Les cultures en hydroponie et en serre, un pari viable pour l'Arabie saoudite

Le Moyen-Orient est la région du monde la plus soumise au stress hydrique, et la péninsule arabique en particulier doit faire bon usage de moyens intelligents maximisant ses ressources. (Photo fournie)
Le Moyen-Orient est la région du monde la plus soumise au stress hydrique, et la péninsule arabique en particulier doit faire bon usage de moyens intelligents maximisant ses ressources. (Photo fournie)
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Publié le Mercredi 19 janvier 2022

Les cultures en hydroponie et en serre, un pari viable pour l'Arabie saoudite

  • Le système permet un contrôle minutieux des conditions telles que la température, l'équilibre du pH et l'exposition aux nutriments et à l'eau
  • La méthode utilisant de l'eau recyclée est idéale pour l'Arabie saoudite, l'un des pays les plus soumis à un stress hydrique

DJEDDAH : La culture hydroponique est la science qui consiste à faire pousser des plantes sans sol, avec des quantités d'eau limitées. En tant que méthode de culture, elle présente un certain nombre d'avantages : elle aide à développer des racines fibreuses pour une meilleure absorption des  nutriments, réduit le risque de pourriture des racines et favorise la maturité rapide des plantes.
En utilisant une conception innovante qui nécessite un minimum d'espace, les jardins hydroponiques peuvent faire pousser des fruits, des légumes et des fleurs en deux fois moins de temps que l'agriculture traditionnelle, en utilisant 90 % d'eau en moins.
Les archives historiques révèlent que les premières utilisations enregistrées des systèmes hydroponiques se trouvaient dans les jardins suspendus de Babylone, les jardins flottants des Aztèques et les jardins de la Chine ancienne.

L'Arabie saoudite, qui couvre 80% de la péninsule, utilisera des techniques agricoles durables, telles que la culture hydroponique, afin de réduire le gaspillage d'eau de 50% d'ici 2030, ci-dessus. (Photo fournie)


À l'époque moderne, une expérience parrainée par la NASA sur la station spatiale Mir en 1997 a utilisé l'aéroponie pour faire pousser des plants de haricots en apesanteur, ouvrant la perspective d'une agriculture durable dans l'espace. L'aéroponie est une forme de culture hydroponique dans laquelle les plantes sont nourries à l'aide d'un brouillard pulvérisé sur leurs racines, plutôt que d'être suspendues dans l'eau.
Ces dernières années, la popularité de la culture hydroponique a grandi, car les agriculteurs existants comme les amateurs cherchent à tirer parti des progrès technologiques et des avantages potentiels qu'ils peuvent apporter.
Les faibles pluies, la disponibilité limitée d'eau douce provenant des rivières et des lacs et la diminution des réserves d'eau souterraine non renouvelables signifient que le Moyen-Orient est la région la plus soumise au stress hydrique de la planète. Ceci alors que la demande régionale en eau monte en flèche, et devrait continuer à augmenter compte tenu de la croissance démographique et du développement économique récent, entraînant des taux de consommation d'eau par habitant parmi les plus élevés au monde.
Dans la majeure partie de la péninsule arabique, l'une des régions les plus arides de la planète, il y a très peu de précipitations et la majorité d'entre elles tombe dans le sable du désert ou s'évapore rapidement. Une zone couvrant plus de 1 000 000 de miles carrés (1 Square miles = 2589987.83 Square mètres) ne contient presque pas de rivières ou de ruisseaux pérennes, et l'un des plus grands déserts du monde occupe sa partie sud.

