis dans la guerre", ajoute-t-il: "Dira-t-il à Israël d'en faire autant ou pas? Est-ce que cela concerne à la fois l'Iran et le Liban, ou seulement l'Iran?"

Selon un sondage réalisé pour le compte de l'INSS après deux semaines de guerre contre l'Iran, une majorité relative d'Israéliens (48%) estime que la campagne militaire actuelle au Liban ne permettra d'assurer "de nombreuses années de calme sur le plan de la sécurité" que "dans une faible ou une très faible mesure".

Le Hezbollah s'était joint à la guerre déclenchée par le mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023 à partir de Gaza en ouvrant un deuxième front contre Israël à sa frontière nord, avant d'être défait militairement à l'automne 2024.

- "Calcul rationnel" -

Israël argue que le mouvement chiite aurait dû se retirer du sud du Liban conformément aux termes du cessez-le-feu entré en vigueur fin novembre 2024 après une médiation de la France et des Etats-Unis.

L'Etat hébreu reproche en outre au gouvernement libanais d'avoir failli à son engagement de désarmer le Hezbollah et déclare régulièrement devoir se charger du travail lui-même.

Depuis le 2 mars, plus de 1.000 personnes ont été tuées au Liban, selon les autorités libanaises, et des centaines de milliers d'habitants ont fui leurs maisons dans le sud du pays sous la pression des appels à évacuer et des bombardements israéliens.

En Israël, une femme a été tuée dans le nord du pays après des tirs de roquette en provenance du Liban. Un autre civil israélien a été tué près de la frontière nord, victime de tirs d'artillerie de l'armée israélienne, qui a fait état d'"erreurs opérationnelles".

Alors qu'Israël semble sourd aux appels de Paris à saisir une occasion "historique" de discussions avec le Liban, pays avec lequel il est en état de guerre depuis 1948, Mme Mizrahi estime que le désarmement du Hezbollah ne peut être atteint "uniquement par des moyens militaires".

"Au bout du compte, il faudra un accord", dit-elle. Mais pour M. Hiltermann, M. Netanyahu pourrait être tenté de prolonger la campagne afin de redorer son bilan avant les élections devant avoir lieu d'ici fin octobre.

"Son calcul est assez différent de ce que serait [...] le calcul rationnel de responsables sécuritaires", juge-t-il.

Selon plusieurs médias israéliens, le gouvernement pourrait décider ces jours-ci de mobiliser au total 400.000 réservistes jusqu'à la fin mai en vue d'une offensive militaire de grande ampleur au Liban.