Les fermes Al-Badia des Émirats arabes unis à Dubaï utilisent une ferme verticale intérieure dotée d'une technologie hydroponique innovante pour cultiver des fruits et des légumes toute l'année. (Photo, Karim Sahib/AFP)


L'Arabie saoudite représente environ 80% de la péninsule arabique et en est l'un de ses pays les plus secs. Les ressources en eau sont rares et les conditions climatiques sont sévères. Ces dernières provoquent la salinisation des eaux souterraines, qui est un problème commun affectant le secteur agricole du Royaume.
En octobre dernier, le représentant de l'Arabie saoudite, dans le cadre du Groupe des 77 pays en développement et de la Chine, a déclaré à la deuxième commission (économique et financière) de la 76e session de l'Assemblée générale des Nations Unies que le Royaume prenait des mesures pour créer une agriculture durable et améliorer les modes de consommation afin de réduire les déchets de 50 % d'ici 2030, encourager l'innovation et autonomiser les femmes et les jeunes qui travaillent dans le secteur agricole.

Quelques chiffres

Une augmentation de 70 % de la production alimentaire sera nécessaire d'ici 2050 afin de répondre aux besoins caloriques d'une population mondiale de 9,8 milliards d'habitants.
 68% de cette population mondiale estimée à 9,8 milliards vivra dans des zones urbaines d'ici 2050.

 

Gardant un œil sur les futurs défis alimentaires, le ministère saoudien de l'Environnement, de l'Eau et de l'Agriculture explore l'option des technologies agricoles verticales localisées en allouant 27 millions de dollars pour les développer.
Les défis auxquels sont confrontés les décideurs politiques du Royaume ne sont pas différents de ceux auxquels sont confrontés leurs homologues dans de nombreux autres pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord. Eviter que la situation ne s'aggrave et, plus précisément, savoir comment équiper les agriculteurs pour résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés.
Selon les scientifiques agricoles, des investissements substantiels dans l'adaptation seront nécessaires afin d’aider à maintenir les rendements agricoles actuels et à augmenter la production et la qualité des aliments de manière à satisfaire la demande. Les installations agricoles verticales qui utilisent la culture hydroponique sont une solution possible aux défis, en particulier dans les pays aux climats arides et semi-arides.

Le recyclage de l'eau est une caractéristique primordiale de la culture hydroponique, bien que le processus comporte également ses propres défis. (Photo fournie)


Ces dernières années, plusieurs entreprises agroalimentaires en Arabie saoudite ont commencé à utiliser des systèmes hydroponiques, après avoir mené des recherches intensives, collecté des données et mis au point des mécanismes appropriés. Tout cela dans le but de suivre le rythme de la croissance démographique et des besoins alimentaires du Royaume.
Une caractéristique primordiale de la culture hydroponique est l'utilisation d'eau recyclée, qui comporte ses propres défis. Bien que le recyclage de l'eau soit un processus assez simple, les coûts impliqués, de l'investissement initial à l'entretien annuel, ne sont pas négligeables car la qualité de l'eau qui en résulte doit être suffisamment élevée pour la croissance des plantes, selon Tourki Aldouhayan, PDG de Green Mast, un agro-industrie à Riyad.
«Nous envoyons nos échantillons d'eau chaque semaine à des laboratoires aux Pays-Bas et le rapport d'analyse nous fournit les propriétés de l'eau absorbée par les plantes», a-t-il déclaré à Arab News.
«De cette façon, nous pouvons contrôler la consommation d'eau et nous économisons beaucoup, mais assurer une qualité élevée de l'eau n'est pas une mince affaire. Nous recyclons l'eau et économisons de l'argent, mais cela nécessite beaucoup de suivi et d'évaluation pour rester cohérent».

Le Moyen-Orient est la région du monde la plus soumise au stress hydrique, et la péninsule arabique en particulier doit faire bon usage de moyens intelligents maximisant ses ressources. (Photo fournie)


Aldouhayan a indiqué qu'il avait appris ce qui fonctionnait par tâtonnements, ayant dû prendre des décisions allant du type de sol à utiliser dans les serres au test de la longévité d'une plante et de sa capacité à survivre dans une ferme hydroponique. Il a affirmé qu'il avait testé une fois une variété particulière de plants de tomates qui produisaient des fruits jusqu'à neuf mois et poussaient jusqu'à une hauteur de 14 mètres.
Sur la base de ses expériences, Aldouhayan a signalé que les systèmes hydroponiques sont une option attrayante pour de nombreux agriculteurs en Arabie saoudite pour plusieurs de raisons.

En Bref

Les premières utilisations enregistrées de la culture hydroponique remontent aux jardins suspendus de Babylone, aux jardins flottants des Aztèques et aux jardins de la Chine ancienne.

Livrer des produits de la ferme à la table est plus facile à dire qu'à faire, a-t-il expliqué.  Lorsque l'on considère les défis logistiques et de transport impliqués pour s'assurer que les marchandises soient conservées à une température appropriée,qu'elles restent fraîches et qu'elles soient livrées aux fournisseurs à temps.
«C'est l'un des plus grands obstacles et défis auxquels sont confrontées les entreprises hydroponiques», a affirmé Aldouhayan. «L'Arabie saoudite a la taille de l'Europe et il est coûteux de transporter des produits vers des régions très éloignées de leur lieu d'origine. L'entreprise ne se limite pas à la simple production de cultures et de récoltes. Pourtant, l'Arabie saoudite a parcouru un long chemin en quelques années seulement.

Le co-fondateur de Red Sea Farms, Mark Tester, affirme que l'entreprise utilise un système agricole écologiquement durable basé sur l'eau salée. (Photo fournie)


«Le ministère de l'Environnement, de l'Eau et de l'Agriculture d'Arabie saoudite a montré son soutien à l'agriculture hydroponique dans le Royaume, mais il doit y avoir des réglementations plus strictes afin de garantir le respect des protocoles appropriés. Un soutien supplémentaire du ministère, des acheteurs  et des fournisseurs de services de transport peut aider et aidera les agriculteurs à long terme. Au cours des trois années qui se sont écoulées depuis que j'ai lancé mon entreprise, mes coûts ne représentent qu'une fraction de ceux de mes débuts.»
«Vous pouvez être assuré que si vous achetez des tomates cerises dans une ferme hydroponique, elles resteront fraîches plus longtemps que ce à quoi vous vous attendez normalement d'un tel fruit».
Red Sea Farms est une autre entreprise saoudienne qui utilise un système agricole écologiquement durable basé sur l'eau salée. Cette technologie permet aux agriculteurs de cultiver des aliments et de refroidir les serres en utilisant de l'eau salée en plus grande quantité et de meilleurs niveaux de qualité que les systèmes agricoles traditionnels, et de fournir ainsi des produits pour une saison de culture beaucoup plus longue.
Mark Tester, co-fondateur de Red Sea Farms et directeur associé du Centre d'agriculture du désert de l'Université des sciences et technologies du roi Abdallah, a révélé que même si les systèmes hydroponiques ne conviennent pas aux cultures de base telles que le blé, ils peuvent fournir un retour sur investissement pour une grande variété d'autres cultures.
«Du point de vue du gouvernement, les serres offrent une occasion en or de maximiser la valeur de l'eau souterraine (en fin de compte non durable) extraite, offrant le meilleur rendement possible pour cette précieuse ressource», a-t-il déclaré à Arab News.
«Avec les technologies de Red Sea Farms, l'empreinte environnementale de la production est encore réduite, ce qui est bon pour l'environnement compte tenu de la réduction de la consommation d'eau et des émissions de dioxyde de carbone, des coûts réduits et des revenus plus élevés pour l'agriculteur».
Un autre avantage prouvé de l'agriculture hydroponique est qu'elle élimine le besoin d'utiliser des pesticides et des herbicides à grande échelle.

On dit que les tomates d'une ferme hydroponique restent fraîches plus longtemps que celles produites selon la méthode de culture traditionnelle. (Photo fournie)


«Parce que la culture hydroponique dans les serres permet un bon contrôle de l'air et de l'eau, elle offre aussi la possibilité de minimiser l'exposition des plantes aux insectes nuisibles et aux maladies, nous permettant ainsi de réduire l'utilisation de pesticides», a éclairci Tester. «Cela permet aux agriculteurs d'économiser de l'argent, il est meilleur pour l'environnement et produit des aliments plus sains pour les consommateurs. Tout le monde est gagnant».
«Les avantages des systèmes agricoles innovants deviennent de plus en plus appréciés et de plus en plus précieux, même dans des endroits offrant des conditions idéales pour l'agriculture, comme en Europe occidentale».
«L'utilisation des serres est en pleine expansion. Ainsi, même dans le sud du Royaume, les serres ont clairement un rôle très important à jouer dans l'agriculture et la production saine et durable de nos aliments».
Alors que de plus en plus d'entreprises agroalimentaires en Arabie saoudite adoptent des méthodes modernes et innovantes, l'attrait de la culture hydroponique devrait croître rapidement grâce aux nombreux avantages qu'elle offre.
Plus largement, faire pousser des cultures en hydroponie et en serre apparaît de plus en plus comme un pari viable, en particulier pour les générations futures dans les pays aux climats arides et semi-arides, particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique, à la dégradation des terres et aux phénomènes météorologiques extrêmes.


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: Israël veut s'emparer d'une zone du sud, trois morts près de Beyrouth

Des poupées gisent sur un lit jonché de petits débris sur le site d'une frappe aérienne israélienne menée dans la nuit et qui a visé un appartement à Bshamoun, au sud-est de Beyrouth, le 24 mars 2026. (AFP)
Des poupées gisent sur un lit jonché de petits débris sur le site d'une frappe aérienne israélienne menée dans la nuit et qui a visé un appartement à Bshamoun, au sud-est de Beyrouth, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • "Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée"
  • Mardi, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani

BEYROUTH: Israël a annoncé mardi qu'il allait s'emparer d'une large zone du sud du Liban pour assurer sa sécurité, alors qu'il poursuit ses frappes sur le reste du territoire libanais, faisant trois morts près de Beyrouth et cinq autres dans le sud.

Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu'à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah pro-iranien.

Mardi, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à une trentaine de km de la frontière.

"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale, Israël mène des frappes massives à travers le pays, qui ont fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.

"La bataille contre le Hezbollah (...) ne fait que commencer", a averti lundi la porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Ella Waweya.

Mardi à l'aube, des frappes israéliennes ont tué cinq personnes dans le sud du pays et trois autres dans une zone résidentielle proche de Beyrouth, après des raids sur la banlieue sud de la capitale, bastion du Hezbollah.

"Qu'est-ce que j'ai fait?" 

"Ma maison a été entièrement détruite. Il ne reste plus rien, tout a brûlé", dit à l'AFP Abbas Qassem, 55 ans, dont l'appartement voisin du sien a été visé par la frappe à Bchamoun, au sud-est de Beyrouth.

"Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma maison soit détruite? Je suis une personne normale", ajoute-t-il en pleurant, comme sa femme, découvrant l'appartement dévasté.

La frappe a notamment tué une fillette de quatre ans et fait quatre blessés, selon le ministère de la Santé.

Bchamoun n'est pas un bastion du Hezbollah, dont l'armée israélienne dit viser les combattants.

Un journaliste de l'AFP a vu des traces de sang et des restes d'un projectile dans l'appartement visé.

Lundi après-midi, une frappe ciblée avait visé un immeuble de la ville d'Hazmieh, dans une zone résidentielle surplombant Beyrouth, proche du palais présidentiel et abritant de nombreuses ambassades, faisant un mort.

Un porte-parole de l'armée israélienne a affirmé qu'un "terroriste de la force al-Qods", la branche des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution iraniens, était visé.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a déclaré que des membres des Gardiens de la Révolution iraniens, se trouvant au Liban, dirigeaient les opérations du Hezbollah.

L'accréditation de l'ambassadeur d'Iran a été retirée, Beyrouth lui donnant jusqu'à dimanche pour quitter le pays.

Incursion 

Dans la nuit, une série de frappes a visé des quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

A Haret Hreik, l'un des quartiers de la banlieue sud désertée par une majorité d'habitants, un photographe de l'AFP a vu des immeubles effondrés et des rues jonchées de débris.

L'Ani a aussi rapporté des frappes sur plusieurs régions de l'est et du sud, où des stations essence de la société al-Amana, qui selon Israël finance le Hezbollah, ont été visées.

Dans le sud, l'armée israélienne a visé la région de la ville côtière de Tyr, faisant cinq morts selon le ministère de la Santé.

Dans le même temps, elle a à nouveau frappé un pont sur le Litani, visé la veille, dans le cadre de son opération de destruction de plusieurs ponts sur ce fleuve reliant une partie du sud au reste du pays.

Le Hezbollah a pour sa part annoncé s'opposer à la progression des forces israéliennes dans des localités frontalières, revendiquant notamment des attaques contre des soldats dans le village de al-Qaouzah ainsi que sur le nord d'Israël.

Selon l'Ani, une unité israélienne a effectué une incursion dans le village frontalier de Halta, où les soldats "ont effectué des perquisitions dans plusieurs maisons et ouvert le feu sur les habitants", tuant l'un d'entre eux et en blessant un autre.

 


Le Liban décide d'expulser l'ambassadeur d'Iran, lui donne jusqu'à dimanche pour partir

Ci-dessus, Mohammad Reza Sheibani, nommé ambassadeur d’Iran au Liban, sur cette photo du 14 juin 2013. (AFP)
Ci-dessus, Mohammad Reza Sheibani, nommé ambassadeur d’Iran au Liban, sur cette photo du 14 juin 2013. (AFP)
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  • Le Liban a déclaré persona non grata l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth et lui a donné jusqu’à dimanche pour quitter le pays
  • Cette décision intervient sur fond de tensions, Beyrouth accusant les Gardiens de la Révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah depuis le Liban

BEYROUTH: Le Liban a retiré l'accréditation de l'ambassadeur d'Iran, récemment nommé à Beyrouth, et lui a donné jusqu'à dimanche pour quitter le pays, a annoncé mardi le ministère libanais des Affaires étrangères.

Cette mesure intervient après que Beyrouth a accusé les Gardiens de la Révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah contre Israël depuis le Liban et annoncé interdire leurs actions sur le territoire libanais.

Le ministère a précisé avoir convoqué le chargé d'affaires iranien et l'avoir informé de la décision des autorités de "considérer persona non grata" l'ambassadeur Mohammad Reza Raeuf Sheibani, nommé en février à ce poste.


Trump évoque des "négociations" avec l'Iran, Téhéran nie et vise de nouveau Israël

Des traînées de roquettes sont visibles dans le ciel au-dessus de la ville côtière israélienne de Netanya, lors d’une nouvelle salve de missiles iraniens le 24 mars 2026. (AFP)
Des traînées de roquettes sont visibles dans le ciel au-dessus de la ville côtière israélienne de Netanya, lors d’une nouvelle salve de missiles iraniens le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Donald Trump annonce un revirement diplomatique avec des « négociations » avec l’Iran et un report de frappes, tandis que les tensions militaires restent vives avec des échanges de missiles et des frappes en Iran et en Israël
  • Au Liban, l’escalade se poursuit avec de nouvelles frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth et Bshamoun, faisant des morts et aggravant une crise humanitaire déjà lourde

TEHERAN: Dans un spectaculaire revirement, le président américain Donald Trump a évoqué des "négociations" avec un responsable iranien non-identifié et suspendu pour cinq jours des frappes qui devaient viser des infrastructures clés de la République islamique, laquelle a lancé de nouveau des missiles vers Israël mardi matin.

L'armée israélienne a dit tenter d'intercepter des projectiles iraniens puis dépêcher des soldats dans le sud du pays en raison du signalement d'impacts. Au fil de la nuit, les forces armées avaient déjà mis en garde contre des salves successives de missiles d'Iran.

La nuit a aussi donné lieu à des raids israéliens dans la banlieue sud de Beyrouth, considérée comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah, mais aussi plus au sud, à Bshamoun, faisant deux morts selon le gouvernement libanais.

D'après le site d'informations Axios, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, se serait entretenu avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner. Mais le responsable iranien a démenti, sur X, affirmant que "de fausses informations sont utilisées pour manipuler les marchés financiers et pétroliers et sortir du bourbier dans lequel les Etats-Unis et Israël sont enlisés".

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a, lui, affirmé que Donald Trump estimait possible "de réaliser les objectifs de la guerre dans le cadre d'un accord qui préservera nos intérêts vitaux".

Côté iranien, le ministère des Affaires étrangères a nié lundi "toute négociation avec les Etats-Unis au cours des 24 derniers jours de cette guerre imposée". Il a toutefois reconnu avoir reçu via des "pays amis" des "messages transmettant une demande américaine de négociations" pour faire cesser le conflit.

Selon Axios et l'agence de presse Reuters, MM. Witkoff et Kushner, et possiblement le vice-président JD Vance, pourraient rencontrer une délégation iranienne dès cette semaine au Pakistan.

Interrogée à ce sujet par l'AFP, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, n'a pas démenti mais répondu que de telles "spéculations" ne devaient pas "être considérées comme avérées tant qu'elles n'ont pas été officiellement annoncées par la Maison Blanche".

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a, lui, promis à Téhéran l'aide d'Islamabad pour ramener la paix dans la région.

- Report de 5 jours -

Sur son réseau Truth Social, le président américain a annoncé un report "de cinq jours" des frappes qu'il menaçait de lancer sur des centrales électriques et autres infrastructures en Iran si la République islamique ne débloquait pas le détroit d'Ormuz, voie stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.

Face à la presse, il a ajouté que Washington et Téhéran avaient trouvé des "points d'accord majeurs" lors de négociations menées avec un "haut dirigeant" qui n'est pas le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei.

Donald Trump a toutefois menacé de "continuer à bombarder allègrement" si les négociations échouaient.

Malgré ces déclarations, l'agence de presse iranienne Fars a signalé tôt mardi que des infrastructures énergétiques avaient été visées par des frappes israélo-américaines à Ispahan (centre) et Khorramshahr (sud-ouest).

La volte-face de M. Trump, peu avant l'ouverture de Wall Street lundi, avait débuté avec un premier message, où le président s'était félicité de "très bonnes et productives discussions pour une cessation totale" des hostilités.

En réaction, les cours du pétrole ont brutalement chuté de plus de 10% lundi - avant toutefois de rebondir mardi matin en Asie, le baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale du brut, repassant au-dessus des 100 dollars.

Les marchés asiatiques affichent de leur côté leur soulagement mardi matin, comme les Bourses européennes (hormis Londres) et Wall Street lundi.

- Frappes au Liban -

En réponse à l'ultimatum de M. Trump, l'Iran avait menacé de fermer complètement le détroit d'Ormuz et de cibler "toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l'information et de dessalement d'eau appartenant aux Etats-Unis", selon l'agence Fars citant l'armée iranienne.

De leur côté, les médias d'Etat iraniens ont publié lundi des listes de cibles potentielles au Moyen-Orient, dont les deux principales centrales électriques d'Israël, Orot Rabin et Rutenberg.

Au Liban, où la guerre a fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés, l'armée israélienne a repris ses frappes contre la banlieue sud de Beyrouth.

Sept raids aériens israéliens y ont eu lieu dans la nuit de lundi à mardi, selon l'agence Ani. Lundi soir, déjà, des images de l'AFPTV ont montré d'épais nuages de fumée s'élever au-dessus de cette zone qui n'avait pas été visée depuis vendredi.

Deux personnes ont par ailleurs été tuées et cinq autres blessées dans un raid d'Israël contre le village de Bshamoun, au sud-est de Beyrouth, a annoncé mardi le ministère libanais de la Santé.

Du côté des pays du Golfe visés ces derniers jours par l'Iran, l'Arabie saoudite a détruit mardi au moins une vingtaine de drones, selon son gouvernement, quand l'armée du Koweït a dit agir contre des missiles et drones "hostiles".